Man City rime avec Mancini

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C’est officiel ! Manchester City est à nouveau champion d’Angleterre. Le club entrainé par Pep Guardiola réalise un doublé historique : une première depuis Manchester United en 2009. Un record amplifié, les Cityzens écrasant Watford 6-0 en finale de la Cup à Wembley. Une performance inédite, aucun club dans l’histoire du football Anglais n’ayant jamais réussi à tout rafler sur le plan domestique en une saison. Les Ciels et Bleus sont donc sur un nuage. Et on se demande bien comment ils y sont arrivés. Comment une telle domination est possible dans un championnat si relevé ?

Les supporters de Manchester City après le titre de 2012 par Oldelpaso -Wikipedia CC BY-SA 3.0

Un vent nouveau

La puissance financière ? On aurait pu attribuer cette hégémonie à ce facteur non-négligeable. Mais l’Ajax nous a montré que les billets verts ne servent pas tant que ça. Surtout si on ne sait pas où les injecter. Le travail de Guardiola ? Champions avec 100 et 98 points c’est énorme. Sauf que tout le monde sait que sans Kompany et son boulet de canon face à Leicester. Sans le capitaine Belge, Aguero et David Silva, le Barcelonais n’aurait probablement rien gagné en Angleterre. Et ces joueurs qui constituent le socle de City, ont tous été recrutés par un homme : Roberto Mancini.

Lorsqu’en 2009 Mancini remplace Mark Hugues, City est un nouveau riche sans véritables valeurs. Et dans un championnat où l’argent ne vaut rien s’il n’est pas utilisé à bon escient, le club d‘Alan Oakes peine à s’imposer. Le technicien italien arrive ainsi avec des valeurs footballistiques auxquelles il soumet le porte-monnaie. Le coup Robinho ayant échoué, il associe d’autres joueurs de talent et de caractère à Carlos Tevez. Parmi eux, Aleksandar Kolarov, James Milner, Jérôme Boateng, Edin Dzeko, Vincent Kompany, Yaya Touré, Kun Aguero, David Silva et Mario Balotelli. C’est la naissance d’une galaxie.

Roberto Mancini par Andy Brannan – Wikipedia CC BY-SA 2.5

Le grand Roberto

Aussi, il faut faire vivre cette constellation. Une entreprise que l’actuel sélectionneur de l’équipe nationale d’Italie met sur pied en greffant à ces transfuges l’esprit du club. Souffle qui arrive par le truchement d’un joueur issu du centre de formation et d’un autre venu de Shrewsbury Town (D3 Anglaise). Le mythique buteur de la Sampdoria de Gênes titularise le briscard Micah Richards en défense et Joe Hart dans les buts. Le club remporte la Cup en 2011, le premier trophée du président Khaldoon Al Mubarak : le premier depuis 35 ans. Et se qualifie pour la Ligue des Champions en terminant troisième devant Arsenal et derrière Chelsea.

Une position sur le podium synonyme de progression. En effet, les hommes du triple champion d’Italie (avec l’Inter) sont passés du cinquième rang en 2010 au bronze l’an suivant. Avant de grappiller deux nouvelles places et de terminer en tête devant le frère ennemi United. Titre glané à l’issue d’un finish haletant. Un scénario marqué par trois victoires rocambolesques. Le 1-6 infligé à Manchester à Old Trafford. La victoire 1-0 sur ces mêmes Red Devils au retour grâce à un but de la tête de l’inévitable Kompany. Et la victoire à l’arraché 3-2 devant QPR sur un but en toute fin de rencontre d’Aguero.

En conséquence, voilà comment Man City est redevenu un monstre sur la scène anglaise. Depuis ce sprint qu’ils ont réussi à remporter face au géant entraîné par Sir Alex Ferguson, les Sky Blues ont appris à gérer les temps forts et les temps faibles d’une saison de PL. Une équipe avec des cadres tout désignés est née depuis, et on voit les fruits. Après le départ de Mancini, City a remporté trois titres de champion, quatre coupes de la Ligue, deux FA Cup et cinq Community Shield. La question maintenant c’est : que deviendra cette équipe après l’héritage laissé par le meilleur joueur de Série A en 1991 ? On se souvient qu’à la saison liminaire de Guardiola, lorsqu’il a tenté d’écarter Kompany et Aguero après Joe Hart, le club n’a rien gagné…

Manchester City à domicile contre le Bayern en 2012 en Ligue des champions par LordHorst – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Et l’Europe alors ?

Malgré cette domination domestique outrageuse, Manchester City ne sera pas la meilleure équipe anglaise cette année. Il y aura un champion d’Europe anglais (voire deux). Liverpool ou Tottenham volera la vedette à leur incroyable saison. C’est triste mais c’est le football. Le quadruplé de City devrait passer après la future victoire anglaise en C1. Un échec pour autant ? Un objectif manqué. Malgré les bonnes bases posées, Guardiola n’a pas « remporté les trois Ligues des Champions qu’on lui avait demandées ». S’il a remplacé Pellegrini, c’est bien pour réussir où Mancini a échoué. Jusqu’ici c’est le prédécesseur de l’ancien coach du Bayern qui possède le meilleur rendement européen de l’ère émiratie. Une demi-finale perdue face au Real Madrid en 2016.

Man City a besoin de franchir un palier en Champions League pour rejoindre les grandes écuries de la Premier League. Pour tourner définitivement la page Mancini, Pep devra remporter la C1 avec des cadres que lui-même il a choisis. En revanche s’il part, on peut craindre le pire. Quand on pense au Bayern, au Barça… Quand on sait que les clubs se remettent difficilement des passages de Pep, on peut s’inquiéter pour le second club de Manchester.