Cameroun – Comores : Le TAS après la tasse

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On connaît maintenant les 24 qualifiés pour la CAN 2019 en Égypte. Parmi eux le Cameroun : ancien pays organisateur. Les Lions Indomptables sont sauvagement venus à bout des Comores 3-0 dans leur forteresse imprenable de Mfandena. Un succès sans appel qui prive les Comoriens d’une première participation à la Coupe d’Afrique des Nations. Déconvenue qui ne les empêche pas de garder espoir néanmoins…

Hope par WildOne – Pixabay CC0

Le poisson braisé

C’était sous une pluie battante au Stade Ahmadou Ahidjo. Les supporters étaient venus nombreux pour s’aligner derrière leur équipe. Un choix payant, Choupo-Moting ouvrant facilement le score à la 38e. Le Cameroun maitrise son sujet, va à la pause et revient lui asséner le coup fatal à la 53e. Passe de Zambo Anguissa, but de Bassogog : une rencontre à sens unique. Le match plié, les occasions camerounaises se multiplient et s’achèvent sur un numéro de Clinton Njie à la 89e. Entré en jeu, le Marseillais élimine parfaitement Ahamada pour tranquillement pousser le ballon dans les filets vides des Cœlacanthes. Le poisson est braisé…

C’est la fête dans le vestiaire camerounais. Les Lions ont répondu à leurs détracteurs de la plus belle des manières. Une victoire qui aurait pu ne pas arriver s’ils ne s’étaient pas sentis blessés… : si les Comoriens étaient restés concentrés sur le jeu. Si le Cameroun a pu battre l’Argentine de Maradona – championne du monde en titre – c’est que les Comores auraient pu battre les Camerounais. Il leur fallait seulement trois points pour passer. C’est le goal-average particulier qui compte et ils n’ont pas su en profiter. Ils ont préféré se concentrer sur l’extra-sportif.

« C’est officiel. La Fédération de foot des Comores a déposé une procédure d’appel auprès du TAS contre la décision de la CAF de refuser d’exclure le Cameroun de la CAN 2019 après lui avoir retiré l’organisation, conformément à l’article 92 du règlement de la CAN. »

Cette orientation administrative a coûté très cher aux locataires du Stade Said Mohamed Cheikh. Avant la plainte les Comores c’est : 5 points de pris sur 15. Après c’est zéro sur trois. Ils ont perdu le match qu’il ne fallait pas perdre et leur rêve s’est noyé dans un cauchemar. Ben Amir Saadi :

« Les règlements sont simples et les précédents faciles à trouver : le CHAN 2017 avec le Kenya exclu, le Maroc en 2015, ou Madagascar lors de la CAN des jeunes. On veut donc que nos droits soient respectés. Mais la CAF fait tout pour que notre procédure n’aille pas au bout. (…) »

Voilà comment une équipe qui avait son destin entre les pieds, s’est retrouvé la queue entre les jambes. Et pendant qu’elle passait de plateaux en plateaux pour se plaindre, les Malawites eux se préparaient à prendre leur troisième place.

Ali Ahamada par GuillaumeG – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Un combat pour rien

Chose promise, chose due. Les Comores se sont préparés pour un procès, ils ont perdu le match de foot. Le Cameroun est parti et le Malawi est revenu. Les coéquipiers de Gerard Phiri Jr ont fait 0-0 à domicile contre le Maroc et les revoilà en position « qualificative ». Les Flammes (surnom des joueurs du Malawi) comptent désormais le même nombre de points que les Comores mais passent devant à la différence de buts particulière. Règle basée sur l’issue de la confrontation aller-retour qui donne la victoire à l’ancien Nyassaland. Victoire 1-0 à l’aller et défaite 2-1 au retour à Moroni (capitale des Comores). Patrick Phiri est l’auteur de ce but à l’extérieur qui réduit drastiquement les chances des Comores de s’envoler pour Le Caire.

Bien qu’elle soit prête à la contester, cette loi sur la double confrontation n’a pas été établie pour éliminer l’équipe nationale comorienne. Le Mozambique qui comptait également le même nombre de points (8) que la Namibie, a lui aussi été victime de la différence de buts particulière. Malgré une différence de buts générale défavorable (-2 contre 0), les Namibiens sont sortis du groupe K aux dépens des Mozambicains. Les Courageux Guerriers de Windhoek ont battu les Mambas de Maputo sur l’ensemble des deux manches pour empocher leur ticket. 1-2 à l’aller et 1-0 au retour. Conclusion : si le recours aboutissait, c’est le Malawi qui partirait à la CAN (avec le Mozambique). Et ce même si on annulait le match contre le Cameroun.

Le Château de Béthusy, abritant le siège du Tribunal arbitral du sport à Lausanne, Suisse par Fanny Schertzer – Wikipedia CC BY 3.0

Oh TAS toi qui sait tout !

Les Comores vont donc probablement tout perdre avec leur recours devant le Tribunal Arbitral du Sport. Entreprise devenue monnaie courante depuis l’éviction de Platini de la FIFA. L’instance basée à Lausanne a donné raison au français et depuis tout le monde veut gagner en appel. Mais comment expliquer ces propos non-coupables de Michel Platini :

« Quand on a organisé le calendrier, si on (la France) finissait premier et le Brésil premier, ils ne pouvaient pas se rencontrer avant la finale. Ecoutez, on est à la maison, il faut bien profiter des choses, alors on ne va pas s’emmerder pendant six ans à organiser la Coupe du monde si on ne peut pas faire quelques petites magouilles : vous pensez que les autres ne le faisaient pas aux autres Coupes du monde ? »

Un forfait justifie-t-il un autre ? Pourquoi n’a-t-on pas rejoué Cameroun – Chili en 1998, Chelsea – Barcelone en 2009 ou France – Irlande en 2010 comme Afrique du Sud – Sénégal en 2018 ? Où sont passés les quatre matchs de suspension écopés par Lionel Messi à la fin des éliminatoires du Mondial 2018 ? Pourquoi l’Australie est un pays asiatique et le Suriname voisin du Brésil, un pays nord-américain ? Pourquoi tant de questions « existentielles » pour le jeu le plus simple ? Parce qu’il y’a des questions dans le football auxquelles on ne peut pas répondre.

On doit juste comprendre que la justice humaine est imparfaite et faire avec. Si le TAS juge que le Cameroun n’est pas habileté à jouer la prochaine CAN, il peut quand même comprendre que les champions en titre aient été graciés par le président de la CAF. A tort, à raison, la grâce est un acte de droit… comme le sport est une surface de réparation des injustices humaines. Au-dessus de la franchise altérée des Hommes, il donne toujours raison à la bonne personne. Si le Cameroun ne méritait pas de se qualifier pour cette compétition, les Comores les auraient éliminés.

Confédération Africaine de Football par EOZyo – Wikipedia (Domaine Public)

Cafophonie

En revanche, l’évidence ici c’est que le football africain traverse de sérieuses mésaventures. Des accrocs qui abîment l’image de son organisation. On pense à l’annulation curieuse de la suspension du club égyptien  du SC Ismaily de la Ligue des Champions Africaine. On rumine ce « retourné acrobatique » et on assimile mieux le courroux des Comores. Irritation qui fait toutefois mal de croire que le Cameroun ait été sanctionné. Il n’y a pas eu de peines, il n’y avait donc pas de tort. C’est aussi naïf que ça. On ne punit pas un innocent…

Pourquoi donc ce retrait de la CAN au Cameroun ? Possiblement pour compenser. Le septentrion du Continent Noir a dû se sentir lésé derrière toutes ces attributions. Aussi, l’équilibre devait être rétabli après les lourdes sanctions subies par le Maroc en 2015. L’Afrique du Nord n’a surement pas voulu attendre que le Cameroun, la Côte d’Ivoire et la Guinée passent pour faire son retour. Six ans c’est beaucoup… Surtout quand on sait que les équipes Maghrébines sont faibles au sud du Sahara et fortes chez elles. Elles qui n’ont plus gagné de CAN depuis 2010 avec l’Égypte.

Il y’a donc certainement eu un forcing nord-africain. Lequel a tout d’abord écarté l’Afrique du sud – pays africain le mieux indiqué pour reprendre « de volée » une CAN à 24 équipes. Et créé enfin le fameux glissement : Cameroun 2021, Côte d’Ivoire 2023 et Guinée 2025. Pour le compte du bloc, le Maroc faisait ainsi diversion pendant que les Pharaons se servaient. Au grand bonheur de Mohamed Salah ; meilleur joueur africain qui par hasard n’a toujours rien gagné en Afrique à cause du pays d’Aboubakar Vincent.

Aboubakar Vincent (contre le Chili) par Дмитрий Садовник – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Fou fou Foot…

Fallait-il éviter le Cameroun ? Un grand rival de moins, c’est toujours ça de gagner. Il y’a clairement comme un acharnement sur ce quintuple champion d’Afrique. On a tendance à vite oublier ce que ces derniers ont fait pour le football africain : à facilement les traîner dans la boue. Le Cameroun n’est pas parfait mais il n’est pas insupportable non plus. La victoire sur le terrain après l’organisation, les premiers « maux » d’Ahmad Ahmad étaient bien contre la terre natale de son prédécesseur Issa Hayatou. Ça sent une tentative dupliquée d’écarter l’incorrigible félin. Quoiqu’il n’y a pas plus dangereux qu’une sélection camerounaise qui se sent injustement combattue.

François Omam Biyik par Auteur Inconnu – Wikipedia (Domaine Public)

Après le retrait de la CAN, le Cameroun aurait pu appeler au TAS. Il l’a même fait par la voix de l’Association des Clubs de Football Amateur du Cameroun (ACFAC). Un dessein vite désavoué par la Fédération Camerounaise de Football. L’instance dirigée par Seidou Mbombo Njoya a choisi de se projeter sur les échéances à venir et de respecter la décision de la Confédération Africaine de Football. Communiqué :

« La Fécafoot tient à condamner et à décourager toute action contrevenante à la volonté des acteurs de bonne foi de travailler, avec la CAF et les autres partenaires extérieurs du Cameroun, au développement du football. (…) »

Une attitude qui a valu à sa « Chère Patrie » une éventuelle double qualification. Triomphes qui prouvent bien que la place d’une équipe de football est sur la pelouse. Le Cameroun participera à sa dix-neuvième CAN parce qu’il joue mieux au football que les Comores. C’est tout….

Lei Wu : Pourquoi pas ?

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Le 21 Mars dernier la Thaïlande est venue à bout de la Chine 0-1. Cette défaite des hommes de Fabio Cannavaro survient dans le cadre de la China Cup. Annuel tournoi amical organisé depuis 2017 par la firme chinoise Wanda Sports Holdings. La Grande Muraille ne succèdera donc pas au Chili et à l’Uruguay. La faute possiblement à l’absence d’un « invité » de marque dans cette coupe à quatre : Lei Wu. Le plus jeune professionnel chinois de tous les temps (14 ans et 287 jours) a été laissé au repos par son sélectionneur. L’objectif étant qu’il poursuive sereinement son adaptation dans son nouveau club : l’Espanyol de Barcelone. Un autre monde et des couleurs zébrées bleues et blanches qui lui vont plutôt bien…

AFC Asian Cup 2019, Group C – Philippines vs China at Mohammed bin Zayed Stadium on 11.01.2019 par El Loko Foto. Wikimedia Commons CC BY 4.0

Wu scored…

Ça va faire quelques années maintenant que la Chine a « refait » son apparition dans l’univers du football. La première participation au Mondial 2002 de cette pionnière du sport roi, prélude l’éclosion d’une ligue devenue quasi incontournable aujourd’hui. À coup de millions d’euros, des grands noms du football européens sont attirés et la Chinese Super League gagne en popularité. Réputation qui se greffe au doute qui entoure son niveau global. Est-elle comparable aux grandes ligues européennes ou non ? La réponse se trouve certainement entre les pieds du meilleur joueur, meilleur buteur (27 buts et 8 passes décisives) et champion en titre de son dernier exercice. Lei Wu : « Je suis très heureux. J’ai marqué mon premier but en Chinese League après des mois et j’ai déjà un but en Liga. C’est comme un rêve (…) »

Un but, une passe décisive, Lei Wu démontre en seulement sept matchs ce pourquoi il est venu : « La pression est mon moteur, c’est ce qui me pousse. En Europe, je veux démontrer aux supporters du monde entier qu’en Chine, il y a des joueurs capables de briller dans les meilleurs championnats du monde. » Et ça c’est sans prendre en compte son impact sur le jeu. Depuis qu’il a signé, l’Espanyol a perdu une fois. C’était face au FC Séville 0-1. Un but de Ben Yedder sur pénalty qui fait montre des difficultés éprouvées par les Sévillans dans ce choc en terre Catalane. Des gênes ébauchées par une action lumineuse du Maradona Chinois en seconde période : petit pont sur Daniel Carriço pour se jouer de deux adversaires sur le flanc droit et frappe dans un angle impossible, déviée en corner.

Stade de l’Espanyol de Barcelone par Panotxa – Wikipedia (Domaine Public)

Une « minute » d‘éclat parmi tant d’autres, auxquelles on peut ajouter celle contre le Rayo Vallecano. Un geste de génie où sur son côté gauche, le natif de Nanjing s’emmène le ballon d’une aile de pigeon ; place un crochet intérieur du gauche pour se faufiler entre deux défenseurs dépassés par sa vitesse d’exécution ; et se fait tacler par derrière dans la surface de réparation. Pénalty ! But ! Borja Iglesias égalise avant que ne surgisse le « dard » de Darder à la 96e minute. Victoire 2-1.

Au bout du supens, un succès qui précède un match nul 1-1 face à Huesca où le polyvalent attaquant Chinois a martyrisé ses objecteurs. Frappe enroulée, demi-volée acrobatique, échappées solitaires, feintes, un bal ponctué par un tir sur le montant droit qui vient conclure une initiative de toute beauté. Appel de balle dans le dos de la défense. Un contrôle du droit, deux, trois, quatre, il fixe son vis-à-vis, fait mine d’entrer dans l’axe et l’élimine sur un crochet intérieur. Café-crème, accélération sur un boulevard à partir duquel il peut prendre le gardien adverse à contre-pied. Plat du pied, poteau sortant…

Drapeau Espanyol de Barcelone par 1966666 – Pixabay CC0

Les apparitions de Lei Wu dans le championnat espagnol ne sont jamais passées inaperçues. Sur le site de statistiques Whoscored.com par exemple, on peut remarquer que le joueur formé au Genbao FB a toujours été noté au-dessus de 6/10. Lors de son premier match en Liga contre Villareal, il fait une entrée décisive à 12 minutes de la fin et empêche la défaite de son équipe. Supersub, c’est lui qui sera à l’origine de l’action du but fatal au Sous-marin Jaune (Surnom de Villareal). Un chefd’œuvre de Rosales qui sublime une partie où son club était mené 2-1 lorsqu’il foulait la pelouse. Score final 2-2 et note du match pour Lei Wu 6,27/10.

Ensuite ce sera 6,77 contre le Rayo Vallecano, 6,1 à Valence, 7,25 contre Huesca, 7,86 contre Valladolid, 6,73 à Bilbao et 6,59 contre Séville. Bien ! Assez Bien ! Des mentions supérieures à la moyenne qui prouvent qu’il est réellement passé maître dans l’art du Cuju (ancêtre chinois du football). Bon de la tête, un potentiel perfectible à même de viser plus haut sur le Vieux Continent. Une idée que soulignait déjà son compère de l’attaque Borja Iglesias le 14 Fevrier passé. L’ancien goleador du Real Saragosse affirmait alors : « Il est capable d’être titulaire. » Concise, claire, une allégation vérifiée. Sur les sept matchs auxquels Wu a participés, il a été titulaire à cinq reprises. Face à Huesca et le FC Séville, il a même joué l’intégralité des 90 minutes.

Marketing par rawpixel – Pixabay CC0

Du marketing à l’état solide

Sur le plan commercial, il est impossible de nier le flair du club présidé par le chinois Chen Yansheng. En recrutant Lei Wu, il fait simplement une « excellente » affaire. On parle d’une transaction de deux millions d’euros environ qui a largement fini de payer sa dette. En effet, avec la venue du meilleur joueur chinois, les Catalans se sont attiré les regards de près d’un sixième de la population mondiale. Ses premières minutes en Liga ont mobilisé 40 millions de téléspectateurs et son premier but 25 millions. Et qui dit plus de spectateurs, dit plus de publicité. Plus de publicité, plus d’argent. Des moyens qui devront forcément permettre d’attirer de meilleurs talents. Que pensez-vous des Brésiliens Hulk et Oscar ? Avec eux la fête serait belle et le trio du Shanghai SIPG recomposé…

Toujours est-il cependant, qu’on appréhende mieux pourquoi il y’a ce petit japonais qui revient d’Espagne dans le nouveau jingle officiel de la Liga. « Ils sont fous de football » déclare le jeune nippon assis dans le taxi qui le ramène chez lui… Puissance démographique voisine de la Chine où comme par hasard Andrés Iniesta, David Villa et Fernando Torres ont signé récemment. Dans sa guerre contre la Premier League, la Liga semble avoir trouvé les ambassadeurs de sa cause. Javier Tebas, président de la Liga :

« la Liga fait très attention au marché chinois et aux joueurs qui jouent en Chine et qui ont le potentiel pour faire de bonnes choses en Espagne. On veut que les fans chinois voient la Liga comme le deuxième championnat le plus important du monde derrière le leur et on veut maximiser ce potentiel. C’est un marché qui se développe plus que tout autre marché. Jouer des matchs de Liga en Chine ? Nous n’écartons rien. »

FC Barcelone par Save the Dream from Doha, Qatar – Wikipedia CC BY-SA 2.0

Aussi, désormais après Messi en Espagne, les performances les plus attendues seront celles de Lei Wu. Le derby barcelonais va gagner en audience et tout le monde sera content de voir Léo s’opposer à celui que certains fans du RCD surnomment déjà le Messi Chinois. Un pseudo qui donne le coup d’envoi d’une autre ère… Une rencontre qui débute très bien, le Footballeur Chinois de l’année 2018 recevant son prix à Barcelone. Trophée similaire au Ballon d’or qui ne fait pas que pousser la comparaison très loin. Mais confirme mêmement l’existence d’une mercatique liant les deux non-européens. Javier Ibáñez, directeur de la communication de la Liga en Asie : « Quand Wu Lei a marqué les réseaux sont devenus fous. On a eu 28.000 réactions, pendant qu’un but de Messi en a généralement 2.000. » Soit l’équivalent de 14 buts du capitaine Blaugrana.

On dénombre également 20.000 followers de plus sur les comptes Facebook, Twitter et Instagram de l’Espanyol depuis son arrivée. À ceux-là s’additionnent tous ces adulateurs chinois qui investissent – au grand dam du Camp Nou – les gradins du Stade de Cornellà-El Prat pour suivre leur idole. Javier Perez, journaliste du PericosOnline :

« On a déjà noté une claire augmentation du nombre de Chinois dans les tribunes du RCDE Stadium. Avant, on en voyait à peine, et maintenant on voit des groupes à chaque matchs. Il y a deux semaines, profitant du Mobile World Congress, le club a fait une grande campagne marketing en utilisant l’image de Wu Lei pour le match. Une autre donnée significative c’est que le jour même de sa présentation, plusieurs gens d’origine chinoise sont venus, et le premier qui a acheté le maillot était un Chinois. Le club a lancé une édition spéciale du maillot avec le nom écrit en alphabet chinois et les 100 unités mises en vente se sont vendues. »

Barcelona Arène par aggichan – Pixabay CC0

Soleil au zénith

Et maintenant place au jeu. Les aiguilles seront ajustées aux heures de l’Empire du Milieu et les Socios chinois pourront regarder leur étoile briller. Sous ce chaud soleil de la péninsule ibérique, l’instant s’avère opportun. Yan Qiang, journaliste sportif chinois au micro de la CGTN Sports Scene : « Je pense que c’est le moment idéal pour lui de signer là-bas. Il a 27 ans et il est arrivé au sommet de sa carrière. » En plus d’être convaincu que c’est une « bonne nouvelle pour le football chinois », le consultant précisera :

« En ce qui concerne les caractéristiques de jeu, il est très rapide et précis devant le but. Il est également créatif dans sa manière d’attaquer. A mon avis, la Liga ne demande pas beaucoup d’efforts physiques comme la Premier League ou la Bundesliga. Elle contient beaucoup de joueurs très techniques et très rapides. (…) »

LW7 à l’endroit idoine, l’invité de la China Global Television Network n’est pas le seul à le penser. L’histoire aussi nous rappelle que le mythique gardien camerounais Thomas Nkono a connu une trajectoire similaire à celle du Left Wing. Le natif de Dizangué avait identiquement quitté ses origines après y avoir brillé, pour l’Espagne. Et c’étaient les Pericos (surnom des joueurs de l’Espanyol) qui l’avaient accueilli. Avec panache, le séjour allait durer neuf saisons. Une éternité qui donne de ce fait raison à l’optimisme qui gravite autour de ce transfert. Une tactique taillée sur mesure pour booster le rendement de « Lei Wu Messi » serait donc envisageable ? Pourquoi pas ! Le premier Chinois à inscrire un but en Liga a tout ce qu’il faut recevoir la balle. Joan Francesc Rubi, entraîneur de l’Espagnol de Barcelone :

« Ses coéquipiers reconnaissent sa mentalité et ses qualités. Il est un joueur en plus dans le vestiaire. Le processus d’adaptation s’est accéléré, il comprend tout. Nous sommes contents. C’est une plume. Tu ne sais pas ce qu’il va faire, et les défenseurs non plus, il est rapide il joue vertical, il combine et a de bonnes qualités techniques. Il répond aux attentes, qu’il continue comme ça. »

Ça promet…

Cameroun : La légende des gardiens de buts continue

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Si le Cameroun était une usine, le pays de Roger Milla serait une grosse fabrique de talents. Françoise Mbango, Carlos Takam, Francis Ngannou, Pascal Siakam, Joel Embiid… une industrie qui s’étend au-delà des terrains de football. Sport roi qui n’a jamais cessé néanmoins de lui jouer des succès. D’entretenir ce dilemme récurrent qui a pris la belle habitude d’opposer sur sa ligne de but deux grands gardiens pour la place d’un seul. Afin d’illustrer ce problème de riches, trois face-à-face seront dégagés ci-dessous…

Lion Teeth Roar par IanZa – Pixabay CC0

Thomas Nkono – Joseph Antoine Bell (1982-1994)

La seconde partie des années 70 et le début des années 80 marquent la naissance d’une grande nation de football africaine et mondiale : le Cameroun. Les champions d’Afrique en titre qui s’étaient déjà fait remarquer dans les années 60 avec Oryx de Douala – le premier champion d’Afrique des clubs – et son Maréchal Mbappé Leppe, commence à connaître la renommée internationale. Une réussite où bien évidemment ses joueurs font office de superstars. Constellation qui créera naturellement des difficultés au sein de l’équipe nationale. Qui joue ? Qui ne joue pas ? Joseph – Antoine Bell ou Thomas Nkono ?

Une question peu évidente qui donnera une réponse toute trouvée. Le titulaire c’est Thomas Nkono et nous sommes en 1982 au Mondial. Le Mekok Megonda (surnom des joueurs du Canon de Yaoundé) a la faveur du public camerounais, de l’entraîneur de feu Jean Vincent et ses prestations extraordinaires parlent pour lui. Champion du Cameroun en 1974, 1977, 1979, 1980 et en 1982. Vainqueur de la Ligue des Champions Africaine en 1976 et 1980, le double Ballon d’or Africain (1979 et 1982) laisse une toute petite place à son aîné et fidèle concurrent Bell. Sociétaire de l’Union de Douala de 1975 à 1980, le natif de Mouandé est contraint de se contenter de deux titres de champion du Cameroun en 1976 et 1978 et d’une couronne de champion d’Afrique en 1979.

Thomas Nkono par Fketchemen – Wikimedia Commons (Domaine Public)

Forcé de s’exiler pour plus de visibilité, Jojo rejoint l’Africa Sports en Côte d’Ivoire de 1980 à 1981 et Arab Contractors en Egypte. Dans le premier club de Mohamed Salah, il sera champion et vainqueur de la Coupe des Coupes en 1983. Des succès qui lui permettent de gagner une place de titulaire pour la CAN 1984. Emmenés par le Yougoslave Rade Ognanovic les Camerounais remporteront leur première Coupe d’Afrique des Nations. Tommy jouera les deux premiers matchs et lui les trois autres. Un « coup du chapeau » qui l’enverra à l’OM avant le sacre à la CAN 1988 sous les ordres de Claude Leroy. Double « cheez », son plus grand rival étant absent du tournoi marocain.

Aussi, ce dernier attendra la Coupe du Monde Italienne 1990 pour retrouver les filets de la sélection et inspirer un certain Gigi Buffon, alors milieu de terrain ou défenseur. Le retour du gardien de l’Espanyol de Barcelone (1982-1991) serait lié à une mise à pieds du portier des Girondins de Bordeaux (1989-1991) pour indiscipline. La rumeur raconte qu’il aurait déclaré que le Cameroun allait perdre le match d’ouverture face à l’Argentine de Maradona 5-0…

Vrai ou faux, ce qu’il y’a de certains toutefois c’est que ces deux monuments ne s’appréciaient pas vraiment. L’absence de Nkono au jubilé de Roger Milla jumelée à la présence de Bell est un indice fort de cette mésentente. Pourtant ils ont commencé et terminé ensemble leur carrière internationale. Une durée qui s’étend de 1976 à 1994, après une Coupe du Monde à laquelle les deux ont participé. Nkono sur le banc, Bell sur la pelouse, les Lions s’étaient fait éliminer au premier tour avec 1 point pris face à la Suède (2-2) et deux défaites contre le Brésil (3-0) et la Russie (6-1). 11 buts encaissés qui mettent fin à 18 ans de cohabitation, 112 sélections pour Thomas, 50 pour Joseph – Antoine et zéro trophée européen pour les deux.

Samsunspor Store par Cobija – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Alioum Boukar – Jacques Songo’o (1998 – 2002)

A la fin du règne de Bell et de Nkono, le Cameroun n’a pas attendu pour voir éclore un autre antagonisme au sommet. Jacques Songo’o jusque-là dans l’ombre de la paire de géants, a logiquement pris la place de n°1. Une position qu’il a gardée très peu de temps. Notamment durant France 1998 où ses envolées spectaculaires ont failli éviter à sa sélection une deuxième élimination de suite en phase de poule de la Coupe du Monde. Hélas !

Ainsi, deux ans plus tard à la CAN 2000 c’était terminé. Le gardien titulaire de la grande époque du Deportivo la Corogne a été vite dépassé par les impressionnantes relances à la main de son second Alioum Boukar. Il faut dire que le meilleur gardien de Liga de la saison 1996/97 n’avait pas la côte au pays. Les mauvaises langues disaient même qu’il « porte la poisse ». Une médisance alimentée par ce but qu’il prend 12 minutes après son entrée lors du match de préparation du 26 Mai 2002 contre l’Angleterre. Le Cameroun menait 2-1. Les Lions étaient sur le point de se « venger » de la défaite 3-2 subie face aux Three Lions 12 ans avant et il a pris le but du 2-2. Un match nul qui a enterré une bonne partie du bien que le camerounais lambda pensait à son endroit.

En outre, le triple champion d’Afrique (1984, 1988 et 2002) n’a jamais su convaincre les multiples observateurs du football camerounais, contrairement à l’ancien Canonnier (surnom des joueurs du Canon de Yaoundé). Celui qui a passé toute sa carrière européenne dans des clubs moyens du championnat Turc, a su profiter à fond des chances qu’on lui donnait. Deux fois champion d’Afrique en 2000 et 2002, Alioum fait partie des principaux héros qui ont redonné au Cameroun ses couleurs éclatantes après plus de 10 ans de disette. Sa prestation épique lors de la séance des tirs aux buts contre le Sénégal en finale de la CAN 2002, restera dans les annales comme la cerise sur le gâteau d’un parcours atypique. L’ancien joueur du Samsunspor arrêtera sa tournée internationale en 2004 avec 54 sélections. Soit huit de plus que le champion d’Espagne 2000. Pourtant il a commencé en 1992 : huit ans après lui… C’est ça le Cameroun. Etre l’un des meilleurs gardiens d’Europe ne suffit pas pour être titulaire dans la tanière.

Fabrice Ondoa par Кирилл Венедиктов – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

André Onana – Fabrice Ondoa (Depuis 2015)

Après les retraites d’Alioum et de Songo’o, on aurait pu citer l’opposition entre Idriss Carlos Kameni et Souleymanou Hamidou. Du temps perdu, le premier trop fort pour le dernier. Digne héritier de Nkono à l’Espanyol de Barcelone, le joueur du Fenerbahce a longtemps appartenu à l’univers des portiers les plus redoutés de l’élite Espagnole. Les deux Ronaldo et Messi en savent quelque chose. Ils ont eu un avant-goût de ce que c’est qu’un lion indomptable dans une cage. L’agent d’André Onana gardien de l’Ajax :

« Le FC Barcelone a-t-il émis son souhait de le voir revenir ? C’est exact. Ce n’est pas un secret que le FC Barcelone est intéressé. »

Le 28 Avril 2017 Thomas Nkono déclarait :

« Traditionnellement, il y a toujours eu de bons gardiens au Cameroun. On le voit actuellement, avec la nouvelle génération. Fabrice Ondoa est très doué, je suis d’ailleurs souvent en contact avec lui. Il fait preuve d’une grande maturité. André Onana est très bon également. Il y a aussi Carlos Kameni, plus âgé et qui est peut-être le meilleur gardien camerounais du moment. »

Une période plus que révolue. Malgré son expérience, ICK est le troisième dans la hiérarchie actuelle des gardiens camerounais. Le premier c’est certainement André Onana, si on se base sur ses performances avec l’Ajax. Toutefois en équipe nationale, il tarde à s’envoler. A l’image du but qu’il prend aux Comores (1-1), sa présence en sélection ne rassure pas. Sur ce plan, Fabrice Ondoa est clairement meilleur que lui. Le gardien d’Oostende en Belgique est un mélange de Thomas Nkono et d’Alioum Boukar. Nkono pour son talent exceptionnel et décomplexé et Boukar pour son parcours européen malgré le grand talent qu’il était. L’ancien de Konyaspor était d’ailleurs l’entraîneur des gardiens en 2017 lorsque le Cameroun et la nouvelle « araignée noire » remportait la CAN.

Vainqueur et meilleur gardien de la Nike Premier Cup (2010) et de l’UEFA Youth League (2014) avec les juniors du FC Barcelone : tout était pourtant bien parti pour lui sur le Vieux Continent. Toutefois dans ce monde, il est difficile en tant qu’africain de se faire une place au soleil quand aimer son pays est une priorité. Fabrice Ondoa a privilégié les Lions : il en paie les conséquences. Il attendra les matchs amicaux prestigieux ou les grandes compétitions internationales pour démontrer aux yeux de la planète qu’il est l’un des meilleurs gardiens du monde. Lorsqu’on a vu sa performance contre le Brésil le 20 Novembre dernier, on comprend pourquoi le public anglais du Stadium MK a gardé son maillot – et pas celui de Kepa : le gardien le plus cher du monde. Il a tout pour jouer dans les plus grands clubs européens et son « frère » de l’Ajax en est la preuve. Il suffit juste qu’on lui fasse confiance. Ils sont cousins, ils ont le même sang, la même nationalité, la même formation à la Masia : ils sont meilleurs que de nombreux gardiens européens.

Un Lion par efes – Pixabay CC0

Indice de victoires

On dit souvent que pour avoir une grande équipe, il faut un grand gardien. Pour les camerounais, cette affirmation est doublement vraie. On reconnaît les grandes équipes du Cameroun à la rivalité qui existe entre leurs deux meilleurs gardiens. Si elle prend des proportions internationales, c’est que le Cameroun est sur les bons rails. Les trois rivalités énumérées ici correspondent aux trois périodes de succès de la sélection en vert, rouge et jaune. Nkono – Bell : le Cameroun joue ses trois premières finales de Coupe d’Afrique (1984, 1986, 1988), remporte deux ; sort invaincu de son premier Mondial en 1982 et joue les quarts de finale de la Coupe du Monde 1990. Songo’o – Alioum : le Cameroun remporte la CAN deux fois de suite (2000, 2002), termine la CAN 2002 sans encaisser de buts, est cité parmi les favoris du Mondial 2002 et joue la finale de la Coupe des Confédérations en 2003. Ondoa – Onana : le Cameroun est champion d’Afrique en 2017 et…

 

Zidane a-t-il bien fait de revenir à Madrid ?

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Samedi 16 mars, le Real Madrid est venu à bout du Celta Vigo 2-0. Isco, Bale, une victoire à domicile qui célèbre avec majesté le retour d’un grand héros : Zinédine Zidane. L’ancien milieu offensif des Merengues est revenu s’asseoir sur une touche Madrilène contestée. Un renouveau, une très bonne idée qui n’efface cependant pas les doutes qui planent sur l’éventuelle réussite de ce plan Z…

Zinédine Zidane par Tasnim News Agency – Wikimedia Commons CC BY 4.0

Un choix judicieux

Tout le monde pressentait Mourinho pour prendre les rênes du Real Madrid. L’arrivée de José semblait faite quand soudain Zidane a dit « oui ». Le Bleu viendra contre toute attente succéder à Santiago Solari, comme il a remplacé Raphael Benitez en 2016. La grande différence cette fois-ci, c’est qu’il n’arrive plus avec un statut de débutant. En deux ans et demi, le meilleur joueur du monde est devenu meilleur entraîneur du monde. Il est passé d’élève à maître pour définitivement entrer dans l’Histoire. Une prestance qu’il doit notamment à la Ligue des Champions. Ce trophée qui a longtemps échappé aux contrôles de génie du meneur de jeu qu’il faisait…

Après l’avoir enfin gagnée en jouant en 2002, en tant qu’entraîneur adjoint (de Carlo Ancelotti) en 2014, il a soulevé la « coupe aux longues oreilles » trois fois de suite en qualité d’entraîneur. Un succès « cinq étoiles » et un accomplissement singulier dans les chroniques du ballon rond. Une aura charismatique qui a permis au Real de glaner 9 trophées majeurs en 3 ans. Soit 3 C1, 2 coupes du monde des clubs, 2 supercoupes d’Europe, une supercoupe d’Espagne et une Liga. Son retour ne peut donc que rassurer une institution à la rue depuis sa démission l’été dernier. Il est parti sans « prévenir » : il revient sans réfléchir.

Zinédine Zidane a déclaré :

« Je ne pense pas du tout à ça (gâcher son image). Si je pensais à ça, je ne viendrais pas, je ne pense pas comme ça, je pense à ce que mon cœur me dit, mon cœur me dit que je me suis bien reposé et quand on m’a appelé, j’ai eu envie de revenir. Il y a 3 ou 4 mois je ne serais peut-être pas revenu, là j’ai envie de revenir, c’est peut-être le moment, cette opportunité se présente et je le fais avec beaucoup d’envie. C’est un plus gros défi, c’est une deuxième fois. Je ne regarde pas ça du tout, sinon je ne serais pas revenu, ça va plus loin que le simple fait de revenir, je suis animé par autre chose, c’est un deuxième projet qui se met en place. »

Zidane et Ronaldo par Ludovic Péron – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

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Aussi, l’ambiance s’annonce électrique. La magie « Zidane » est sur le point d’opérer. De « frapper », pour être plus précis. Un brin de folie, en effet Zidane a lui aussi son côté « Bielsa ». Aimé Jacquet en 2006 sur le carton rouge de Zidane contre l’Italie en finale de la Coupe du Monde :

« L’éviction de Zizou a été terrible ! Comment expliquer ce coup de sang… Très simplement. Il y a eu une provocation et peut-être des mots qui ont été jetés comme cela. Et Zizou est très réactionnel et malheureusement il n’a pas su se contrôler. C’est terrible de le voir partir comme cela car je pensais très sincèrement qu’il allait soulever cette Coupe du monde. »

« El Loco » parfois, l’AS de Cannes peut partir sur un coup de tête… surtout après une réapparition. Panenka, volée du gauche, coups de tête, les gestes techniques de cet ancien judoka sont aussi imprévisibles qu’un ippon. Il peut faire mal, comme il peut faire très mal. Il peut se servir de sa tête pour marquer des buts inoubliables ou pour envoyer ses adversaires au tapis. La vérité avec lui, c’est que rien n’est joué d’avance.

Si la similitude entre ses succès de joueur et d’entraîneur semblent se dessiner, pour son retour à Madrid on peut pareillement craindre le pire. En 2006, il avait également annulé sa retraite internationale pour aider une France nécessiteuse de son expérience de champion du monde. Une rentrée royale pour une fin tristement célèbre. Expulsé, Zizou était parti sur une violente « tête piquée » au milieu de la poitrine de Marco Materazzi et les Bleus avaient perdu le Mondial. C’est ce qu’on appelle « semer la Zidanie ».

Zidane par Ian Dick – Flickr CC BY 2.0

Back to the future ?

Les mauvaises habitudes ont la peau dure. On espère malgré tout qu’il a retenu la leçon de ses 14 cartons rouges. Bien que ce ricochet semble nous démontrer le contraire. Ce que Zidane a fait au Real Madrid est exceptionnel. Il a eu l’honneur de partir sur un sacre comme Pelé après le Mondial 70 : il aurait dû laisser la chance à un autre de faire ses preuves. Mauricio Pochettino par exemple, aurait pu arriver de Tottenham avec King Kane et l’envie des premiers titres…

Quant au Mou, le « tant attendu » avait encore tout à prouver à Madrid. Ça aurait été un nouveau défi pour lui de remporter cette Ligue des Champions pour laquelle il était venu neuf ans plus tôt. Il avait besoin de rebondir derrière Manchester : Zidane n’a plus rien à prouver chez les Espagnols. Ce sera très difficile pour l’AS de Cannes de faire mieux. Les Blancos (surnom des joueurs du Real Madrid) avaient besoin d’une autre raison de vaincre et non d’un ami fidèle…

Zidane aurait dû se mettre à un nouveau challenge. En rentrant chez lui, il n’a fait que fuir. Régresser… et ce n’est pas bon signe pour la suite de sa carrière. Il a eu raison de partir en se disant que c’était la fin d’un cycle :

« Après trois victoires en Ligue des champions, je ne suis pas sûr de pouvoir gagner encore, et moi j’aime gagner. »

Mais il a tort de croire qu’on doit gagner à tous les coups. Tout le monde aime la victoire mais personne ne peut éviter la défaite. Elle est consubstantielle à la vie donc au succès lui-même. Encore qu’il n’avait pas le choix. Au Real il n’y a pas de place pour les « Ferguson ». Soit tu démissionnes, soit tu te fais virer. On ne s’éternise pas à Madrid. A la moindre crise, Zidane sera probablement évincé sans ménagements. Ça peut arriver à la fin de saison ou avant. Il hérite lui aussi du même effectif capricieux que ses deux prédécesseurs. Jamais deux sans trois ?

Joueur du Real Madrid par MondejarFoto – Pixabay CC0

Quand on a atteint les sommets, la chute est la seule issue. Terminaison qui peut se présenter sous deux aspects : une dégringolade ou une sortie sous les ovations. Zidane a eu les acclamations, l’avalanche l’épie. D’autant plus que Ronaldo ne sera plus là. Peu importe celui qui prendra sa place, il ne fera pas le poids avec l’impact que le Turinois a laissé. Sans CR7 au Real Madrid, Zidane n’aurait probablement pas gagné tous ces titres. Vice-versa ? Difficile à dire. Même si Ronaldo a gagné à United et en sélection Portugaise sans le Français, on attendra par respect les derniers mots de la Ligue des Champions pour se déclarer. Et pour ne pas dire oui, on conclura que c’était l’association parfaite entre un génie vieillissant et un autre qui a su vieillir.

Faut-il supprimer le poste d’entraineur ?

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Zinédine Zidane revient au Real Madrid. C’est officiel depuis lundi 11 mars. Un retour qui semble redonner de la vigueur aux joueurs du club et aux cadres. Sergio Ramos s’est remis au travail. Marcelo et Isco ont bossé le jour de leur repos. Etc. Des réactions qui définissent bien l’égard que ces joueurs portent à leur ancien mentor. Et qui va dans le sens de la rumeur selon laquelle le vestiaire Madrilène aurait rejeté le retour de Mourinho. Si un joueur peut choisir qui va l’entraîner, à quoi sert le poste d’entraîneur ?

Vincent Cantoni (Entraîneur) par André Cros – Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0

À rien…

C’est carrément honteux de savoir qu’un footballeur professionnel se remet au boulot parce que son entraîneur « préféré » revient. Quel message fait-il passer aux jeunes qui veulent lui ressembler ? Si tu n’aimes pas un coach ne travaille pas ? Cette publication intrigante de Sergio Ramos sur Instagram où on le voit soi-disant besogner chez lui, démontre simplement que Santiago Solari n’était pas mauvais. L’ancien Merengue était juste un mal-aimé. Où serait le club sans celui qui a eu l’audace de lancer Reguilon et Vinicius Junior ? Et si ce deuxième jaune du capitaine ibérique face à l’Ajax avait pour but de faire virer cet homme qui n’a pas peur de faire des choix forts ? Dans ce monde où les footballeurs deviennent de plus en plus machiavéliques, c’est fort probable. Aujourd’hui qu’on sait que le stoppeur était opposé au retour du Special One, pourquoi n’aurait-il pas laissé tomber l’Argentin ?

Football against poverty 2014 Bern (Santiago Solari) par Ludovic Péron – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Nous vivons une époque où les joueurs ont les pleins pouvoirs. Pourquoi ne pas s’adapter ? Pourquoi faire souffrir les entraîneurs quand les footballeurs savent exactement ce qu’ils veulent. Autant supprimer le poste et laisser les joueurs décider de leur tactique tous seuls. Etant donné que l’anarchie constitue le mode de gestion adéquat pour eux, qu’on les laisse faire. Le Real Madrid est à son troisième entraîneur en un an. C’est du jamais vu dans l’histoire du club : la preuve d’un chaos généralisé dans le monde du football. Un Big Bang où les entraîneurs sont toujours les bouc-émissaires de l’échec et les souffre-douleurs de ces enfants gâtés multimillionnaires. « Galopins » qui ne veulent rien faire dans le sens du collectif. Ils gagnent des sommes faramineuses qui les déconnectent de la réalité et font ressortir leurs réelles personnalités. Quand on sait qu’il y’a des soldats qui meurent au front pour moins que ça. Qu’il y a des ouvriers et ouvrières qui se tuent à la tâche du matin au soir pour des salaires misérables, on comprend que le football perde les valeurs qui ont fait son immense popularité : la simplicité et le respect.

Et si au moins ils étaient les seuls pourvoyeurs de ce trouble. C’est aberrant de savoir que d’autres… que des dirigeants de clubs – qui devraient être à la base du respect de la hiérarchie – participent pareillement à ce désordre. Ils orchestrent cette cacophonie et mettent leur légitimité sur des braises. Pour revenir à Mourinho, on sait qu’il a dû réclamer les pleins pouvoirs afin d’éviter un remake de Manchester. JM aime avoir un contrôle total sur son effectif pour travailler : ce que Florentino Perez n’apprécie pas forcément.

Florentino Pérez par 20 minutos – Wikipedia CC BY-SA 2.1 ES

Le président du Real Madrid veut pouvoir décider de qui va jouer ou non. Sa politique est fondée sur un marketing omniprésent où les grands noms jouent un rôle primordial. La venue de José à Madrid en 2010 est d’ailleurs liée à ce concept des Galactiques qui a fait sa notoriété. Le Portugais était clairement le meilleur entraîneur du monde en 2010, donc sa place était logiquement au Real Madrid. Aujourd’hui cette idée n’est plus tellement partagée. Et même s’il apprécie beaucoup l’ancien Interiste, le patron de la Casa Blanca a hésité à mettre en péril les fondements de sa présidence : les joueurs.

Une indécision qui contribue à humilier ceux qu’il choisit comme technicien et les décrédibilise devant leur groupe. S’il sait qui doit jouer et qui ne doit pas, pourquoi prendre un entraîneur ? Qu’il dirige lui-même directement les matchs, qu’on voit son intelligence tactique au grand jour. On a un président qui est au courant de ce qu’il faut tactiquement faire pour gagner ; des joueurs qui savent ce qu’ils veulent pour faire trembler les filets. L’entraîneur n’a donc plus sa place… Et pourquoi ne pas nommer les proches des joueurs sur la touche puisque l’objectif est qu’ils soient heureux ?

Banc de touche (Vesoul Stade) par Dfrh78 – Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0

Pour rien…

Si chaque joueur respectait sa propre tactique, il y aurait de vives dissensions sur le terrain. Le rôle d’un entraîneur est de fédérer un groupe derrière une idée collective. Quand celui des joueurs est de jouer en fonction de la stratégie choisie. Pas de la choisir. Mais bien de se mettre au service du collectif par le biais de la tactique mise en place par le « chef d’orchestre ».

Chaque groupe a besoin d’un guide. Par conséquent s’il y’a un poste qu’on ne doit pas supprimer dans le football, c’est bien celui de l’entraîneur. Il est plus qu’essentiel à la santé de cette discipline reine. De sa touche, il a une vision panoramique sur l’équipe. Il est préférable que chaque entraîneur soit choisi par rapport à une vision objective du succès. Le sport se base sur les résultats pour désigner, mais le président peut croire en son entraîneur et lui donner sa chance sans en tenir compte.

Autrement dit, un entraîneur ne doit pas être choisi pour faire plaisir aux joueurs. Nous évoluons dans un cadre professionnel et non affectif. Une communauté sportive de plus en plus individualiste où les joueurs refusent de rester à leur place de « seconds ». Déclinaison péjorative qui dispose les protagonistes dans un classement où le footballeur serait le plus « faible » de la hiérarchie. Si on le concevait comme un acteur jouant simplement son rôle, il y aurait pourtant moins de dégâts. Ni supérieur, ni inférieur, le joueur doit respecter son entraîneur. L’obéissance n’est pas un défaut c’est une qualité…

Formation en 4-4-2 par Mario Ortegon – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

La tactique pour tous

Le football a connu des changements qui semblent inimaginables de nos jours. Par exemple, avant les capitaines s’occupaient de l’arbitrage… Jusqu’au jour où ils ont commencé à se battre. Une escalade qui a d’abord précipité l’arrivée de deux Umpires pour surveiller les buts sans filets et appeler à la mi-temps et à la fin du match. Avant que ne se présente enfin l’arbitre central sur le terrain. Celui-ci passe des tribunes à la pelouse pour devenir le Referee que nous connaissons désormais. Un homme qui peu à peu sort des stades, orienté par l’assistance vidéo. On se dirige vers un football téléguidé.

Il est possible de voir le rôle d’entraîneur évoluer également. Les supporters du club AG Caen (Régional 1, 6e Division Française) entraîneraient déjà l’équipe dans les gradins, par exemple. Un concept matérialisé par l’application United Managers. Son rôle est de donner la direction tactique de l’équipe à ses supporters. Lesquels prennent le nom de « Umans ». Un mélange des termes « United » et « Manager » qui sonne bien comme le mot Humains en anglais : Humans.

Pour plus d’éclaircissements, Frédéric Gauquelin, PDG de l’application :

« Cela veut dire préparer la feuille de match, donner les consignes collectives et stratégiques, faire des remplacements en amont des matchs, mais également en cours de match. Par exemple, passer d’un bloc médian à un bloc haut. La communauté décide de le faire parce que les conditions de match le nécessitent, on l’applique à 100% »

Camp Nou par Cappo80 – Wikipedia (Domaine Public)

On voit dans cette idée une réforme progressiste du concept de Socios. Les penseurs de l’avant-garde de Caen veulent être plus que ces supporters espagnols qui occupent une place prépondérante dans la gestion de leur club de cœur.

Thibaud Leplat de SO FOOT dans son article « Qui sont les Socios ? » :

« Comme à l’intérieur d’un parti, d’une association ou d’un syndicat, les socios sont égaux quels que soient leur patrimoine ou leur puissance financière. Comme dans une association, « un homme = une voix ». Donc tous les socios sont égaux en droit et votent pour les décisions importantes. Au Real, Perez est le socio 3 303. Son vote pèse autant que celui de Francisco Garcia, socio 15 402 et membre de la Peña de Leganes. »

Alors faut-il, oui ou non, supprimer le poste d’entraîneur ?

Certains l’ont déjà fait. En réduisant le joueur de foot à une simple entité numérique, on fait par le même occasion de l’entraîneur un logiciel qui rentre des données sur le terrain : un programme que tout le monde peut utiliser.

Jurgen Klopp énervé, à un journaliste qui regrettait que Liverpool n’ait pas assez attaqué contre Everton (0-0) :

« Je suis très déçu par votre question. Nous ne jouons pas à la playstation. Vous pensez que nous n’avons pas pris assez de risques ? C’est vraiment décevant comme question parce que vous donnez l’impression que c’est très facile. J’ai juste à dire :  »Allez les gars, on prend plus de risques, on y va ». Vous imaginez ? Y a-t-il un seul match nul que nous n’avons pas essayé de gagner ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Vous pensez que c’est comme sur la playstation : on amène un nouveau joueur et le jeu change ? Le football ne marche pas comme ça. »

Jurgen Klopp par Tim.Reckmann – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Un reproche assez curieux quand on sait que les Reds devaient à tout prix gagner ce derby de la Mersey pour reprendre la tête de la Premier League. Ont-ils joué pour le nul ? Certainement non… Cette vision de la tactique télécommandée empêche de se poser les bonnes questions et de prendre les bonnes décisions. Inaptitude qui réduit l’entraîneur à un donneur de consignes quand il est sans doute beaucoup plus.

Sergio Ramos : Tel est pris qui croyait prendre… une deuxième biscotte

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La prétention est une notion incompatible au sport. Au football, l’humilité est le début de toute entreprise aspirant à la victoire. Pour gagner il faut se faire petit : se fondre dans l’effort. Une attitude qui entretient le désir de succès et vous maintient au sommet pendant un bon moment. Regarder une équipe de haut avant de l’affronter est une erreur à ne jamais commettre. Une vérité sportive qu’aurait dû savoir Sergio Ramos, du haut de son énorme palmarès. En prenant ce second carton jaune sciemment lors du huitième de finale aller contre l’Ajax, le capitaine Merengue a précipité la coulée de son bateau.

Protection de balle d’Isaiah Brown devant Lucas Tousart. par S. Plaine (Photo by S. Plaine / CC-BY-SA-4.0)

Souvenirs, souvenirs…

Lucas Tousart : « L’Ajax, c’est une institution mais je connais pas trop. J’ai déjà affronté l’Ajax en Youth League, la saison dernière, et nous avions perdu. Leur philosophie de jeu m’avait bien plu. Je m’étais un peu renseigné. Quand j’étais petit, ce n’était plus un club très en vogue. C’était un peu dépassé. C’est plus mon père qui m’en parle, de Johan Cruyff… De par ce que j’entends, cela représente beaucoup au niveau des caractéristiques de jeu. C’est un club qui a gardé ses principes. L’Ajax est un peu comme nous. Ces dernières années, ce club n’a pas fait des performances européennes plus marquantes que les nôtres. »

« La légende de l’Ajax ? Tousart fait la remarque qui tue » est le nom de l’article du site Foot01 qui illustra les propos de Lucas Tousart ci-dessus. Un titre prophétique, le football français bel et bien meurtri quelques heures après. Piétiné par une cinglante fessée en demi-finale aller d’Europa League qui devait leur refaire le portrait. Les Lanciers (surnom des joueurs de l’Ajax) viennent sauvagement à bout de l’OL 4-1 à la Cruyff Arena et se qualifient pour la finale malgré la défaite du retour à Lyon 3-1. Et dire que : « L’Ajax est un peu comme nous. » C’est-à-dire comme l’exprime si bien l’internaute Coach’nRock en commentaire du billet : « 33 titres de champion, 4 LDC + 2 finales ,1 EL, effectivement c’est presque pareil que L’OL. Sacré Lucas »

Sacré Lucas… : sacrée opinion tout de même ! Le football dit moderne est le seul sport où le passé ne compte pas. C’est dommage parce que c’est insensé. C’est ton passé qui définit ton présent. On est le meilleur parce qu’on a été le meilleur sur le terrain. Et non parce qu’on sera le meilleur. Et le pire c’est que Tousart n’a pas tort. Il a raison dans un monde qui a tort. Son élocution traduit un manque d’humilité chronique dont il est une énième victime. L’irrévérence d’un football qui fait croire à ses jeunes acteurs que nous sommes tous égaux dans cette fédération où on dénombre quatre grands championnats. Une analogie qui exclut légitimement le championnat hollandais, jugé d’un niveau inférieur à ses égaux.

Paradoxe, considération d’autant plus inconcevable quand on sait que les plus grands clubs néerlandais sont tous des grands d’Europe. L’Ajax a remporté 4 Ligues des Champions et une Europa League (Coupe de l’UEFA). Le PSV Eindhoven une Ligue des Champions et une Europa League (Coupe de l’UEFA). Et le Feyenoord Rotterdam une Ligue des Champions et deux Europa League (Coupe de l’UEFA). Une suite qui démontre à quel point le football hollandais peut être total en Europe et dans le monde. Unanimité validant l’idée selon laquelle une grande équipe ne meurt jamais… Frenkie De Jong, futur joueur du Barça : « Peut-être qu’il pourrait le regretter. Avec le score du match aller, le Real Madrid reste clairement favori. Mais nous n’avons pas dit notre dernier mot ! Nous avons encore des chances. »

Sergio Ramos par Jan S0L0 – Wikimedia Commons CC BY-SA 2.0

Abus de pouvoir

Comparer les championnats est une idée qui n’a pas lieu d’être. Les équipes s’affrontent : c’est suffisant pour distinguer la victoire de la défaite. Le Real Madrid est la meilleure équipe du monde pour avoir remporté plus de titres que les autres. Pas parce que la Liga est le meilleur championnat au monde. En Espagne il y’a moins de vainqueurs de la Ligue des Champions qu’aux Pays-Bas par exemple. Et que serait Barcelone sans l’Ajax, sans Cruyff, sinon un simple opposant à la Maison Blanche. La vérité c’est qu’au football il n’y a pas de passé lointain. Il y’a un passé tout court. C’est lui qu’il faudra continument prendre au sérieux. Le sport roi s’est toujours joué en couleurs. Ce sont les télévisions qui retransmettaient sa réalité en noir et blanc. Aussi, Sergio Ramos n’a fait que couper le sommeil d’un lion endormi. Sa chevauchée sortie de son « couloir », il s’est disqualifié de la course tout seul. Il s’est pris pour Tousart et donc, tant pis pour lui.

Une équipe ce n’est pas qu’un joueur mais un microbe suffit pour empoisonner l’atmosphère. L’option de prendre un deuxième jaune volontairement, n’est pas mauvaise en soi. Elle le devient lorsqu’elle participe délibérément à diminuer le collectif pour sa gouverne. Ramos aurait pu le faire au retour, la qualification déjà en poche. Il aurait pu le faire pour être sûr de jouer le retour des quarts de finale en pleine possession de ses moyens. Mais il n’aurait pas dû le faire en pensant que tout était plié. C’est une question de timing. De toutes les façons, tous les joueurs prennent des cartons consciemment : l’arbitre juge l’intention. Un jugement infondé toutefois, étant donné que les officiels ne lisent pas dans les pensées. Ils doivent se concentrer sur la faute physique et la punir tel que le prévoit le règlement. La double sanction de Ramos est injustifiée quoique juste…

Juste parce qu’il n’a pas respecté son adversaire, il mérite de ne pas passer au tour suivant. Par son geste, Ramos n’a pas été professionnel et a privé le Real de son prestige. Insoucieux de la belle histoire des Ajacides, son jeu d’échec a conduit les Merengues à la même correction que les Gones deux avant (1-4). Il était sûr de passer en quarts et au finale il a planté son équipe. Une arrogance inutile… Dusan Tadic, joueur de l’Ajax : « Bien sûr qu’il a commis une erreur de faire exprès de prendre le jaune. Ramos est une des meilleurs défenseurs du monde. Si tu regardes le match aller tu te rends compte de son importance au Real Madrid. (…) Bien sûr qu’il a manqué à son équipe au Bernabéu. C’est un leader. Un des plus grands que l’on n’ait jamais vu. Il a manqué. À sa place, d’autres grands joueurs ont marqués. »

Madrid-Lyon par Jan SOLO – Wikimedia Commons CC BY-SA 2.0

Où est Ronaldo ?

L’attitude de Sergio Ramos ne traduit pas qu’une vaine effronterie. Elle décrit également un joueur assoiffé de projecteurs, barré par la lumière qu’était Cristiano Ronaldo. Le Turinois parti, l’Espagnol a tout fait pour démontrer aux yeux du monde qu’il pouvait prendre sa place et faire gagner le Real. Il l’a attaqué : « Nous verrons bien qui sera le vainqueur (du prix FIFA The Best). S’ils donnent le prix à Modric, je serais heureux comme s’ils me l’avaient donné. Peut-être qu’il y a des joueurs qui font plus de marketing que Luka ou qui ont un nom plus célèbre, mais Modric mérite cette récompense. » Encore et encore : « Peut-être que maintenant, sans Cristiano Ronaldo, on en parle pas plus, mais avec lui, nous avons également eu des crises de but. Cela va revenir. » Sans que l’attaquant de la Juventus ne lui réponde. Un échec cuisant doublé d’une mauvaise conduite qui semble agacer la Casa Blanca depuis. Du bas au haut de l’échelle il affiche un comportement désagréable qui porte préjudice à son équipe et à son image à lui. Il a violemment frappé le ballon sur un jeune de la Castilla qui s’entraînait avec eux. Il veut décider de qui sera le prochain entraîneur. Il s’engueule avec son président…

Entre autres, il se rend de plus en plus compte que Ronaldo est irremplaçable. SR4 est certainement le meilleur défenseur espagnol de tous les temps. Cependant, CR7 est l’un des meilleurs footballeurs madrilènes de l’histoire (voire le meilleur). Le Quinas (Surnom des joueurs de la sélection portugaise) n’est pas plus important que l’institution mais cette dernière a pris son départ trop à la légère. Le retour de Mariano Diaz pour lui prendre son dossard préféré, a réaffirmé cette vision qui minimise l’impact du quadruple Soulier d’or au Real. Donner à l’ancien Lyonnais ce n°7 que le Portugais avait humblement demandé à porter à l’emblématique Raul, c’est plus que mépriser le quintuple Ballon d’or qu’il fait. Une icône inaliénable du football mondial qui a inscrit pour eux 450 buts en 9 saisons.

Une ingratitude qui affermit cette déclaration du meilleur buteur de l’histoire de la Ligue des Champions : « Ici nous sommes une équipe, ailleurs il y en a toujours un qui se sent plus fort que les autres. Mais ici, les joueurs sont tous sur la même ligne, ils sont humbles et ils veulent gagner. Si Paulo Dybala ou Mario Mandzukic ne marquent pas, vous les voyez heureux quand même, ils sourient. Pour moi, c’est beau, je ressens la différence. À Madrid, les joueurs sont également humbles, mais c’est différent. Ici, c’est plus comme une famille. » Laquelle accusation évidemment récusée par Sergio Ramos le tout puissant : « Je n’ai jamais entendu Cris parler de Madrid. Le vestiaire était l’un des éléments clés de notre succès. Nous sommes heureux que Cris se porte bien, nous voulons toujours ça avec les personnes qui nous ont aidés à être plus forts. »

Sergio Ramos par Jan SOLO – Flickr CC BY-SA 2.0

Un capitaine à l’image de son club

Ainsi, l’institution madrilène a laissé partir un « monstre » pour en créer un autre. Malgré elle ? Pas vraiment. Le départ de Ronaldo succède à celui de Zidane. Un poids-lourd qui avait la réelle capacité de maitriser la part d’ombre du stoppeur ibérique. La présence du technicien français rétablissait l’équilibre dans le vestiaire. Aucun joueur n’était supérieur à un autre et les performances suivaient. Par conséquent, son départ a créé un gros vide absorbant dans le collectif Merengue. Preuve que le président des Galactiques a fait le mauvais choix dans sa stratégie. Il s’est raté et aujourd’hui sa direction en paie le prix fort. Un « oscar » si gros qu’il a été forcé de le faire revenir au bercail. Une bonne décision ? Une marche-arrière qui image bien le doute qui plane dans le club de Florentino Pérez.

Cette situation, Monsieur Perez l’avait déjà pourtant connue avec Claude Makelele. Prétextant que le milieu récupérateur français n’était pas assez indispensable, il l’avait injustement laissé partir. Le PDG d’ACS aurait même déclaré à son sujet : « Makelele ne nous manquera pas. Sa technique était moyenne, il manquait de vitesse et de talent pour effacer les adversaires et 90 % de ses passes étaient dirigées vers l’arrière ou les côtés ». Une position suffisante qui met fin aux ambitions salariales de l’ancien Parisien. Il voulait être payé comme un Galactique : il ne jouera plus jamais derrière les Galactiques. Une aubaine pour un certain José Mourinho, qui le fera immédiatement signer à Chelsea. C’est la fin d’une ère et le début d’une autre. Fernando Morientes : « La perte de Makelele fut le début de la fin pour les Galactiques. Vous pouvez d’ailleurs remarquer que son arrivée à Chelsea fut un nouveau départ pour ce club. »

Ajax – Panathinaikos (1971) par Nationaal Archief, Den Haag, Rijksfotoarchief: Fotocollectie Algemeen Nederlands Fotopersbureau (ANEFO), 1945-1989 – negatiefstroken zwart/wit, nummer toegang 2.24.01.05, bestanddeelnummer 924-6096 – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0 NL

Une nouvelle époque s’annonce de ce fait. Le footballeur moderne s’effrite et perd en crédibilité. Une période devrait revoir le jour. Celle où les joueurs n’auront plus grand-chose à dire, sauf évidemment balle au pied. Le Real Madrid a besoin d’un changement radical ; d’un homme capable de remettre le respect de la hiérarchie et les valeurs intrinsèques du football au gout du jour. Cette déférence qui n’a jamais quitté l’institution Ajax Amsterdam malgré les « moments » difficiles. Une précaution qui commence à retrouver ses sensations dans ce nouveau football. Après la finale de l’Europa League en 2017, place aux quarts de finale de la Champions League en 2019.

Et pourquoi pas une cinquième étoile sur la bande rouge de ce blanc mythique ? La classe avec laquelle les coéquipiers de Daley Blind ont battu Madrid, peut inquiéter n’importe qui. Roulettes zidanesques, ballons piqués, coups-francs directs improbables, arrêts décisifs… : ils auraient raison d’y croire. Il suffira de penser comme avant ce retournement « inimaginable » à Santiago Bernabeu. André Onana, gardien de l’Ajax : « La manière n’était pas acceptable pour nous. On avait été meilleurs que le Real. On s’est parlé tout de suite :  » C’est pas possible cette défaite. On doit y aller sans complexe. On n’a rien à perdre. On ne passera peut-être pas mais on va tout donner. Et ça peut passer… » Dès la fin du match, on s’est dit que l’exploit était possible. Nous avions commencé à y croire… »

Où ira Mourinho la saison prochaine ?

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Remercié de Manchester United en janvier dernier, José Mourinho, surnommé « Special One », n’a pas perdu sa qualité de jeu. Son travail demeure apprécié dans les couloirs. Fils d’un entraîneur, il reste lui-même l’un des meilleurs entraîneurs au monde. Une qualité qui le leur évidemment populaire auprès des grosses écuries, qui cherchent à l’attirer. La concurrence s’annonçant rude, ce top 5 vous donnera un élément de réponse sur le futur transfert de l’ex-entraîneur du Real Madrid. Et ceci, de l’hypothèse la moins probable à la plus probable…

Stade Pierre Mauroy (Lille) par Walkerssk – Pixabay CC0

5 – Lille

Il y a quelques jours, Mourinho, en visite à Lille, s’intéressait au football français. Dans les tribunes du Stade Pierre-Mauroy, le Portugais était venu assister à la rencontre de Ligue 1 Lille-Montpellier. Le match nul (0-0) est passé inaperçu, les regards étaient tournés vers la superstar lusophone.

En français, il s’est exprimé sur sa présence :

« Je peux m’imaginer (entraîner) un jour en France. Je suis un homme qui a travaillé dans quatre pays différents, qui aime ça, qui aime connaître d’autres cultures. (…) J’aime apprendre tout le temps, travailler dans un autre championnat serait une expérience fantastique. (En ce moment), je suis tranquille, j’essaie de vivre le mieux possible avec la famille et les amis et travailler tranquillement pour espérer retrouver une opportunité dans le football. »

La porte n’est donc pas fermée. D’autant plus que les Lillois se rapprochent de la Ligue des Champions. Conclusion : il peut rejoindre l’actuel Dauphin de Paris comme Paris lui-même…

4 – Paris Saint-Germain

Hasard du calendrier ou non, Mourinho est arrivé en France après la défaite de Manchester United à domicile contre le PSG. Un air taquin ? Une première historique en Ligue des Champions ! Thomas Tuchel a dominé Solskjaer à Old Trafford. Une victoire façon José, avec un défenseur en milieu défensif pour empêcher Paul Pogba d’organiser le jeu. Carton rouge pour le Français et vert pour Marquinhos. Le stoppeur brésilien à la place de Pépé au Real Madrid, de Kurt Zouma et David Luiz à Chelsea, a joué un très sale tour au Théâtre des Rêves. Un roc…

Un bloc solide avec du caractère qui se projette rapidement vers l’avant : et si on parlait de JM sans le citer ? Sans oublier que Mbappé dans sa belle croissance s’est inspiré d’un portugais (Ronaldo) et a été révélé par un portugais (Jardim). Jamais deux sans trois ? Pourquoi pas. KM7 est plus explosif sur un jeu basé sur les contres. Monaco, l’équipe de France et Paris aujourd’hui en sont la preuve. Quoique Mou veuille « travailler avec des gens qu’il aime » : les qataris eux aussi… Quand en France les « Joséphiles » ne courent pas les rues. Les chocs entre les équipes françaises et le technicien ont laissé des traces indélébiles…

La curva dell’Inter in un derby del 2009 par oscar federico bodini – Wikipedia CC BY-SA 2.0

3 – L’Inter de Milan

Ineffaçable tel le passage de Mourinho chez les Interistes. Défaits ce week-end à Bologne 2-1, les hommes de Luciano Spaletti n’ont jamais autant regretté leur passé glorieux. Loin du triplé inédit de 2010, relégués en Ligue Europa, ils viennent de perdre leur troisième place en championnat. Icardi et madame son agent font le show et le club lombard s’en trouve déstabilisé. Qui mieux que le charismatique José pour remettre ces pendules à l’heure ?

Antonio Conte ? C’est aussi fort probable. L’italien se fonde également sur une méthode de gestion assez similaire à celle de son prédécesseur à Chelsea. Et même si le portugais reste le bienvenu dans « sa famille », ce poste semble destiné à l’ancien entraîneur de la Juventus. Encore que si José était à Lille, s’était pour superviser Thiago Mendes et Nicolas Pépé… L’ivoirien : un joueur appelé à partir. D’après son entraîneur Christophe Galtier, destiné à évoluer « dans une équipe qui joue tout en rouge et qui aime bien avoir des joueurs excentrés faux pied ».

Allianz Arena par daniel-sauer0 – Pixabay CC0

2 – Bayern de Munich

Un indice fort qu’est cette dernière phrase. Une véritable révélation quand on sait que le Bayern évolue tout en rouge et que sa récente gloire est le fait d’une paire de faux-pieds : Robbery. Robben à droite, Ribery à gauche, les Bavarois sont montés sur le toit du monde grâce au gaucher hollandais et au droitier français. Les deux ailiers sont notamment à l’origine du triplé historique des Allemands en 2013. Dirigés vers la sortie désormais, les trentenaires proches de la quarantaine laissent une belle place à Nicolas Pépé.

L’ancien angevin pourra alors jouer à droite pendant que Koman ou Gnarby seront sur la gauche et vice-versa. Surtout que le meilleur buteur Lillois est le footballeur « idéal » pour l’esprit de recrutement munichois. C’est-à-dire raisonnablement couteux et amplement talentueux. Idem pour l’excellent milieu central Mendes. Lequel viendrait en plus relever un Javi Martinez vieillissant.

Mais puisqu’on parle d’entraîneur, il est possible que le transfert de ces deux joueurs oppose Mourinho à un de ses éventuels employeurs. L’ancien manager Mancunien semble les vouloir et Niko Kovac retrouver la confiance de son Board. Son équipe de retour au sommet, le Croate apparaît plus que jamais armé pour poursuivre l’aventure en Bavière. Une renaissance qui réduit l’embrasure de la porte de son bureau devant José. Sans la fermer cependant, un faux-pas veillant…

Santiago Bernabeu par PatrickBlaise – Pixabay CC0

1 – Real Madrid

En effet les grandes équipes détestent chuter. Brutalement tomber face à un adversaire qui plus est un sérieux rival. Des mots faibles pour les maux que peuvent causer une défaite du Real Madrid à domicile face au FC Barcelone. La grande dépression : une succession de déceptions. Le tout en une année. Une saison résumée en trois jours et 180 minutes de folie. Deux rencontres, deux compétitions : deux équipes tellement éloignées l’une de l’autre. Les 12 points qui séparent le Barça du Real en Liga sont un euphémisme devant le réel écart de niveau entre les deux équipes. Le Real joue bien comme une équipe amateur. C’est-à-dire avec beaucoup d’envie et peu de réalisme.

Vinicius Junior a beaucoup de talent. Mais le Barça est tellement supérieur au Real qu’il n’a plus besoin de jouer pour gagner. Le Real joue, les Catalans gagnent 0-3 et annulent l’espoir du match nul de l’aller 1-1 au Camp Nou. Le Real joue, les champions en titre gagnent 0-1 après le 5-1 de l’aller et matérialisent l’idée d’une année blanche. Même la Ligue des Champions s’avère perdue au vu des prestations madrilènes. La « coupe aux longues oreilles » ne pourra donc plus satisfaire leur public très exigeant. D’où leurs cris en Coupe du Roi lors du Classico retour : « Faites revenir Mourinho ! » Un chant accompagné par un autre, ennemi cette fois : « Mais où est CR7 ? CR7, où es-tu ? »

Ils n’ont pas dit Zidane, ils n’ont pas dit Ancelotti : ils ont dit Mourinho. Pourtant l’addition Merengue des deux tacticiens c’est du très lourd. 4 Ligues des Champions contre 0 pour José pour faire court. Pourquoi donc son retour quand Zizou peut revenir comme Jardim ? Tout simplement parce que le Real que le Portugais avait rejoint en 2010 semble revivre. Ce roi qui avait Lyon pour bête noire et le Barça comme cauchemar. Ce géant aux pieds d’argile à qui Mourinho avait redonné l’envie de redevenir le meilleur club de tous les temps. Karim Benzema : « La différence entre le Real de mes débuts et celui d’aujourd’hui ? On est montés en puissance pour devenir la meilleure équipe du monde. Au départ, il y avait beaucoup de nouveaux joueurs mais, peu à peu, nous avons grandi. Cela a commencé avec l’arrivée de Mourinho, qui a mis dans nos têtes que nous avions la capacité de devenir, justement, la meilleure équipe de la planète. »

Vinicius Junior n’a donc pas de soucis à se faire. Rashford était le joueur le plus utilisé de Mourinho à Manchester. Pas Fellaini, pas Lukaku : Marcus Rashford. La pépite anglaise a changé de dimension avec le triple vainqueur de la Premier League et ce n’est pas Olé qui pourra le nier. Et comme l’entraîneur le plus titré des Blues (surnom des joueurs de Chelsea) le dit si bien : « Un mensonge répété 1000 fois reste un mensonge. » La seule chose dont Vinicius doit « se méfier » : c’est la concurrence à venir. José Mourinho : « Est-ce qu’Eden Hazard a le talent pour jouer au Real Madrid ? Bien entendu. (…) Est-ce qu’il a la personnalité pour porter le maillot mythique du Real ? Evidemment. »

La compétitivité est l’apanage de Mou. Ce dernier se plaisant à la faire jouer entre ses éléments, Eden Hazard arrive sur le flanc gauche du Brésilien avec fracas. Et ça ne peut que faire du bien au sud-américain. S’il accepte de mûrir dans l’ombre de plus fort que lui ; s’il n’attrape pas la grosse tête, il va considérablement évoluer. L’humilité lui fera un grand bien. Un grand talent certes, un petit joueur toutefois. Un jeune qui ne grandira que s’il en est bien conscient. Lucide sur ce fait que les petits grandissent et les grands déclinent quand ils n’ont pas su mûrir. Ainsi s’il le veut bien, le néo international Auriverde mûrira sous la férule de José Mourinho. Une rumeur corroborée par l’ancien président du Real Madrid Ramon Calderon : « J’ai le sentiment et encore plus. Mourinho sera assis sur le banc du Real Madrid la saison prochaine. »

Smileys Emoticones par geralt – Pixabay CC0

Un parmi tant d’autres

La venue de Mourinho à l’Inter de Milan, au Bayern ou au Real Madrid renverrait encore mieux à ce mot qui le caractérise si bien : unique. The Happy One est le seul technicien qui depuis près de 12 ans maintenant est resté dans les hautes sphères du football mondial sans jamais flancher. Inter, Real, Chelsea, United… Tous les clubs que le portugais a entraînés depuis 2007 ont remporté la Ligue des Champions au moins une fois. En d’autres termes, il a managé des grands d’Europe. Ce qui n’est pas le cas de ses plus grands concurrents.

Pep Guardiola a entraîné Barcelone et le Bayern mais aujourd’hui à City il est dans un club moyen qui a beaucoup d’argent. Carlo Ancelotti aussi a baissé de niveau en signant à Naples. Dans l’ancien club de Diégo Maradona, le technicien italien n’arrive pas à transmettre son expérience. Le triple champion d’Europe peine à concrétiser son énorme palmarès au sud de l’Italie. Il a été fraichement sorti au premier tour de la Ligue des Champions et largué par la Juventus qu’il était venu concurrencer.

Quant à Raphael Bénitez, à Manuel Pellegrini et à Arsène Wenger : ce n’est plus la même limonade. Les deux premiers jouent en milieu de tableau à Newcastle et West Ham et le dernier est à l’arrêt. On aurait pu ajouter Klopp et Pocchetino mais c’est trop léger comme palmarès. L’allemand avait bien commencé avec deux titres de champions à Dortmund mais ce sera tout. Malgré deux finales de C1, depuis 2014 il n’a rien gagné comme l’actuel manager des Spurs de Tottenham. On espère néanmoins que Liverpool y arrivera enfin cette année après trois essais infructueux. Les Reds méritent cette Premier League et les circonstances vont dans leur sens. La dernière fois qu’ils ont raté le titre de champion d’Angleterre de justesse c’était en 2014. Et c’était encore à cause de Mourinho et Chelsea. Le binôme était venu les battre à Anfield (0-2). The Lonely One (surnom de Mourinho) appelé à d’autres fonctions, l’équipe de la Mersey devrait en profiter…

Chelsea : Mourinho avait (encore) raison

Par défaut

Dimanche le 24 Février 2019 restera certainement une date spéciale pour le football anglais. Et pourquoi pas mondial ? Nous sommes à Wembley, le temple du football, et on assiste à une scène surréaliste. Le gardien espagnol Kepa Arrizabalaga envoie son entraîneur Maurizio Sarri balader et refuse d’être remplacé. Son équipe Chelsea perd aux tirs aux buts contre Manchester City (0-0 / 4-3 aux t-a-b) et le sport roi plonge dans une crise qui ne date certainement pas de la dernière finale de la Coupe de la Ligue anglaise.

Wembley par Billy Hicks – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Jamais deux sans trois

« Quand je vois les deux buts concédés, je me dis que mes joueurs ont trahi mon travail à l’entraînement », regrettait José Mourinho le 12 Décembre 2015. Nous sommes en zone mixte et Leicester vient de battre Chelsea 2-1. Quelques jours après le portugais était limogé et laissait les Blues à une triste seizième place en championnat. Une chute indigne du champion et vainqueur de la Coupe de la Ligue qu’il fût environ 7 mois plutôt lors de la saison 2014/2015. L’éboulement lui a été naturellement attribué. Son management a été pointé du doigt et les joueurs sont sortis blanchis de l’histoire.

La saison d’après, Antonio Conte lui succède logiquement et remporte encore la Premier League et la FA Cup l’année suivante. Ce sera sa deuxième et sa dernière saison à Londres. Un bilan formidable pour une autre issue incompréhensible liée une fois encore aux joueurs. Lesquels avaient encore lâché leur entraîneur sans la moindre intervention des dirigeants. L’italien est remplacé par un autre italien et le manège repart de plus belle. Sarri est à son tour abandonné par ses joueurs. Sa tactique devient « incompréhensible » et le club sombre dans une nouvelle impasse. Une situation agrémentée par le cinglant 6-0 pris chez les Cityzens. Une apogée atteinte avec cette « insurrection » de l’ancien portier de l’Atletic Bilbao.

Eden Hazard par Ben Sutherland – Flickr CC BY 2.0

Le jardin d’Eden

Le football aujourd’hui est défini autour de la notion de star. Il lui faut des stars pour exister. Qu’est-ce que c’est ? On ne sait pas vraiment. Avant une star c’était un leader technique et charismatique au passé glorieux destiné à un futur plus que glorieux. Maintenant c’est un peu l’amalgame. Toujours est-il cependant, qu’on en raffole dorénavant. Les grandes écuries doivent être capables d’en attirer le plus possible pour prétendre à la victoire. Une venue qui n’est pas toujours bénéfique. Un règne qui peut tourner au fiasco, la star n’étant plus forcément un leader. C’est-à-dire ce joueur capable de tirer son équipe vers les sommets. L’étoile sur Terre peut aussi être un « Hazard ». José Mourinho en 2014 : « Eden est le genre de joueur qui n’a pas la mentalité pour regarder derrière et venir aider son arrière-gauche et donner sa vie pour lui.»

Un reproche que ne lui fera pas Antonio Conte sans toutefois oublier de le penser. L’ancien capitaine et milieu défensif de la Juventus use d’une philosophie tactique très proche de celle de José : il n’en aura pas besoin. Sarri le fera pour lui : « Hazard ? Pour l’instant, c’est plus un joueur individuel qu’un leader. Il est bien sûr très important pour nous parce que c’est un très bon joueur. Il peut nous faire gagner des matchs. En deux minutes. Parfois même, ça ne prend qu’une minute. Mais pour le moment, ce n’est pas un leader. »

L’ancien technicien du Napoli poursuivra en disant : « Il a dit que ses entraîneurs lui avaient demandé d’en faire plus. Son potentiel est plus élevé que ses performances. Il doit se respecter lui-même d’abord, il doit faire plus. Eden est un excellent joueur mais c’est un joueur individuel. » Le Belge reconnaîtra d’ailleurs son manque d’implication dans le collectif. Notamment à l’époque du Mou : « Au cours de ces douze années de carrière professionnelle, j’en ai eu une mauvaise : les six derniers mois sous Mourinho, et c’est en partie de ma faute.» Une période qu’il aimerait bien revivre : « Si on me demande aujourd’hui avec quel entraîneur je souhaite à nouveau travailler, alors je dis : Mourinho (…) Si vous gagnez, Mourinho est le meilleur entraîneur que vous puissiez imaginer. Il devient alors votre ami, et vous pouvez faire ce que vous voulez. Vous désirez un jour de congé ? Il vous en donne deux. (…) Je n’ai pas beaucoup de regrets concernant ma carrière, mais ne pas avoir travaillé plus longtemps avec Mourinho en est un. »

Le Diable Rouge (surnom des joueurs de la sélection belge) s’était d’ailleurs excuser auprès du tacticien portugais juste après son éviction : « J’ai été l’un des joueurs les plus décisifs (la saison dernière) et cette année, j’ai été moins performant. Je n’étais pas au même niveau. Alors j’ai envoyé un message à José et il m’a répondu en me souhaitant le meilleur pour le futur. » Un avenir qui tel qu’on l’a constaté ci-dessus n’a pas vu un Hazard vraiment changer dans ce sens. Malgré une Coupe du Monde en Russie où il fût le technicien supérieur de sa sélection, il semble même imperméable aux critiques de son manager actuel : « Pour être honnête, je m’en fous. Je joue mon football. Peu importe ce que le manager dit. Je suis toujours concentré sur cette équipe. Je veux le meilleur pour cette équipe. » Mais il pense au groupe. C’est déjà ça de positif…

Lionel Messi par L.F.Salas – Wikimedia Commons CC BY 2.0

Sur la cour du roi Léo

En plus de la grosse colère piquée par son entraîneur, le réflexe de Kepa a provoqué de nombreuses réactions. Le goalkeeper des Blues a littéralement été lynché à tous les niveaux de l’échelle du football. De la presse anglaise aux joueurs, celui qu’on a qualifié de « gardien mutin » a laissé une très mauvaise image de lui. Chris Sutton, ancien joueur de Chelsea : « Le comportement de Kepa est une honte. (…) Il ne devrait plus jamais jouer pour Chelsea. (…) Je me sens désolé pour Sarri. »

Une situation inédite ? Pas du tout. Ceux qui disent n’avoir jamais vu ça disent la vérité ou feignent de la regarder en face. Le « premier » à refuser de se faire remplacer par son entraîneur est celui qu’on considère comme le premier des footballeurs des temps modernes. En effet, Lionel Messi avait également recalé la volonté de remplacement exprimée par son coach. C’était le samedi 18 Octobre 2014 en Liga. Barcelone battait Eibar 3-0 au Camp Nou et Luis Enrique devenait le dindon de la farce de sa star. Un refus qui occasionnera la sortie de Neymar… aujourd’hui Parisien. Un souvenir que ranimera cet abonné de Twitter pour un message évidemment bien reçu par Kepa. Le dénommé Revuelta commente : « Tout le monde s’en fichait quand Messi a refusé d’être remplacé.»

Effectivement la polémique jadis reprise en boucle par la presse espagnole, n’avait pas connu la proportion mondiale de celle du natif d’Ondarroa. Afin de calmer « l’hémorragie », le Basque s’est excusé : « Tout d’abord, je regrette la façon dont la fin du match a été perçue. Je n’ai jamais eu l’intention de désobéir à l’entraîneur ou à l’une de ses décisions. Je pense que tout a été mal compris dans le feu de l’action lors de la dernière partie d’un match pour un titre. (…) J’ai un grand respect pour l’entraîneur et son autorité. » Marchant ainsi sur les traces de l’Argentin avant lui : « Beaucoup de choses ont été dites ces derniers jours mais Luis Enrique est le manager et il peut me faire sortir quand il veut. » Sans pour autant endiguer la situation.

Le sélectionneur de l’équipe d’Espagne n’a toujours pas pu sortir Léo Messi. Et celui-ci ne sera même pas sanctionné de surcroît. La violence de la scène en terre catalane ne serait pas comparable à celle de la semaine passée. Sauf qu’on ne parle pas de violence ici, mais de respect de la hiérarchie. Si Kepa a été sanctionné, c’est que Messi aurait dû être sanctionné. Un beau rêve ? Une immunité qui dessine aujourd’hui celui qu’on appelle le footballeur moderne. A savoir, un Pogba qui critique ouvertement son entraîneur dans la presse ; qui le défie à l’entraînement et jubile son licenciement. Un gros problème d’après Darren Fletcher : « Il ne s’est pas bien conduit récemment et il a besoin d’un coup de pied derrière. Et je pense que son poste d’aujourd’hui, qu’il s’agisse de son équipe ou autre, était totalement déplacé. C’est un gros problème pour moi Bref un leader négatif qui ne pense qu’à lui (…) C’est une autre préoccupation parce que tout le monde a parlé de qui va partir – Paul Pogba ou José Mourinho ? Quelqu’un a besoin de s’emparer de Paul Pogba et de lui dire que ce n’était pas une bataille entre lui et José Mourinho et qu’il a gagné. (…) Je ne dis pas que c’est nécessairement de sa faute. Peut-être que c’est à voir avec le joueur moderne. »

Un leader négatif selon le Spécial One : « Vous avez maintenant une génération de joueurs qui ne sont pas que des joueurs, mais tout un package. Vous avez le joueur, la famille, l’agent, l’entourage, le directeur de la communication. Parfois, vous avez même le propre staff médical du joueur, et dans les situations extrêmes il a même son préparateur physique individuel. Quand vous avez ce joueur, vous avez toutes les distractions autour… (…) Quand on parle de leaders dans le football, les gens pensent toujours à des leaders positifs. Mais un leader négatif est aussi un leader. Et tous les leaders que vous rencontrez sur votre chemin ne sont pas forcément de gentils leaders qui vous aident à accomplir vos objectifs. »

Jamie Vardy et David Luiz par @cfcunofficial (Chelsea Debs) London – Wikimedia Communs CC BY-SA 2.0

Jamie Verdict

Difficile de contredire, l’ancien assistant de Louis Van Gaal. Surtout lorsqu’on repense à Eden Hazard qui a écœuré ses trois derniers managers à Chelsea. Et qu’on observe ce qui se passe à Leicester depuis 2015. Le club des Foxes sombrent sous les mêmes couleurs que les Bleus de Londres. Deux paires de trois entraîneurs virés (dont un en intérim : Guus Hiddink à Chelsea) ; de la mise à l’écart de Claudio Ranieri à ce jour, les Lions et les Renards se croisent dans leurs soubresauts. Roman Abramovitch s’apprête à vendre le club londonien. Vichai Srivaddhanaprabha le propriétaire thaïlandais du LCFC nous a tragiquement quittés. Et on se demande encore comment un entraîneur qui a mené une équipe très moyenne vers un titre de champion de la première ligue au monde a pu être évincé de la sorte. Ecarté tel Mourinho du « Théâtre des Rêves » et Claude Puel de sa prestigieuse place au King Power Stadium : on a la réponse aujourd’hui. Les joueurs ne voulaient plus de l’italien. En l’occurrence Jamie Vardy, encore cité dans l’éviction du français récemment. L’international anglais aurait même insulté l’ancien coach de l’Olympique Lyonnais à la fin du match face à Manchester : « Pourquoi il leur parle, cette put… de tête de bi… (Knobhead, en VO) ? »

Il y’a quelques jours Mourinho déclarait sur Bein Sport : « La phrase de sir Alex Ferguson que j’ai conservée était : « Le jour où un joueur devient plus important que le club, au revoir ». La structure d’un club doit être là pour protéger un entraîneur et que les joueurs sentent que tout est en place, qu’ils comprennent qu’ils ne vont pas arriver dans une situation où ils se sentent plus importants qu’ils ne l’étaient auparavant. » Ce qui n’est clairement plus le cas de nos jours. Et il sait de quoi il parle. Pogba lui a été préféré. Les joueurs ont pris le pouvoir.

Allan Shearer : « Paul Pogba est le plus gros transfert de l’histoire du club. Même s’il est champion du monde, il n’est pas digne de lacer les chaussures de ceux qui sont rentrés dans l’histoire d’Old Trafford. Il a été pathétique contre West Ham et a été si mauvais que Mourinho a dû le sortir parce qu’il n’apportait rien. S’il cherche à faire renvoyer son manager, il est train de faire un bien meilleur travail que de jouer au football. (…) Je suis vraiment triste que cela n’ait pas fonctionné pour lui, parce que c’est un grand manager. Sa première saison a été un succès pour lui, avec deux trophées remportés. (…) Cela ne se passait jamais comme ça quand j’ai commencé à jouer. Le club avait le pouvoir, le boss aussi. Maintenant, ce sont les joueurs qui ont tout le pouvoir. »

Tous veulent être des copies conformes à Lionel Messi et marcher sur la discipline à leur guise. La discipline : le point commun de tous ces entraîneurs qu’on a cités. Mourinho, Conte, Sarri, Ranieri, Claude Puel et Luis Enrique ne badinent pas avec l’indiscipline. Un caractère qui les met forcément en conflit avec les indisciplinés. Ces joueurs qui parce qu’ils sont bourrés aux as ne respectent que leurs employeurs…

Un Billet de 500 € par Alexas Fotos – Pixabay CC0

L’argent, le nerf de la guerre

L’inconduite de Kepa lui a valu une sanction financière. Le champion d’Europe des U19 paiera une amende de 225 000 Euros sur les 11,5 Millions d’Euros qu’il gagne annuellement. Une goutte d’eau dans la mer qui réduit la supériorité de Sarri à un monnayage et n’exclut en rien une « rechute ». Il a certes été mis sur le banc face à Tottenham, mais c’est juste pour un moment. C’est le gardien le plus cher de l’histoire. On a investi 80 Millions d’Euros sur lui pour qu’il puisse rapporter plus. Et ce n’est pas sur la touche qu’il le fera. Une semaine de son salaire, et le tour sera joué. Si un joueur gagne assez pour aller à sa retraite tout de suite, que gagnerait-il à respecter son entraîneur. Il a déjà ce qu’il cherche : un bon salaire. Même qu’on l’a persuadé qu’il était talentueux et qu’il devait être titulaire incontestable…

Une évidence doublée d’une confirmation qui s’oppose à la discipline émanant de la conquête d’une place de titulaire. Et lorsque les médias s’en mêlent en faisant croire aux joueurs que le banc de touche est un lit d’hôpital, le clash s’annonce détonant. Le joueur doit jouer à tout prix, veut jouer et sait qu’il va jouer peu importe les humeurs de son coach. Il rapporte gros au club pas lui. C’est du marketing. Un marchéage qui fragilise la place de l’entraîneur. Une méthode qui décide de qui va débuter sans l’avis de celui qui est payé pour le faire. Les entraîneurs épris d’équité sont donc mis de côté de peur qu’ils placent l’investissement sur la touche. Un départ qui profite à l’arrivée sur les bancs de simples représentants de la pédagogie financière. La marque protégée, le système peut continuer sa progression. Une révolution qui tue l’évolution des joueurs.

Pourquoi les superstars d’aujourd’hui ont du mal dans les compétitions majeures des équipes nationales ? Car en sélection on fait avec ce qu’on a. C’est le talent individuel et ta capacité à t’adapter aux autres qui compte. On ne peut pas recruter donc on fait avec ceux qu’on a. Il n’y a plus de « lieutenants » pour te faire avaler ce qu’ils ont mâché : à toi de jouer. Plus facile à dire qu’à faire. Un vœu compliqué à exaucer étant donné qu’on est loin de sa zone de confort. Ta situation d’enfant gâté en club t’a donné une fausse image de grand joueur et ton vrai niveau jaillit aux yeux du monde. Oui, le talent d’un joueur ne dépend pas de l’endroit où il se trouve. Usain Bolt est l’homme le plus rapide au monde partout où il court.

Le marketing est une bonne chose. Et pour qu’il le reste, il doit rester à sa place. Sur les maillots, les shorts, les chaussettes, les godasses et autres supports de communication. Les dirigeants d’un club ne doivent pas faire de lui la pierre angulaire de leur gestion. Il doit être en mesure de ne pas obstruer le métier des entraîneurs. Ils doivent être mis dans des conditions de travail professionnelles où le marketing jouerait un rôle de simple figurant. Sorti de son domaine de définition, il devient nuisible.

Nuisibles comme ces sommes astronomiques qu’il génère et qui accompagnent ces joueurs dits talentueux qui n’ont souvent jamais rien prouvé. Le joueur le mieux payé au monde doit faire un avec le meilleur joueur du monde et le joueur le plus cher du monde. Le salaire et le transfert d’un joueur doivent être fonction de son palmarès et du temps qu’il a passé sur la pelouse au cours des dernières années. On donne une valeur monétaire à chaque minute de jouée, à chaque trophée collectif et individuel soulevé et on comptabilise. Ce procédé permettrait d’éviter des réactions insoutenables. Qu’est-ce que Kepa a fait pour être le gardien le plus cher du monde ? Rien. Il a été surévalué, il n’est pas à sa place et ça s’est vu… Un homme qui n’est pas à sa place a tendance à avoir un comportement déplacé.

Un boomerang par Adrian Barnett. – Wikipedia (Domaine Public)

Effet boomerang

La sagesse est fille de l’expérience. Un joueur accompli n’a pas besoin de crier pour se faire entendre. Il a une vue objective sur toutes les situations auxquelles il fait face. Il a gagné en club comme en équipe nationale : il n’a donc plus rien à prouver nulle part. Il devient ainsi un exemple naturel pour les jeunes et les autres joueurs qui songent à réussir. Ronaldo, Iniesta, Xavi, Luis Suarez et autres ne refusent pas de sortir lorsqu’on les remplace parce qu’ils ont démontré à tous et partout qu’ils sont des grands joueurs. Leur absence sur le terrain ne changera rien à leur histoire en tout point valeureuse. Ce qui n’est pas le cas de Messi par exemple.

L’Argentin a besoin d’être sûr de marquer sous le maillot Blaugrana pour exister. Son départ du Barça sera toujours retardé parce qu’il n’y a qu’en Bleu et Grenat qu’il est « assuré » de rester au top. C’est comme ça qu’il s’attaque à tous ceux qui essaient de lui « piquer » sa place. Voilà pourquoi Eto’o, David Villa, Zlatan, Alexis Sanchez, Pedro, Neymar, Iniesta (dans une autre mesure) et Luis Enrique ont été tous débarqués du navire barcelonais. Sans compter tous ces talents de la Masia qui ont fui le despotisme de La Pulga et oublié qu’ils pouvaient pareillement écrire l’histoire de leur centre de formation. Les quintuples champions d’Europe perdent donc peu à peu leur brillance et leur identité en misant sur un joueur qui leur doit tout : le respect y compris. Le buteur Albiceleste se sert de son importance pécuniaire pour faire chanter son club.

Sauf que tout a une fin. Spécialement lorsqu’on a utilisé son « tout » pour les mauvaises raisons. Messi aurait pu utiliser sa puissance pour unir. Il aurait dû peser de tout son poids pour au moins empêcher le départ d’Iniesta ou de tous ces joueurs qui ont injustement été libérés pour qu’il brille. Mais il veut rester seul à la pointe. Le reste il s’en fout presque. Sauf que le football fait partie de la vie. Et dans la vie tu récoltes ce que tu as semé. La victoire en équipe nationale est un accomplissement de ton travail en club. Si elle tarde à arriver pour toi… pour lui c’est aussi et surtout parce qu’il emmène cet irrespect dans tous ces déplacements. La dernière Coupe du Monde en est encore la preuve. Les joueurs qui s’attaquent à leurs entraîneurs ne font pas long feu. Iker Casillas en est l’archétype parfait.

Rien ne vaut une victoire avec son pays. Ça vous débarrasse d’un gros fardeau : vous jouez aussitôt libéré. Vous êtes un nouvel homme. Un soldat détaché par le poids de ses médailles : l’exemple des exemples en plus… Un champion du monde. Un footballeur qui devrait être l’incarnation du joueur parfait. Respectueux de ses supporters, ses coéquipiers, son entraîneur, on est champion du monde après la Coupe du Monde. C’est après qu’on sait qui l’a bien mérité et qui est surpris. On se souvient « tous » de cette menace du gardien des Dragons (surnom des joueurs du FC Porto) vis-à-vis de son entraîneur Mourinho au Real Madrid : « Je te préviens José, c’est la dernière fois que tu critiques les joueurs publiquement. Les joueurs et moi, ici, on a tous déjà démontré qu’on avait beaucoup gagné et qu’on a toujours eu envie de plus. »

Le palmarès… Est-ce une raison pour manquer de respect à son supérieur ? Non. Et la suite le prouvera. Meilleur gardien ibérique de tous les temps, il a buté contre son camp après cette altercation. Naguère louangé par tout Madrid, Casillas s’est fait conspuer par ses propres supporters. Invité sur le banc par José, le champion du monde double champion d’Europe a été confirmé sur la touche par son successeur Carlo Ancelotti… Avant d’être viré du Real en larmes. Lorsqu’il disait au revoir, son président Florentino Pérez n’était même pas près du quadruple vainqueur de C1 qu’il est. Le monument devenu simple homme était seul en conférence de presse devant ces journalistes qui lui ont donné l’impression d’être intouchable. Le roi qu’il était est désormais gardien au royaume du Happy One : au FC Porto. La pierre que tu lances au-dessus de ta tête lui retombe dessus. C’est la loi universelle de la gravité.

Iker Casillas par Илья Хохлов – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

A l’attaque !

Lorsque les journalistes te tendent leurs micros, ils ne font que leur travail : à toi de faire le tien. Le poisson qui mord à l’hameçon du pêcheur devient un repas. S’il ne sait pas tenir sa langue, tant pis pour lui et heureusement pour les bateliers. Ces matelots ont le « devoir » de te mener en bateau. Il te revient donc de garder les pieds sur terre et à personne d’autre. La parole et les actions d’un grand joueur feront toujours vendre. Au centre du divertissement, il n’a pas de soucis à se faire sur ce plan-là. Acteur principal de la sitcom, il est le fonctionnaire de la distraction. Son bureau un théâtre à ciel ouvert, il doit pouvoir bien jouer son rôle pour survivre à son film. Réfléchir au moindre de ses faits et gestes sans toutefois annihiler l’émotion de son être. Cette expression positive de joie ou de déception qui servira à sa postérité. Un sportif a la responsabilité de faire la une des journaux pour des raisons « Fair-play ». Et non pour avoir ridiculisé son entraîneur ou un coéquipier.

Le manque de respect en général est un frein à la bonne santé de la carrière et de l’image d’un joueur. Un footballeur qui ne respecte rien court à sa perte. Mbappé avait commencé à régresser quand il s’est mis à perturber les entrainements de l’AS Monaco. Il a « lutté » contre Raggi, réclamé à tort le salaire de Radamel Falcao et s’est progressivement invité à la table de la maladresse. Malgré l’effectif de qualité, sa première saison à Paris sera moins bonne que la précédente chez les Asémistes. Une brève escale de malheur. Une chance pour lui que son erreur ait été rapidement dépassée et remplacée par une plus grosse. Celle d’un autre joueur moderne digne de ce nom encore plus sûr de son omniprésence : Neymar…

Depuis les affaires du pénalty et du coup-franc qui ont opposé Cavani à Neymar, la carrière du Brésilien a connu un grand coup de mou. Une grosse blessure qui a failli l’éloigner du Mondial. Le simulacre, un Mondial raté l’année passée. Une autre blessure encore aujourd’hui qui pourrait le priver de la Copa America chez lui si elle était mal ou trop vite soignée. Bref à la suite du Cava-Ney Gate, Neymar a vu Mbappé devenir le « nouveau Pelé » en remportant cette Coupe du Monde qui lui était promise. Le Bondysois y est arrivé en faisant un malheur en Russie à l’instar d’un Cavani en état de grâce. El Matador restait sur sa lancée stratosphérique en club. Parc des Princes où il n’a jamais cessé de conforter sa place dans le « Louvre » du PSG à coups de buts. Histoire que Vinicius Junior arrive en grande pompe en équipe du Brésil pour en découdre avec l’ancien du Santos FC.

Autrement dit, dans la MCN la hiérarchie semble donc logiquement respecter l’ordre des noms. Mots pour maux, le « M » champion du monde français prend le pouvoir à Paris. Le « C », l’athlète pour le Christ (Surnom de Cavani) entre dans l’histoire du club dessiné par la Tour Eiffel. Et le « N » fait la une des faits divers, chassé par le talent fougueux du « nouveau Neymar ». Un Galactique et plus encore selon le quotidien espagnol AS : « Une version moderne et plus forte de Neymar. » Celui qui admet « s’inspirer de l’attaquant Parisien sans se comparer à lui », ne « s’imaginait pas s’adapter au Real Madrid si vite ». Trop tard ! Le mal est fait…

Comme un rat ? Non pas du tout. Comme un jeune mal conseillé tout simplement. Neymar a quitté la Catalogne pour former son royaume à Paris sans tenir compte de l’aspect sportif. Dans un club moins prestigieux que le FC Barcelone il est devenu un simple serviteur à sa grande stupéfaction. Une régression, une idée sans suites : la faute au mépris caractérisé envers un aîné qui ne lui a rien fait. Un cadre de l’équipe qu’il devrait respecter pour tout ce qu’il a apporté au club dans lequel il a signé. Une référence : le repère qui aurait dû l’orienter. Lieutenant devenu général, une expérience qui le comprend parfaitement.

Edinson Cavani n’a pas toujours été le meilleur buteur de l’histoire du PSG. Il a servi Ibrahimovic et son équipe avant d’être desservi par les bienfaits d’une humble vie. Il mérite juste beaucoup de respect. Si Neymar a été forcé de « s’incliner » devant Messi, il aurait dû être forcé de le refaire devant Cavani : le « Messi » du PSG. C’est dur à attendre mais c’est la vérité. Sur la cour du roi des sports, ce sont les faits qui parlent. Ney gagne 30 Millions d’Euros par an environ. Il a un énorme talent mais ici c’est Paris. Et à Paris l’Auriverde (surnom des joueurs de la sélection brésilienne) ne fait pas encore le poids avec le Celeste (surnom des joueurs de la sélection uruguayenne). Kick and Rush, et KM7 en profite pour filer à l’anglaise, bien lancé par l’angélique Di Maria. A l’attaque !

Aimé Jacquet en 1994 par Auteur Inconnu – Wikipedia (Domaine Public)

Offensives missives

Aimé Jacquet a dit une fois : « Le football est le reflet de notre société. Regardez bien l’expression d’un joueur sur le terrain, c’est sa photographie dans la vie. » Une vérité toute faite. Nous vivons un monde basé sur l’offensive. Il faut attaquer, blesser pour susciter le respect. Une démarche qui crée un désordre caricatural et relègue la discipline au second rang dans un usage où elle se fait prépondérante. Une métaphore portée en flambeau par ses médias qui réclament l’attaque à outrance dans le sport.

On assimile la philosophie à l’offensive et on reduit le spectacle au front de l’attaque… Les défenseurs ne sont-ils pas des artistes ? Des défenseurs de la cause footballistique ? On parle de défendre un principe qui inspire la discipline et le respect des valeurs du football pour mieux défaire son adversaire. Le football total est une pensée fondée sur le collectif qui demande de défendre ensemble pour attaquer ensemble. Partie de la récupération d’une défense modèle du genre, une super contre-attaque en quelque sorte : la philosophie de Cruyff. Une école à laquelle appartiennent Guardiola et Mourinho d’une manière et d’une autre. Quoique les anciens joueur et assistant du club Alzugrana ne jouissent pas des mêmes faveurs.

Guardiola a eu la « chance » dans sa carrière de tomber sur des joueurs très professionnels. Des joueurs qui même lorsqu’ils ont été en disgrâce avec lui, ont toujours fait le job. Ils les mettaient sur le banc et à chacune de leur entrée, ils faisaient une bonne prestation pour justifier sa bourde. Eto’o, Yaya Touré, Seydou Keita, Thomas Muller, Sergio Aguero etc. ont fait gagner Guardiola pour lui prouver qu’il était dans l’erreur. Un respect de la hiérarchie qui n’est pas forcément fortuit. L’ancien pensionnaire de la Roma prend les pleins pouvoirs lorsqu’il signe dans un club. Si tu t’opposes à lui tu t’opposes au boss du club. En outre tu perds un temps précieux… : tu devrais aller jouer à la ba-balle dans la cour. Seuls les résultats décideront de qui reste ou qui part. Ce sera lui ou toi. Et si c’est toi, attend toi aux foudres médiatiques. Dehors aussi il a la côte.

Ainsi, de façon de moins en moins subtile, les médias suggèrent aux joueurs que pour le bien de leur croissance, ils devraient aller jouer pour Guardiola et lui obéir. Ils progresseraient… Ainsi Riyad Mahrez, l’un des meilleurs joueurs de Premier League, peut progresser hors des radars sans que personne n’en parle. Mais si c’était Mourinho qui le faisait, un journal serait allé interviewer l’algérien en coulisse pour ressortir sa colère et l’opposer à son entraîneur. Et on organiserait des débats pour expliquer aux jeunes que le portugais était à 55 ans un entraîneur « Has Been ». Une discussion au cours de laquelle on regretterait énormément un entraîneur de 70 ans pour illustrer cette envie de modernité.

Pourquoi ? Parce que ce n’est pas à cause du Brexit et de l’élection de Donald Trump que Ranieri a été chassé de Leicester comme le pense Klopp : « Je ne suis pas surpris que de telles choses puissent arriver, et pas seulement dans le foot. Il y a des choses bizarres qui se sont passées en 2016-2017… le Brexit, Trump et Ranieri. (…) Je n’en sais pas assez, demandez à Leicester pourquoi ils ont fait ça. Mais on doit s’attendre à affronter la meilleure équipe de Leicester City lundi. » La sortie des britanniques de l’Union Européenne et la présidence du successeur de Barack Obama sont des résultats démocratiques qu’il faut respecter. Les pires pages de l’histoire ont été écrites avant ces plébiscites. La question est comment en est-on arrivé là ? C’est trop facile d’accuser l’autre pour dédouaner son mauvais comportement.

La vérité c’est que si tu ne t’appelles pas Pep Guardiola ; si tu n’es pas soutenu par tes dirigeants et accepté par les médias, ton poste d’entraîneur sera fragilisé. Tu devras faire une composition de 22 éléments sur la pelouse ou tes joueurs ne t’écouteront plus. Ils seront galvanisés dans leurs erreurs par des discours télévisées. Des consultants comme Martin Keown, capables d’appeller les joueurs à la mutinerie : « Ils ont presque besoin de ne plus l’écouter. Parce que si la manière dont ils jouent aujourd’hui correspond aux consignes de Mourinho, alors c’est comme s’ils étaient déjà livrés à eux-mêmes, car je suis bien incapable de définir l’identité de jeu de cette équipe. »

Et ce qui devait arriver arriva… Le technicien portugais à la porte, il peut observer le « cancer » se généraliser. Contempler cette maladie de la star folle dont il a été longtemps victime, devenir une « norme » aux yeux du monde. Une aubaine qu’il n’était plus là quand Kepa a méchamment « contracté » le virus : « Heureusement, une situation comme celle-ci ne m’est jamais arrivée. D’un côté, le gardien veut montrer sa confiance, veut montrer sa personnalité et j’aime bien cela. Ce que je n’aime pas, c’est qu’il fragilise la position de l’entraîneur et de tout le staff. Caballero est aussi resté dans une situation compliquée. Cela m’attriste beaucoup, c’est très compliqué. »

Kepa Arrizabalaga par Catherine Kõrtsmik – Wikimedia Commons CC BY 2.0

Born again

Contrairement à ce qu’on peut penser, la polémique sur Kepa a remis le football à sa place. On a eu droit à une haletante et magnifique séance de tirs aux buts avec une jolie Panenka d’Eden Hazard ; au 25e titre de Guardiola et à une équipe des Cityzens toujours plus impressionnante. Des émotions comme on les aime dans le bon sens du terme. On ne veut pas que ça se reproduise, mais on est bien obligé d’accepter que ces minutes folles ont donné un autre gout à la finale. Tous les joueurs sont revenus derrière leur entraîneur pour gagner ce match : une rencontre qu’ils perdent au moment de l’incident majeur.

Attirer les Sky Blues aux pénaltys pour faire entrer Willy Caballero (spécialiste en la matière) n’a pas marché totalement. Mais Sarri a réagi en grand et s’est mis à la place de son gardien. Il l’a désamorcé la bombe comme un père, il l’a sanctionné. Son équipe a battu Tottenham et il a repris le contrôle. Tout ira probablement pour le mieux pour la suite de la saison. Les joueurs ont vu le déshonneur que ça coute de s’opposer à un entraîneur et « personne » n’essaiera plus. Chelsea recommence à faire peur positivement comme négativement.

L’opposition entre Kepa et son entraîneur a donné une mauvaise image du football anglais. Il est devenu un piège à entraîneurs dans lequel ils ne voudront plus tomber. Si Zidane a hésité pour remplacer Sarri (voire Mourinho à United), Prandelli lui avait littéralement refusé de prendre la place de Ranieri à Leicester : « J’ai dit non. Il y a eu quelque chose, j’ai immédiatement dit non. Pourquoi ce refus ? Parce qu’on n’accepte pas un poste comme ça, parce qu’on ne peut pas y aller après avoir vu comment Ranieri a été traité. Je n’y vais pas. Point. Je raisonne comme ça. » L’ancien sélectionneur italien s’aligne ainsi derrière une fédération d’indignés au sein de laquelle JM a humblement substitué ses initiales.

Sa tenue floquée d’un « CR » qui ne signifie pas Cristiano Ronaldo mais bien Claudio Ranieri, l’hommage de José Mourinho à l’ancien coach du FC Nantes en dira long sur l’état général des esprits des hommes sur la touche : « Les initiales sur mon maillot ? C’est mon petit hommage à quelqu’un qui a écrit la plus belle histoire de la Premier League. Quelqu’un qui mérite probablement que le stade de Leicester soit renommé « Claudio Ranieri » Leicester a écrit l’histoire deux années de suite. Un an parce qu’ils ont réalisé la plus belle chose de l’histoire de la Premier League, et même de l’histoire du football. Et maintenant, ils sont aussi dans la lumière, avec cette décision qui, je pense, a uni tout le monde du football, car c’est quelque chose de très, très difficile à accepter. » Et comme il l’avait écrit plutôt sur son compte Instagram : « Champion d’Angleterre et entraîneur Fifa de l’année. Viré. C’est le nouveau football Claudio. Garde le sourire mon ami. Personne ne pourra jamais effacer l’histoire que tu as écrite.»

Aussi, à défaut de surfer sur le tapis rouge de Guardiola, les entraîneurs qui tiennent à leur réputation prendront les pancartes pour se manifester derrière Mourinho. L’entraîneur-leader a énuméré des conditions pour ces futurs postes qui devraient encore inspirer plus d’un à l’avenir : « Je ne veux pas d’un conflit interne (…) Je veux travailler avec une empathie structurelle. Un club est une structure, une structure complexe dans laquelle le manager est une partie importante de cettestructure, mais pas la structure (en soi). (…) Je veux travailler avec des gens que j’aime (…) avec qui je suis heureux, avec qui je partage les mêmes idées.» L’union faisant la force…

Un coach par RaphiD – Pixabay CC0

Une seule solution

Le poste d’entraîneur aujourd’hui doit être réformé. Avec l’essor technologique, tout le monde pense pouvoir diriger une équipe de foot. Quand bien même des gens sont formés pour. On déplace des pions sur un écran géant tactile et on pense être un spécialiste du football : c’est trop facile… Nos interventions court-circuitent le dialogue entre l’entraîneur et son poulain et instrumentalisent ce dernier. Et le pire c’est qu’on n’est que le résultat visible d’une somme de savants qui ne savent pas ce qu’ils font. Une interférence qui affaiblit la formation et le travail de l’entraîneur.

Les joueurs ne sont pas des objets : ce sont des hommes. Le plus difficile ce n’est pas de les mettre sur le terrain ou d’imaginer une tactique. C’est qu’ils adhèrent à cette tactique une fois sur le terrain. C’est leur devoir de jouer pour quiconque sera leur entraîneur. Toutefois, ils ont la capacité morale de refuser. Là est le problème car certains en abusent. Au moindre reproche, ils sacrifient leur équipe au service de leur égo et au détriment de leur coach. Une attitude qui empêche de monter un bilan objectif sur ses réelles capacités à mener un groupe. Comment savoir si un entraîneur est bon quand ses joueurs refusent d’appliquer ses consignes ?

Un entraîneur et ses jeunes joueurs par dimitrisvetsikas1969 – Pixabay CC0

Le manager serait alors viré pour une faute professionnelle qu’il n’a pas commise. La seule solution pour éliminer cette carence de professionnalisme, c’est de redonner au « chef » son bâton de pèlerin. Comment ? En lui assurant qu’il finira chacune des saisons qu’il va débuter. C’est la fin qui justifie les moyens. Un entraîneur ne doit pas être remercié en cours de saison. Un manager qui sait qu’il finira l’année quoiqu’il advienne, est un technicien conforté et réconforté. Une stabilité psychologique qui obligera les joueurs à l’écouter. L’entraîneur parlant « au nom » de son président, ils ne peuvent pas le faire partir. Et s’ils s’obstinent, ils mettront leur carrière en danger. Puisque la position d’une équipe définit la qualité de son effectif, leurs prestations définiront la suite de leurs parcours respectifs. A fond ils joueront pour eux, pour l’équipe et tout le monde saura si l’entraîneur a fait les bons choix à la fin de la saison. Il y’a une surprotection des stars en particulier et des joueurs en général dans l’administration du football dit « moderne ». Il est temps de penser aux entraîneurs. Eux aussi sont surexposés.