Le club emblématique de Leeds United est sur le point de remonter dans l’élite Anglaise. Une première depuis 2010, une « happy end » qui cependant attendra l’issue des barrages pour célébrer ce come-back. Les Peacocks (surnom des joueurs de Leeds) devront d’abord passer le Derby County de Frank Lampard avant de jouer une finale à Wembley contre Aston Villa ou West Bromwich Albion. Et de terminer cette histoire qui a débuté dans le nord de la France avec un  « fou »…

Le début de la fin

Pour la réception de Nîmes il y’a deux semaines, le Stade Pierre Mauroy a encore eu la chance d’accueillir José Mourinho. Le Special One vient une seconde fois assister à la prestation d’un groupe bourré de jeunes talents très prometteurs : une équipe sauvée de justesse l’année passée. Alors entraînés par l’argentin Marcelo Bielsa, les Dogues (surnom des joueurs de Lille) sombraient progressivement dans les limbes jusqu’à ce qu’un « petit homme vert débarque ». Ça n’a pas été un jeu, mais le Stéphanois a réussi à mettre chaque joueur à son poste : à redonner de l’allant aux nordiques. Les tactiques folles d’El Loco ont laissé des traces à tous les niveaux. Christophe Galtier :

« L’an dernier, j’ai passé mon temps à vous mentir (les médias) en affirmant après les matches, en conférence de presse, que ça allait le faire, quitte à passer par les barrages, que ça allait passer d’un millimètre. Mais lorsque je rentrais chez moi, je m’effondrais par terre en pleurs et je disais à mon épouse que je n’allais pas y arriver. Elle me répondait : « Tu ne peux pas me dire ça ». Le lendemain, j’allais au marché, place du Concert (près de son domicile lillois) et les gens me disaient : « Christophe, on compte sur vous ». Alors, tu continues à travailler, à chercher autre chose »

Des traces néfastes, souvent aussi écœurantes que ce mea-culpa de l’ancien coach de Saint-Étienne. Symbole du projet de la présidence de Gérard Lopez, « l’homme assis sur une glacière » a poussé (malgré lui) les supporters à la révolte avec ses résultats catastrophiques. Il est quasiment le « producteur » de ce chant « Ultra » triste. La Lilloise… : « Si on descend, on vous descend ! » Une ballade ponctuée sur une impasse, les joueurs pris à partie par « leurs » fans sur leur terrain. Le projet « LOSC Unlimited » de Luis Campos s’effrite. Le jeu flamboyant envisagé se transforme en cauchemar et le top 5 visé en rêve. Le club est menacé de relégation à titre conservatoire et interdit de recrutements. Atmosphère délétère qui s’achève finalement sur une querelle financière opposant le natif de Rosario à ses patrons. L’ancien entraîneur Marseillais :

« Lille est le pire souvenir de ma carrière. Pas à cause de la ville, des joueurs, des supporters ou des employés du club. Mon ego a été touché comme ce n’était encore jamais arrivé dans ma carrière. Ce n’est pas non plus à cause des résultats, suffisamment mauvais pour entamer l’estime que j’ai de moi-même, mais parce que j’ai été débarqué par les personnes qui m’avaient embauché alors que nous avions joué à peine 20 % des matches. »

Marcelo Bielsa par Рыбакова Елена – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Naïvement vôtre

Eric Cantona déclara jadis : « Tout être différent, sortant de la norme, est considéré comme fou. » Une expression qui définit à ravir l’être Bielsa. Pendant que tous se cherchent une touche en cuir pour se projeter sur la pelouse, notre technicien n’arrête pas de se lancer des défis. Les écuries des divisions les plus prestigieuses du Vieux Continent qui aimeraient enrôler Bielsa sont certainement nombreuses… : et il choisit une division inférieure. Une option curieuse, l’amour pour le challenge. Une aventure flétrie par l’affaire du Spygate, sans véritables conséquences. MB a espionné les entraînements de ses adversaires en Championship, il a payé l’amende de sa poche (230.000 Euros). Preuve que le sélectionneur Chilien (2007 – 2010) veux bien être en Angleterre. « En mission » il est à Leeds comme il l’était à Lille.

Une mission impossible pour un type atypique. Un meneur qui a apporté au triple champion de France une pépinière de jeunes virtuoses. Footballeurs d’exception qui portent aujourd’hui la « médaille d’argent » de Ligue 1. Ramener les sextuples vainqueurs de la Coupe de France au sommet, Bielsa a réussi son pari. Même si ça ne se voit plus, il est à la base de ce collectif en puissance qui suscite les convoitises dans les plus hautes sphères du Ballon Rond. Mike Maignan, Thiago Mendes, Thiago Maia, Luis Araujo, Ballo Touré… on pense notamment à Nicolas Pépé, premier choix du manager des Whites (surnom des joueurs de Leeds) :

« J’ai eu de très bons rapports avec Bielsa, c’est un coach qui a une philosophie de jeu différente. Il m’a fait jouer avant-centre, mais c’est bien, car c’est cela qui m’a fait grandir mentalement. Quand on ne marque pas, on doute et ça vous forge le caractère. C’est un peu grâce à lui que j’ai appris la patience donc c’était une expérience positive. »

L’efficacité à la baguette

C’était donc un beau football sans expérience. Une débauche d’énergie qui laisse entrevoir un excellent fond de jeu sans réussite notoire. Ce style où on joue tout pour l’attaque en laissant de gros espaces dans le dos de la défense. Football total à moitié, attitude débonnaire qui prouve bien que pour mieux rajeunir il faut savoir vieillir. Apprendre à se laisser bercer par une voix autoritaire qui vous dicte la conduite à suivre. Cette voie là-même qui encadre vos acquis. Tel un fruit vert de jouvence, Lille avait besoin de mûrir. Pour se rendre agréable au roi des sports, le LOSC était dans l’obligation de s’attirer du « vécu ». Chose que Galtier a compris et idéalement appliqué. Les internationaux Portugais et Français, le défenseur central José Fonte et l’avant-centre Loïc Remy sont les principales clefs du succès des Lillois cette saison. Sans oublier Brice Samba, Jonathan Ikoné, Soumaré, Soumahoro ou Célik, on tire le chapeau à ces acteurs qui ont pérennisé le beau travail de Marcelo Bielsa, dit « le fou »…

Chess par Devanath – Pixabay CC0

Remercié de Manchester United en janvier dernier, José Mourinho, surnommé « Special One », n’a pas perdu sa qualité de jeu. Son travail demeure apprécié dans les couloirs. Fils d’un entraîneur, il reste lui-même l’un des meilleurs entraîneurs au monde. Une qualité qui le leur évidemment populaire auprès des grosses écuries, qui cherchent à l’attirer. La concurrence s’annonçant rude, ce top 5 vous donnera un élément de réponse sur le futur transfert de l’ex-entraîneur du Real Madrid. Et ceci, de l’hypothèse la moins probable à la plus probable…

Stade Pierre Mauroy (Lille) par Walkerssk – Pixabay CC0

5 – Lille

Il y a quelques jours, Mourinho, en visite à Lille, s’intéressait au football français. Dans les tribunes du Stade Pierre-Mauroy, le Portugais était venu assister à la rencontre de Ligue 1 Lille-Montpellier. Le match nul (0-0) est passé inaperçu, les regards étaient tournés vers la superstar lusophone.

En français, il s’est exprimé sur sa présence :

« Je peux m’imaginer (entraîner) un jour en France. Je suis un homme qui a travaillé dans quatre pays différents, qui aime ça, qui aime connaître d’autres cultures. (…) J’aime apprendre tout le temps, travailler dans un autre championnat serait une expérience fantastique. (En ce moment), je suis tranquille, j’essaie de vivre le mieux possible avec la famille et les amis et travailler tranquillement pour espérer retrouver une opportunité dans le football. »

La porte n’est donc pas fermée. D’autant plus que les Lillois se rapprochent de la Ligue des Champions. Conclusion : il peut rejoindre l’actuel Dauphin de Paris comme Paris lui-même…

4 – Paris Saint-Germain

Hasard du calendrier ou non, Mourinho est arrivé en France après la défaite de Manchester United à domicile contre le PSG. Un air taquin ? Une première historique en Ligue des Champions ! Thomas Tuchel a dominé Solskjaer à Old Trafford. Une victoire façon José, avec un défenseur en milieu défensif pour empêcher Paul Pogba d’organiser le jeu. Carton rouge pour le Français et vert pour Marquinhos. Le stoppeur brésilien à la place de Pépé au Real Madrid, de Kurt Zouma et David Luiz à Chelsea, a joué un très sale tour au Théâtre des Rêves. Un roc…

Un bloc solide avec du caractère qui se projette rapidement vers l’avant : et si on parlait de JM sans le citer ? Sans oublier que Mbappé dans sa belle croissance s’est inspiré d’un portugais (Ronaldo) et a été révélé par un portugais (Jardim). Jamais deux sans trois ? Pourquoi pas. KM7 est plus explosif sur un jeu basé sur les contres. Monaco, l’équipe de France et Paris aujourd’hui en sont la preuve. Quoique Mou veuille « travailler avec des gens qu’il aime » : les qataris eux aussi… Quand en France les « Joséphiles » ne courent pas les rues. Les chocs entre les équipes françaises et le technicien ont laissé des traces indélébiles…

La curva dell’Inter in un derby del 2009 par oscar federico bodini – Wikipedia CC BY-SA 2.0

3 – L’Inter de Milan

Ineffaçable tel le passage de Mourinho chez les Interistes. Défaits ce week-end à Bologne 2-1, les hommes de Luciano Spaletti n’ont jamais autant regretté leur passé glorieux. Loin du triplé inédit de 2010, relégués en Ligue Europa, ils viennent de perdre leur troisième place en championnat. Icardi et madame son agent font le show et le club lombard s’en trouve déstabilisé. Qui mieux que le charismatique José pour remettre ces pendules à l’heure ?

Antonio Conte ? C’est aussi fort probable. L’italien se fonde également sur une méthode de gestion assez similaire à celle de son prédécesseur à Chelsea. Et même si le portugais reste le bienvenu dans « sa famille », ce poste semble destiné à l’ancien entraîneur de la Juventus. Encore que si José était à Lille, s’était pour superviser Thiago Mendes et Nicolas Pépé… L’ivoirien : un joueur appelé à partir. D’après son entraîneur Christophe Galtier, destiné à évoluer « dans une équipe qui joue tout en rouge et qui aime bien avoir des joueurs excentrés faux pied ».

Allianz Arena par daniel-sauer0 – Pixabay CC0

2 – Bayern de Munich

Un indice fort qu’est cette dernière phrase. Une véritable révélation quand on sait que le Bayern évolue tout en rouge et que sa récente gloire est le fait d’une paire de faux-pieds : Robbery. Robben à droite, Ribery à gauche, les Bavarois sont montés sur le toit du monde grâce au gaucher hollandais et au droitier français. Les deux ailiers sont notamment à l’origine du triplé historique des Allemands en 2013. Dirigés vers la sortie désormais, les trentenaires proches de la quarantaine laissent une belle place à Nicolas Pépé.

L’ancien angevin pourra alors jouer à droite pendant que Koman ou Gnarby seront sur la gauche et vice-versa. Surtout que le meilleur buteur Lillois est le footballeur « idéal » pour l’esprit de recrutement munichois. C’est-à-dire raisonnablement couteux et amplement talentueux. Idem pour l’excellent milieu central Mendes. Lequel viendrait en plus relever un Javi Martinez vieillissant.

Mais puisqu’on parle d’entraîneur, il est possible que le transfert de ces deux joueurs oppose Mourinho à un de ses éventuels employeurs. L’ancien manager Mancunien semble les vouloir et Niko Kovac retrouver la confiance de son Board. Son équipe de retour au sommet, le Croate apparaît plus que jamais armé pour poursuivre l’aventure en Bavière. Une renaissance qui réduit l’embrasure de la porte de son bureau devant José. Sans la fermer cependant, un faux-pas veillant…

Santiago Bernabeu par PatrickBlaise – Pixabay CC0

1 – Real Madrid

En effet les grandes équipes détestent chuter. Brutalement tomber face à un adversaire qui plus est un sérieux rival. Des mots faibles pour les maux que peuvent causer une défaite du Real Madrid à domicile face au FC Barcelone. La grande dépression : une succession de déceptions. Le tout en une année. Une saison résumée en trois jours et 180 minutes de folie. Deux rencontres, deux compétitions : deux équipes tellement éloignées l’une de l’autre. Les 12 points qui séparent le Barça du Real en Liga sont un euphémisme devant le réel écart de niveau entre les deux équipes. Le Real joue bien comme une équipe amateur. C’est-à-dire avec beaucoup d’envie et peu de réalisme.

Vinicius Junior a beaucoup de talent. Mais le Barça est tellement supérieur au Real qu’il n’a plus besoin de jouer pour gagner. Le Real joue, les Catalans gagnent 0-3 et annulent l’espoir du match nul de l’aller 1-1 au Camp Nou. Le Real joue, les champions en titre gagnent 0-1 après le 5-1 de l’aller et matérialisent l’idée d’une année blanche. Même la Ligue des Champions s’avère perdue au vu des prestations madrilènes. La « coupe aux longues oreilles » ne pourra donc plus satisfaire leur public très exigeant. D’où leurs cris en Coupe du Roi lors du Classico retour : « Faites revenir Mourinho ! » Un chant accompagné par un autre, ennemi cette fois : « Mais où est CR7 ? CR7, où es-tu ? »

Ils n’ont pas dit Zidane, ils n’ont pas dit Ancelotti : ils ont dit Mourinho. Pourtant l’addition Merengue des deux tacticiens c’est du très lourd. 4 Ligues des Champions contre 0 pour José pour faire court. Pourquoi donc son retour quand Zizou peut revenir comme Jardim ? Tout simplement parce que le Real que le Portugais avait rejoint en 2010 semble revivre. Ce roi qui avait Lyon pour bête noire et le Barça comme cauchemar. Ce géant aux pieds d’argile à qui Mourinho avait redonné l’envie de redevenir le meilleur club de tous les temps. Karim Benzema : « La différence entre le Real de mes débuts et celui d’aujourd’hui ? On est montés en puissance pour devenir la meilleure équipe du monde. Au départ, il y avait beaucoup de nouveaux joueurs mais, peu à peu, nous avons grandi. Cela a commencé avec l’arrivée de Mourinho, qui a mis dans nos têtes que nous avions la capacité de devenir, justement, la meilleure équipe de la planète. »

Vinicius Junior n’a donc pas de soucis à se faire. Rashford était le joueur le plus utilisé de Mourinho à Manchester. Pas Fellaini, pas Lukaku : Marcus Rashford. La pépite anglaise a changé de dimension avec le triple vainqueur de la Premier League et ce n’est pas Olé qui pourra le nier. Et comme l’entraîneur le plus titré des Blues (surnom des joueurs de Chelsea) le dit si bien : « Un mensonge répété 1000 fois reste un mensonge. » La seule chose dont Vinicius doit « se méfier » : c’est la concurrence à venir. José Mourinho : « Est-ce qu’Eden Hazard a le talent pour jouer au Real Madrid ? Bien entendu. (…) Est-ce qu’il a la personnalité pour porter le maillot mythique du Real ? Evidemment. »

La compétitivité est l’apanage de Mou. Ce dernier se plaisant à la faire jouer entre ses éléments, Eden Hazard arrive sur le flanc gauche du Brésilien avec fracas. Et ça ne peut que faire du bien au sud-américain. S’il accepte de mûrir dans l’ombre de plus fort que lui ; s’il n’attrape pas la grosse tête, il va considérablement évoluer. L’humilité lui fera un grand bien. Un grand talent certes, un petit joueur toutefois. Un jeune qui ne grandira que s’il en est bien conscient. Lucide sur ce fait que les petits grandissent et les grands déclinent quand ils n’ont pas su mûrir. Ainsi s’il le veut bien, le néo international Auriverde mûrira sous la férule de José Mourinho. Une rumeur corroborée par l’ancien président du Real Madrid Ramon Calderon : « J’ai le sentiment et encore plus. Mourinho sera assis sur le banc du Real Madrid la saison prochaine. »

Smileys Emoticones par geralt – Pixabay CC0

Un parmi tant d’autres

La venue de Mourinho à l’Inter de Milan, au Bayern ou au Real Madrid renverrait encore mieux à ce mot qui le caractérise si bien : unique. The Happy One est le seul technicien qui depuis près de 12 ans maintenant est resté dans les hautes sphères du football mondial sans jamais flancher. Inter, Real, Chelsea, United… Tous les clubs que le portugais a entraînés depuis 2007 ont remporté la Ligue des Champions au moins une fois. En d’autres termes, il a managé des grands d’Europe. Ce qui n’est pas le cas de ses plus grands concurrents.

Pep Guardiola a entraîné Barcelone et le Bayern mais aujourd’hui à City il est dans un club moyen qui a beaucoup d’argent. Carlo Ancelotti aussi a baissé de niveau en signant à Naples. Dans l’ancien club de Diégo Maradona, le technicien italien n’arrive pas à transmettre son expérience. Le triple champion d’Europe peine à concrétiser son énorme palmarès au sud de l’Italie. Il a été fraichement sorti au premier tour de la Ligue des Champions et largué par la Juventus qu’il était venu concurrencer.

Quant à Raphael Bénitez, à Manuel Pellegrini et à Arsène Wenger : ce n’est plus la même limonade. Les deux premiers jouent en milieu de tableau à Newcastle et West Ham et le dernier est à l’arrêt. On aurait pu ajouter Klopp et Pocchetino mais c’est trop léger comme palmarès. L’allemand avait bien commencé avec deux titres de champions à Dortmund mais ce sera tout. Malgré deux finales de C1, depuis 2014 il n’a rien gagné comme l’actuel manager des Spurs de Tottenham. On espère néanmoins que Liverpool y arrivera enfin cette année après trois essais infructueux. Les Reds méritent cette Premier League et les circonstances vont dans leur sens. La dernière fois qu’ils ont raté le titre de champion d’Angleterre de justesse c’était en 2014. Et c’était encore à cause de Mourinho et Chelsea. Le binôme était venu les battre à Anfield (0-2). The Lonely One (surnom de Mourinho) appelé à d’autres fonctions, l’équipe de la Mersey devrait en profiter…