Le football peut développer l’Afrique : réponse à Foumi

Article : Le football peut développer l’Afrique : réponse à Foumi
Crédit: Sharonang / Iwaria
2 mars 2022

Le football peut développer l’Afrique : réponse à Foumi

Dite sous-développée, l’Afrique cherche encore à sortir de sa caverne. Elle n’a toujours pas trouvé sa voie et pourtant elle est spécialisée dans le sport roi…

https://twitter.com/AllezLesLions/status/1497977059079032839

Lire aussi : Le football ne peut pas être la priorité des Africains – Avec Foumi – Avec Foumi (mondoblog.org)

Le football construit

Le football n’est pas un jeu. Le jeu le plus simple est un métier qui paye très bien son homme et attire les foules comme la gloire. Il élève les individus avant les immeubles, l’objectif ultime. « Men are building buildings. We are building Men », dixit le sport des anglais.

https://twitter.com/CanalFootClub/status/1217400757487591424

Lorsqu’un pays organise une compétition internationale, il ne construit pas que des stades. À côté de ces enceintes luxueuses, des hôpitaux se lèvent, des hôtels poussent, des routes se faufilent et des écoles se profilent. Les retombées financières sont telles que toutes les cases économiques sont cochées. Le football est un axe de développement ultra fiable…

https://twitter.com/fifacom_fr/status/1496038369779924994

L’Occident s’est construit autour des loisirs, voire des plaisirs. Regardez l’Espagne ! Elle n’a rien de plus que de nombreux pays africains : elle a le sport. Formule 1, handball, basketball, tennis, football, les Espagnols ont misé sur la sueur pour trouver l’or. Si vous avez un Sadio Mané dans chaque village, un homme capable de construire un hôpital, un stade et une école, l’Afrique serait développée depuis des lustres.

Le football accélère le processus de développement. Dix stades de football, c’est dix obligations de construire des hôpitaux, des routes, des écoles etc. En un mois le Cameroun est passé de pays du tiers monde à pays capable d’organiser la Coupe du Monde. Un pays sous-développé peut-il organiser le mondial ? Les contours de la notion de développement sont maintenant redéfinis. Un pays développé est-il un pays avec de belles infrastructures ? Certainement non. Le développement est un tout que le football est capable de donner.

Le football crée l’emploi

Le football c’est tout un écosystème. Dans son environnement, il n’y a pas que les footballeurs. Il y a les arbitres, les entraîneurs, les stadiers, les agents chargés de la sécurité, les médecins, les infirmiers, les avocats, les huissiers, les présidents, les directeurs, les formateurs, les journalistes, les réalisateurs, les producteurs, les cinéastes, les acteurs, les chanteurs, les DJ, les commerçants, les hommes d’affaire, les techniciens de surface, les nounous, les jardiniers, les maçons, les menuisiers, les cuisiniers, les plombiers, les cordonniers, les stylistes, les informaticiens, les graphistes, les community managers, les webmasters, les rédacteurs web, les youtubeurs, les blogueurs… Quand le football va bien, tout le monde va bien…

Le football édifie

Collectif, le football est un facteur de cohésion sociale. À mon poste, je joue pour mon coéquipier, mon voisin, mon compatriote, pour voir mon équipe gagner, mon pays se développer. Rassembleur, il développe en vous un sentiment d’appartenance, l’empathie, la confiance en soi. Luttant contre la délinquance juvénile, il suscite le sens de la responsabilité, le leadership, l’abnégation et la discipline par dessus tout.

Les footballeurs sont des adultes déguisés en enfants maturés par une activité qui les oblige à penser plus vite que leur ombre. Ils scolarisent des enfants, financent des projets. Ils résolvent des problèmes de physique en une seconde, quand les intellectuels ont souvent besoin de deux heures… : le match est fini.

Sur la pelouse ils font face à tous les maux de la société : violences verbale et physique, racisme, injustice etc. Dans un monde idéal, les matchs de football remplaceraient les guerres. Real Madrid – Barcelone…

Le football entretient la méritocratie

Pour jouer au football, un pied et une sphère suffisent. Papier froissé, emballage rembourré, bouteille en plastique, tous les moyens sont bons pour taper dans un « ballon rond ». Le rêve est permis, pas besoin de payer une pension pour ça. Pauvres, riches, l’important c’est d’être bon balle aux pieds. Sur la cour du roi des sports, tout le monde est sur le même « foot » d’égalité…

https://twitter.com/_BeFoot/status/1320282530331983872

ABDO-MEN

Quand le monde s’est arrêté, le sport a continué de le garder en vie. Esclavage, colonisation, l’histoire nous a appris que les premiers noirs libres étaient des sportifs. Ils couraient pour gagner la liberté, ils courent pour gagner leur vie. George Weah président du Liberia était par exemple un ancien footballeur international. Le football a tellement donné à l’Afrique qu’il serait quasiment ingrat de dire le contraire. En termes de capitaux, d’élites, aucune discipline, toutes catégories confondues, n’a fait mieux que cette activité qui n’a pas besoin d’argent pour se développer.

Si on sort de notre intellectualisme pour rentrer dans le pragmatisme du développement, on se rendra compte que le football est un minerai précieux que l’Afrique n’a pas su exploiter à bon escient, contrairement à certains. Une fois de plus, ce sont les autres qui profitent de ses richesses. Égoïstes, les Africains ne se projettent pas au-delà de leurs abdomens. Les footballeurs ont des plaquettes de chocolat…

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Commentaires

Foumilayo Assanvi
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Je savais que beaucoup ne seraient pas d'accord avec moi. Mais, je ne m'attendais pas à ce Fofoot consacre un article à partager sa vision de la question. Je suis agréablement surpris. Merci beaucoup de participer à la discussion et à la réflexion.

Sur le fond de l'article, on est bien heureux de lire tous les avantages et toutes les opportunités que le football peut susciter. Ce qui me réjouis et me conforte dans ma position est que tous les exemples qui ont été cités sont des exemples qui évoluent dans des contextes européens. Sadio Mané, Edouard Mendy ou Eto'o seraient-ils les mêmes si à un moment donné, ils n'avaient pas connu l'exil ? A un moment, Fofoot nous propose d'imaginer que plusieurs Sadio Mané existent. La réalité, c'est qu'il ne peut pas avoir un Mané par village, car beaucoup meurent avant même d'avoir eu le temps de voir un vrai ballon de leurs yeux. Avant de jouer au football, il faut vivre, et bien. C'est ce que je demande que l'Afrique fasse. Pas qu'on refuse d'investir dans le football, mais qu'on commence par le commencement. Aussi, tu dis à un moment "Quand le football va bien, tout le monde va bien…". Sauf qu'en Afrique, le football ne va pas bien. On ne doit pas s'arrêter à la CAN pour juger de la santé du football africain à mon avis. Combien de championnats locaux tournent à plein régime, avec des équipes qui financent leurs infrastructures, des supporters qui dépensent dans l'économie des clubs et qui remplissent les stades chaque week-end ? En réalité, il n'y a rien qui fait rêver dans le foot africain, à part la CAN. Aucun footballeur africain en devenir ne rêve de faire une carrière linéaire sur le continent. L'objectif est d'aller toucher le rêve en Europe. Avant que le foot africain ne puisse susciter un rêve équivalent à celui de l'Europe, il faut que les conditions de vie des Africains équivalent à celles des Européens. Ce qui n'est pas encore le cas. Et c'est là que nous devons concentrer nos efforts. Le développement du sport et du football s'intègrera ainsi dans un cercle vertueux de croissance et de développement.

Un dernier point : on voit avec la guerre en Ukraine comment le football est devenu le dernier des soucis. C'est ainsi que la vie des Africains prévaut sur le football. On ne peut pas laisser des gens mourir de faim, de soif et entretenir des infrastructures qui servent à accueillir un match par an. Ce n'est juste pas logique.

Merci infiniment d'avoir prolongé la discussion sur le rôle ou la place du foot dans le développement de l'Afrique sur ton blog. C'est super.

Fouda Fabrice
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Bonsoir Foumi. Je suis tout à fait d'accord sur ce que tu dis. Cela dit, je considère le football comme un moyen de développement, comme un minerai qu'on n'a pas su exploiter. Sadio Mané et Eto'o sont des exemples "européens", mais je peux te citer des milliers qui ne jouent pas en Europe, qui jouent en Chine, aux États-Unis, au Japon ou au Moyen Orient etc, et qui génèrent des capitaux énormes. Si tu ne traites pas l'or, il ne sera jamais une pierre précieuse. L'Angola par exemple a un championnat local professionnel où beaucoup d'Africains vont jouer. Rivaldo, le Ballon d'or y a même joué. Tout est une question d'organisation. Autour du football, on peut bâtir une société riche et prospère, aussi bien sur le plan sportif, urbain et éducatif. On ne doit négliger aucune voie. Le football en lui-même n'est pas un problème. C'est la gestion du football qui pose problème. Le football ce n'est pas le championnat, la CAN, c'est une industrie qui demande très peu de moyens pour s'élever. Pour jouer au foot, tu as besoin d'avoir deux pieds et de l'imagination. Pour aller à l'école, tu as besoin, d'un stylo et des cahiers. Au football on devient un homme à 16 ans. À l'école, on rentre dans la vie d'adulte à 16 ans. Etc. Pour chuter, je vais paraphraser un journaliste sportif maghrébin, lequel a dit une fois : "en Tunisie, après le président de la République, c'est le président de l'Espérance de Tunis".

Encore merci pour toutes ces réflexions. Je grandis en te lisant. C'est l'Afrique et MONDOBLOG qui gagnent...