Arbitrage : Le Cameroun contre le reste du monde…

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19 Juillet 1966. Le Brésil affronte le Portugal. Le match 3 de la poule 3, une rencontre décisive. Les Brésiliens doivent gagner pour passer au tour suivant. Ils perdent et sortent prématurément de la World Cup. Eusébio sur un nuage, la faute à un Portugal talentueux, rugueux et avantagé par l’arbitre George McCabe. Les coups de sifflets de l’officiel britannique se taisent devant les violentes agressions subies par Pelé. La légende finira le match sur un pied, l’autre bandé. Complètement diminué, O’Rei clopine et la Seleção sort. Mission accomplie ? Le meilleur joueur de tous les temps décident de ne plus jamais jouer une coupe du monde. Avant de revenir sur sa décision…

Voici les lionnes…

Dans son article « Mondial féminin : Alain Djeumfa, l’art du dribble sans ballon », Jean-Damien Lesay a donc eu raison de parler de Pelé pour évoquer le Cameroun, les Lionnes Indomptables et leur entraîneur. Le jeu sans ballon n’est pas le seul distinguo qui rapproche le triple champion du monde du Cameroun. Les Lionnes aussi ont refusé de continuer de jouer, accusant l’arbitre de partialité. Une accumulation émotionnelle qui a pour origine les premiers matchs du mondial. Des rencontres où les arbitres ont très souvent délaissé l’équipe nationale du Cameroun. Contre le Canada, face aux Pays-Bas ce fût la totale. Le traitement infligé à Aboudi Onguéné avec l’assentiment de Casey Rebeilt, n’a presque rien à envier à celui enduré par Pelé 53 ans plus tôt à Goodison Park en Angleterre…

L’Angleterre… :

«  Ça me rend triste. Je n’avais jamais vu ça sur un terrain de foot, j’ai vraiment honte du comportement des adversaires, et mes joueuses n’ont pas apprécié non plus…. J’espère que c’est un incident isolé avec des joueuses qui voulaient bien faire à tout prix. On pouvait voir leur désarroi.  (…) Je suis sûr qu’elles regrettent leur comportement. J’espère qu’elles se qualifieront pour la prochaine Coupe du monde et qu’elles se comporteront mieux. Au-delà de la victoire, du match nul ou de la défaite, notre mission est de promouvoir le football féminin. Si mes joueuses s’étaient comportées ainsi, elles n’auraient jamais rejoué pour l’Angleterre  !  »

Phil Neville, le sélectionneur anglais, a raison de déplorer le comportement des camerounaises. Mais il n’a pas le droit de prétendre qu’elles donnent une mauvaise image du football féminin. C’est facile de donner les leçons quand on est du bon côté de la décision. Les Anglais n’ont pas toujours été des modèles de justice : il le sait. Sur le plan de l’éthique, le Mondial 1966 en Angleterre est l’un des plus controversés de l’histoire du sport roi. Les Three Lions méritaient de gagner, mais pas de cette façon. Le traitement infligé à Pelé n’est pas le seul fait de jeu qui a flétri cette unique victoire majeure anglaise. Il y’en a eu d’autres…

L’émotion est nègre, la raison hellène

Dire de ce fait comme Jérôme Bergot dans son article « Coupe du Monde, comment le Cameroun a failli déraper », que certaines réactions à chaud des lionnes étaient stupides. Les qualifier de mauvaises perdantes : c’est tout à fait mal placé. Les expressions «  L’arbitre voulait faire gagner l’Angleterre  », « C’est la Coupe d’Europe  » ou « Les Blancs jouent entre eux » sont tout sauf nulles et non avenues. Elles découlent d’un sentiment d’injustice qui prend déjà racine dans le nombre (encore) des équipes européennes à la coupe du monde. 10 nations d’Europe sur 24, sur ce plan il n’y a aucune forme d’égalité. Et si à cela on ajoute un arbitrage douteux aidé par la VAR, ça donne ce qu’on a vu : des lionnes qui veulent quitter la pelouse.

Eliminées par les américaines en quart de finale de leur coupe du monde, les françaises peuvent dorénavant ressentir ce que les coéquipières de Nchout Ajara ont éprouvé. Il y avait pénalty indiscutable pour la France face aux USA. Cependant, si on n’avait pas injustement fait retirer celui de Wendy Renard contre le Nigeria, ça aurait été injuste. Bref c’est un juste retour de bâton. Les Etats-Unis, derniers non-européens de la compétition, représentent désormais 4 continents à la Coupe du Monde.

Entre frères et sœurs

L’arbitrage cause de l’échec des camerounaises en France est un argument faux et assez prétentieux. C’est très bien de faire deux huitièmes en deux participations mais c’est insuffisant pour viser plus haut. Malgré leurs magnifiques prestations contre la Nouvelle-Zélande, le stop est mérité.

Pas besoin d’en rajouter. De penser à les sanctionner comme le fait la CAF. On a l’impression que lorsqu’il s’agit du pays du prédécesseur de monsieur Ahmad Ahmad, les instances du football Africain redeviennent autoritaires. L’organisation de la CAN retirée, aujourd’hui elles pensent à réprimer les camerounaises parce qu’elles ont perdu leur nerf. Les Wydadis ont refusé de finir une finale de Ligue des Champions pour un but refusé par une VAR qui ne fonctionnera qu’en quart de finale de la CAN : le match sera rejoué. Equilibre !

Rugissements…

Quoique les camerounais sont habitués à avoir des gens sur leur dos. Ils ont même parfois fait de cet acharnement une raison de gagner. La campagne médiatique de dérision dont ils font l’objet ne les étonne carrément plus. Le Cameroun est vieillissant. Le Cameroun a un jeu basé sur le physique. Champion en titre, le Cameroun n’est pas favori pour la CAN. Le Cameroun ne joue pas bien. Le Cameroun, le Cameroun, le Cameroun… Choupo Moting ne peut pas être le capitaine de l’une des équipes les plus emblématiques de l’histoire du ballon rond quand à Paris il est méprisé. Alors on continue…

On part de son raté contre Strasbourg pour dénigrer sa sélection. Les mauvaises phrases ne manquent plus pour tirer sur les fauves. Comparé à tout et n’importe quoi, même les plus faibles équipes du continent sont galvanisées. À leurs risques et périls, elles gonflent le torse devant le roi de la forêt. Phillipe Doucet, le spécialiste du football Africain, a même été surpris de voir les Lions pratiquer un jeu intelligent contre la Guinée Bissau. C’est dire que Théophile Abéga, le Docteur, n’était pas intelligent. Roger Milla, Thomas Nkono, Joseph Antoine Bell, Rigobert Song, Patrick Mboma, Marc-Vivien Foé, Samuel Eto’o, Aboubakar Vincent, Fabrice Ondoa, Andre Onana n’ont jamais pratiqué un jeu intelligent. Le consultant de CANAL + rejoint de ce pas son confrère Habib Beye dans ses déclarations anti-Cameroun :

« Le Cameroun a remporté son match face à la Guinée avec beaucoup de chance et il n’aura pas cette même chance face au Ghana samedi. On le sait tous, les favoris de la CAN sont le Sénégal et l’Egypte »

Parce que Mané et Salah sont champions d’Europe, évidemment. Ghana – Cameroun, score final : 0-0. Les Ghanéens n’ont toujours pas battu le Cameroun en match officiel. Une info, une intervention d’Habib Beye dans la suite logique de son « Cameroun a remporté la plus faible CAN de son histoire ». Heureusement qu’à cette faible CAN 2017 il y avait le très fort Sénégal de Sadio Mané battu par le Cameroun. Le très fort Ghana, battu par le Cameroun et la très forte Egypte de Salah, battue par le Cameroun. On peut comprendre que l’ancien coéquipier de Didier Drogba n’aime pas les Lions Indomptables. Qu’il n’ait toujours pas digéré cette finale perdue en 2002 face à la meilleure attaque et meilleure défense de la compétition. 9 buts marqués, zéro encaissé, la seule équipe de l’histoire du football à l’avoir fait…

On peut comprendre qu’il ait oublié que le Cameroun ait battu les plus grandes équipes Sénégalaises : le Sénégal de Jules Bocandé en 1992 à Dakar à la CAN, le sien et celui de Sadio Mané. Mais en tant que consultant le plus aimé des joueurs, il a le devoir de faire preuve de plus d’équité dans ses déclarations. Même son ancien coéquipier et capitaine Aliou Cissé a reconnu que le Sénégal n’était pas favori : que c’était une histoire de journalistes. Et sa crédibilité a plus de poids que celle de monsieur Beye et de ses collègues. Il a mené les Lions de la Terranga à deux CAN, une Coupe du monde et des Jeux Olympiques. En attendant qu’il devienne un entraineur de cet acabit, le Marseillais devrait s’inspirer du sélectionneur sénégalais. Un match ne se gagne pas sur le papier…

Il y a une différence entre avoir des atouts et être favori. Le Sénégal a des atouts mais n’est pas favori. Et ce favoritisme qui les suit depuis des années ne fait que les desservir. Comme le Portugal et la Côte d’Ivoire, le Sénégal va remporter la CAN au moment où on s’attendra le moins. Ils ont le devoir de refuser d’être comparés aux équipes comme l’Egypte ou le Cameroun. Pas l’Egypte de Salah, poussière devant celle d’Aboutrika. Mais cette Egypte qui a marché sur l’Afrique avec une formation Africaine. Cette équipe qui a réduit au néant tous les meilleurs joueurs africains évoluant en Europe. Des Pharaons à l’image de Belaili buteur unique contre le Sénégal. Le but de l’algérien était aussi beau et important que celui qu’il a marqué en finale de Ligue des Champions Africaine.

Pour tout dire…

Le football camerounais n’est pas parfait. Toutefois, il mérite un peu plus de respect. Ses couleurs sont aussi représentatives du soccer que celles du Brésil, de l’Allemagne, de l’Italie, de la France ou de l’Argentine. La lapidation dont il fait l’objet n’a simplement pas lieu d’être. Dans un football qui rappelle la colonisation de l’Afrique. Sous le toit d’une Confédération Africaine sous tutelle, il est un lion debout. Une fierté qu’il a toujours incarné bien que combattu. Un exemple pour l’Afrique. Car il ne faut pas oublier que le Cameroun est l’équipe Africaine la plus aboutie sur le plan international. Finaliste de la Coupe des Confédérations, premier quart-de-finaliste Africain du mondial, Champion olympique, ce que le quintuple champion d’Afrique a fait pour son continent est incommensurable.

On ne présente plus Issa Hayatou, premier président Africain (et seul) de la FIFA. Les précurseurs que sont Roger Milla et Thomas Nkono. Le premier pour ce qui est de la façon, danser, de célébrer un but. Et le deuxième dans la tenue révolutionnaire, jogging noir, des gardiens. Le mentor de Gigi Buffon est le premier gardien de but à revêtir un « pantalon » noir pour évoluer sur la ligne.

On n’évoque toujours pas ses légendaires maillots pénalisés à tort par la FIFA. Les maillots en démembrés pour faire face à la chaleur. La combinaison maillot-short pour faciliter la mobilité. Des révolutions scientifiques et techniques signées PUMA, portées par des félins Africains et rejetées par le football international. Ce football qui aime se comparer à la NBA. Association de basket qui a accepté de voir le mythique maillot démembré du ballon orange devenir chez certains un maillot à manches courtes. Cleveland par exemple, n’a pas été châtié pour une telle initiative. Les américains ont juste vu en ce changement, une tentative d’amélioration des conditions de jeu.

A l’image du short court passé long et inversement, les tenues des lions entre 2002 et 2004 n’étaient que progrès. Dans 100 ans ils seront imités, mais personne ne dira qu’ils en étaient les pionniers. Oubliés ils seront à l’instar de Serena Williams vêtue de vert rouge et jaune. De l’hérédité paternelle de Yannick Noah, le seul vainqueur français d’un grand Chelem, identique à celles de Pascal Siakam et Joel Embiid : de Kylian Mbappé l’un des meilleurs joueurs de tous les temps. Et si c’était pour ça ? Le vrai nouveau Pelé a des origines camerounaises. Et si ça gênait… ?

Pourquoi le Cameroun sera champion d’Afrique ?

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Ceci n’est qu’une suggestion, mais les Lions indomptables pourraient bien être les nouveaux champions d’Afrique. Sur son nouveau maillot, le Cameroun a été privé des cinq étoiles qui font sa fierté. Ses cinq Coupes d’Afrique… Mais ce n’est pas grave. C’est le signe d’un nouveau départ. Une nouvelle ère commence.

Zambo Anguissa par Кирилл Венедиктов – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Cocorico

Pour étoffer la thèse d’un Cameroun victorieux, on avait déjà évoqué la présence d’une paire de gardiens exceptionnels dans son effectif. Nkono – Bell, Alioum Boukar – Songo’o, Ondoa – Onana, un argument aujourd’hui soutenu par la marque qui bombera leur torse : le Coq Sportif.

Un retour qui marquerait le début d’une autre période dominatrice pour le football camerounais. En effet, la première fois que les Lions Indomptables ont fait trembler le monde, ils portaient une tunique dessinée par la griffe du gallinacé. Le roi de la basse-cour rencontrait alors le roi de la jungle pour une Coupe du Monde 1982 inédite.

Une première pour les coéquipiers de Roger Milla. Trois points, zéro défaite : une sortie la « crête » haute au premier tour. Un tiercé gagnant de matches nuls à l’origine d’une heure de gloire qui les conduira deux ans plus tard à leur premier trophée international : la CAN 1984.

Cocorico 2.0

1984 où l’année qui décrit bien cet autre fait qui devrait mener le Cameroun à une sixième étoile. Une année marquant la naissance de deux grandes écuries mondiales : la France championne d’Europe pour la première fois et le Cameroun champion d’Afrique pour la première fois. L’expression d’un parallélisme qui veut que les périodes fastes des Bleus coïncident toujours avec celles des Félins.

Entre 1982 et 1988, la France remporte l’Euro 84 et joue deux demi-finales de Coupe du Monde. Pendant que le Cameroun remporte deux Coupes d’Afrique (1984 et 1988) sur trois finales successives jouées. Entre 1998 et 2002, la France remporte la Coupe du Monde en 1998 et l’Euro en 2000. Pendant que le Cameroun remporte successivement deux autres CAN en 2000 et 2002. Et entre 2017 et ce jour, la France a été championne du monde en 2018. Et le Cameroun a remporté la CAN en 2017 (et 2019 ?).

We The North

Lorsqu’on évoque les favoris pour la CAN 2019, le Sénégal revient naturellement. On voit le Onze d’Or 2019 Sadio Mané et ses nombreux coéquipiers titulaires sur le Vieux Continent. Omnibulé à juste titre, on se range et omet qu’il y a eu la Côte d’Ivoire de Didier Drogba avant eux… : que pour remporter ce trophée, jouer en Europe ne suffit pas. Le niveau de la CAN est plus élevé que celui de la Ligue des Champions et des autres compétitions Européennes de club. Les meilleurs joueurs Africains du monde réunis, la Zambie de Kalaba et l’Égypte d’Aboutrika l’ont prouvé : il faut un supplément d’âme pour aller la chercher. D’autant plus que celle-ci ne se joue pas dans un endroit anodin.

Jouer et gagner en Égypte demande une force de caractère au-dessus de la moyenne. Une personnalité très forte que seules trois équipes possèdent au sud du Sahara : le Cameroun, le Ghana et le Nigeria. Les frères ennemis sont les seules équipes d’Afrique subsaharienne à avoir remporté une CAN en Afrique du Nord. Ne pas les citer comme favorites est une grosse erreur. Mais bon, on est habitué. Tu peux être sextuple, quintuple, quadruple ou triple champion d’Afrique et ne pas être favori pour soulever la Coupe d’Afrique. Cependant…Quoiqu’on dise, le Cameroun et l’Égypte restent les potentiels vainqueurs de la prochaine Coupe d’Afrique. Ce sont les derniers finalistes et les deux meilleures équipes du Continent.

Éric Maxim Choupo-Moting : C’est mon année !

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Il fait partie des plus grandes surprises du dernier mercato estival d’Europe. Le Paris Saint-Germain habitué des noms ronflants, a laissé tout le monde pantois en signant l’international Camerounais Éric Maxim Choupo-Moting. Une arrivée, des performances qui suscitent plus d’irrespect que de considération. Qu’il est loin ce jour où Samuel Eto’o refusait que son sélectionneur Javier Clemente remplace son « petit frère ». Sapé comme jamais par les médias français depuis, le Hambourgeois fait pourtant ce qu’il faut…

Choupo-Moting par Богдан Заяц – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

 « Tu m’en veux, dis moi pourquoi tu m’en veux »

Dimanche dernier, Paris s’apprêtait à célébrer le huitième titre de son histoire face à Strasbourg. Un match nul (2-2), une occasion loupée dans une rencontre marquée par l’erreur incroyable de Choupo-Moting. Après avoir ouvert le score, le coéquipier de Kylian Mbappé s’est proscrit un doublé en stoppant malencontreusement le ballon sur la ligne de but Strasbourgeoise. Un top flop qui arrive sur un ballon bien piqué par Nkunku au-dessus du gardien Sels, homme du match. Bourde qui succède à une autre sept jours plus tôt à Toulouse. Laquelle lui a valu les moqueries de supporters qui l’aiment bien et des attaques de la part de journalistes qui l’aiment bien moins. Parmi eux leur porte-parole en chef : Pierre Ménès. Celui qui a le droit de dire du mal de tout le monde en toute impunité a commencé par déclarer : « Il n’a clairement pas le niveau pour jouer dans ce club. Ni au PSG, ni dans aucun autre club de Ligue 1 ». Avant de terminer sur son blog :

« Et puis le PSG a gagné à Toulouse après un match pas très emballant. Mais Paris était tellement handicapé par les absences qu’il s’est retrouvé obligé de jouer avec un joueur du niveau de Choupo Moting, qui a évidemment saccagé une occasion en première période. Comme toujours depuis que Cavani et Neymar sont blessés, l’intégralité de l’efficacité offensive du PSG se trouve dans les pieds de Mbappé, qui a encore marqué, cette fois sur un centre remarquable de Kehrer, avec un enchaînement contrôle-frappe décroisée absolument parfait.(…) »

Choupo-Moting contre Chelsea en Ligue des champions par CFC Unofficial (Debs) – Wikimedia Commons CC BY-SA 2.0

Ce qu’il oublie de dire toutefois, c’est que Choupo-Moting est à l’origine du but de Mbappé. Il crée le décalage sur Kehrer et le lance parfaitement. Mais on s’en fout évidemment. Le négatif de sa performance est mis en avant et le positif obstrué. On se tait pour ne pas dire que le PSG n’a perdu aucun match joué par Choupo-Moting depuis que Neymar et Cavani se sont blessés. Sur les 28 rencontres auxquelles il a participé, Paris a perdu deux fois : à Liverpool et à Lyon. Le quatrième sportif camerounais le mieux payé n’est pas entré face à Manchester United et le PSG a honteusement été sorti de la Ligue des Champions. Pourtant, il est le seul élément de cet effectif à avoir mis un doublé contre les Red Devils. Non pas des Diables Rouges amoindris, mais des triples champions d’Europe au top de leur forme. Nous sommes en septembre 2017 et l’attaquant évolue alors à Stoke City.

En gros, Choupo-Moting violemment taclé : c’est dans la logique des évènements. Il est capitaine d’une sélection qui n’est pas forcément appréciée. On laisse Ménès « lui faire du sal » histoire qu’il progresse dans son domaine. Le polémiste n’est pas à ses premières interventions limites mais il continue. C’est à croire qu’ils aiment ça… Deschamps, Ancelotti, Jardim, Mourinho, Jean-Michel Aulas, Luis Fernandez, Cavani etc. sa liste est longue. Un prestigieux agrégat qui démontre bien que le métis Germano-camerounais n’a pas à s’en faire. Et comme le rappe si bien l’auteur, Vegedream, du tube « Ramenez la Coupe à la maison » :  « Ceux qui m’ont négligé ont eu tort. C’est mon année ! »

Le PSG Champion de France en 2015 par Liondartois – Wikipedia CC BY-SA 4.0

Un air de champion

Star, risée, Maxim est au centre des débats. Il fait la une et va dans le sens de cette maxime qui veuille que PM soit un indicateur crédible de succès… Si le consultant français est contre toi c’est que tu es sur le bon chemin. Didier Deschamps est champion du monde. Ancelotti a remporté la Ligue des Champions avec le Real. Cavani est meilleur buteur de l’histoire du PSG. Jardim a été champion de France et a mené l’ASM en demi-finale de C1. Le président Aulas est le meilleur dirigeant français des années 2000. Il n’a pas attendu les Qataris pour rendre la France fière. Mourinho est l’un des meilleurs entraîneurs de tous les temps. Luis Fernandez est l’entraîneur de l’unique coupe d’Europe Parisienne. Et Choupo Moting va remporter les premiers trophées de sa carrière. Sur ce, KM7 :

« Un big up à MCM17, j’en ai raté bien plus que toi cette saison, on reste un groupe uni et on te soutiendra jusqu’à la fin. »

En fin de route, le neuvième Lion Indomptable de l’histoire de Paris arrive donc dans l’Hexagone pour remplir sa gibecière. Il n’a rien demandé à personne : il va profiter de la manne qatarie comme tout le monde. L’attaquant polyvalent de 30 ans sera dans l’historique des champions de France qu’on le veuille ou non. Il entrera dans les annales d’une ligue qui ne serait pas à sa portée. Lui qui a été titulaire incontesté en Bundesliga et en Premier League. Qui a pareillement évolué à Schalke 04 aux côtés de deux champions du monde : Benedikt Howedes et Julian Draxler. Association aguichante au service d’un club qui n’a rien à envier au PSG. Dans son enceinte 5 étoiles de la Veltins Aréna, le demi-finaliste de la Ligue des Champions 2011 jouit d’un palmarès d’exception. Au cœur d’un monde archi dominé par le Bayern, les Bleus Royaux de Gelsenkirchen ont su se faire une place au sommet. Ils ont remporté 7 championnats, 5 Coupes d’Allemagne, une Coupe de la Ligue, une Supercoupe et une Coupe de l’UEFA.

Veltins Aréna par Mocky04 – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Choupo Moting a donc fait 3 ans, 106 matchs et 23 buts dans cette équipe-là (2014-2017). Il y a promené son allure de fils de basketteur avec panache. Les fans des Knappen (surnom des joueurs de Schalke) auront notamment du mal à oublier cette prestation notable du 22 Septembre 2014 face à Frankfurt. Mené 0-2 à domicile les Mineurs reviendront à la marque grâce à deux actions de génie de leur n°13. Une Panenka sur pénalty pour réduire le score à 1-2 et une passe décisive à destination de Draxler pour égaliser. But de la tête sur un centre du gauche d’un ailier d’1 m 91. Lequel virtuose a pris le temps de mystifier son adversaire avant de se mettre sur son mauvais pied pour délivrer son caviar. Cette performance lui vaudra le prix de « Joueur du Week-end ».

Choupo-Moting à Nuremberg par Jarl Helm – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Un talent atypique

C’est peut-être vrai que Choupo-Moting n’a pas le niveau pour jouer à Paris. Transfuge de championnats strictement inférieurs à la Ligues des Talents, sa place est certainement ailleurs. Une équipe capable de gagner 4-0 à l’aller et de se faire sortir au retour après avoir inscrit le but à l’extérieur (6-1) mérite vraiment mieux. C’est sûr qu’il n’est pas fait pour un club niveau C1 qui a été éliminé à la maison après une victoire 0-2 à l’extérieur – le but à l’extérieur « comptant » double… Deux évènements similaires comme inédits qui ont pour particularité : l’absence de Choupo-Moting.

Qu’on se le dise sérieusement. Le loupé de Choupo-Moting est une blague devant les dernières « nouvelles » Parisiennes en Ligue des champions. On essaie de faire oublier le fiasco européen du septuple champion de France en tapant sur MCM17. Triste tradition ! Heureusement qu’il n’y ait pour rien dans ce spectacle tragicomique. Il n’a juste pas joué « à Paris » à ces instants délicats. Il est resté dans la discrétion comme à son habitude. La coutume d’un talent qui ne fait que jouer au football. Qu’il marque ou non, ses performances le laissent à « 237 ». Denis Lavagne :

« Il a bénéficié d’une « formation à l’allemande », et développe des qualités techniques au-dessus de la moyenne. (…) Sur le plan technique et de l’intelligence de jeu, il sera au niveau du PSG, mais ce qui lui manquera peut-être c’est la détermination et l’ambition. »

Allégations corroborées par Christian Heider, son directeur sportif au FSV Mayence :

« C’est un excellent joueur. (…) Il est rapide, technique, bon de la tête et intelligent. (…) Son problème c’est qu’il manque de continuité, il peut faire trois ou quatre matchs consécutifs au niveau d’un joueur de classe mondiale et ensuite rencontrer des difficultés. Il a aussi connu des blessures au genou qui l’ont freiné dans sa progression. »

Éloges mitigées confirmées par Hugo Broos, son ancien sélectionneur :

« Il a une bonne tactique, il ne perd pas beaucoup de ballons, mais son problème est mental. Il doute très vite et c’est peut-être pour ça qu’il n’a pas eu le parcours qu’on pouvait espérer au regard de son potentiel. » 

Le Parc des Princes par Kilyac – Wikipedia CC BY-SA 4.0

Fin cartésienne

Choupo-Moting a rencontré la France un soir de Mai 2016 à la Beaujoire. Les doubles champions du monde affrontaient les quintuples champions d’Afrique dans le cadre de la préparation pour l’Euro. Un match soldé par un succès à l’arrachée 3-2 des Bleus : une communion qui a failli être gâchée par l’égalisation du capitaine Camerounais. Le natif de Hambourg entre en jeu et ajuste Hugo Lloris sur une passe d’Anatole Abang. Une réalisation qui arrive à la 88e, deux minutes avant le splendide coup-franc de Dimitri Payet. Chef d’œuvre sanctionnant définitivement une autre prestation de grande classe du portier Fabrice Ondoa.

Ce « rendez-vous » ne laissait en rien entrevoir une telle opposition ; encore moins une éventuelle arrivée de l’ancien de Nuremberg dans la capitale française. A l’instar des propos tenus par ces hommes qui l’ont connu, elle réaffirme que Choupo a toutes les qualités requises pour évoluer au haut niveau. Il fait juste son job. Il reste fidèle à ses principes et met un peu de côté l’aspect qui prime dans le sport : la victoire. Ce qu’on peut assimiler à un manque d’ambition de sa part est en réalité l’attitude d’un joueur que rien ni personne n’impressionne. Il est sûr de son talent, il a du charisme, il ne se plaint pas, il ne doute pas : c’est un Lion Indomptable. Thomas Tuchel l’avait remarqué à Mayence, à Paris il le certifie :

« (…) Il a un caractère très positif, top niveau (…). Maxim peut avoir un impact en une minute, il ne perd jamais espoir et peut être décisif dès qu’il sort du banc. »

Ainsi, on comprend que le sport roi n’ait pas voulu qu’un tel joueur finisse sa carrière sans médailles en or. Malgré tous ces sifflets dont il a fait l’objet, il est rentré tête haute et sans son maillot aux vestiaires. Après avoir été l’unique Parisien à assumer sa prestation au micro de ses principaux détracteurs, il enverra sa tunique à ces fans qui le lui réclamaient. Choupo ! Choupo ! Hurlaient-ils tout excités au-dessus de l’entrée du tunnel. Preuve qu’il n’est pas celui qu’on dénigre avec entrain. Sa seule crête dorée ne suffira donc pas pour le couronner. Il lui faut une vraie crinière. Quand on a dit non au Ballon d’or Matthias Sammer (mandaté par l’Allemagne) pour valider l’intérêt du Cameroun c’est qu’on a quelque chose en plus. Choupo était parti pour participer à la Coupe du Monde 2010 avec la sélection Allemande. Il « a fait le choix du cœur ».

Roger Milla par Auteur Inconnu – Wikipedia (Domaine Public)

L’international Allemand U18, U19, U20 et Espoir a choisi les origines de son père pour rejoindre l’Afrique du Sud. Il a suivi la sélection emmenée par l’ancien Parisien Paul Le Guen et est devenu l’héritier de Roger Milla qu’il fait désormais. S’il avait dit oui aux A des Adlers (surnom des joueurs allemands) il serait surement un autre footballeur aujourd’hui. Probablement victorieux du Mondial en 2014, qui sait ? L’année de la 4e étoile de la Mannschaft coïncide bien avec le début de son apogée. Période où son talent fait l’unanimité sur le sol allemand.

Cameroun – Comores : Le TAS après la tasse

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On connaît maintenant les 24 qualifiés pour la CAN 2019 en Égypte. Parmi eux le Cameroun : ancien pays organisateur. Les Lions Indomptables sont sauvagement venus à bout des Comores 3-0 dans leur forteresse imprenable de Mfandena. Un succès sans appel qui prive les Comoriens d’une première participation à la Coupe d’Afrique des Nations. Déconvenue qui ne les empêche pas de garder espoir néanmoins…

Hope par WildOne – Pixabay CC0

Le poisson braisé

C’était sous une pluie battante au Stade Ahmadou Ahidjo. Les supporters étaient venus nombreux pour s’aligner derrière leur équipe. Un choix payant, Choupo-Moting ouvrant facilement le score à la 38e. Le Cameroun maitrise son sujet, va à la pause et revient lui asséner le coup fatal à la 53e. Passe de Zambo Anguissa, but de Bassogog : une rencontre à sens unique. Le match plié, les occasions camerounaises se multiplient et s’achèvent sur un numéro de Clinton Njie à la 89e. Entré en jeu, le Marseillais élimine parfaitement Ahamada pour tranquillement pousser le ballon dans les filets vides des Cœlacanthes. Le poisson est braisé…

C’est la fête dans le vestiaire camerounais. Les Lions ont répondu à leurs détracteurs de la plus belle des manières. Une victoire qui aurait pu ne pas arriver s’ils ne s’étaient pas sentis blessés… : si les Comoriens étaient restés concentrés sur le jeu. Si le Cameroun a pu battre l’Argentine de Maradona – championne du monde en titre – c’est que les Comores auraient pu battre les Camerounais. Il leur fallait seulement trois points pour passer. C’est le goal-average particulier qui compte et ils n’ont pas su en profiter. Ils ont préféré se concentrer sur l’extra-sportif.

« C’est officiel. La Fédération de foot des Comores a déposé une procédure d’appel auprès du TAS contre la décision de la CAF de refuser d’exclure le Cameroun de la CAN 2019 après lui avoir retiré l’organisation, conformément à l’article 92 du règlement de la CAN. »

Cette orientation administrative a coûté très cher aux locataires du Stade Said Mohamed Cheikh. Avant la plainte les Comores c’est : 5 points de pris sur 15. Après c’est zéro sur trois. Ils ont perdu le match qu’il ne fallait pas perdre et leur rêve s’est noyé dans un cauchemar. Ben Amir Saadi :

« Les règlements sont simples et les précédents faciles à trouver : le CHAN 2017 avec le Kenya exclu, le Maroc en 2015, ou Madagascar lors de la CAN des jeunes. On veut donc que nos droits soient respectés. Mais la CAF fait tout pour que notre procédure n’aille pas au bout. (…) »

Voilà comment une équipe qui avait son destin entre les pieds, s’est retrouvé la queue entre les jambes. Et pendant qu’elle passait de plateaux en plateaux pour se plaindre, les Malawites eux se préparaient à prendre leur troisième place.

Ali Ahamada par GuillaumeG – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Un combat pour rien

Chose promise, chose due. Les Comores se sont préparés pour un procès, ils ont perdu le match de foot. Le Cameroun est parti et le Malawi est revenu. Les coéquipiers de Gerard Phiri Jr ont fait 0-0 à domicile contre le Maroc et les revoilà en position « qualificative ». Les Flammes (surnom des joueurs du Malawi) comptent désormais le même nombre de points que les Comores mais passent devant à la différence de buts particulière. Règle basée sur l’issue de la confrontation aller-retour qui donne la victoire à l’ancien Nyassaland. Victoire 1-0 à l’aller et défaite 2-1 au retour à Moroni (capitale des Comores). Patrick Phiri est l’auteur de ce but à l’extérieur qui réduit drastiquement les chances des Comores de s’envoler pour Le Caire.

Bien qu’elle soit prête à la contester, cette loi sur la double confrontation n’a pas été établie pour éliminer l’équipe nationale comorienne. Le Mozambique qui comptait également le même nombre de points (8) que la Namibie, a lui aussi été victime de la différence de buts particulière. Malgré une différence de buts générale défavorable (-2 contre 0), les Namibiens sont sortis du groupe K aux dépens des Mozambicains. Les Courageux Guerriers de Windhoek ont battu les Mambas de Maputo sur l’ensemble des deux manches pour empocher leur ticket. 1-2 à l’aller et 1-0 au retour. Conclusion : si le recours aboutissait, c’est le Malawi qui partirait à la CAN (avec le Mozambique). Et ce même si on annulait le match contre le Cameroun.

Le Château de Béthusy, abritant le siège du Tribunal arbitral du sport à Lausanne, Suisse par Fanny Schertzer – Wikipedia CC BY 3.0

Oh TAS toi qui sait tout !

Les Comores vont donc probablement tout perdre avec leur recours devant le Tribunal Arbitral du Sport. Entreprise devenue monnaie courante depuis l’éviction de Platini de la FIFA. L’instance basée à Lausanne a donné raison au français et depuis tout le monde veut gagner en appel. Mais comment expliquer ces propos non-coupables de Michel Platini :

« Quand on a organisé le calendrier, si on (la France) finissait premier et le Brésil premier, ils ne pouvaient pas se rencontrer avant la finale. Ecoutez, on est à la maison, il faut bien profiter des choses, alors on ne va pas s’emmerder pendant six ans à organiser la Coupe du monde si on ne peut pas faire quelques petites magouilles : vous pensez que les autres ne le faisaient pas aux autres Coupes du monde ? »

Un forfait justifie-t-il un autre ? Pourquoi n’a-t-on pas rejoué Cameroun – Chili en 1998, Chelsea – Barcelone en 2009 ou France – Irlande en 2010 comme Afrique du Sud – Sénégal en 2018 ? Où sont passés les quatre matchs de suspension écopés par Lionel Messi à la fin des éliminatoires du Mondial 2018 ? Pourquoi l’Australie est un pays asiatique et le Suriname voisin du Brésil, un pays nord-américain ? Pourquoi tant de questions « existentielles » pour le jeu le plus simple ? Parce qu’il y’a des questions dans le football auxquelles on ne peut pas répondre.

On doit juste comprendre que la justice humaine est imparfaite et faire avec. Si le TAS juge que le Cameroun n’est pas habileté à jouer la prochaine CAN, il peut quand même comprendre que les champions en titre aient été graciés par le président de la CAF. A tort, à raison, la grâce est un acte de droit… comme le sport est une surface de réparation des injustices humaines. Au-dessus de la franchise altérée des Hommes, il donne toujours raison à la bonne personne. Si le Cameroun ne méritait pas de se qualifier pour cette compétition, les Comores les auraient éliminés.

Confédération Africaine de Football par EOZyo – Wikipedia (Domaine Public)

Cafophonie

En revanche, l’évidence ici c’est que le football africain traverse de sérieuses mésaventures. Des accrocs qui abîment l’image de son organisation. On pense à l’annulation curieuse de la suspension du club égyptien  du SC Ismaily de la Ligue des Champions Africaine. On rumine ce « retourné acrobatique » et on assimile mieux le courroux des Comores. Irritation qui fait toutefois mal de croire que le Cameroun ait été sanctionné. Il n’y a pas eu de peines, il n’y avait donc pas de tort. C’est aussi naïf que ça. On ne punit pas un innocent…

Pourquoi donc ce retrait de la CAN au Cameroun ? Possiblement pour compenser. Le septentrion du Continent Noir a dû se sentir lésé derrière toutes ces attributions. Aussi, l’équilibre devait être rétabli après les lourdes sanctions subies par le Maroc en 2015. L’Afrique du Nord n’a surement pas voulu attendre que le Cameroun, la Côte d’Ivoire et la Guinée passent pour faire son retour. Six ans c’est beaucoup… Surtout quand on sait que les équipes Maghrébines sont faibles au sud du Sahara et fortes chez elles. Elles qui n’ont plus gagné de CAN depuis 2010 avec l’Égypte.

Il y’a donc certainement eu un forcing nord-africain. Lequel a tout d’abord écarté l’Afrique du sud – pays africain le mieux indiqué pour reprendre « de volée » une CAN à 24 équipes. Et créé enfin le fameux glissement : Cameroun 2021, Côte d’Ivoire 2023 et Guinée 2025. Pour le compte du bloc, le Maroc faisait ainsi diversion pendant que les Pharaons se servaient. Au grand bonheur de Mohamed Salah ; meilleur joueur africain qui par hasard n’a toujours rien gagné en Afrique à cause du pays d’Aboubakar Vincent.

Aboubakar Vincent (contre le Chili) par Дмитрий Садовник – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Fou fou Foot…

Fallait-il éviter le Cameroun ? Un grand rival de moins, c’est toujours ça de gagner. Il y’a clairement comme un acharnement sur ce quintuple champion d’Afrique. On a tendance à vite oublier ce que ces derniers ont fait pour le football africain : à facilement les traîner dans la boue. Le Cameroun n’est pas parfait mais il n’est pas insupportable non plus. La victoire sur le terrain après l’organisation, les premiers « maux » d’Ahmad Ahmad étaient bien contre la terre natale de son prédécesseur Issa Hayatou. Ça sent une tentative dupliquée d’écarter l’incorrigible félin. Quoiqu’il n’y a pas plus dangereux qu’une sélection camerounaise qui se sent injustement combattue.

François Omam Biyik par Auteur Inconnu – Wikipedia (Domaine Public)

Après le retrait de la CAN, le Cameroun aurait pu appeler au TAS. Il l’a même fait par la voix de l’Association des Clubs de Football Amateur du Cameroun (ACFAC). Un dessein vite désavoué par la Fédération Camerounaise de Football. L’instance dirigée par Seidou Mbombo Njoya a choisi de se projeter sur les échéances à venir et de respecter la décision de la Confédération Africaine de Football. Communiqué :

« La Fécafoot tient à condamner et à décourager toute action contrevenante à la volonté des acteurs de bonne foi de travailler, avec la CAF et les autres partenaires extérieurs du Cameroun, au développement du football. (…) »

Une attitude qui a valu à sa « Chère Patrie » une éventuelle double qualification. Triomphes qui prouvent bien que la place d’une équipe de football est sur la pelouse. Le Cameroun participera à sa dix-neuvième CAN parce qu’il joue mieux au football que les Comores. C’est tout….

Cameroun : La légende des gardiens de buts continue

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Si le Cameroun était une usine, le pays de Roger Milla serait une grosse fabrique de talents. Françoise Mbango, Carlos Takam, Francis Ngannou, Pascal Siakam, Joel Embiid… une industrie qui s’étend au-delà des terrains de football. Sport roi qui n’a jamais cessé néanmoins de lui jouer des succès. D’entretenir ce dilemme récurrent qui a pris la belle habitude d’opposer sur sa ligne de but deux grands gardiens pour la place d’un seul. Afin d’illustrer ce problème de riches, trois face-à-face seront dégagés ci-dessous…

Lion Teeth Roar par IanZa – Pixabay CC0

Thomas Nkono – Joseph Antoine Bell (1982-1994)

La seconde partie des années 70 et le début des années 80 marquent la naissance d’une grande nation de football africaine et mondiale : le Cameroun. Les champions d’Afrique en titre qui s’étaient déjà fait remarquer dans les années 60 avec Oryx de Douala – le premier champion d’Afrique des clubs – et son Maréchal Mbappé Leppe, commence à connaître la renommée internationale. Une réussite où bien évidemment ses joueurs font office de superstars. Constellation qui créera naturellement des difficultés au sein de l’équipe nationale. Qui joue ? Qui ne joue pas ? Joseph – Antoine Bell ou Thomas Nkono ?

Une question peu évidente qui donnera une réponse toute trouvée. Le titulaire c’est Thomas Nkono et nous sommes en 1982 au Mondial. Le Mekok Megonda (surnom des joueurs du Canon de Yaoundé) a la faveur du public camerounais, de l’entraîneur de feu Jean Vincent et ses prestations extraordinaires parlent pour lui. Champion du Cameroun en 1974, 1977, 1979, 1980 et en 1982. Vainqueur de la Ligue des Champions Africaine en 1976 et 1980, le double Ballon d’or Africain (1979 et 1982) laisse une toute petite place à son aîné et fidèle concurrent Bell. Sociétaire de l’Union de Douala de 1975 à 1980, le natif de Mouandé est contraint de se contenter de deux titres de champion du Cameroun en 1976 et 1978 et d’une couronne de champion d’Afrique en 1979.

Thomas Nkono par Fketchemen – Wikimedia Commons (Domaine Public)

Forcé de s’exiler pour plus de visibilité, Jojo rejoint l’Africa Sports en Côte d’Ivoire de 1980 à 1981 et Arab Contractors en Egypte. Dans le premier club de Mohamed Salah, il sera champion et vainqueur de la Coupe des Coupes en 1983. Des succès qui lui permettent de gagner une place de titulaire pour la CAN 1984. Emmenés par le Yougoslave Rade Ognanovic les Camerounais remporteront leur première Coupe d’Afrique des Nations. Tommy jouera les deux premiers matchs et lui les trois autres. Un « coup du chapeau » qui l’enverra à l’OM avant le sacre à la CAN 1988 sous les ordres de Claude Leroy. Double « cheez », son plus grand rival étant absent du tournoi marocain.

Aussi, ce dernier attendra la Coupe du Monde Italienne 1990 pour retrouver les filets de la sélection et inspirer un certain Gigi Buffon, alors milieu de terrain ou défenseur. Le retour du gardien de l’Espanyol de Barcelone (1982-1991) serait lié à une mise à pieds du portier des Girondins de Bordeaux (1989-1991) pour indiscipline. La rumeur raconte qu’il aurait déclaré que le Cameroun allait perdre le match d’ouverture face à l’Argentine de Maradona 5-0…

Vrai ou faux, ce qu’il y’a de certains toutefois c’est que ces deux monuments ne s’appréciaient pas vraiment. L’absence de Nkono au jubilé de Roger Milla jumelée à la présence de Bell est un indice fort de cette mésentente. Pourtant ils ont commencé et terminé ensemble leur carrière internationale. Une durée qui s’étend de 1976 à 1994, après une Coupe du Monde à laquelle les deux ont participé. Nkono sur le banc, Bell sur la pelouse, les Lions s’étaient fait éliminer au premier tour avec 1 point pris face à la Suède (2-2) et deux défaites contre le Brésil (3-0) et la Russie (6-1). 11 buts encaissés qui mettent fin à 18 ans de cohabitation, 112 sélections pour Thomas, 50 pour Joseph – Antoine et zéro trophée européen pour les deux.

Samsunspor Store par Cobija – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Alioum Boukar – Jacques Songo’o (1998 – 2002)

A la fin du règne de Bell et de Nkono, le Cameroun n’a pas attendu pour voir éclore un autre antagonisme au sommet. Jacques Songo’o jusque-là dans l’ombre de la paire de géants, a logiquement pris la place de n°1. Une position qu’il a gardée très peu de temps. Notamment durant France 1998 où ses envolées spectaculaires ont failli éviter à sa sélection une deuxième élimination de suite en phase de poule de la Coupe du Monde. Hélas !

Ainsi, deux ans plus tard à la CAN 2000 c’était terminé. Le gardien titulaire de la grande époque du Deportivo la Corogne a été vite dépassé par les impressionnantes relances à la main de son second Alioum Boukar. Il faut dire que le meilleur gardien de Liga de la saison 1996/97 n’avait pas la côte au pays. Les mauvaises langues disaient même qu’il « porte la poisse ». Une médisance alimentée par ce but qu’il prend 12 minutes après son entrée lors du match de préparation du 26 Mai 2002 contre l’Angleterre. Le Cameroun menait 2-1. Les Lions étaient sur le point de se « venger » de la défaite 3-2 subie face aux Three Lions 12 ans avant et il a pris le but du 2-2. Un match nul qui a enterré une bonne partie du bien que le camerounais lambda pensait à son endroit.

En outre, le triple champion d’Afrique (1984, 1988 et 2002) n’a jamais su convaincre les multiples observateurs du football camerounais, contrairement à l’ancien Canonnier (surnom des joueurs du Canon de Yaoundé). Celui qui a passé toute sa carrière européenne dans des clubs moyens du championnat Turc, a su profiter à fond des chances qu’on lui donnait. Deux fois champion d’Afrique en 2000 et 2002, Alioum fait partie des principaux héros qui ont redonné au Cameroun ses couleurs éclatantes après plus de 10 ans de disette. Sa prestation épique lors de la séance des tirs aux buts contre le Sénégal en finale de la CAN 2002, restera dans les annales comme la cerise sur le gâteau d’un parcours atypique. L’ancien joueur du Samsunspor arrêtera sa tournée internationale en 2004 avec 54 sélections. Soit huit de plus que le champion d’Espagne 2000. Pourtant il a commencé en 1992 : huit ans après lui… C’est ça le Cameroun. Etre l’un des meilleurs gardiens d’Europe ne suffit pas pour être titulaire dans la tanière.

Fabrice Ondoa par Кирилл Венедиктов – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

André Onana – Fabrice Ondoa (Depuis 2015)

Après les retraites d’Alioum et de Songo’o, on aurait pu citer l’opposition entre Idriss Carlos Kameni et Souleymanou Hamidou. Du temps perdu, le premier trop fort pour le dernier. Digne héritier de Nkono à l’Espanyol de Barcelone, le joueur du Fenerbahce a longtemps appartenu à l’univers des portiers les plus redoutés de l’élite Espagnole. Les deux Ronaldo et Messi en savent quelque chose. Ils ont eu un avant-goût de ce que c’est qu’un lion indomptable dans une cage. L’agent d’André Onana gardien de l’Ajax :

« Le FC Barcelone a-t-il émis son souhait de le voir revenir ? C’est exact. Ce n’est pas un secret que le FC Barcelone est intéressé. »

Le 28 Avril 2017 Thomas Nkono déclarait :

« Traditionnellement, il y a toujours eu de bons gardiens au Cameroun. On le voit actuellement, avec la nouvelle génération. Fabrice Ondoa est très doué, je suis d’ailleurs souvent en contact avec lui. Il fait preuve d’une grande maturité. André Onana est très bon également. Il y a aussi Carlos Kameni, plus âgé et qui est peut-être le meilleur gardien camerounais du moment. »

Une période plus que révolue. Malgré son expérience, ICK est le troisième dans la hiérarchie actuelle des gardiens camerounais. Le premier c’est certainement André Onana, si on se base sur ses performances avec l’Ajax. Toutefois en équipe nationale, il tarde à s’envoler. A l’image du but qu’il prend aux Comores (1-1), sa présence en sélection ne rassure pas. Sur ce plan, Fabrice Ondoa est clairement meilleur que lui. Le gardien d’Oostende en Belgique est un mélange de Thomas Nkono et d’Alioum Boukar. Nkono pour son talent exceptionnel et décomplexé et Boukar pour son parcours européen malgré le grand talent qu’il était. L’ancien de Konyaspor était d’ailleurs l’entraîneur des gardiens en 2017 lorsque le Cameroun et la nouvelle « araignée noire » remportait la CAN.

Vainqueur et meilleur gardien de la Nike Premier Cup (2010) et de l’UEFA Youth League (2014) avec les juniors du FC Barcelone : tout était pourtant bien parti pour lui sur le Vieux Continent. Toutefois dans ce monde, il est difficile en tant qu’africain de se faire une place au soleil quand aimer son pays est une priorité. Fabrice Ondoa a privilégié les Lions : il en paie les conséquences. Il attendra les matchs amicaux prestigieux ou les grandes compétitions internationales pour démontrer aux yeux de la planète qu’il est l’un des meilleurs gardiens du monde. Lorsqu’on a vu sa performance contre le Brésil le 20 Novembre dernier, on comprend pourquoi le public anglais du Stadium MK a gardé son maillot – et pas celui de Kepa : le gardien le plus cher du monde. Il a tout pour jouer dans les plus grands clubs européens et son « frère » de l’Ajax en est la preuve. Il suffit juste qu’on lui fasse confiance. Ils sont cousins, ils ont le même sang, la même nationalité, la même formation à la Masia : ils sont meilleurs que de nombreux gardiens européens.

Un Lion par efes – Pixabay CC0

Indice de victoires

On dit souvent que pour avoir une grande équipe, il faut un grand gardien. Pour les camerounais, cette affirmation est doublement vraie. On reconnaît les grandes équipes du Cameroun à la rivalité qui existe entre leurs deux meilleurs gardiens. Si elle prend des proportions internationales, c’est que le Cameroun est sur les bons rails. Les trois rivalités énumérées ici correspondent aux trois périodes de succès de la sélection en vert, rouge et jaune. Nkono – Bell : le Cameroun joue ses trois premières finales de Coupe d’Afrique (1984, 1986, 1988), remporte deux ; sort invaincu de son premier Mondial en 1982 et joue les quarts de finale de la Coupe du Monde 1990. Songo’o – Alioum : le Cameroun remporte la CAN deux fois de suite (2000, 2002), termine la CAN 2002 sans encaisser de buts, est cité parmi les favoris du Mondial 2002 et joue la finale de la Coupe des Confédérations en 2003. Ondoa – Onana : le Cameroun est champion d’Afrique en 2017 et…

 

Mohamed Salah : Meilleur joueur africain ?

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La nouvelle est tombée le 14 décembre. Mohamed Salah a été sacré pour la deuxième fois d’affilée, Joueur Africain de l’année. Les 44 buts qu’il a inscrits la saison passée ont largement joué en sa faveur. Toutefois, le Pharaon n’a rien gagné cette année. Rien en Europe, rien en Afrique… Il est un joueur remarquable certes mais sans trophées. Le meilleur des joueurs est supposé être celui qui tire son équipe vers la victoire finale. Ce stade-là, le buteur de la Mersey n’arrive pas encore à le franchir…

Mohamed Salah par Анна Нэсси – Wikimedia Commons CC-BY-SA

Effet papillon

Mais l’égyptien n’a rien demandé à personne, on le sait même capable de refuser une récompense individuelle. Il l’a prouvé en déclinant, au profit de James Milner, le titre d’ « homme du match » après la victoire 0-4 de Liverpool à Bournemouth en Premier League : « Je ne vais pas prendre ce prix aujourd’hui. Je veux le féliciter pour son incroyable carrière. » Un prix qu’il méritait puisqu’il a largement contribué à ce succès en faisant un triplé. Une prestation fabuleuse couronnée par ce troisième but épique où il élimine deux fois le gardien avant de finir l’action de l’extérieur du pied gauche.

Mohamed Salah par FootballCoin – Wikimedia Commons CC-BY-SA

Si Jurgen Klopp et ses hommes avaient perdu 5-4, Salah aurait-il été élu homme du match ? Non. C’est la victoire de Liverpool qui couronne Salah. Mo Salah est donc tout autant victime de la mode que ceux qu’il a dépassés. On pense à ce titre de meilleur joueur de Premier League. On en revient à Kevin De Bruyne, David Silva ou Sergio Aguero qui ont été bouffés crus par les statistiques du Red. Des performances stratosphériques qui ont éclipsé la prestation collective de Manchester City l’an passé. Salah a été plébiscité par ses collègues du championnat sans que son palmarès ne soit pris en compte. C’est la « coutume » ! Ce titre de « Men’s PFA Players’ Player of the Year » est dans la continuité de ce qui se fait depuis bientôt 10 ans.

Didier Drogba par Ben Sutherland – Image Flickr CC-BY 2.0

Les critères semblent uniquement individuels dans ce sport d’équipe où on joue pour gagner. On omet que les partitions personnelles existent pour servir le collectif. C’est au meilleur servant que devrait revenir la palme du meilleur joueur. L’égyptien est clairement le meilleur joueur de Liverpool. Mais à l’échelle supérieure, il est aussi « Ballon d’or » que Luka Modric, Lionel Messi en 2010 et Cristiano Ronaldo en 2014. Pour ne citer qu’eux…

Yaya Touré par Alejandro Ràzuri – Image Flickr CC-BY 2.0

L’Afrique encore sur la touche

On pourrait en effet citer d’autres « meilleurs » sans mérite, notamment sur le continent en question. Et comment ne pas revenir sur ces mots de Yaya Touré en janvier 2016 après le choix de P.E Aubameyang comme meilleur joueur africain 2015 : « Je suis beaucoup déçu. C’est triste de voir l’Afrique réagir de la sorte, qu’elle ne donne pas d’importance aux choses africaines ! (…) Je crois que c’est ce qui fait la honte de l’Afrique. Car se comporter de la sorte, c’est indécent ! Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Nous, les Africains, nous ne montrons pas que l’Afrique est importante à nos yeux. Nous privilégions plus l’extérieur que notre propre continent. C’est ce qui est lamentable ».

Yaya Touré victorieux de la CAN avec la Côte d’Ivoire en 2015 par Ben Sutherland – Image Flickr CC-BY 2.0

L’ivoirien champion d’Afrique cette année, s’était senti esseulé devant un titre qu’il a longtemps chassé avec les Eléphants. Sa déclaration est si vraie qu’elle nous rappelle que l’ancien cityzen a lui aussi « fait honte à l’Afrique » en remportant quatre titres de meilleur joueur africain sans aucun titre africain. Il est l’héritier d’une longue lignée qui prend racines en 2001 avec le sénégalais El-Hadji Diouf.

Cependant la CAN n’est pas la seule compétition africaine à être ignorée depuis 2001 lors des récompenses individuelles suprêmes de la CAF. La Ligue des Champions en prend aussi pour son grade. Si Patrick Mboma en 2000 est le dernier à avoir été élu meilleur joueur africain grâce à une victoire à la CAN, le dernier meilleur joueur africain vainqueur de la compétition reine des clubs africains c’est le guinéen Cherif Souleymane du Hafia Conakry. C’était en 1972 et il succédait à Ibrahim Sunday. Le ghanéen venait de perdre la finale de la C1 en 1971 avec l’Asante Kotoko contre le Canon de Yaoundé. À cette époque on parlait de Ballon d’or Africain…

Match de Football en Ligue des Champions entre le CA tunisien et le MAS marocain de Fès par Citizen59 – Wikimedia Commons CC-SA

Entre 1971 et 1986, tous les lauréats du Ballon d’or africain étaient des locaux. L’exception qui confirme cette règle est le camerounais Théophile Abega, toulousain et champion d’Afrique en 1984 au moment de sa nomination. Le football africain vivait alors son âge d’or. Il y avait vraiment de quoi rêver plus grand. Les mondiaux de 1982 et 1986 en sont l’illustration même, avant d’être la fin d’une époque… Depuis personne n’a succédé à Badou Zaki. L’immense gardien marocain est le dernier Ballon d’or africain à avoir été couronné sur son continent. Ce ne sont pas les talents qui manquaient pourtant.

Mohamed Aboutrika en duel avec Fabio Cannavaro par Muhammad Ghafari – Image Flickr CC-BY 2.0

L’Afrique toujours sur la touche

L’Afrique a hérité de nombreux joueurs locaux qui méritaient le statut du meilleur joueur africain. Parmi eux, Mohamed Aboutrika. Le meneur de jeu égyptien fût le chef d’orchestre de la plus grande sélection de l’histoire du football africain. Avec elle, il a été trois fois de suite champion d’Afrique entre 2006 et 2010. Un succès réédité en club sous les couleurs d’Al Ahly où il remporte 5 Ligues des Champions de la CAF. Idem pour le congolais Trésor Mputu qui fût finaliste du mondial des clubs en 2009 au TP Mazembe, le tunisien Youssef Msakni et le sud-africain Percy Tau. Ces derniers furent respectivement champions d’Afrique en 2011 avec l’Espérance de Tunis et en 2016 avec les Mamelodi Sundowns.

Cape Town en Afrique du Sud par Falco – Image Pixabay CC0

A l’inverse des deux premiers, l’Aigle de Carthage et le Bafana Bafana ne resteront pas toute leur carrière en Afrique. Le premier s’en ira au Qatar en 2013 et le second en Angleterre cette année. Un choix probablement financier pour le joueur d’Al-Duhail Sports Club, un autre dit « de carrière » pour le Brésilien (surnom des Mamelodi Sundowns). Le natif de Witbank quitte la ligue professionnelle sud-africaine pour Brighton en Premier League. Mais le joueur de 24 ans sera directement prêté en D2 Belge au RU Saint-Gilloise. Il n’a pas reçu de permis de travail au Royaume-Uni.

Entrance to the The Mamelodi Sundown football club in Ekurhuleni, Gauteng, South Africa par NRJ ZA Wikimedia Communs CC-BY SA

Une démarche qui ne valorise en rien le football africain. Quitter un champion d’Afrique pour jouer les premiers rôles en Asie c’est bien mieux que de signer en bas de tableau européen. Evoluer c’est avancer et non reculer ! Il s’agit surement de sa touche à lui mais aussi d’une pensée africaine généralisée. Il faut jouer en Europe pour être pris au sérieux en Afrique : être « européen » pour être meilleur joueur africain. C’était le cas en 2017, c’est le cas en 2018. Les compétitions majeures africaines demeurent mésestimées. Mohamed Salah est plus l’un des meilleurs joueurs européens que le meilleur joueur africain. Rappelons qu’il n’a encore rien gagné avec son équipe nationale…

CAN 2019 : Les lions blessés, comme indomptables

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Le 2 décembre dernier, le Lion blessé de Fotouni perdait la finale de la Coupe du Cameroun face à Eding Sport 1-0. Un stade omnisports de Yaoundé comble, une belle fête, la fugace occasion pour les Camerounais, grands fans de football, d’oublier leur réelle déception de perdre l’organisation de la CAN 2019.

La triste nouvelle est tombée le vendredi qui a précédé ce match qui clôture la saison sportive de leur chère patrie. De nombreux observateurs, à l’instar du site d’information Camfoot, se sont interrogés sur la « franchise de la CAF » comme sur « la partition » jouée par le pays hôte. Quoiqu’aux yeux de ceux qui connaissent réellement le football camerounais, les lions indomptables n’ont jamais si bien porté leur nom.

MustangJoe – Image Pixabay CC0

Indomptables

Pour tout dire, le football camerounais n’a jamais vraiment brillé par son organisation. Ses écarts en dehors des terrains sont aussi indomptables que ses joueurs. Les problèmes de primes, les factures impayées d’hôtel et autres manquements ont continûment rythmé les courses dévorantes de la sélection nationale, sans jamais toutefois altérer son efficacité continentale.

Le Cameroun est champion d’Afrique en titre. Il l’est par le biais d’une équipe que personne n’attendait à ce niveau en 2017. Une victoire retentissante qui s’est achevée sur un chef d’œuvre d’Aboubakar Vincent. Le buteur du FC Porto concluait ainsi un parcours exceptionnel où son équipe envoyait successivement au tapis le Sénégal de Sadio Mané et Kalidou Coulibaly, le Ghana d’André Ayew quadruple champion d’Afrique et l’Égypte de Mohamed Salah, septuple champion d’Afrique. Un sacre au caractère inédit qui s’ajoute au beau palmarès d’un pays coutumier des rendez-vous où on ne l’attend pas.

Ben Sutherland – Image Flikr CC-BY 2.0

L’équipe nationale camerounaise occupe la seconde place de son groupe, ce qui l’assure d’être probablement qualifiée pour la CAN 2019. Une poule qu’elle partage avec le Maroc, leader et probable futur organisateur, le Malawi et les Comores. Les « Cœlacanthes » (le petit nom des comoriens) seront d’ailleurs les derniers invités à « Mfandena », le stade de l’équipe nationale camerounaise. Troisièmes à trois points des Lions indomptables, les coéquipiers d’Ali Ahamada tenteront de jouer les trouble-fêtes devant des favoris naturels. N’en déplaise à leurs détracteurs, les camerounais quintuples champions d’Afrique seront bien à prendre au sérieux à la prochaine Coupe d’Afrique des Nations. Galvanisés par leur récente défaite 2-0 au Maroc lors des qualifications, ils seront motivés pour aller chercher leur sixième couronne. Au cours de cette rencontre, ils s’étaient sentis lésés par l’arbitrage.

Hiroo Yamagata – Image Flikr CC-BY-SA 2.0

Les triomphes du football camerounais en Coupes d’Afrique se manifestent « toujours » de façon consécutive. Enclenchée, sa domination s’étend naturellement sur au moins deux ans, voire quatre. Des victoires en 1984 à Abidjan, 1988 au Maroc, après une finale perdue face à l’Égypte en 1986. Des victoires en 2000 au Nigeria, 2002 au Mali. Une victoire 2017 au Gabon, donc en 2019 au Maroc ? L’hypothèse est aussi plausible que lorsque le défenseur Lucien Mettomo était « comme chez lui » dans le nid du rival historique nigérian. Nous sommes le 13 février 2000 au Surulere Stadium de Lagos et le Stéphanois s’apprête à soulever ce trophée orné de ses couleurs vertes et blanches du drapeau des « Green Eagles ». Nigeria – Cameroun, deux buts partout, 120 minutes de grand jeu et de tirs aux buts de folie pour mettre en évidence l’incorrigible paradoxe camerounais. Un contraste entre l’organisation et les résultats sur le terrain, qui n’empêche pas le Cameroun de rester le second plus grand pays de football en Afrique et une référence dans le monde matière cuir.

AnnRos – Image Pixabay CC0

Un mal pour un bien ?

Le Cameroun pays organisateur de la CAN, c’est déjà arrivé une fois. C’était en 1972 et sa sélection se faisait prématurément sortir en demi-finales par le « petit » Congo, futur vainqueur. La victoire des « Diables Rouges » allait permettre au football camerounais de connaître une réforme nationale qui devait changer les fauves blessés en lions indomptables. Une déconvenue oui, mais la CAN perdue a tout pour redevenir un facteur de progression. Les supporters de Samuel Eto’o, Parick Mboma, Rigobert Song, Roger Milla, « Docteur » Abega, Mbida « Arantes », Samuel Mbappé Leppé… le méritent. C’est l’occasion de frapper un grand coup sur ce mode de gestion délicat, réanimer le football local et enfin franchir ce palier.

Gagner ou non la prochaine CAN ne doit rien changer. Le Cameroun a suffisamment fait ses preuves sur son continent : il est temps d’aller conquérir le monde. Et la seule façon d’y parvenir, c’est de s’organiser en dehors du rectangle vert comme un modèle footballistique. La « philosophie du cœur » fonctionne encore dans l’univers de la confédération africaine, mais perd toute son aura au moment de participer au Mondial et à la Coupe des Confédérations. Dans une Afrique qui progresse, il est temps que les lions indomptables deviennent définitivement une icône.

Duncan Hull – Image Flikr CC-BY 2.0

CAN 2015 : Comme des pharaons, les éléphants après les lions ?

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Les deux dernières coupes d’Afrique (Gabon – Guinée équatoriale et Afrique du Sud) ont eu la particularité d’avoir survécu sans deux gros morceaux du football africain : le Cameroun (4 fois vainqueur) et l’Égypte (7 fois vainqueur). En analysant de près le début des éliminatoires de la prochaine CAN, on a envie de dire : à qui le tour ? Le Nigeria piétine mais les supers eagles aiment bien conclure à la fin. Il serait donc fort probable que malgré leur début catastrophique, ils défendent leur titre au Maroc, mais … A qui donc le tour ? Et si c’était le tour de la Côte d’Ivoire ?

Un favori pas comme les autres

Une fois vainqueur de la coupe d’Afrique – en 1992 au Sénégal –, la Côte d’Ivoire est devenue au début du 21e siècle – notamment avec l’arrivée de Drogba – le meilleur favori du football africain. Avec leur génération dite dorée, elle a toujours été considérée par les médias comme la meilleure équipe africaine mais l’est-elle effectivement ? L’a-t-elle vraiment été ? Durant huit années au sommet des pronostics les plus sûrs, les ivoiriens n’ont jamais rien gagné. De 2006 à 2014, malgré deux finales jouées, les pachydermes sont restés des figurants dans le groupe de la mort.

Aujourd’hui encore après avoir été éliminée au premier tour par une Grèce nettement inférieure à elle, la côte d’Ivoire repart aux éliminatoires sur les mêmes bases : vainqueur sur le papier et perdante sur la pelouse. Avec une victoire défaitiste face à une Sierra Leone en crise et une raclée à Yaoundé, les oranges restent égaux à eux-mêmes : favoris. A ce triste sort s’ajoute la perte de leur capitaine emblématique, le winning eleven Didier Drogba, dont la seule présence faisait trembler les filets. Yaya Touré aura du mal à porter ce brassard déjà très lourd après deux rencontres et remplacer Tito sur l’herbe et dans le cœur des ivoiriens. Pour les hommes d’Hervé Renard, troisièmes avec trois points, la RDC sera très difficile à jouer dans cet aller-retour crucial. Il est temps pour eux d’être des favoris qui gagnent.

Can 2015 : Le retour des lions indomptables ?

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Quatre ans après l’avoir quitté en quart de finale, le Cameroun est sur le point de retrouver cette coupe d’Afrique qui lui est si chère. Barrée tour à tour par le Sénégal en 2012 et le Cap-Vert en 2013, la sélection tricolore a le devoir de nous faire oublier leurs différentes débâcles internationales, aussi bien sur le continent qu’en dehors. Avec six points de pris sur six possibles, face à la RDC (0-2) et à la Côte d’Ivoire (4-1), les coéquipiers de Stéphane Mbia semblent bien partis pour le Maroc. Prendre six autres – précieux – points dans cette double confrontation avec la Sierra-Léone, le petit poucet du groupe, ne devrait leurs pas causer de problèmes.

Un contexte favorable

A la suite du mondial camerounais au Brésil les carottes semblaient cuites. Les prestations comportementales et sportives de Samuel et les autres faisaient – à juste titre – de nos lions des bonnets d’ânes. C’était sans compter sur la portée négative de cet accident prémédité du ndamba (1) en terre camerounaise. En 2010 la pilule était passée mais après Manaus, ils ont tous été chassés. Le Cameroun a été exorcisé et a pu repartir à zéro. Le drapeau est reparti dans les bras de Wolke Finke et Stéphane Mbia est nommé capitaine au nez et à la barbe de l’ancien vice-capitaine Nicolas Nkoulou. Il sera respectivement secondé dans son action par Vincent Aboubakar et Eric Maxime Choupo-Moting. Le Cameroun gagne donc une nouvelle ère et les premiers résultats sont très prometteurs : six buts marqués et un encaissé en deux matches : il y’a de quoi s’enflammer.

Une équipe jeune en forme et puissance

Beaucoup pensaient qu’après la génération Eto’o, le Cameroun aurait du mal à trouver le chemin des filets. C’est vrai, au vu de ses statistiques historiques et stratosphériques, qu’il sera dur de l’oublier mais il faut savoir déjà que personne n’est éternel, personne n’est irremplaçable (surtout quand on n’est pas irréprochable). S’il a remplacé, il sera remplacé. C’est certainement vrai que la vitesse avec laquelle ils ont été remplacés est inhabituelle pour la science du football. Mais il est plus certainement vrai encore que le football camerounais est pétri de talents. Il est odieusement vrai que la gérontocratie était plus qu’en vigueur dans les vestiaires des lions depuis au moins quatre ans. Les jeunes étaient sélectionnés et systématiquement ignorés. On voit avec ce nouvel état d’esprit qu’ils ont tort de tuer la jeunesse, qu’ils ont eu tort de nous priver du « président » Clinton Njié. Auprès d’une telle forme, le fond ne saurait être un obstacle surtout que derrière le fiasco brésilien, les crinières, les têtes fortes de la tanière (Mbia, Nkoulou, Choupo-Moting, Matip, Njié, Aboubakar) semblent avoir retrouvé le poil de la bête. Rendez-vous les 11 et 15 octobre pour la conclusion.

Liste des joueurs convoqués:

I- GARDIENS

NDY ASSEMBE FC Nancy
ABOGO Pierre Sylvain Tonnerre de Yaoundé
ONDOUA Joseph Fabrice FC Barcelona

II- DEFENSEURS

DJEUGOU Cédric – Coton Sport de Garoua
GUIHOTA Jérôme – FC Valenciennes
NLATE EKONGOLO Brice – O. Marseille
NKOULOU Nicolas – O. Marseille
BANA MOUSSA – Coton Sport de Garoua
BAGNACK Frank – FC Barcelona
OYONGO BITOLO Ambroise – New York Red Bulls
Bedimo Henri

III- MILIEUX:

ENOW EYONG –
MBIA Stéphane –
LOE Raoul Cédric – C.A Osasuna
SALLI Edgar – A.S Monaco
ZOCK Guy Christian – Cosmo de Bafia
MANDJECK Georges – Kayseri Erciyesspor
KOM Franck – Etoile Sportive du Sahel

KIBONG à MBAMBA Marc – Konyarspor

IV- Attaquants

CHOUPO-MOTING Eric – Schalke 04
MOUKANDJO Benjamin – Stade Reims
ABOUBAKAR Vincent FC – Lorient/Porto
KWEUKE Léonard – Caykur Rizespor
N’JIE Clinton – O. Lyon
ETOUNDI Franck – FC Zurich

NB : Matip sera le grand absent

1 ballon dans le langage urbain camerounais

 

La force noire

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L’impérialisme grandissant, le football arrive sur les terres africaines avec la colonisation. Fusils au dos, bibles en main, les colons foulent le sol africain balle au pied. Le cuir blanc se tâche de noir et le football devient logiquement une religion. Les africains apprennent vite et ne tardent pas à introniser le sport roi. Dès 1934, le berceau de l’Humanité fait ses premiers pas loin de ses terres. L’Afrique rime désormais avec Jules Rimet. L’Égypte, doyen des États africains indépendants, devient la première équipe africaine à participer à une coupe du monde de football. En 1957 La C.A.F (Confédération Africaine de Football) est créée. La première organisation panafricaine aura pour rôle de réunir les fils de sa terre en leur vantant les mérites du ballon rond à travers des compétitions continentales. Mais depuis 1974, le mondial s’est assombri. La primaire prestation lugubre de l’Afrique noire a laissé un goût amer au monde du football. A l’avenir, les épopées légendaires de 1982 et 1990, 2002 et 2010 appartiennent au passé. Les lions passent dorénavant pour des singeries. Maintenant, il faut payer avant d’être servi.

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L’important c’est de participer

À la fin du mondial 2014 au Brésil, l’Afrique a encore brillé par sa stupide cupidité. Les noirs africains sont apparus aux yeux du monde comme des bêtes sauvages avides d’argent. De Boye – défenseur ghanéen – embrassant son enveloppe d’argent à Assou Ekotto – défenseur camerounais – donnant un coup de tête à son propre coéquipier, on aura tout vu. On aura surtout remarqué qu’à chaque fois qu’une équipe africaine parlait de prime, elle se faisait battre au match qui suivait.

Parler de racisme autour du ballon rond c’est bien mais lorsqu’on voit des singeries pareilles on se dit c’est ridicule. Ce n’est pas de leur faute si on est noir. Comme les chefs de village qui vendaient leurs jeunes bras à l’esclavage pour un verre de scotch et un miroir, les stars black ont piétiné l’espoir de tout un continent pour une poignée de dollars.

Même si l’Afrique a pour la première fois présentée deux équipes au deuxième tour de la coupe du monde, les prestations africaines au mundial sont restées noires. On pense évoluer pourtant la régression est aussi palpable que considérable. Quand on regarde les prestations américaines, asiatiques et océaniennes on a honte d’être africain. La plus grande de nos fournitures sur la scène mondiale est un quart de finale quand en Asie, Europe et Amérique c’est au moins les demi-finales. De 1934 à 2014, l’important n’est que de participer.

Les noirs sont les meilleurs joueurs du monde, des stars du football planétaire, mais leurs étoiles brillent dans l’obscurité. Yaya Touré, Eto’o et compagnie – adulés et bien payés dans leurs clubs – n’ont jamais su donné que des coudes dans le dos à leurs frères africains. Oui c’est peut-être la faute de l’environnement autour – si les zaïrois ont pris 18 buts sans rien marquer en 1974 – si le mythe de l’Homme Blanc est si bien préservé mais à qui la faute si la mentalité noire est si cupide? À qui la faute si les noirs ne font et n’ont jamais rien fait ? Quand on pense pour son pays on ne pense plus à sa panse. On pense à ces supporters qui se meurent – et meurent – pour leurs idoles. Quand on joue on ne devrait penser qu’à ça. On ne peut pas suivre deux lièvres à la fois. Ou vous jouez pour votre nation ou vous jouez pour votre argent. Roger Milla est le joueur africain du siècle, non pas parce qu’il a « ignoré » Jeanvion, mais parce qu’il jouait pour son pays même en club. La Zambie a prouvé – après l’Egypte – qu’un match – qu’une compétition – ne se gagne pas sur le papier mais sur la pelouse. Didier Drogba, meilleur joueur de tous les temps à Chelsea c’est bien, mais la Côte d’Ivoire championne du monde de football c’est encore mieux. Si le Nigéria et le Cameroun ont été médaillés d’or aux jeux olympiques en 1996 et 2000 c’est que l’important n’est plus de participer.

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