Sergio Ramos : Tel est pris qui croyait prendre… une deuxième biscotte

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La prétention est une notion incompatible au sport. Au football, l’humilité est le début de toute entreprise aspirant à la victoire. Pour gagner il faut se faire petit : se fondre dans l’effort. Une attitude qui entretient le désir de succès et vous maintient au sommet pendant un bon moment. Regarder une équipe de haut avant de l’affronter est une erreur à ne jamais commettre. Une vérité sportive qu’aurait dû savoir Sergio Ramos, du haut de son énorme palmarès. En prenant ce second carton jaune sciemment lors du huitième de finale aller contre l’Ajax, le capitaine Merengue a précipité la coulée de son bateau.

Protection de balle d’Isaiah Brown devant Lucas Tousart. par S. Plaine (Photo by S. Plaine / CC-BY-SA-4.0)

Souvenirs, souvenirs…

Lucas Tousart : « L’Ajax, c’est une institution mais je connais pas trop. J’ai déjà affronté l’Ajax en Youth League, la saison dernière, et nous avions perdu. Leur philosophie de jeu m’avait bien plu. Je m’étais un peu renseigné. Quand j’étais petit, ce n’était plus un club très en vogue. C’était un peu dépassé. C’est plus mon père qui m’en parle, de Johan Cruyff… De par ce que j’entends, cela représente beaucoup au niveau des caractéristiques de jeu. C’est un club qui a gardé ses principes. L’Ajax est un peu comme nous. Ces dernières années, ce club n’a pas fait des performances européennes plus marquantes que les nôtres. »

« La légende de l’Ajax ? Tousart fait la remarque qui tue » est le nom de l’article du site Foot01 qui illustra les propos de Lucas Tousart ci-dessus. Un titre prophétique, le football français bel et bien meurtri quelques heures après. Piétiné par une cinglante fessée en demi-finale aller d’Europa League qui devait leur refaire le portrait. Les Lanciers (surnom des joueurs de l’Ajax) viennent sauvagement à bout de l’OL 4-1 à la Cruyff Arena et se qualifient pour la finale malgré la défaite du retour à Lyon 3-1. Et dire que : « L’Ajax est un peu comme nous. » C’est-à-dire comme l’exprime si bien l’internaute Coach’nRock en commentaire du billet : « 33 titres de champion, 4 LDC + 2 finales ,1 EL, effectivement c’est presque pareil que L’OL. Sacré Lucas »

Sacré Lucas… : sacrée opinion tout de même ! Le football dit moderne est le seul sport où le passé ne compte pas. C’est dommage parce que c’est insensé. C’est ton passé qui définit ton présent. On est le meilleur parce qu’on a été le meilleur sur le terrain. Et non parce qu’on sera le meilleur. Et le pire c’est que Tousart n’a pas tort. Il a raison dans un monde qui a tort. Son élocution traduit un manque d’humilité chronique dont il est une énième victime. L’irrévérence d’un football qui fait croire à ses jeunes acteurs que nous sommes tous égaux dans cette fédération où on dénombre quatre grands championnats. Une analogie qui exclut légitimement le championnat hollandais, jugé d’un niveau inférieur à ses égaux.

Paradoxe, considération d’autant plus inconcevable quand on sait que les plus grands clubs néerlandais sont tous des grands d’Europe. L’Ajax a remporté 4 Ligues des Champions et une Europa League (Coupe de l’UEFA). Le PSV Eindhoven une Ligue des Champions et une Europa League (Coupe de l’UEFA). Et le Feyenoord Rotterdam une Ligue des Champions et deux Europa League (Coupe de l’UEFA). Une suite qui démontre à quel point le football hollandais peut être total en Europe et dans le monde. Unanimité validant l’idée selon laquelle une grande équipe ne meurt jamais… Frenkie De Jong, futur joueur du Barça : « Peut-être qu’il pourrait le regretter. Avec le score du match aller, le Real Madrid reste clairement favori. Mais nous n’avons pas dit notre dernier mot ! Nous avons encore des chances. »

Sergio Ramos par Jan S0L0 – Wikimedia Commons CC BY-SA 2.0

Abus de pouvoir

Comparer les championnats est une idée qui n’a pas lieu d’être. Les équipes s’affrontent : c’est suffisant pour distinguer la victoire de la défaite. Le Real Madrid est la meilleure équipe du monde pour avoir remporté plus de titres que les autres. Pas parce que la Liga est le meilleur championnat au monde. En Espagne il y’a moins de vainqueurs de la Ligue des Champions qu’aux Pays-Bas par exemple. Et que serait Barcelone sans l’Ajax, sans Cruyff, sinon un simple opposant à la Maison Blanche. La vérité c’est qu’au football il n’y a pas de passé lointain. Il y’a un passé tout court. C’est lui qu’il faudra continument prendre au sérieux. Le sport roi s’est toujours joué en couleurs. Ce sont les télévisions qui retransmettaient sa réalité en noir et blanc. Aussi, Sergio Ramos n’a fait que couper le sommeil d’un lion endormi. Sa chevauchée sortie de son « couloir », il s’est disqualifié de la course tout seul. Il s’est pris pour Tousart et donc, tant pis pour lui.

Une équipe ce n’est pas qu’un joueur mais un microbe suffit pour empoisonner l’atmosphère. L’option de prendre un deuxième jaune volontairement, n’est pas mauvaise en soi. Elle le devient lorsqu’elle participe délibérément à diminuer le collectif pour sa gouverne. Ramos aurait pu le faire au retour, la qualification déjà en poche. Il aurait pu le faire pour être sûr de jouer le retour des quarts de finale en pleine possession de ses moyens. Mais il n’aurait pas dû le faire en pensant que tout était plié. C’est une question de timing. De toutes les façons, tous les joueurs prennent des cartons consciemment : l’arbitre juge l’intention. Un jugement infondé toutefois, étant donné que les officiels ne lisent pas dans les pensées. Ils doivent se concentrer sur la faute physique et la punir tel que le prévoit le règlement. La double sanction de Ramos est injustifiée quoique juste…

Juste parce qu’il n’a pas respecté son adversaire, il mérite de ne pas passer au tour suivant. Par son geste, Ramos n’a pas été professionnel et a privé le Real de son prestige. Insoucieux de la belle histoire des Ajacides, son jeu d’échec a conduit les Merengues à la même correction que les Gones deux avant (1-4). Il était sûr de passer en quarts et au finale il a planté son équipe. Une arrogance inutile… Dusan Tadic, joueur de l’Ajax : « Bien sûr qu’il a commis une erreur de faire exprès de prendre le jaune. Ramos est une des meilleurs défenseurs du monde. Si tu regardes le match aller tu te rends compte de son importance au Real Madrid. (…) Bien sûr qu’il a manqué à son équipe au Bernabéu. C’est un leader. Un des plus grands que l’on n’ait jamais vu. Il a manqué. À sa place, d’autres grands joueurs ont marqués. »

Madrid-Lyon par Jan SOLO – Wikimedia Commons CC BY-SA 2.0

Où est Ronaldo ?

L’attitude de Sergio Ramos ne traduit pas qu’une vaine effronterie. Elle décrit également un joueur assoiffé de projecteurs, barré par la lumière qu’était Cristiano Ronaldo. Le Turinois parti, l’Espagnol a tout fait pour démontrer aux yeux du monde qu’il pouvait prendre sa place et faire gagner le Real. Il l’a attaqué : « Nous verrons bien qui sera le vainqueur (du prix FIFA The Best). S’ils donnent le prix à Modric, je serais heureux comme s’ils me l’avaient donné. Peut-être qu’il y a des joueurs qui font plus de marketing que Luka ou qui ont un nom plus célèbre, mais Modric mérite cette récompense. » Encore et encore : « Peut-être que maintenant, sans Cristiano Ronaldo, on en parle pas plus, mais avec lui, nous avons également eu des crises de but. Cela va revenir. » Sans que l’attaquant de la Juventus ne lui réponde. Un échec cuisant doublé d’une mauvaise conduite qui semble agacer la Casa Blanca depuis. Du bas au haut de l’échelle il affiche un comportement désagréable qui porte préjudice à son équipe et à son image à lui. Il a violemment frappé le ballon sur un jeune de la Castilla qui s’entraînait avec eux. Il veut décider de qui sera le prochain entraîneur. Il s’engueule avec son président…

Entre autres, il se rend de plus en plus compte que Ronaldo est irremplaçable. SR4 est certainement le meilleur défenseur espagnol de tous les temps. Cependant, CR7 est l’un des meilleurs footballeurs madrilènes de l’histoire (voire le meilleur). Le Quinas (Surnom des joueurs de la sélection portugaise) n’est pas plus important que l’institution mais cette dernière a pris son départ trop à la légère. Le retour de Mariano Diaz pour lui prendre son dossard préféré, a réaffirmé cette vision qui minimise l’impact du quadruple Soulier d’or au Real. Donner à l’ancien Lyonnais ce n°7 que le Portugais avait humblement demandé à porter à l’emblématique Raul, c’est plus que mépriser le quintuple Ballon d’or qu’il fait. Une icône inaliénable du football mondial qui a inscrit pour eux 450 buts en 9 saisons.

Une ingratitude qui affermit cette déclaration du meilleur buteur de l’histoire de la Ligue des Champions : « Ici nous sommes une équipe, ailleurs il y en a toujours un qui se sent plus fort que les autres. Mais ici, les joueurs sont tous sur la même ligne, ils sont humbles et ils veulent gagner. Si Paulo Dybala ou Mario Mandzukic ne marquent pas, vous les voyez heureux quand même, ils sourient. Pour moi, c’est beau, je ressens la différence. À Madrid, les joueurs sont également humbles, mais c’est différent. Ici, c’est plus comme une famille. » Laquelle accusation évidemment récusée par Sergio Ramos le tout puissant : « Je n’ai jamais entendu Cris parler de Madrid. Le vestiaire était l’un des éléments clés de notre succès. Nous sommes heureux que Cris se porte bien, nous voulons toujours ça avec les personnes qui nous ont aidés à être plus forts. »

Sergio Ramos par Jan SOLO – Flickr CC BY-SA 2.0

Un capitaine à l’image de son club

Ainsi, l’institution madrilène a laissé partir un « monstre » pour en créer un autre. Malgré elle ? Pas vraiment. Le départ de Ronaldo succède à celui de Zidane. Un poids-lourd qui avait la réelle capacité de maitriser la part d’ombre du stoppeur ibérique. La présence du technicien français rétablissait l’équilibre dans le vestiaire. Aucun joueur n’était supérieur à un autre et les performances suivaient. Par conséquent, son départ a créé un gros vide absorbant dans le collectif Merengue. Preuve que le président des Galactiques a fait le mauvais choix dans sa stratégie. Il s’est raté et aujourd’hui sa direction en paie le prix fort. Un « oscar » si gros qu’il a été forcé de le faire revenir au bercail. Une bonne décision ? Une marche-arrière qui image bien le doute qui plane dans le club de Florentino Pérez.

Cette situation, Monsieur Perez l’avait déjà pourtant connue avec Claude Makelele. Prétextant que le milieu récupérateur français n’était pas assez indispensable, il l’avait injustement laissé partir. Le PDG d’ACS aurait même déclaré à son sujet : « Makelele ne nous manquera pas. Sa technique était moyenne, il manquait de vitesse et de talent pour effacer les adversaires et 90 % de ses passes étaient dirigées vers l’arrière ou les côtés ». Une position suffisante qui met fin aux ambitions salariales de l’ancien Parisien. Il voulait être payé comme un Galactique : il ne jouera plus jamais derrière les Galactiques. Une aubaine pour un certain José Mourinho, qui le fera immédiatement signer à Chelsea. C’est la fin d’une ère et le début d’une autre. Fernando Morientes : « La perte de Makelele fut le début de la fin pour les Galactiques. Vous pouvez d’ailleurs remarquer que son arrivée à Chelsea fut un nouveau départ pour ce club. »

Ajax – Panathinaikos (1971) par Nationaal Archief, Den Haag, Rijksfotoarchief: Fotocollectie Algemeen Nederlands Fotopersbureau (ANEFO), 1945-1989 – negatiefstroken zwart/wit, nummer toegang 2.24.01.05, bestanddeelnummer 924-6096 – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0 NL

Une nouvelle époque s’annonce de ce fait. Le footballeur moderne s’effrite et perd en crédibilité. Une période devrait revoir le jour. Celle où les joueurs n’auront plus grand-chose à dire, sauf évidemment balle au pied. Le Real Madrid a besoin d’un changement radical ; d’un homme capable de remettre le respect de la hiérarchie et les valeurs intrinsèques du football au gout du jour. Cette déférence qui n’a jamais quitté l’institution Ajax Amsterdam malgré les « moments » difficiles. Une précaution qui commence à retrouver ses sensations dans ce nouveau football. Après la finale de l’Europa League en 2017, place aux quarts de finale de la Champions League en 2019.

Et pourquoi pas une cinquième étoile sur la bande rouge de ce blanc mythique ? La classe avec laquelle les coéquipiers de Daley Blind ont battu Madrid, peut inquiéter n’importe qui. Roulettes zidanesques, ballons piqués, coups-francs directs improbables, arrêts décisifs… : ils auraient raison d’y croire. Il suffira de penser comme avant ce retournement « inimaginable » à Santiago Bernabeu. André Onana, gardien de l’Ajax : « La manière n’était pas acceptable pour nous. On avait été meilleurs que le Real. On s’est parlé tout de suite :  » C’est pas possible cette défaite. On doit y aller sans complexe. On n’a rien à perdre. On ne passera peut-être pas mais on va tout donner. Et ça peut passer… » Dès la fin du match, on s’est dit que l’exploit était possible. Nous avions commencé à y croire… »