Pourquoi le Cameroun sera champion d’Afrique ?

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Ceci n’est qu’une suggestion, mais les Lions indomptables pourraient bien être les nouveaux champions d’Afrique. Sur son nouveau maillot, le Cameroun a été privé des cinq étoiles qui font sa fierté. Ses cinq Coupes d’Afrique… Mais ce n’est pas grave. C’est le signe d’un nouveau départ. Une nouvelle ère commence.

Zambo Anguissa par Кирилл Венедиктов – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Cocorico

Pour étoffer la thèse d’un Cameroun victorieux, on avait déjà évoqué la présence d’une paire de gardiens exceptionnels dans son effectif. Nkono – Bell, Alioum Boukar – Songo’o, Ondoa – Onana, un argument aujourd’hui soutenu par la marque qui bombera leur torse : le Coq Sportif.

Un retour qui marquerait le début d’une autre période dominatrice pour le football camerounais. En effet, la première fois que les Lions Indomptables ont fait trembler le monde, ils portaient une tunique dessinée par la griffe du gallinacé. Le roi de la basse-cour rencontrait alors le roi de la jungle pour une Coupe du Monde 1982 inédite.

Une première pour les coéquipiers de Roger Milla. Trois points, zéro défaite : une sortie la « crête » haute au premier tour. Un tiercé gagnant de matches nuls à l’origine d’une heure de gloire qui les conduira deux ans plus tard à leur premier trophée international : la CAN 1984.

Cocorico 2.0

1984 où l’année qui décrit bien cet autre fait qui devrait mener le Cameroun à une sixième étoile. Une année marquant la naissance de deux grandes écuries mondiales : la France championne d’Europe pour la première fois et le Cameroun champion d’Afrique pour la première fois. L’expression d’un parallélisme qui veut que les périodes fastes des Bleus coïncident toujours avec celles des Félins.

Entre 1982 et 1988, la France remporte l’Euro 84 et joue deux demi-finales de Coupe du Monde. Pendant que le Cameroun remporte deux Coupes d’Afrique (1984 et 1988) sur trois finales successives jouées. Entre 1998 et 2002, la France remporte la Coupe du Monde en 1998 et l’Euro en 2000. Pendant que le Cameroun remporte successivement deux autres CAN en 2000 et 2002. Et entre 2017 et ce jour, la France a été championne du monde en 2018. Et le Cameroun a remporté la CAN en 2017 (et 2019 ?).

We The North

Lorsqu’on évoque les favoris pour la CAN 2019, le Sénégal revient naturellement. On voit le Onze d’Or 2019 Sadio Mané et ses nombreux coéquipiers titulaires sur le Vieux Continent. Omnibulé à juste titre, on se range et omet qu’il y a eu la Côte d’Ivoire de Didier Drogba avant eux… : que pour remporter ce trophée, jouer en Europe ne suffit pas. Le niveau de la CAN est plus élevé que celui de la Ligue des Champions et des autres compétitions Européennes de club. Les meilleurs joueurs Africains du monde réunis, la Zambie de Kalaba et l’Égypte d’Aboutrika l’ont prouvé : il faut un supplément d’âme pour aller la chercher. D’autant plus que celle-ci ne se joue pas dans un endroit anodin.

Jouer et gagner en Égypte demande une force de caractère au-dessus de la moyenne. Une personnalité très forte que seules trois équipes possèdent au sud du Sahara : le Cameroun, le Ghana et le Nigeria. Les frères ennemis sont les seules équipes d’Afrique subsaharienne à avoir remporté une CAN en Afrique du Nord. Ne pas les citer comme favorites est une grosse erreur. Mais bon, on est habitué. Tu peux être sextuple, quintuple, quadruple ou triple champion d’Afrique et ne pas être favori pour soulever la Coupe d’Afrique. Cependant…Quoiqu’on dise, le Cameroun et l’Égypte restent les potentiels vainqueurs de la prochaine Coupe d’Afrique. Ce sont les derniers finalistes et les deux meilleures équipes du Continent.

La CAN, la Coupe d’Afrique du Nord

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Tunis, le 31 mai 2019 au Stade de Radès. Perdu dans un nuage épais né de fumigènes, le cuir. Un ballon qui part de l’entrée de la surface pour son flanc gauche. Centre, tête et la toile d’araignée de Jridi est nettoyée. On joue la 58e minute, le Wydad de Casablanca répond à la sublime frappe enroulée de Belaïli et revient au score. Un but clair, une action contestée. L’arbitre Bakary Gassama doute et annule l’égalisation d’El Karti. Stupéfait, Noussir son capitaine va rencontrer l’officiel Sénégalais et réclame la vidéo… : la vidéo ne marche pas. Consternés, les Marocains refusent de reprendre le match. Le temps s’écoule : la fin est sifflée. L’Espérance de Tunis l’emporte et reçoit son trophée. Une joie immense, nous sommes en finale de Ligue des Champions.

L’Espérance de Tunis en 2011 contre le Wydad de Casablanca en finale de Ligue des champions par mustapha_ennaimi – Wikipedia CC BY 2.0

Contrastes

Quand on a vu la finale entre Tottenham et Liverpool. Lorsqu’on se remet celle entre l’Espérance de Tunis et le Wydad de Casablanca, on se demande ce qui se passe réellement en Afrique. Le football Africain peine toujours à mûrir et c’est dans son domaine supposé le plus développé qu’on le constate amèrement.

Jouer en Afrique du Nord est devenu un véritable supplice. Même le Wydad qui y siège n’a pas pu supporter ce que le club Angolais de Primeiro de Agosto a enduré l’an passé. Les Wydadis ont encore démontré que jouer « chez eux » ; se rendre dans cette partie du monde pour un match relève presque de l’héroïsme. Les histoires racontées par ces enceintes donnent souvent la chair de poule. Et le pire c’est que ça va de mal en pis.

Supporters tunisiens au Stade Olympique de Radès par Anja S. in Radès Stadium for DrFO.Jr.Tn – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Un passé ultra présent

On aurait pourtant espéré le contraire. Après la mort d’Albert Ebossé, les choses auraient dû bouger. Hélas, rien n’a changé. Le retour dans le futur est plus que jamais acté. Les bus des visiteurs caillassés, les supporters ont conservé leur show bouillant : leurs lasers verts. Objets très dangereux qu’ils promènent sur le visage des joueurs adverses en toute impunité. Inconscience qui peut sérieusement endommager la vue des personnes sur lesquelles le réflecteur est utilisé.

Le cœur apaisé, on aurait pu se souvenir de Sénégal – Tunisie à la CAN 2004. De ses 10 minutes au moins d’arrêts de jeu : de la colère d’El Hadji Diouf… Du 18 Juin 2000 à Tripoli lors des éliminatoires du Mondial 2002, le Cameroun et son staff arrosés de pierres. Triplé de Patrick Mboma, une victoire 0-3 qui provoquera le courroux de ce public nord-africain difficile à battre. Des fans qui ont de qui tenir cependant, leurs idoles leur montrant la voie. Exemple : RS Berkane – Club Sfaxien.

Tifos des supporters du Club Sfaxien par Citizen59 – Wikipedia CC BY 3.0

Demi-finale retour de la Coupe de la CAF 2018/2019, on va encore assister à du jamais vu. Vainqueur à l’aller 2-0, les Sfaxiens perdent 3-0 chez leurs voisins Berkanis. Une déconvenue due notamment à un arbitrage calamiteux. Lequel néanmoins, ne mérite pas d’être réprimandé de cette façon… Wassim Hnid, Houssem Dagdoug, Aymen Harz, les joueurs. Mahmoud Masmoudi l’entraineur adjoint et son compère Karim Ghorbel se sont tous rués sur l’arbitre Maguette Ndiaye et l’ont frappé. Une image indescriptible, des vestiaires saccagés, les sanctions de la CAF tomberont sans rien changer. Sans réussir à nous faire oublier ce fameux Guinée Equatoriale – Tunisie de la CAN 2015.

Mauvais arbitrage, défaite, l’inconduite à ses aises. Les Aigles de Carthage accusent l’arbitre Mauricien Seechurn Rajindrapasard de partialité. Le lui font savoir à leur manière, évidemment. Se rendent aux vestiaires. Les vandalisent et refusent de s’excuser. Un classique, une conduite à des années lumières de celle du Japon après sa défaite contre la Belgique en Coupe du Monde. Défaits 3-2 en huitièmes, les Nippons avaient quitté la compétition après avoir nettoyé le vestiaire.

Siège historique de l’Espérance de Tunis par Moumou82 – Wikipedia (Domaine Public)

De la tête aux pieds

Aussi on attend toujours que ce football se vide de ses tares. Que les dirigeants de ces entités bien structurées passent outre leur passion excessive pour définitivement progresser : aider l’Afrique à progresser. Même s’ils ne se considèrent pas souvent comme des Africains, ils devraient y songer. Regarder la vérité en face et rappeler leurs supporters à l’ordre. Car si le Maroc n’a pas été choisi pour le Mondial 2026, c’est aussi parce que le Continent Noir lui a tourné le dos.

L’Angleterre a perdu sa royauté le jour où ses supporters ont dérapé. Si aujourd’hui ils sont revenus au sommet, c’est parce qu’ils ont su recadrer leur part d’ombre. Cette attitude peu louable permet aux clubs Maghrébins de gagner des matches. Mais donnent une très mauvaise image de leur gestion. Surtout qu’elle semble majoritairement orientée vers les équipes sub-sahariennes.

Lors des compétitions mondiales jouées au Maroc par exemple, aucun débordement excessif n’a été noté. Enregistré dans les mêmes colonnes que ce qui a pris l’habitude de se passer au Stade Municipal de Berkane. Le Jaraaf, le Raja… l’hospitalité du RSB a quasiment perdu sa crédibilité sur le plan sportif. Professionnel, le club d’Alain Traoré gagne des matches mais reste enclavée par les casseroles qu’il traine. L’accueil, l’arbitrage…

SyntekExifImageTitle ( Ville du 6 Octobre où siège la CAF) par Ahmadpontymageed – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Au sommet de la pyramide

Un supporter, des joueurs et des patrons qui font tout pour que leur équipe gagnent : c’est compréhensible. Mais quand l’instance qui est chargée d’équilibrer les chances n’arrive pas à punir leurs inadvertances : ça devient triste. La CAF siège en Égypte et s’est réunie à Paris pour trouver une issue à la crise née du « Radès Gate ». Conclusion : la finale sera rejouée en terrain neutre. Pourquoi ? Parce qu’un club s’est arrêté de jouer. S’il fallait que toutes les équipes refusent à chaque fois de terminer les matches pour des buts injustement refusés, où irai le football ?

Certes ce n’est pas normal que la vidéo ne marche pas lors d’un tel événement. Toutefois, s’arrêter pour un motif de ce genre c’est maladroit et pas du tout Fair Play. Les Sang et Or (surnom des joueurs de l’Esperance de Tunis) méritent leur quatrième titre. Les erreurs sont à la portée de tout le monde. La déférence envers les institutions est la seule expression sportive encourageante. Respecter les décisions arbitrales est un devoir. Refuser de le faire c’est se mettre au-dessus des règles.

Le président Ahmad Ahmad a déclaré avoir été menacé par le président de l’Espérance de Tunis :

« Le président de l’Espérance de Tunis m’a menacé devant des témoins. Des grands présidents de club en Afrique condamnent les pratiques de ce club, mais nous n’avons pas de preuves. Pourquoi la VAR marche partout mais pas à Tunis ? »

Vrai ? Faux ? Pourquoi la VAR marche partout mais pas à Tunis ? C’est à la CAF de répondre à cette question qui n’a pas lieu d’être. C’est elle qui est en charge de l’arbitrage. Pas à l’EST. Ce type de sortie dénote un gros souci. Une suite logique. Le football de l’Afrique « Blanche » se sent supérieur à la CAF. Un état des faits que celle-ci semble cautionner. L’arbitrage, on n’en parle même plus. La peur ? Là-bas on n’est jamais à l’abri d’une grossière erreur. On s’y fait presque… Eux non, bizarrement.

Supporters égyptiens par Citadelite – Wikipedia CC BY-SA 3.0

RDV

Le désordre n’a pas de nationalité. Le but n’est pas de stigmatiser un football. Mais de montrer du doigt un déroulement inacceptable qui semble s’éterniser. Les Pharaons, la plus grande équipe du Berceau de l’Humanité nous vient de ce pan : son côté septentrional. Ils nous incombent donc de le protéger. Et seule la vérité protège. Dire que le football Africain se porte bien après ce qu’on a vu à Radès le 31 mai dernier, c’est mentir. Si elle ne veut pas rester au fond du classement, l’administration Africaine du sport roi doit trouver des solutions. Il y va de sa dignité, de la qualité de la CAN 2019 en Egypte et des prochaines compétitions qui se joueront au nord du Sahara.