Zidane a-t-il bien fait de revenir à Madrid ?

Par défaut

Samedi 16 mars, le Real Madrid est venu à bout du Celta Vigo 2-0. Isco, Bale, une victoire à domicile qui célèbre avec majesté le retour d’un grand héros : Zinédine Zidane. L’ancien milieu offensif des Merengues est revenu s’asseoir sur une touche Madrilène contestée. Un renouveau, une très bonne idée qui n’efface cependant pas les doutes qui planent sur l’éventuelle réussite de ce plan Z…

Zinédine Zidane par Tasnim News Agency – Wikimedia Commons CC BY 4.0

Un choix judicieux

Tout le monde pressentait Mourinho pour prendre les rênes du Real Madrid. L’arrivée de José semblait faite quand soudain Zidane a dit « oui ». Le Bleu viendra contre toute attente succéder à Santiago Solari, comme il a remplacé Raphael Benitez en 2016. La grande différence cette fois-ci, c’est qu’il n’arrive plus avec un statut de débutant. En deux ans et demi, le meilleur joueur du monde est devenu meilleur entraîneur du monde. Il est passé d’élève à maître pour définitivement entrer dans l’Histoire. Une prestance qu’il doit notamment à la Ligue des Champions. Ce trophée qui a longtemps échappé aux contrôles de génie du meneur de jeu qu’il faisait…

Après l’avoir enfin gagnée en jouant en 2002, en tant qu’entraîneur adjoint (de Carlo Ancelotti) en 2014, il a soulevé la « coupe aux longues oreilles » trois fois de suite en qualité d’entraîneur. Un succès « cinq étoiles » et un accomplissement singulier dans les chroniques du ballon rond. Une aura charismatique qui a permis au Real de glaner 9 trophées majeurs en 3 ans. Soit 3 C1, 2 coupes du monde des clubs, 2 supercoupes d’Europe, une supercoupe d’Espagne et une Liga. Son retour ne peut donc que rassurer une institution à la rue depuis sa démission l’été dernier. Il est parti sans « prévenir » : il revient sans réfléchir.

Zinédine Zidane a déclaré :

« Je ne pense pas du tout à ça (gâcher son image). Si je pensais à ça, je ne viendrais pas, je ne pense pas comme ça, je pense à ce que mon cœur me dit, mon cœur me dit que je me suis bien reposé et quand on m’a appelé, j’ai eu envie de revenir. Il y a 3 ou 4 mois je ne serais peut-être pas revenu, là j’ai envie de revenir, c’est peut-être le moment, cette opportunité se présente et je le fais avec beaucoup d’envie. C’est un plus gros défi, c’est une deuxième fois. Je ne regarde pas ça du tout, sinon je ne serais pas revenu, ça va plus loin que le simple fait de revenir, je suis animé par autre chose, c’est un deuxième projet qui se met en place. »

Zidane et Ronaldo par Ludovic Péron – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Ctrl + Z

Aussi, l’ambiance s’annonce électrique. La magie « Zidane » est sur le point d’opérer. De « frapper », pour être plus précis. Un brin de folie, en effet Zidane a lui aussi son côté « Bielsa ». Aimé Jacquet en 2006 sur le carton rouge de Zidane contre l’Italie en finale de la Coupe du Monde :

« L’éviction de Zizou a été terrible ! Comment expliquer ce coup de sang… Très simplement. Il y a eu une provocation et peut-être des mots qui ont été jetés comme cela. Et Zizou est très réactionnel et malheureusement il n’a pas su se contrôler. C’est terrible de le voir partir comme cela car je pensais très sincèrement qu’il allait soulever cette Coupe du monde. »

« El Loco » parfois, l’AS de Cannes peut partir sur un coup de tête… surtout après une réapparition. Panenka, volée du gauche, coups de tête, les gestes techniques de cet ancien judoka sont aussi imprévisibles qu’un ippon. Il peut faire mal, comme il peut faire très mal. Il peut se servir de sa tête pour marquer des buts inoubliables ou pour envoyer ses adversaires au tapis. La vérité avec lui, c’est que rien n’est joué d’avance.

Si la similitude entre ses succès de joueur et d’entraîneur semblent se dessiner, pour son retour à Madrid on peut pareillement craindre le pire. En 2006, il avait également annulé sa retraite internationale pour aider une France nécessiteuse de son expérience de champion du monde. Une rentrée royale pour une fin tristement célèbre. Expulsé, Zizou était parti sur une violente « tête piquée » au milieu de la poitrine de Marco Materazzi et les Bleus avaient perdu le Mondial. C’est ce qu’on appelle « semer la Zidanie ».

Zidane par Ian Dick – Flickr CC BY 2.0

Back to the future ?

Les mauvaises habitudes ont la peau dure. On espère malgré tout qu’il a retenu la leçon de ses 14 cartons rouges. Bien que ce ricochet semble nous démontrer le contraire. Ce que Zidane a fait au Real Madrid est exceptionnel. Il a eu l’honneur de partir sur un sacre comme Pelé après le Mondial 70 : il aurait dû laisser la chance à un autre de faire ses preuves. Mauricio Pochettino par exemple, aurait pu arriver de Tottenham avec King Kane et l’envie des premiers titres…

Quant au Mou, le « tant attendu » avait encore tout à prouver à Madrid. Ça aurait été un nouveau défi pour lui de remporter cette Ligue des Champions pour laquelle il était venu neuf ans plus tôt. Il avait besoin de rebondir derrière Manchester : Zidane n’a plus rien à prouver chez les Espagnols. Ce sera très difficile pour l’AS de Cannes de faire mieux. Les Blancos (surnom des joueurs du Real Madrid) avaient besoin d’une autre raison de vaincre et non d’un ami fidèle…

Zidane aurait dû se mettre à un nouveau challenge. En rentrant chez lui, il n’a fait que fuir. Régresser… et ce n’est pas bon signe pour la suite de sa carrière. Il a eu raison de partir en se disant que c’était la fin d’un cycle :

« Après trois victoires en Ligue des champions, je ne suis pas sûr de pouvoir gagner encore, et moi j’aime gagner. »

Mais il a tort de croire qu’on doit gagner à tous les coups. Tout le monde aime la victoire mais personne ne peut éviter la défaite. Elle est consubstantielle à la vie donc au succès lui-même. Encore qu’il n’avait pas le choix. Au Real il n’y a pas de place pour les « Ferguson ». Soit tu démissionnes, soit tu te fais virer. On ne s’éternise pas à Madrid. A la moindre crise, Zidane sera probablement évincé sans ménagements. Ça peut arriver à la fin de saison ou avant. Il hérite lui aussi du même effectif capricieux que ses deux prédécesseurs. Jamais deux sans trois ?

Joueur du Real Madrid par MondejarFoto – Pixabay CC0

Quand on a atteint les sommets, la chute est la seule issue. Terminaison qui peut se présenter sous deux aspects : une dégringolade ou une sortie sous les ovations. Zidane a eu les acclamations, l’avalanche l’épie. D’autant plus que Ronaldo ne sera plus là. Peu importe celui qui prendra sa place, il ne fera pas le poids avec l’impact que le Turinois a laissé. Sans CR7 au Real Madrid, Zidane n’aurait probablement pas gagné tous ces titres. Vice-versa ? Difficile à dire. Même si Ronaldo a gagné à United et en sélection Portugaise sans le Français, on attendra par respect les derniers mots de la Ligue des Champions pour se déclarer. Et pour ne pas dire oui, on conclura que c’était l’association parfaite entre un génie vieillissant et un autre qui a su vieillir.

Sergio Ramos : Tel est pris qui croyait prendre… une deuxième biscotte

Par défaut

La prétention est une notion incompatible au sport. Au football, l’humilité est le début de toute entreprise aspirant à la victoire. Pour gagner il faut se faire petit : se fondre dans l’effort. Une attitude qui entretient le désir de succès et vous maintient au sommet pendant un bon moment. Regarder une équipe de haut avant de l’affronter est une erreur à ne jamais commettre. Une vérité sportive qu’aurait dû savoir Sergio Ramos, du haut de son énorme palmarès. En prenant ce second carton jaune sciemment lors du huitième de finale aller contre l’Ajax, le capitaine Merengue a précipité la coulée de son bateau.

Protection de balle d’Isaiah Brown devant Lucas Tousart. par S. Plaine (Photo by S. Plaine / CC-BY-SA-4.0)

Souvenirs, souvenirs…

Lucas Tousart : « L’Ajax, c’est une institution mais je connais pas trop. J’ai déjà affronté l’Ajax en Youth League, la saison dernière, et nous avions perdu. Leur philosophie de jeu m’avait bien plu. Je m’étais un peu renseigné. Quand j’étais petit, ce n’était plus un club très en vogue. C’était un peu dépassé. C’est plus mon père qui m’en parle, de Johan Cruyff… De par ce que j’entends, cela représente beaucoup au niveau des caractéristiques de jeu. C’est un club qui a gardé ses principes. L’Ajax est un peu comme nous. Ces dernières années, ce club n’a pas fait des performances européennes plus marquantes que les nôtres. »

« La légende de l’Ajax ? Tousart fait la remarque qui tue » est le nom de l’article du site Foot01 qui illustra les propos de Lucas Tousart ci-dessus. Un titre prophétique, le football français bel et bien meurtri quelques heures après. Piétiné par une cinglante fessée en demi-finale aller d’Europa League qui devait leur refaire le portrait. Les Lanciers (surnom des joueurs de l’Ajax) viennent sauvagement à bout de l’OL 4-1 à la Cruyff Arena et se qualifient pour la finale malgré la défaite du retour à Lyon 3-1. Et dire que : « L’Ajax est un peu comme nous. » C’est-à-dire comme l’exprime si bien l’internaute Coach’nRock en commentaire du billet : « 33 titres de champion, 4 LDC + 2 finales ,1 EL, effectivement c’est presque pareil que L’OL. Sacré Lucas »

Sacré Lucas… : sacrée opinion tout de même ! Le football dit moderne est le seul sport où le passé ne compte pas. C’est dommage parce que c’est insensé. C’est ton passé qui définit ton présent. On est le meilleur parce qu’on a été le meilleur sur le terrain. Et non parce qu’on sera le meilleur. Et le pire c’est que Tousart n’a pas tort. Il a raison dans un monde qui a tort. Son élocution traduit un manque d’humilité chronique dont il est une énième victime. L’irrévérence d’un football qui fait croire à ses jeunes acteurs que nous sommes tous égaux dans cette fédération où on dénombre quatre grands championnats. Une analogie qui exclut légitimement le championnat hollandais, jugé d’un niveau inférieur à ses égaux.

Paradoxe, considération d’autant plus inconcevable quand on sait que les plus grands clubs néerlandais sont tous des grands d’Europe. L’Ajax a remporté 4 Ligues des Champions et une Europa League (Coupe de l’UEFA). Le PSV Eindhoven une Ligue des Champions et une Europa League (Coupe de l’UEFA). Et le Feyenoord Rotterdam une Ligue des Champions et deux Europa League (Coupe de l’UEFA). Une suite qui démontre à quel point le football hollandais peut être total en Europe et dans le monde. Unanimité validant l’idée selon laquelle une grande équipe ne meurt jamais… Frenkie De Jong, futur joueur du Barça : « Peut-être qu’il pourrait le regretter. Avec le score du match aller, le Real Madrid reste clairement favori. Mais nous n’avons pas dit notre dernier mot ! Nous avons encore des chances. »

Sergio Ramos par Jan S0L0 – Wikimedia Commons CC BY-SA 2.0

Abus de pouvoir

Comparer les championnats est une idée qui n’a pas lieu d’être. Les équipes s’affrontent : c’est suffisant pour distinguer la victoire de la défaite. Le Real Madrid est la meilleure équipe du monde pour avoir remporté plus de titres que les autres. Pas parce que la Liga est le meilleur championnat au monde. En Espagne il y’a moins de vainqueurs de la Ligue des Champions qu’aux Pays-Bas par exemple. Et que serait Barcelone sans l’Ajax, sans Cruyff, sinon un simple opposant à la Maison Blanche. La vérité c’est qu’au football il n’y a pas de passé lointain. Il y’a un passé tout court. C’est lui qu’il faudra continument prendre au sérieux. Le sport roi s’est toujours joué en couleurs. Ce sont les télévisions qui retransmettaient sa réalité en noir et blanc. Aussi, Sergio Ramos n’a fait que couper le sommeil d’un lion endormi. Sa chevauchée sortie de son « couloir », il s’est disqualifié de la course tout seul. Il s’est pris pour Tousart et donc, tant pis pour lui.

Une équipe ce n’est pas qu’un joueur mais un microbe suffit pour empoisonner l’atmosphère. L’option de prendre un deuxième jaune volontairement, n’est pas mauvaise en soi. Elle le devient lorsqu’elle participe délibérément à diminuer le collectif pour sa gouverne. Ramos aurait pu le faire au retour, la qualification déjà en poche. Il aurait pu le faire pour être sûr de jouer le retour des quarts de finale en pleine possession de ses moyens. Mais il n’aurait pas dû le faire en pensant que tout était plié. C’est une question de timing. De toutes les façons, tous les joueurs prennent des cartons consciemment : l’arbitre juge l’intention. Un jugement infondé toutefois, étant donné que les officiels ne lisent pas dans les pensées. Ils doivent se concentrer sur la faute physique et la punir tel que le prévoit le règlement. La double sanction de Ramos est injustifiée quoique juste…

Juste parce qu’il n’a pas respecté son adversaire, il mérite de ne pas passer au tour suivant. Par son geste, Ramos n’a pas été professionnel et a privé le Real de son prestige. Insoucieux de la belle histoire des Ajacides, son jeu d’échec a conduit les Merengues à la même correction que les Gones deux avant (1-4). Il était sûr de passer en quarts et au finale il a planté son équipe. Une arrogance inutile… Dusan Tadic, joueur de l’Ajax : « Bien sûr qu’il a commis une erreur de faire exprès de prendre le jaune. Ramos est une des meilleurs défenseurs du monde. Si tu regardes le match aller tu te rends compte de son importance au Real Madrid. (…) Bien sûr qu’il a manqué à son équipe au Bernabéu. C’est un leader. Un des plus grands que l’on n’ait jamais vu. Il a manqué. À sa place, d’autres grands joueurs ont marqués. »

Madrid-Lyon par Jan SOLO – Wikimedia Commons CC BY-SA 2.0

Où est Ronaldo ?

L’attitude de Sergio Ramos ne traduit pas qu’une vaine effronterie. Elle décrit également un joueur assoiffé de projecteurs, barré par la lumière qu’était Cristiano Ronaldo. Le Turinois parti, l’Espagnol a tout fait pour démontrer aux yeux du monde qu’il pouvait prendre sa place et faire gagner le Real. Il l’a attaqué : « Nous verrons bien qui sera le vainqueur (du prix FIFA The Best). S’ils donnent le prix à Modric, je serais heureux comme s’ils me l’avaient donné. Peut-être qu’il y a des joueurs qui font plus de marketing que Luka ou qui ont un nom plus célèbre, mais Modric mérite cette récompense. » Encore et encore : « Peut-être que maintenant, sans Cristiano Ronaldo, on en parle pas plus, mais avec lui, nous avons également eu des crises de but. Cela va revenir. » Sans que l’attaquant de la Juventus ne lui réponde. Un échec cuisant doublé d’une mauvaise conduite qui semble agacer la Casa Blanca depuis. Du bas au haut de l’échelle il affiche un comportement désagréable qui porte préjudice à son équipe et à son image à lui. Il a violemment frappé le ballon sur un jeune de la Castilla qui s’entraînait avec eux. Il veut décider de qui sera le prochain entraîneur. Il s’engueule avec son président…

Entre autres, il se rend de plus en plus compte que Ronaldo est irremplaçable. SR4 est certainement le meilleur défenseur espagnol de tous les temps. Cependant, CR7 est l’un des meilleurs footballeurs madrilènes de l’histoire (voire le meilleur). Le Quinas (Surnom des joueurs de la sélection portugaise) n’est pas plus important que l’institution mais cette dernière a pris son départ trop à la légère. Le retour de Mariano Diaz pour lui prendre son dossard préféré, a réaffirmé cette vision qui minimise l’impact du quadruple Soulier d’or au Real. Donner à l’ancien Lyonnais ce n°7 que le Portugais avait humblement demandé à porter à l’emblématique Raul, c’est plus que mépriser le quintuple Ballon d’or qu’il fait. Une icône inaliénable du football mondial qui a inscrit pour eux 450 buts en 9 saisons.

Une ingratitude qui affermit cette déclaration du meilleur buteur de l’histoire de la Ligue des Champions : « Ici nous sommes une équipe, ailleurs il y en a toujours un qui se sent plus fort que les autres. Mais ici, les joueurs sont tous sur la même ligne, ils sont humbles et ils veulent gagner. Si Paulo Dybala ou Mario Mandzukic ne marquent pas, vous les voyez heureux quand même, ils sourient. Pour moi, c’est beau, je ressens la différence. À Madrid, les joueurs sont également humbles, mais c’est différent. Ici, c’est plus comme une famille. » Laquelle accusation évidemment récusée par Sergio Ramos le tout puissant : « Je n’ai jamais entendu Cris parler de Madrid. Le vestiaire était l’un des éléments clés de notre succès. Nous sommes heureux que Cris se porte bien, nous voulons toujours ça avec les personnes qui nous ont aidés à être plus forts. »

Sergio Ramos par Jan SOLO – Flickr CC BY-SA 2.0

Un capitaine à l’image de son club

Ainsi, l’institution madrilène a laissé partir un « monstre » pour en créer un autre. Malgré elle ? Pas vraiment. Le départ de Ronaldo succède à celui de Zidane. Un poids-lourd qui avait la réelle capacité de maitriser la part d’ombre du stoppeur ibérique. La présence du technicien français rétablissait l’équilibre dans le vestiaire. Aucun joueur n’était supérieur à un autre et les performances suivaient. Par conséquent, son départ a créé un gros vide absorbant dans le collectif Merengue. Preuve que le président des Galactiques a fait le mauvais choix dans sa stratégie. Il s’est raté et aujourd’hui sa direction en paie le prix fort. Un « oscar » si gros qu’il a été forcé de le faire revenir au bercail. Une bonne décision ? Une marche-arrière qui image bien le doute qui plane dans le club de Florentino Pérez.

Cette situation, Monsieur Perez l’avait déjà pourtant connue avec Claude Makelele. Prétextant que le milieu récupérateur français n’était pas assez indispensable, il l’avait injustement laissé partir. Le PDG d’ACS aurait même déclaré à son sujet : « Makelele ne nous manquera pas. Sa technique était moyenne, il manquait de vitesse et de talent pour effacer les adversaires et 90 % de ses passes étaient dirigées vers l’arrière ou les côtés ». Une position suffisante qui met fin aux ambitions salariales de l’ancien Parisien. Il voulait être payé comme un Galactique : il ne jouera plus jamais derrière les Galactiques. Une aubaine pour un certain José Mourinho, qui le fera immédiatement signer à Chelsea. C’est la fin d’une ère et le début d’une autre. Fernando Morientes : « La perte de Makelele fut le début de la fin pour les Galactiques. Vous pouvez d’ailleurs remarquer que son arrivée à Chelsea fut un nouveau départ pour ce club. »

Ajax – Panathinaikos (1971) par Nationaal Archief, Den Haag, Rijksfotoarchief: Fotocollectie Algemeen Nederlands Fotopersbureau (ANEFO), 1945-1989 – negatiefstroken zwart/wit, nummer toegang 2.24.01.05, bestanddeelnummer 924-6096 – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0 NL

Une nouvelle époque s’annonce de ce fait. Le footballeur moderne s’effrite et perd en crédibilité. Une période devrait revoir le jour. Celle où les joueurs n’auront plus grand-chose à dire, sauf évidemment balle au pied. Le Real Madrid a besoin d’un changement radical ; d’un homme capable de remettre le respect de la hiérarchie et les valeurs intrinsèques du football au gout du jour. Cette déférence qui n’a jamais quitté l’institution Ajax Amsterdam malgré les « moments » difficiles. Une précaution qui commence à retrouver ses sensations dans ce nouveau football. Après la finale de l’Europa League en 2017, place aux quarts de finale de la Champions League en 2019.

Et pourquoi pas une cinquième étoile sur la bande rouge de ce blanc mythique ? La classe avec laquelle les coéquipiers de Daley Blind ont battu Madrid, peut inquiéter n’importe qui. Roulettes zidanesques, ballons piqués, coups-francs directs improbables, arrêts décisifs… : ils auraient raison d’y croire. Il suffira de penser comme avant ce retournement « inimaginable » à Santiago Bernabeu. André Onana, gardien de l’Ajax : « La manière n’était pas acceptable pour nous. On avait été meilleurs que le Real. On s’est parlé tout de suite :  » C’est pas possible cette défaite. On doit y aller sans complexe. On n’a rien à perdre. On ne passera peut-être pas mais on va tout donner. Et ça peut passer… » Dès la fin du match, on s’est dit que l’exploit était possible. Nous avions commencé à y croire… »

Où ira Mourinho la saison prochaine ?

Par défaut

Remercié de Manchester United en janvier dernier, José Mourinho, surnommé « Special One », n’a pas perdu sa qualité de jeu. Son travail demeure apprécié dans les couloirs. Fils d’un entraîneur, il reste lui-même l’un des meilleurs entraîneurs au monde. Une qualité qui le leur évidemment populaire auprès des grosses écuries, qui cherchent à l’attirer. La concurrence s’annonçant rude, ce top 5 vous donnera un élément de réponse sur le futur transfert de l’ex-entraîneur du Real Madrid. Et ceci, de l’hypothèse la moins probable à la plus probable…

Stade Pierre Mauroy (Lille) par Walkerssk – Pixabay CC0

5 – Lille

Il y a quelques jours, Mourinho, en visite à Lille, s’intéressait au football français. Dans les tribunes du Stade Pierre-Mauroy, le Portugais était venu assister à la rencontre de Ligue 1 Lille-Montpellier. Le match nul (0-0) est passé inaperçu, les regards étaient tournés vers la superstar lusophone.

En français, il s’est exprimé sur sa présence :

« Je peux m’imaginer (entraîner) un jour en France. Je suis un homme qui a travaillé dans quatre pays différents, qui aime ça, qui aime connaître d’autres cultures. (…) J’aime apprendre tout le temps, travailler dans un autre championnat serait une expérience fantastique. (En ce moment), je suis tranquille, j’essaie de vivre le mieux possible avec la famille et les amis et travailler tranquillement pour espérer retrouver une opportunité dans le football. »

La porte n’est donc pas fermée. D’autant plus que les Lillois se rapprochent de la Ligue des Champions. Conclusion : il peut rejoindre l’actuel Dauphin de Paris comme Paris lui-même…

4 – Paris Saint-Germain

Hasard du calendrier ou non, Mourinho est arrivé en France après la défaite de Manchester United à domicile contre le PSG. Un air taquin ? Une première historique en Ligue des Champions ! Thomas Tuchel a dominé Solskjaer à Old Trafford. Une victoire façon José, avec un défenseur en milieu défensif pour empêcher Paul Pogba d’organiser le jeu. Carton rouge pour le Français et vert pour Marquinhos. Le stoppeur brésilien à la place de Pépé au Real Madrid, de Kurt Zouma et David Luiz à Chelsea, a joué un très sale tour au Théâtre des Rêves. Un roc…

Un bloc solide avec du caractère qui se projette rapidement vers l’avant : et si on parlait de JM sans le citer ? Sans oublier que Mbappé dans sa belle croissance s’est inspiré d’un portugais (Ronaldo) et a été révélé par un portugais (Jardim). Jamais deux sans trois ? Pourquoi pas. KM7 est plus explosif sur un jeu basé sur les contres. Monaco, l’équipe de France et Paris aujourd’hui en sont la preuve. Quoique Mou veuille « travailler avec des gens qu’il aime » : les qataris eux aussi… Quand en France les « Joséphiles » ne courent pas les rues. Les chocs entre les équipes françaises et le technicien ont laissé des traces indélébiles…

La curva dell’Inter in un derby del 2009 par oscar federico bodini – Wikipedia CC BY-SA 2.0

3 – L’Inter de Milan

Ineffaçable tel le passage de Mourinho chez les Interistes. Défaits ce week-end à Bologne 2-1, les hommes de Luciano Spaletti n’ont jamais autant regretté leur passé glorieux. Loin du triplé inédit de 2010, relégués en Ligue Europa, ils viennent de perdre leur troisième place en championnat. Icardi et madame son agent font le show et le club lombard s’en trouve déstabilisé. Qui mieux que le charismatique José pour remettre ces pendules à l’heure ?

Antonio Conte ? C’est aussi fort probable. L’italien se fonde également sur une méthode de gestion assez similaire à celle de son prédécesseur à Chelsea. Et même si le portugais reste le bienvenu dans « sa famille », ce poste semble destiné à l’ancien entraîneur de la Juventus. Encore que si José était à Lille, s’était pour superviser Thiago Mendes et Nicolas Pépé… L’ivoirien : un joueur appelé à partir. D’après son entraîneur Christophe Galtier, destiné à évoluer « dans une équipe qui joue tout en rouge et qui aime bien avoir des joueurs excentrés faux pied ».

Allianz Arena par daniel-sauer0 – Pixabay CC0

2 – Bayern de Munich

Un indice fort qu’est cette dernière phrase. Une véritable révélation quand on sait que le Bayern évolue tout en rouge et que sa récente gloire est le fait d’une paire de faux-pieds : Robbery. Robben à droite, Ribery à gauche, les Bavarois sont montés sur le toit du monde grâce au gaucher hollandais et au droitier français. Les deux ailiers sont notamment à l’origine du triplé historique des Allemands en 2013. Dirigés vers la sortie désormais, les trentenaires proches de la quarantaine laissent une belle place à Nicolas Pépé.

L’ancien angevin pourra alors jouer à droite pendant que Koman ou Gnarby seront sur la gauche et vice-versa. Surtout que le meilleur buteur Lillois est le footballeur « idéal » pour l’esprit de recrutement munichois. C’est-à-dire raisonnablement couteux et amplement talentueux. Idem pour l’excellent milieu central Mendes. Lequel viendrait en plus relever un Javi Martinez vieillissant.

Mais puisqu’on parle d’entraîneur, il est possible que le transfert de ces deux joueurs oppose Mourinho à un de ses éventuels employeurs. L’ancien manager Mancunien semble les vouloir et Niko Kovac retrouver la confiance de son Board. Son équipe de retour au sommet, le Croate apparaît plus que jamais armé pour poursuivre l’aventure en Bavière. Une renaissance qui réduit l’embrasure de la porte de son bureau devant José. Sans la fermer cependant, un faux-pas veillant…

Santiago Bernabeu par PatrickBlaise – Pixabay CC0

1 – Real Madrid

En effet les grandes équipes détestent chuter. Brutalement tomber face à un adversaire qui plus est un sérieux rival. Des mots faibles pour les maux que peuvent causer une défaite du Real Madrid à domicile face au FC Barcelone. La grande dépression : une succession de déceptions. Le tout en une année. Une saison résumée en trois jours et 180 minutes de folie. Deux rencontres, deux compétitions : deux équipes tellement éloignées l’une de l’autre. Les 12 points qui séparent le Barça du Real en Liga sont un euphémisme devant le réel écart de niveau entre les deux équipes. Le Real joue bien comme une équipe amateur. C’est-à-dire avec beaucoup d’envie et peu de réalisme.

Vinicius Junior a beaucoup de talent. Mais le Barça est tellement supérieur au Real qu’il n’a plus besoin de jouer pour gagner. Le Real joue, les Catalans gagnent 0-3 et annulent l’espoir du match nul de l’aller 1-1 au Camp Nou. Le Real joue, les champions en titre gagnent 0-1 après le 5-1 de l’aller et matérialisent l’idée d’une année blanche. Même la Ligue des Champions s’avère perdue au vu des prestations madrilènes. La « coupe aux longues oreilles » ne pourra donc plus satisfaire leur public très exigeant. D’où leurs cris en Coupe du Roi lors du Classico retour : « Faites revenir Mourinho ! » Un chant accompagné par un autre, ennemi cette fois : « Mais où est CR7 ? CR7, où es-tu ? »

Ils n’ont pas dit Zidane, ils n’ont pas dit Ancelotti : ils ont dit Mourinho. Pourtant l’addition Merengue des deux tacticiens c’est du très lourd. 4 Ligues des Champions contre 0 pour José pour faire court. Pourquoi donc son retour quand Zizou peut revenir comme Jardim ? Tout simplement parce que le Real que le Portugais avait rejoint en 2010 semble revivre. Ce roi qui avait Lyon pour bête noire et le Barça comme cauchemar. Ce géant aux pieds d’argile à qui Mourinho avait redonné l’envie de redevenir le meilleur club de tous les temps. Karim Benzema : « La différence entre le Real de mes débuts et celui d’aujourd’hui ? On est montés en puissance pour devenir la meilleure équipe du monde. Au départ, il y avait beaucoup de nouveaux joueurs mais, peu à peu, nous avons grandi. Cela a commencé avec l’arrivée de Mourinho, qui a mis dans nos têtes que nous avions la capacité de devenir, justement, la meilleure équipe de la planète. »

Vinicius Junior n’a donc pas de soucis à se faire. Rashford était le joueur le plus utilisé de Mourinho à Manchester. Pas Fellaini, pas Lukaku : Marcus Rashford. La pépite anglaise a changé de dimension avec le triple vainqueur de la Premier League et ce n’est pas Olé qui pourra le nier. Et comme l’entraîneur le plus titré des Blues (surnom des joueurs de Chelsea) le dit si bien : « Un mensonge répété 1000 fois reste un mensonge. » La seule chose dont Vinicius doit « se méfier » : c’est la concurrence à venir. José Mourinho : « Est-ce qu’Eden Hazard a le talent pour jouer au Real Madrid ? Bien entendu. (…) Est-ce qu’il a la personnalité pour porter le maillot mythique du Real ? Evidemment. »

La compétitivité est l’apanage de Mou. Ce dernier se plaisant à la faire jouer entre ses éléments, Eden Hazard arrive sur le flanc gauche du Brésilien avec fracas. Et ça ne peut que faire du bien au sud-américain. S’il accepte de mûrir dans l’ombre de plus fort que lui ; s’il n’attrape pas la grosse tête, il va considérablement évoluer. L’humilité lui fera un grand bien. Un grand talent certes, un petit joueur toutefois. Un jeune qui ne grandira que s’il en est bien conscient. Lucide sur ce fait que les petits grandissent et les grands déclinent quand ils n’ont pas su mûrir. Ainsi s’il le veut bien, le néo international Auriverde mûrira sous la férule de José Mourinho. Une rumeur corroborée par l’ancien président du Real Madrid Ramon Calderon : « J’ai le sentiment et encore plus. Mourinho sera assis sur le banc du Real Madrid la saison prochaine. »

Smileys Emoticones par geralt – Pixabay CC0

Un parmi tant d’autres

La venue de Mourinho à l’Inter de Milan, au Bayern ou au Real Madrid renverrait encore mieux à ce mot qui le caractérise si bien : unique. The Happy One est le seul technicien qui depuis près de 12 ans maintenant est resté dans les hautes sphères du football mondial sans jamais flancher. Inter, Real, Chelsea, United… Tous les clubs que le portugais a entraînés depuis 2007 ont remporté la Ligue des Champions au moins une fois. En d’autres termes, il a managé des grands d’Europe. Ce qui n’est pas le cas de ses plus grands concurrents.

Pep Guardiola a entraîné Barcelone et le Bayern mais aujourd’hui à City il est dans un club moyen qui a beaucoup d’argent. Carlo Ancelotti aussi a baissé de niveau en signant à Naples. Dans l’ancien club de Diégo Maradona, le technicien italien n’arrive pas à transmettre son expérience. Le triple champion d’Europe peine à concrétiser son énorme palmarès au sud de l’Italie. Il a été fraichement sorti au premier tour de la Ligue des Champions et largué par la Juventus qu’il était venu concurrencer.

Quant à Raphael Bénitez, à Manuel Pellegrini et à Arsène Wenger : ce n’est plus la même limonade. Les deux premiers jouent en milieu de tableau à Newcastle et West Ham et le dernier est à l’arrêt. On aurait pu ajouter Klopp et Pocchetino mais c’est trop léger comme palmarès. L’allemand avait bien commencé avec deux titres de champions à Dortmund mais ce sera tout. Malgré deux finales de C1, depuis 2014 il n’a rien gagné comme l’actuel manager des Spurs de Tottenham. On espère néanmoins que Liverpool y arrivera enfin cette année après trois essais infructueux. Les Reds méritent cette Premier League et les circonstances vont dans leur sens. La dernière fois qu’ils ont raté le titre de champion d’Angleterre de justesse c’était en 2014. Et c’était encore à cause de Mourinho et Chelsea. Le binôme était venu les battre à Anfield (0-2). The Lonely One (surnom de Mourinho) appelé à d’autres fonctions, l’équipe de la Mersey devrait en profiter…