Ligue des Champions : Les loosers ont perdu

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Ça y est. C’est fait. La « coupe aux longues oreilles » a choisi son nouveau propriétaire. Il s’agit des Anglais du FC Liverpool. Champions d’Europe, les Reds sont venus à bout des Spurs de Tottenham 0-2. Logiquement oui, et bien plus encore. Les Londoniens n’ont pas fait que perdre face à plus forts qu’eux. Ils ont surtout été perdus par les choix de leur manager. Lesquels dès les premières minutes de jeu, se sont avérés infructueux, une fois de plus…

Cristiano Ronaldo face José Antonio Reyes par Jan SOLO – Wikimedia Commons CC BY-SA 2.0

Hommages 

Madrid. Le football mondial est assommé par la mort d’un de ses plus dignes fils. José Antonio Reyes est décédé ce jour de finale dans un accident de voiture. Une triste nouvelle, le lieu idéal pour honorer le génie de l’ancien sociétaire des deux géants de la capitale Espagnole. Une minute de silence, un gaucher comme un symbole pour lancer les débats. Le score est ouvert et le tribut payé à ce quintuple vainqueur de l’Europa League.

Moussa Sissoko par GuillaumeG – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Dommages

On joue la première minute quand sur « une main » décollée du corps, Liverpool obtient un pénalty. Sévère, justifié, Moussa Sissoko a touché le ballon de Mané du bras. Il a permis contre son gré à Liverpool de prendre un avantage psychologique sur leurs objecteurs. Mohamed Salah transforme le tir au but et revient tout sourire dans ce stade de la compétition. Un sommet qu’il avait quitté en larmes l’année passée face à Madrid. Ippon de Sergio Ramos : déboitement de l’épaule, le diagnostic…

Revanchard, le Pharaon plombe ainsi d’entrée les ambitions des Lilywhites ? C’est trop dire. Il restait 88 minutes pour revenir à la marque. Lucas a fait un doublé en 4 minutes : il n’est pas présent sur le terrain. Et pourtant ils le craignaient. Trent Alexander Arnold :

« Moura est en tête de liste des meilleurs joueurs des Spurs. »

Robertson :

« Lucas était le héros contre l’Ajax. C’est un joueur fantastique avec des qualités fantastiques. Nous l’avons déjà affronté auparavant et il s’agit avant tout d’essayer de le gérer. »

Aussi, Mauricio Pochettino a privé d’entrée son équipe de sa dynamique : sa dynamo. Pourquoi le Paulista n’a pas débuté le match ? Sans son triplé, les Spurs ne seraient pas là. Est-ce sa récompense ? Après 3 mois sans compétition, Harry Kane avait-il sa place en finale de Ligue des Champions ? Non. Le capitaine Anglais ne méritait tout simplement pas d’être titulaire à la place du Brésilien. Il aurait pu entrer en fin de match. Gagner des duels sur des défenseurs fatigués par la vitesse de Mr Moura…

Lucas et Neymar par bahianoticias – Wikimedia Commons CC-BY-2.0

Injuste… is

Inique était cette option autant que la présence d’un autre Harry. Winks titulaire à la place de Lucas : titulaire à la place de Wanyama ? C’est le comble. Il paraît que le Kenyan n’est pas un « joueur de ballon ». Une expression si inappropriée qu’on ne saurait où la placer. Quand on pense au but qu’il a mis l’an passé à Anfield. Quand on revoit ce boulet de canon pleine lucarne d’égalisation, on ne peut que condamner ce genre de qualification. Ce sont tous des professionnels de football : ils jouent tous « au ballon ». Tenir ce genre de propos à l’endroit d’un joueur c’est nourrir la discrimination. On croirait entendre penser Sagnol, « ses nordiques et son joueur typique africain ».

Victor Mugubi Wanyama a participé plus que Winks, « le joueur de ballon », à écrire l’histoire de cette équipe. De plus, il est issu d’une famille de sportifs : il a l’ADN d’un vainqueur de la Ligue des Champions. McDonald Mariga son frère, était dans le groupe de l’Inter de Milan historique qui a battu le Bayern en 2010 en finale de la Ligue des champions… à Madrid. Il n’a pas joué mais il a gagné, entraîné par José Mourinho. Il sait donc c’est quoi remporter une finale de C1 : son frère cadet certainement aussi. C’est petit, mais c’est déjà mieux que l’expérience de Winks.

Victor Wanyama par Glasgow Celtic – Wikimedia Commons CC-BY-2.0

Black-out

Aux côtés de Sissoko, le capitaine des Harambee Stars (surnom des joueurs de la sélection du Kenya) a marché sur City et l’Ajax. Ils diront que ce n’était pas beau. Ils ont raison : c’était mythique. C’est grâce à ces joueurs caricaturés que cette Ligue des champions fait partie du livre d’or du sport roi. Sans eux, sans ce but fabuleux de la cuisse de Llorente, Pochettino n’aurait pas pleuré de joie. Aussi lorsque le « Grand Black » Français sort, on sait que c’est fini. Lucas « le moins doué techniquement » entre trop tard et on le ressent. L’ancien Parisien a changé l’image de son équipe en 20 minutes : les occasions se sont enchainées, en vain.

En face, il y’avait déjà un entraîneur qui fait confiance à ceux qui l’ont mené jusque-là. Wijnaldum titulaire à la place de James Milner, Klopp a vite compris que le grand Roberto, comme King Kane, manquait de rythme. Pourquoi ne pas relancer Divock Origi ? Le plus tôt serait le mieux. Après tout c’est grâce à son doublé qu’on est ici ? Et il fait entrer le buteur d’origine Kenyane.

Contre toute attente, l’attaquant Belge remplace Firmino peu avant l’heure de jeu. Tue le match sur une passe décisive de l’indomptable Joël Matip (probablement l’homme du match avec Alisson Becker). Et offre à Liverpool sa sixième étoile : le troisième total de l’histoire du tournoi. Trois : soit le nombre de buts inscrits par le Diable Rouge dans la compétition. Ou encore le nombre Africain de joueurs qui ont considérablement contribué à la victoire finale du club de la Mersey. Un Sénégalais, un Égyptien et un Camerounais.

Mauricio Pochettino par Victor Gutierrez Navarro – Wikimedia Commons CC-BY-2.0

Encore un

Pour le travail, l’esprit et la cohésion. Pour l’idée nouvelle qu’il a apportée à ce soccer avide d’argent, Jurgen Klopp mérite ce succès. Sa place dans la cour des grands est désormais indiscutable. Ce qui n’est clairement plus le cas de son adversaire du soir. C’est bien de concurrencer Arsenal. Mais si c’est pour ne rien gagner, ça ne vaut pas la peine. Ces dernières années les Gunners n’ont pas été bons en Premier League… : ils ont remporté des titres. Notamment 3 FA Cup et 3 Community Shield avec Arsène Wenger. Quand Tottenham et Pocchetino, NO…

Une salle de trophées « vide » que le club doit cette fois à la gestion « gentrifiée » de son effectif. Pocho est un gentleman : pas (encore) un grand entraîneur. Sans titres, il y a des privilégiés dans son équipe et c’est inquiétant pour la suite. Sa suite et celle de son collectif. Divisé ? Lucas, Wanyama, Llorente et même Dele Alli (qui n’aurait pas dû sortir), il doit beaucoup à ceux qui ont écrit la plus belle page de sa légende. « Oser c’est faire » la devise du club, l’Argentin n’a pas su s’aligner derrière cet adage qui l’a longtemps défini. À lui de tirer les leçons de son ixième échec.

Jürgen Klopp : L’Afrique te dit Merci

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Qu’ils sont rares de nos jours, ces entraîneurs de grands clubs européens qui font aveuglement confiance aux joueurs Africains. Ces techniciens en mesure de mettre l’intelligentsia du Continent Noir au centre de leur philosophie tactique. Des managers à l’image de Mourinho, capables d’acheter Adebayor le Togolais et Essien le Ghanéen au Real Madrid. D’insister pour avoir Drogba l’Ivoirien quand on lui propose Adriano, le Brésilien. D’échanger (la joie au cœur) Zlatan Ibrahimovic contre Samuel Eto’o, le Camerounais. Bref de remettre chacun à la place qu’il mérite. Depuis le FC Porto avec Benny McCarthy le Sud-africain, le Special One n’a jamais « évolué » dans un club sans emmener un Africain avec lui. Et quand on sait le succès qu’il a eu, on comprend pourquoi… Pourquoi Jürgen Klopp semble depuis environ 5 ans maintenant, marcher sur ses traces.

Jürgen Klopp (au centre avec les lunettes) par Martin Davidsen – Wikipedia CC BY 2.0

L’audace d’espérer

Après le retournement épique auquel on a assisté à Anfield le 7 Mai passé, plus personne ne peut nier la force de Jürgen Klopp. Le manager Allemand mérite amplement cette récompense qui couronne son gros travail. José Mourinho :

« Pour moi, cette Remontada porte un nom : Jürgen. Je ne parle pas de tactique, je ne parle pas de philosophie, je parle de cœur, d’âme, de l’empathie fantastique qu’il a créée avec son groupe de joueurs. Il mérite de remporter cette Ligue des Champions. Vraiment, je le lui souhaite. »

Un vœu sincère, un énoncé qui contredit le « personne ne veut que Liverpool gagne » de Raheem Sterling. Et anoblit encore la bonne qualité du management du natif de Stuttgart. Une consécration qu’il doit aux choix courageux qu’il a faits depuis son arrivée à Liverpool en 2015. Des options surprenantes qui donnent depuis des frissons dans le dos. Dans ce nouveau football où pour remporter de grands trophées, il faut des grands noms.

On ne gagne pas la Ligue des Champions ou la Premier League en renouvelant sans cesse sa confiance à Divock Origi (qui ne joue pas). En allant chercher Wijnaldum chez le relégué Newcastle. En remplaçant Suarez par Firmino d’Hoffenheim. En allant prendre Robertson à Hull City. Ou encore et surtout en transférant le Camerounais Matip de Schalke 04, le Sénégalais Sadio Mané de Southampton, l’Egyptien Mohamed Salah de l’AS Roma et le Guinéen Naby Keita du RB Leipzig. Et ce après avoir laissé partir le Brésilien Coutinho en janvier. On ne soulève toujours pas la « coupe aux longues oreilles » en tentant ce genre de coup. On va en finale de C1 deux années successives… en espèrant que cette fois sera la bonne.

Sadio Mane par Werner100359 – Wikipmedia Commons CC0 1.0

Une victoire pour l’Afrique

En face de Klopp à Madrid ce sera un autre entraîneur qui attend un trophée depuis très longtemps. Un premier, une première pour Mauricio Pochettino et Tottenham. Ou un début de succès pour l’ancien milieu du FSV Mayence 05 en Europe. Il le mérite bien après ses trois finales perdues à Dortmund en 2013 (C1) et à Liverpool en 2016 (C3) et 2018 (C1). Il offrirait ainsi à l’Afrique un véritable sacre. Un bonheur doublement fêté si Arsenal et son ancien protégé au BVB, le Gabonais PEA, venait à remporter la Ligue Europa. Ce serait alors une belle récompense pour le « Footballeur Africain » au vu de la saison exceptionnelle de ses stars. Ziyech, Onana… et ces attaquants qu’on ne se lasse pas de citer : Mané, Salah et Aubameyang. Les trois meilleurs buteurs de Premier League cette année avec chacun 22 buts. Des finisseurs hors-normes naturellement portés par le milieu Naby Keita (dit Déco) et le défenseur central Joël Matip. Lequel stoppeur aura été indomptable aux côtés de Van Dijk dans la seconde moitié de la saison. Et spécialement face au Barça…

Soccer China Africa par Eric_Manzi – Pixabay CC0

Africa Football Club

Lorsque José allait chercher Salah au FC Bâle, il savait ce qu’il faisait. Le Pharaon n’a pas assez joué à Chelsea, mais il a appris la PL sous les ordres du Portugais. Une férule convaincue par le génie Africain. Il l’a vu à l’œuvre. Il l’a mis à l’épreuve. Et il sait que sa réussite n’est pas fortuite. Elle est évidente. C’est normal que Kalidou Coulibaly, Mané, Salah et Aubameyang fassent partie des meilleurs joueurs du monde. Ils sont les héritiers d’une lignée exceptionnelle qui partage les mêmes origines que le roi Pelé. La preuve qu’en gardant ta nationalité Africaine tu peux faire une grande carrière.

Ce n’est donc pas grave si on songe à eux beaucoup plus en D2 ou quand il n’y a pas ou plus de moyens. Si lorsqu’on pense superstar, on ignore les « black stars ». On ne fait que conforter Pep dans sa belle philosophie de jeu. Idées rationnelles qui préfèrent Phil Foden le meilleur joueur de tous les temps, à Riyad Mahrez le meilleur joueur de Premier League en 2016. Dans ce sprint (finalement gagné) pour le titre, l’Algérien n’aurait pas pu faire ce que la pépite Anglaise a fait. Son but à Brighton le confirme : les choix de son coach étaient les meilleurs. Judicieuses options du Catalan : preuves qu’il n’y a pas que le sport dans le football.

Football à la plage en Afrique par dongpung – Pixabay CC0

Il y’a aussi le feeling, l’autre nom du marketing. Toutefois, signer un joueur pour sa valeur mercatique, c’est recruter un mannequin et perdre un footballeur. Et le maître penseur des Scousers (surnom des joueurs de Liverpool) l’a en tête. L’avantage de compter un joueur Africain dans ses rangs, c’est celui d’avoir un footballeur acheté (et vendu) pour ses prouesses. Son pays souvent « pauvre », il ne vient pas vendre un nombre incalculable de maillots. Encore moins attirer les plus prestigieux sponsors. Il vient jouer au football…