Ebola et ballon rond : quel jour pour la fièvre ?

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Le 11 octobre 2014, en pleines éliminatoires de la CAN 2015, le Maroc pays organisateur, déclare ne plus être capable d’accueillir le prestigieux trophée du foot africain en janvier 2015. Pour cause de virus Ebola, les Marocains demandent un report de la date du début des hostilités au mois de juin. Une suggestion qui n’enchante guère les plus hautes instances africaines en matière de cuir. La CAF déjà peu habituée aux réformes dit ne pas être prête à céder au charme des lions de l’Atlas en prétextant que depuis son aube en 1957 la CAN n’a jamais été reportée.

Textes et prétextes

Le football s’est toujours défini comme une partie conservatrice. Le sport roi n’a connu que très peu de réformes dans sa pratique. Mais avec sa mondialisation, les formes de son organisation – l’organisation de ses compétitions – le ballon rond a appris à s’adapter aux terres de ses rebonds. Il a appris à être le quotidien socioculturel des herbes où il poussait : il a toujours évolué dans le temps avec les mœurs de ses Hommes. Aujourd’hui, puisqu’il se joue en Afrique, le football traverse une crise humanitaire.
Les Africains ont pour coutume de s’accrocher aux coutumes même quand elles sont inutiles. Les Afro-Africains oublient que le rôle des traditions est d’améliorer les conditions de vie humaine. Tout rituel qui va à l’encontre de l’existence de l’Homme sur Terre ne peut être considéré comme tradition. Si hier la CAN choisissait janvier pour se faire prier c’est parce que le football africain n’était encore que continental. La majorité des footballeurs africains et des meilleurs footballeurs africains jouaient à domicile. Désormais, l’embryon est sorti de sa bosse. Le football malgré des prestations remarquables – notamment des années 80-90 – de ses vedettes du terrain est resté un sport amateur en Afrique. La CAF n’a jamais su professionnaliser les raisons de son existence. Ses compétitions n’ont jamais connu une considération planétaire. La fuite des bons coups de pied précède celle des cerveaux. La CAN marquera beaucoup de points si elle venait à se jouer en juin. Le football est actuellement – comme toutes vérités d’ailleurs – une raison occidentale. Ça ne sert à rien de faire les fiers quand notre fierté n’est pas en accord avec ses activités. Les meilleurs footballeurs africains de nos jours jouent à l’extérieur. Même si on aimerait tous les voir à la Coupe d’Afrique, les voir perdre leurs places de titulaires dans leurs clubs respectifs ne nous rendra pas plus fiers car notre fièvre est aussi leur métier. Stéphane Mbia est bien là où il est : il est temps de passer à autre chose.

Le temps de l’Ebola

Le virus Ebola est la raison principale du désistement marocain devant l’organisation de la CAN 2015. Le football, sport de masse, sport de contact sur et en dehors du terrain, n’est clairement pas compatible avec les habitudes de Monsieur Ebola comme dirait le journaliste gondwanais Mamane. On comprend donc pourquoi le Nord préfère ne pas être en contact avec le malheureux Sud. Ce qu’on ne comprend pas c’est pourquoi ? Le voisin espagnol qui a contracté sa première fièvre européenne n’est pas un pays d’Afrique subsaharienne. Le football a aussi des supporters – en milliers – en Espagne, mais leur maladie ne coule pas de la sueur d’un crampon. Le Réal Madrid du mondial des clubs est aussi susceptible de voyager avec le virus que le Réal de Bamako. Si l’équipe zaïroise de l’AS Vita club venait à remporter la ligue des champions africaine, que se passera-t-il ? Aucun Subsaharien n’avait le virus Ebola dans ses prévisions. Les temps africains sans l’Ebola étaient déjà assez critiques. Aucun gouvernement dans ce monde n’avait prévu de tels ravages. Il aurait bien pu se déclarer au Maroc en premier de façon touristique. La première fois que cette maladie faisait ses pas de géant en Afrique, en 1976, la CAN se jouait en Éthiopie et c’est le Maroc – face à la Guinée – qui la remportait. Les lions de l’Atlas gagneraient encore plus à organiser cette CAN, car en cas de vacance, ils pénaliseraient leur équipe nationale : un talent en quête de reconnaissance (surtout concernant ces équipes maghrébines pour qui le public compte fatalement).
Sur un plan purement sanitaire, jouer en juin ne changera rien. L’Ebola ne sera pas absent: bien au contraire, le virus ne sera sûrement pas très loin de son apogée. Le report aurait pu être légitime si le bien du Maroc, du football africain et mondial était son objectif. Quand on sait que les joueurs africains en Europe sont aussi précieux que la matière première africaine, on se dit que la décision peut venir d’un peu plus haut. Il faudrait annuler toutes les rencontres footballistiques – et sportives – si des vies humaines sont en danger. Après tout ce n’est qu’un jeu. Mais puisqu’il est un mot africain, il serait souhaitable que le pic de la maladie soit également africain. Jouer en Afrique du Sud – plutôt qu’en Afrique du Nord – : là-bas mourir d’Ebola n’est que suite logique.
Organiser une compétition ce n’est pas avoir les infrastructures seulement. C’est aussi être professionnel et être professionnel, c’est tenir ses engagements. Organiser une compétition c’est vraiment pouvoir prévenir, accueillir ses hôtes avec leurs maladies. Le sida peut aussi prendre une autre ampleur mais bon : « Ce n’est que le sida »… pourquoi s’inquiéter ? Avoir peur est un droit, mais être responsable de la prévision dans tous les sens de son terme est un devoir. Au commencement l’Ebola était une rivière et aujourd’hui elle est plus qu’une simple maladie. Il faudra donc faire avec cette phobie en Afrique et partout ailleurs maintenant et toujours … Nous sommes prévenus.

 

 

CAN : Coupe d’Afrique des Nations de football

CAF : Confédération africaine de football