Dis-moi qui t’inspire, je te dirai qui tu es. Pour grandir, tout individu a besoin de modèle. D’une influence qu’il considère comme une issue à la réussite. Ainsi le tuteur sera jugé par les actes de ses apôtres. Aimé Jacquet a inspiré Didier Deschamps : il a été champion du monde. Johann Cruyff a inspiré Guardiola : il est double champion d’Europe. Manuel Sergio a inspiré Mourinho : il est double champion d’Europe. Qu’en est-il de Josep et José à leur tour ? Leurs succès respectifs ont démontré la force de leurs mentors. Peut-on en dire autant du catalan et du portugais ? Quelles sont leurs réelles valeurs ? La réponse posée sur un rocher…

Arsenal youth team coach Thierry Henry before the game against Olympiacos. par joshjdss – Wikimedia Commons CC BY-SA 2.0

« Guardiola est ma référence »

Thierry Henry : « Pep est pour moi la référence. J’ai réappris à jouer quand je suis arrivé à Barcelone sous ses ordres. Avec lui, vous pouvez parler de jeu. Il ne pourrait même pas s’arrêter pour dormir, il continuera pendant que vous vous endormirez. Vous connaissez ces choses qu’il a inventées dans le jeu, j’ai vu cela de près. » Le champion du monde 1998 vient de signer à l’AS Monaco. Nous sommes le 17 Octobre 2018 et Titi remplace Leonardo Jardim sur Le Rocher. Son objectif : sauver Monaco de la relégation. Le second du dernier exercice de Ligue 1 va très mal…

Le Gunner arrive donc en sauveur. L’ancien adjoint de Roberto Martinez en sélection belge a tout pour réussir dans la Principauté. Tout sauf la réussite elle-même : l’essentiel. 5 victoires, 11 défaites et 4 matchs nuls en 20 matchs : un bilan catastrophique. Une disette qui s’étend jusqu’en Ligue des Champions. Les Asémistes (surnom des joueurs de Monaco) y ont débuté par deux défaites, ils finiront derniers avec un match nul. Henry n’a glané qu’un point sur les douze qu’il pouvait récolter dans sa poule. Un désastre illustré par la lourde défaite des Monégasques à domicile face au FC Bruges 0-4.

Malgré les signatures de Fabregas, Naldo et Ballo Touré au sein d’un effectif déjà bien étoffé, Henry arrive à peine à « perdre ». Mêmes les équipes les plus faibles telles que l’AS Canet, Caen, Guingamp, Dijon ou Strasbourg – dans une moindre mesure – lui ont donné du fil à retordre. La défaite 1-5 à Louis II face aux strasbourgeois a été la goutte d’eau de trop dans le vase. Un récipient définitivement renversé par le FC Metz en Coupe de France. Le meilleur buteur français de l’histoire a été remercié juste après et remplacé par son prédécesseur.

Leonardo Jardim  – Wikipédia CC BY-SA 4.0

« Mourinho est notre modèle »

Leonardo Jardim : « J’aime les techniciens qui ont un modèle de jeu et une méthodologie propre. Au Portugal, Mourinho est notre modèle. Sinon, Ferguson est un top entraîneur.» Nous sommes le 13 Septembre 2017 au micro d’Olivier Brossard. Le portugais réagissait alors dans les colonnes de France Football. Aujourd’hui il est de retour dans cette équipe qu’il a incarné durant 4 ans. Parti en début de saison après un bilan affligeant de 8 défaites 3 matchs nuls et une victoire, il revient redorer le blason des belles traces qu’il a laissées dans l’histoire du club. Le technicien qui a révélé Kylian Mbappé et redressé Radamel Falcao fût champion de France en 2017, quart-de-finaliste et demi-finaliste de la Ligue des Champions en 2015 et 2017.

Tel qu’il le dit lui-même, les éliminations successives du PSG en huitièmes de finale de C1 « valorisent ce qu’ils ont fait ». Il s’est souvent pris des valises (4-1, 7-1 etc.) face à Paris mais ce n’était que 3 points de perdus. De 2014 à 2018, il a fait un travail énorme dans un groupe continuellement remanié. Un ouvrage qui a toujours maintenu son équipe sur le podium durant toutes ces saisons. Son retour sur le banc des Rouges et Blancs devrait être salvateur.

Avec les renforts du mercato hivernal, il est possible de voir l’ASM de l’ancien coach du Sporting Lisbonne se relancer. Après une autre défaite à Dijon en championnat et une élimination aux pénaltys en demi-finales de la Coupe de la Ligue à Guingamp, ce sera très difficile mais pas impossible. De 2-0 à 2-2 après avoir mené 2-0, l’évolution semble dans le bon sens. Surtout qu’elle renoue avec la victoire… 2-1 face à Toulouse. Une première cette saison en championnat à Louis II qui permet au club de la Principauté de souffler en passant barragiste.

Stade Louis-II à Monaco par Валерий Дед – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Jardim n’est pas le seul tacticien qui « remet » en question l’inspiration de Thierry Henry. Patrick Vieira obscurcit également sa perception du jeu. Son ancien coéquipier à Arsenal est arrivé quelques mois avant lui en Ligue 1 et il s’en sort plutôt bien. L’entraîneur de l’OGC Nice fait du bon boulot avec un effectif moyen. Une réussite peu anodine quand on sait qu’il n’a jamais vraiment quitté les terrains. Co-fondateur des projets Diambars et Génération Foot au Sénégal, il suit le parcours logique d’un footballeur retraité. Entraîneur des jeunes de Manchester City et de New-York City en MLS aux Etats-Unis, l’ancien poulain de José Mourinho à l’Inter n’a pas cessé d’aguerrir sa connaissance du jeu après avoir passé ses diplômes.

Patrick Vieira – F.C. Internazionale Milano. par Steindy (talk) – Wikipédia CC BY-SA 3.0

Milieu défensif de formation, le coach niçois a gardé les pieds sur terre pendant que Thierry Henry s’éloignait de son sujet en devenant consultant. Un poste grassement rémunéré qui a raccourci son passage chez les U16 d’Arsenal en 2015. Après l’obtention de son diplôme en 2016, il a même voulu cumuler son poste à Sky Sports à celui d’entraîneur des U18 chez les Canonniers (surnom des joueurs d’Arsenal). Une idée sans suites, le manager Arsène Wenger s’y opposant.

Vu de loin, le football est facile à comprendre. Sauf que le sport est une science empirique. Il faut le vivre pour mieux l’appréhender. Henry n’est pas un mauvais entraîneur. Il est juste la preuve que les journalistes sont très loin de la réalité lorsqu’ils parlent de football. Son échec est un message fort à ces footballeurs devenus consultants qui ont la gâchette facile lorsqu’il s’agit de descendre le travail des autres. Un spécialiste de la médecine est un médecin. Un spécialiste du journalisme est un journaliste. Un spécialiste du sport est un sportif.

André Villas Boas par Вячеслав Евдокимов – Wikipédia CC BY-SA 3.0

Fin des comptes

Thierry Henry et Jardim ne sont pas les seuls outils de comparaison entre Mourinho et Guardiola. D’autres entraîneurs participent à la confrontation. On a par exemple Feu Tito Villanova champion d’Espagne au FC Barcelone avec 100 points et 15 points d’avance sur le deuxième. Un digne fils de Pep, un record de taille qui néanmoins n’est rien comparé à celui de l’école Mourinho. Les succès parmi les élèves du portugais sont nombreux. Parmi eux on peut citer : son ancien adjoint André Villas Boas, auteur du triplé Championnat – Coupe – Ligue Europa avec le FC Porto en 2011 ; Roberto Di Matteo, premier vainqueur de la Ligue des Champions avec Chelsea en 2012 ; ou encore Zinédine Zidane, ses 3 Ligues des Champions et sa Liga.

Zinédine Zidane par Raphaël Labbé – Image Flickr CC BY-SA 2.0

Le français a plus appris de José Mourinho que de Carlo Ancelotti. Le natif de Setubal est clairement son influence. Il a passé trois années avec lui contre deux avec l’italien. Ses trois victoires successives en finale de Ligue des Champions sont la symétrie parfaite des trois demi-finales d’affilée de Mourinho par rapport à Ancelotti et Benitez. Une similarité mathématique qui s’observe encore mieux dans le management des derniers techniciens de la Maison Blanche à avoir été champions d’Espagne. Leurs gestions distinctes du vestiaire se rejoignent en tout point. La façon de ZZ d’administrer les stars par exemple est foncièrement identique à celle de JM. Pas d’cadeaux ! Seuls les meilleurs jouent… CR7 ou pas CR7.

Sur les cinq que Ronaldo a connus à Madrid, Mou et Zizou sont les seuls coaches à lui avoir nettement signifié qu’il pouvait aller sur le banc comme Gareth Bale ou Karim Benzema. Un remplacement qui pouvait arriver si le quintuple Ballon d’or n’était pas bon ou pour faire tourner l’effectif. Une rotation à la base même du succès historique de l’ancien capitaine des Bleus. Il préservait El Commandante (surnom de Cristiano Ronaldo) pour les grands rendez-vous : il n’a pas eu peur de lancer des « inconnus ». Enfin, les équipes de Zidane gagnaient à l’image de celles de Mourinho. C’est-à-dire avec du caractère…

Josep „Pep“ Guardiola, Bayern München par Thomas Rodenbücher – Wikipédia CC BY-SA 2.0

La vérité si je mens

De Pep Hleb a dit : « Il n’a jamais été le meilleur entraîneur du monde, il a simplement eu la chance d’être à la tête de la meilleure équipe, avec les meilleurs joueurs. » C’est surement son point de vue. Cependant l’ancien ailier d’Arsenal et du FC Barcelone est loin de faire fausse route. Sans même avoir été entraîneur adjoint, le Blaugrana (surnom des joueurs de Barcelone) a été nommé à la tête du Barça en 2008. Une fonction qui arrive deux ans seulement après l’obtention de son diplôme. De D4 Espagnole à la Liga, l’ancien milieu récupérateur a été projeté au haut niveau sans véritables raisons sportives. Une montée de champion en Segunda B avec le FC Barcelone B suffit-elle pour entraîner l’un des meilleurs clubs du monde ? Certainement non… Il faut bien plus.

Guardiola n’a jamais connu la difficulté. Pour lui, gagner est évident. Il a toujours entraîné des équipes déjà au top. Vainqueur de la Ligue des Champions en 2006, le Barça avait été relevé par Frank Rijkaard deux ans avant qu’il n’arrive. Le Bayern de Munich était la meilleure équipe d’Europe lorsqu’il a signé en Bavière en 2013. Les Roten (surnom des joueurs du Bayern) sortaient d’un triplé historique Championnat – Coupe – Ligue des Champions quand Juup Heynckes arrêtait sa carrière. Quant à Manchester City, il l’a pris à son maximum. La meilleure équipe en Angleterre depuis 2012 venait de jouer la première demi-finale de Ligue des Champions de son histoire en 2016.

David Silva at Euro 2012 final Spain-Italy par Илья Хохлов – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Oui il a été champion avec 100 points en 2018. Mais sa vision et son recrutement n’y sont pour rien. L’impact de Leroy Sané et autres Gabriel Jesus est aussi irrégulier que le 3-5-2 inefficace qu’il a mis en place à ses débuts en Premier League. Un simple 4-3-3 pour changer, dès qu’il est revenu aux fondamentaux il a enchaîné les succès. Grâce à l’ossature que ses devanciers ont laissée, il continue de triompher. Une charpente formée de : Kompany (Mancini), Fernandinho (Pellegrini), David Silva (Mancini), Kevin De Bruyne (Pellegrini) et Sergio Aguero (Mancini). Sans eux City est considérablement amoindri. Par conséquent pour que ses élèves et lui réussissent, il faut que leurs prédécesseurs aient laissé derrière eux une situation stable. Ce qui n’était pas le cas lorsque Thierry Henry est arrivé à l’ASM…

FC Porto par iamout – Pixabay CC0

Par contre, Mourinho et ses continuateurs sont capables de gagner partout. Il suffit que la formule du fils de José Manuel Mourinho Félix soit fidèlement employée. Le Special One jouit d’une philosophie qui reconstruit les équipes et leur donne une base solide. C’est ce qu’il a fait à Porto, à Chelsea, au Real Madrid, à l’Inter de Milan et à Manchester United. A chaque fois qu’il est arrivé dans un club, ce club a définitivement franchi un palier.

Toutefois cette capacité à facilement s’imposer mettra souvent ses affidés en conflit avec leurs dirigeants. On assistera alors soit à un excès d’estime à leur encontre, soit à un manque regrettable de respect. Quoique la dernière hypothèse reste la seule véridique dans ce cas. Du respect ils le méritent amplement puisqu’ils ont fait du bon travail. Ce n’est pas une faveur…

Avoir de l’estime pour un entraîneur c’est estimer sa parole. Vous ne lui montrez pas la porte lorsqu’il souhaite des renforts à la hauteur du challenge que vous lui imposez. Un enfant qui réussit sous la lumière d’une bougie a le droit de réclamer l’électricité pour s’améliorer. Il n’en fait pas trop. Elle n’en fait pas trop… La méthode Mourinho met souvent la barre tellement haute qu’on pense qu’elle n’a besoin de rien pour réussir : qu’on peut lui assigner n’importe qui et elle va fonctionner. Et pourtant ce sont des faiseurs de miracles : pas des magiciens. A chaque niveau ses joueurs. Le Christ a multiplié les pains, il ne les a pas fait apparaître.

José Mourinho par Жозе Моуринью – Wikimedia Commons CC BY-SA 2.0

« Qu’il te soit fait selon ta foi »

Un miracle requiert le concours loyal du demandeur pour s’opérer. On ne remplace pas Moutinho et Fabinho par Aholou et Pelé. Il y va de l’équilibre du jeu. A force de jouer avec le feu, on finit par se brûler. Si en début de saison on avait donné à Jardim la qualité des joueurs qu’Henry a demandés et reçus, il ne serait certainement pas parti. En outre, Mourinho a commencé au bas de l’échelle avant de se retrouver au sommet. Avant d’être l’entraîneur des plus grands clubs au monde, il a été professeur de sport dans son pays. Sa méthode est donc applicable à tous les échelons du Ballon Rond. Elle garantit une place dans le temps à son utilisateur quand celle de Pep demande beaucoup de moyens pour exister. Souvent pour rien car pour avoir de l’impact, le football marche au respect, au collectif, à la force de caractère, à l’égalité des chances et au talent. Le Barça a attendu 4 ans pour regagner une Ligue des Champions après Joseph. Le Real Madrid a gagné 4 Ligues des Champions après José. Guardiola gagne grâce à ses prédécesseurs, Mourinho sublime ses successeurs…

L’actualité en cette fin d’année c’est évidemment l’éviction de José Mourinho. Le double champion d’Europe a beau demander une pause pour sa famille et lui, le critiquer demeure une obsession pour nombre de médias. Paul Pogba a même été salué pour lui avoir adressé un message de « remerciement ». De qui se moque-t-on ? Le français a tout fait pour qu’on chasse le portugais et aujourd’hui il joue les compatissants… Trêve de pitreries ! Parlons de choses sérieuses. Parlons de la dernière sortie de Guardiola contre le racisme : « Mes enfants vont à l’école avec des Indiens, des noirs, des gens normaux de partout dans le monde… ». Est-ce à dire que les noirs, sans oublier les indiens, ne sont pas des gens normaux ?

Guardiola par Omnium Cultural – Image Flickr CC BY-SA 2.0

Intouchable

Le 8 Décembre 2018 lors de la défaite 2-0 de City à Stamford Bridge contre Chelsea, Raheem Sterling a été victime d’insultes racistes. Au cours de la traditionnelle conférence de presse d’avant match, son entraîneur a tenu à lui apporter son soutien avant d’affronter Hoffenheim en Ligue des Champions le lendemain. Un geste qu’il fit naturellement en prononçant les mots entre guillemets ci-dessus. Une phrase que le site Besoccer a tenu à ressortir pour certainement préserver son objectivité vis-à-vis d’une situation qui a suscité beaucoup d’émois, « l’émotion nègre, la raison hellène ». Le média sportif est d’ailleurs l’une des rares plateformes à avoir mis en avant ce qu’ils vont eux-mêmes appeler une « faute de communication ». C’est écrit en gras en bas à la fin de leur article « Mes enfants vont à l’école avec des Indiens, des noirs, des gens normaux… » : « Une phrase qui a fait le tour des réseaux sociaux, chacun peut interpréter comme ils le souhaitent, mais c’est surtout une faute de communication. » Il y’a donc manifestement un souci derrière leur conclusion de « décrasser » le discours du catalan en brandissant l’erreur comme raison. Et c’est là où le bât blesse…

Skitterphoto – Image Pixabay CC0

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. L’impartialité de Besoccer est à encenser. Le site porte bien son nom et son épilogue dans l’article en question n’est qu’un bref aperçu de la prise de position générale des médias sur Internet. Pour ces « partisans de l’erreur », la sortie de Pep en conférence de presse se résume à ce titre de RMC Sport : « Manchester City: « Il Faut Combattre Le Racisme », Lâche Guardiola Dans Une Belle Tirade ». L’hagiographie est en marche. Le technicien est médiatiquement peint comme un bel orateur malgré que son allocution contienne des fausses notes qui mériteraient bien d’être rapportées.

Les propos de la causerie qu’ils ont choisi de mettre en exergue sont les suivants : « Le problème, c’est que le racisme est partout, et pas seulement dans le football, malheureusement. Si ce n’était que dans le football, nous serions en sécurité. Mais le racisme est partout. On le voit avec ce qu’il se passe aujourd’hui avec les migrants, les réfugiés dans le monde entier, et la manière dont nous les traitons alors que nos grands-parents et nos arrières grands-parents étaient eux-mêmes des réfugiés. (…) Le racisme est omniprésent dans la société. Et c’est pourquoi il faut le combattre au quotidien. Il ne peut y avoir aucune tolérance à ce sujet. Il faut se battre. Pour les droits de l’homme, pour construire une meilleure société, pour notre futur » C’est clair et c’est net !

Guardiola par Milos Radovanovic – Image Flickr (Domaine Public)

C’est moi qui ai fait çaaa… ?

Nationaliste catalan, Pep sait de quoi il parle. De quoi, de qui, de lui ? Lui ce fils de cette Catalogne « victime d’un État qui a mis en place une persécution politique indigne d’une démocratie dans l’Europe du XXIe siècle » et « ambassadeur d’un séparatisme catalan radicalisé » ? « Nos grands-parents », « nos arrières grands-parents » : on dirait bien… Non ? Somme toute, chaque information doit être vérifiée pour être qualifiée de vraie. La piste du monologue n’est pas à exclure. « Dans la Catalogne indépendantiste, Pep Guardiola est un symbole ». Une représentation qui est loin de faire l’unanimité chez les footballeurs africains. Trois en particulier sur les cinq qu’il a entraînés avec Wilfried Bony et Riyad Mahrez, se sont totalement lâchés à son sujet.

Yaya Toure et Peter Vagenas par Marc W – Image Flickr CC BY 2.0

Yaya Touré : « Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’impression qu’il (Pep Guardiola) me jalousait, qu’il me prenait pour un rival. (…) Comme si je lui faisais un peu d’ombre. Il était cruel avec moi. Vous croyez vraiment que Barcelone aurait pu faire ça avec Iniesta ? J’en suis arrivé à me demander si ce n’était pas à cause de ma couleur. » L’intéressé niera les faits et rétorquera au micro de la télévision catalane TV3 en disant : « C’est un mensonge et il le sait. On a été ensemble pendant deux ans et c’est maintenant qu’il dit ça. Il ne me l’a jamais dit en face. »

FC Barcelona – Bayer 04 Leverkusen, 1/8 Final UEFA Champions League, Season 2011/2012 par Shai Pal – Wikimedia Commons CC-BY-SA

Et Seydou Keita alors… : « J’ai entendu de nombreuses fois Guardiola dire qu’il m’appréciait beaucoup dans la presse. Comme il disait du bien de moi, je pensais que tout allait bien mais ensuite je ne jouais pas. J’aurai préféré qu’il ne fasse pas ces éloges. C’était un procédé hypocrite et je lui ai dit ce que j’en pensais en face. » Nous sommes six ans avant en 2012 et Guardiola n’a toujours pas répondu à ce « Touré » qui lui a dit ce qu’il pensait « en face ».

Samuel Eto’o par Mustapha Ennaimi – Image Flickr CC BY 2.0

Et que dire du cas Samuel Eto’o ce 23 Mars 2014 avant le Clasico. Invité du « Club du Dimanche » sur Bein Sport, devant un Jean Alain Boumsong « admiratif » et des Jean-Pierre Papin et Luis Fernandez enjoués, le lion rugit. Le camerounais performe sur un rythme ici saccadé : « Non seulement il se trompe, mais il se trompe profondément. (…) Ce qui me fait encore plus mal, c’est qu’ils inventaient des choses que la presse relayait. (…) Je lui ai dit : “Celui qui va te faire gagner c’est Eto’o. Et tu viendras me demander pardon.” Et je suis resté à ma place. (…) Et comme il n’a jamais eu le courage de me dire les choses en face, il est passé par mes coéquipiers. (…) Moi je ne parle pas à Pep parce qu’il m’a manqué de respect ouvertement à plusieurs reprises. (…) J’ai parlé deux fois à Pep. Une fois c’est parce qu’il me demandait d’aller parler à Yaya Touré qui ne voulait rien savoir de lui. Et une autre fois lorsqu’il voulait me donner des leçons sur comment un attaquant devait bouger. Je lui ai dit : “mais Pep, tu as été milieu de terrain. T’a pas été un grand attaquant“ (…) La vraie histoire c’est celle-là (…).» Cette « Interview hallucinante de Samuel Eto’o sur Guardiola » a généré plus de 4 millions de vues sur Youtube et il y’a encore de la place.

Le Camp Nou par Kieran Lynam – Image Flickr CC BY 2.0

Césaire et ces airs de César

Trois joueurs noirs pour trois plaintes, la triangulation n’a-t-elle pas fait le plein ? Trois joueurs africains parmi les plus célèbres de l’histoire du football qui s’additionnent à Zlatan Ibrahimovic pour ajouter à ce trigone un quatrième côté. Mino Raiola l’agent du suédois est même allé jusqu’à traiter Pep de « chien ». Et celui-ci de répondre : « Il doit respecter les chiens ». « Et les chiens se taisent », comme dirait Aimé Césaire…

Sasint – Image Pixabay CC0

Le terrain de jeu indépendamment du sport est le seul endroit sur Terre où on n’a pas pu écrire « Whites Men Only » ou d’autres déraisons dans ce genre. Lorsque nous nous asseyons pour regarder un match de foot, c’est pour prendre la vie du bon côté et la transmettre à nos enfants. On n’a que 90 minutes pour oublier à notre manière toutes les injustices qui divisent la société. La balle rapproche les peuples, les met sur un même pied d’égalité et chaque média devrait participer à ce succès. Cependant ce n’est toujours pas le cas. Les différences de traitement dans les informations perdurent. Et si c’était même pour les bonnes raisons…

Ouest France affirme dans son article « Manchester City. Guardiola soutient Sterling, victime d’insultes racistes » : « Sur son compte Instagram, Sterling avait accusé certains journaux britanniques, dont le Daily Mail, « d’alimenter le racisme » par leur manière de parler des footballeurs noirs. La star de la Premier League a reçu le soutien de l’Association anglaise des footballeurs professionnels (PFA) qui a souligné que Sterling est « souvent mis en avant et traité plus durement que ses collègues ». Et elle juge que « ces articles alimentent le racisme dans le football, comme le montre la hausse continue des incidents racistes ». » Que dire… ?

Freeillustrated – Image Pixabay CC0

Lorsqu’il s’agit de descendre Mourinho, les idées se bousculent sur la pointe du stylo comme encre qui coule. Sauf que jamais derrière lui, le lusophone n’a laissé de telles déclarations. Comme tout entraîneur, il a eu des dissensions vives avec des joueurs mais ce n’est aucunement allé si loin. Très souvent ce sont même des mercis qui retentissent dans son dos. Le jour où il commettra ce genre de « faute de communication » on ne le ratera pas, c’est certain. Ses victoires suscitent déjà des critiques, combien de fois ses défaites ? On a même créé cet arbitraire théorème des trois années pour mieux dézinguer sa méthode. Heureusement qu’il en fait trois dans ce monde où tu peux rester quelques mois… Ils entendent les bruits de couloirs, mais pas les cris sur la place publique. Personne ne se penche sur le cas de ces footballeurs noirs (et pas que) qui se plaignent depuis bientôt dix ans d’un nationaliste adulé pour son jeu… quand on sait que l’une des résultantes mêmes du racisme c’est l’iniquité dans le traitement. Quoiqu’à quoi bon geindre ? Le racisme est un état d’esprit, pas une maladie…