Zidane a-t-il bien fait de revenir à Madrid ?

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Samedi 16 mars, le Real Madrid est venu à bout du Celta Vigo 2-0. Isco, Bale, une victoire à domicile qui célèbre avec majesté le retour d’un grand héros : Zinédine Zidane. L’ancien milieu offensif des Merengues est revenu s’asseoir sur une touche Madrilène contestée. Un renouveau, une très bonne idée qui n’efface cependant pas les doutes qui planent sur l’éventuelle réussite de ce plan Z…

Zinédine Zidane par Tasnim News Agency – Wikimedia Commons CC BY 4.0

Un choix judicieux

Tout le monde pressentait Mourinho pour prendre les rênes du Real Madrid. L’arrivée de José semblait faite quand soudain Zidane a dit « oui ». Le Bleu viendra contre toute attente succéder à Santiago Solari, comme il a remplacé Raphael Benitez en 2016. La grande différence cette fois-ci, c’est qu’il n’arrive plus avec un statut de débutant. En deux ans et demi, le meilleur joueur du monde est devenu meilleur entraîneur du monde. Il est passé d’élève à maître pour définitivement entrer dans l’Histoire. Une prestance qu’il doit notamment à la Ligue des Champions. Ce trophée qui a longtemps échappé aux contrôles de génie du meneur de jeu qu’il faisait…

Après l’avoir enfin gagnée en jouant en 2002, en tant qu’entraîneur adjoint (de Carlo Ancelotti) en 2014, il a soulevé la « coupe aux longues oreilles » trois fois de suite en qualité d’entraîneur. Un succès « cinq étoiles » et un accomplissement singulier dans les chroniques du ballon rond. Une aura charismatique qui a permis au Real de glaner 9 trophées majeurs en 3 ans. Soit 3 C1, 2 coupes du monde des clubs, 2 supercoupes d’Europe, une supercoupe d’Espagne et une Liga. Son retour ne peut donc que rassurer une institution à la rue depuis sa démission l’été dernier. Il est parti sans « prévenir » : il revient sans réfléchir.

Zinédine Zidane a déclaré :

« Je ne pense pas du tout à ça (gâcher son image). Si je pensais à ça, je ne viendrais pas, je ne pense pas comme ça, je pense à ce que mon cœur me dit, mon cœur me dit que je me suis bien reposé et quand on m’a appelé, j’ai eu envie de revenir. Il y a 3 ou 4 mois je ne serais peut-être pas revenu, là j’ai envie de revenir, c’est peut-être le moment, cette opportunité se présente et je le fais avec beaucoup d’envie. C’est un plus gros défi, c’est une deuxième fois. Je ne regarde pas ça du tout, sinon je ne serais pas revenu, ça va plus loin que le simple fait de revenir, je suis animé par autre chose, c’est un deuxième projet qui se met en place. »

Zidane et Ronaldo par Ludovic Péron – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Ctrl + Z

Aussi, l’ambiance s’annonce électrique. La magie « Zidane » est sur le point d’opérer. De « frapper », pour être plus précis. Un brin de folie, en effet Zidane a lui aussi son côté « Bielsa ». Aimé Jacquet en 2006 sur le carton rouge de Zidane contre l’Italie en finale de la Coupe du Monde :

« L’éviction de Zizou a été terrible ! Comment expliquer ce coup de sang… Très simplement. Il y a eu une provocation et peut-être des mots qui ont été jetés comme cela. Et Zizou est très réactionnel et malheureusement il n’a pas su se contrôler. C’est terrible de le voir partir comme cela car je pensais très sincèrement qu’il allait soulever cette Coupe du monde. »

« El Loco » parfois, l’AS de Cannes peut partir sur un coup de tête… surtout après une réapparition. Panenka, volée du gauche, coups de tête, les gestes techniques de cet ancien judoka sont aussi imprévisibles qu’un ippon. Il peut faire mal, comme il peut faire très mal. Il peut se servir de sa tête pour marquer des buts inoubliables ou pour envoyer ses adversaires au tapis. La vérité avec lui, c’est que rien n’est joué d’avance.

Si la similitude entre ses succès de joueur et d’entraîneur semblent se dessiner, pour son retour à Madrid on peut pareillement craindre le pire. En 2006, il avait également annulé sa retraite internationale pour aider une France nécessiteuse de son expérience de champion du monde. Une rentrée royale pour une fin tristement célèbre. Expulsé, Zizou était parti sur une violente « tête piquée » au milieu de la poitrine de Marco Materazzi et les Bleus avaient perdu le Mondial. C’est ce qu’on appelle « semer la Zidanie ».

Zidane par Ian Dick – Flickr CC BY 2.0

Back to the future ?

Les mauvaises habitudes ont la peau dure. On espère malgré tout qu’il a retenu la leçon de ses 14 cartons rouges. Bien que ce ricochet semble nous démontrer le contraire. Ce que Zidane a fait au Real Madrid est exceptionnel. Il a eu l’honneur de partir sur un sacre comme Pelé après le Mondial 70 : il aurait dû laisser la chance à un autre de faire ses preuves. Mauricio Pochettino par exemple, aurait pu arriver de Tottenham avec King Kane et l’envie des premiers titres…

Quant au Mou, le « tant attendu » avait encore tout à prouver à Madrid. Ça aurait été un nouveau défi pour lui de remporter cette Ligue des Champions pour laquelle il était venu neuf ans plus tôt. Il avait besoin de rebondir derrière Manchester : Zidane n’a plus rien à prouver chez les Espagnols. Ce sera très difficile pour l’AS de Cannes de faire mieux. Les Blancos (surnom des joueurs du Real Madrid) avaient besoin d’une autre raison de vaincre et non d’un ami fidèle…

Zidane aurait dû se mettre à un nouveau challenge. En rentrant chez lui, il n’a fait que fuir. Régresser… et ce n’est pas bon signe pour la suite de sa carrière. Il a eu raison de partir en se disant que c’était la fin d’un cycle :

« Après trois victoires en Ligue des champions, je ne suis pas sûr de pouvoir gagner encore, et moi j’aime gagner. »

Mais il a tort de croire qu’on doit gagner à tous les coups. Tout le monde aime la victoire mais personne ne peut éviter la défaite. Elle est consubstantielle à la vie donc au succès lui-même. Encore qu’il n’avait pas le choix. Au Real il n’y a pas de place pour les « Ferguson ». Soit tu démissionnes, soit tu te fais virer. On ne s’éternise pas à Madrid. A la moindre crise, Zidane sera probablement évincé sans ménagements. Ça peut arriver à la fin de saison ou avant. Il hérite lui aussi du même effectif capricieux que ses deux prédécesseurs. Jamais deux sans trois ?

Joueur du Real Madrid par MondejarFoto – Pixabay CC0

Quand on a atteint les sommets, la chute est la seule issue. Terminaison qui peut se présenter sous deux aspects : une dégringolade ou une sortie sous les ovations. Zidane a eu les acclamations, l’avalanche l’épie. D’autant plus que Ronaldo ne sera plus là. Peu importe celui qui prendra sa place, il ne fera pas le poids avec l’impact que le Turinois a laissé. Sans CR7 au Real Madrid, Zidane n’aurait probablement pas gagné tous ces titres. Vice-versa ? Difficile à dire. Même si Ronaldo a gagné à United et en sélection Portugaise sans le Français, on attendra par respect les derniers mots de la Ligue des Champions pour se déclarer. Et pour ne pas dire oui, on conclura que c’était l’association parfaite entre un génie vieillissant et un autre qui a su vieillir.