Percy Tau : La Premier League peut attendre, je suis en Champions League

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Recalé pour une histoire de permis de travail, Percy Tau ne peut toujours pas jouer pour l’équipe qui l’a enrôlé. Voilà bientôt deux ans que le Bafana Bafana a quitté les Mamelodi Sundowns pour Brighton & Hove Albion : sans arriver à destination. La raison : pas assez de matches dans les jambes pour mériter la Premier League. « Heureusement », on va dire. Sinon le talentueux gaucher n’aurait pas signé dans un club européen un peu plus digne de son standing : une équipe qui jouera la Champions League.

Paradoxes

Percy Tau a quitté l’Afrique du Sud en 2018. Auréolé d’un titre de champion d’Afrique 2016, le vainqueur de la Supercoupe de la CAF 2017 gagne l’Europe après 5 ans passés sur le Continent Noir. Le but est de prouver qu’il a le niveau pour évoluer dans le Vieux Monde. Un choix guidé par un défi qui commence en D2 Belge pour le double vainqueur de la ABSA Premiership.

Aussi, Brighton le prête au RU Saint-Gilloise. Le meilleur buteur du championnat sud-africain en 2018 s’y impose facilement. Inscrit 12 buts en 35 rencontres. Et est logiquement élu meilleur joueur du championnat. Une performance jugée insuffisante pour les autorités compétentes. Le mondial des clubs auquel il a participé ne suffit pas. L’ancien des Spurs (de Witbank) devait prendre part à la finale de la CAN 2019 pour jouir de ce plaisir. En outre, malgré une Coupe d’Afrique aboutie, le Brésilien*ne pratiquera pas le football au pays du football. Le fait que sa sélection ait sorti celle de Salah en huitièmes (et à domicile), ne lui concède pas encore  ce droit.

Bien mieux que rien

Le FC Bruges saute alors sur l’occasion et attire l’attaquant sous forme de prêt. Une transaction judicieuse. Un transfert qui permet au géant belge d’occuper la première place de la Jupiter League. Mais aussi et surtout de se qualifier pour la prochaine Ligue des champions. Prouesse que les brugeois doivent en grande partie à la technique de leur recrue estivale. Auteur de 2 buts en championnat, le natif de Witbank sera le facteur X de cette double confrontation victorieuse contre les autrichiens de Linz. Son impact sur le jeu étant à l’origine des deux dernières réalisations de son écurie.

South Africa Fans Celebration at Soccer City par Celso FLORES – Wikipedia CC BY 2.0

Enfin chez moi

Le finaliste de la C1 1978, passe ainsi d’un dangereux 1-1 à une nette victoire 3-1. L’attaquant de 25 ans causera le corner du but de la délivrance. Et sera passeur sur le but du K.O. Dans la poule A du PSG, du Real Madrid et de Galatasaray, il retrouve de ce pas les premières loges. Les sensations d’une compétition qu’il a gagnée chez lui en Afrique. Sera-t-il capable de réitérer son exploit ? Nul ne le sait. S’il y a une certitude cependant, c’est que jouer les premiers rôles en Belgique, c’est mieux que lutter contre la relégation en Angleterre. Le niveau du football africain d’élite n’équivaut pas à celui de la seconde division européenne.

*Surnom des joueurs du Mamelodi Sundowns

Un flop 5 étoiles

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Pendant que Paris ignore Choupo Moting, d’autres font de leurs « Choupo » la clef de leurs succès. Triomphe encore marqué par cette ultime rencontre de Ligue des Champions à Madrid. Une victoire des Reds qui démontre à ravir que personne n’est invité au haut niveau. Dans les tribunes, sur le banc ou sur la pelouse, si vous y êtes c’est que vous le méritez. Tout dépend de l’attention qu’on vous accorde. Voici le Top 5 des « couteaux suisses » les plus tranchants d’Europe cette année.

Star par TheDigitalArtist – Pixabay CC0

5 – Fernando Llorente

Face à City, Llorente n’a pas marqué : il a marqué l’histoire de son club. Son but de la cuisse n’était pas si beau qu’il a déclenché le processus d’un parcours exceptionnel. Une belle suite, une triste fin. Si Tottenham a perdu c’est aussi parce qu’on ne lui a pas suffisamment fait confiance. Après ses entrées décisives en quart et demi-finale retour à Manchester puis à Amsterdam, l’Espagnol aurait dû jouer titulaire à Madrid. Sa puissance athlétique aurait pu faire douter Matip et Van Dijk. Son excellent jeu de tête aurait dû servir de déviation à la vitesse de Lucas Moura, le triple buteur…

4 – Lucas Moura

Ses larmes n’ont échappé à personne. Quand on a abattu ce genre de boulot, la défaite est difficile à avaler. Trois buts et voilà que les Spurs réalisent l’impossible. Une finale historique de C1 : une histoire qui commence mal. Frustré, Lucas est sur le banc : un héros malgré tout. Banni de Paris, son talent ne fait plus aucun doute. Le premier Brésilien à réaliser un triplé en demi-finale de LDC restera à jamais celui qui devait à tout prix débuter cette finale. En le laissant sur la touche, Mauricio Pochettino a commis la même erreur que le PSG. Et la sentence n’a pas tardé à tomber… pour l’ancien Parisien.

3 – Olivier Giroud

2 buts en 27 matches, non ce n’est pas Choupo Moting. C’est Olivier Giroud. Choupo Moting c’est 3 buts en 21 matchs. C’est mieux… C’est juste une coïncidence entre le champion du monde et le capitaine des Lions Indomptables. A la seule différence que le Français avait toute la confiance de son manager en coupe d’Europe.

Après avoir impliqué tout le groupe, Maurizio Sarri a titularisé son buteur en Europa League. Un choix payant qui lui a permis de remporter le premier trophée de sà carrière. Grâce aux 11 buts du meilleur buteur de la compétition, le manager italien peut partir la tête haute. La tête plongeante du surnommé Olive lui a ouvert les portes du succès. Un but, une passe décisive, un pénalty causé, Chelsea doit sa victoire 4-1 sur Arsenal à la pointe des Bleus.

2 – James Milner

Meilleur passeur de la dernière Ligue des Champions (9 passes). Meilleur passeur de l’histoire la Ligue des Champions sur une saison, Milner est un génie incompris. Les mauvaises langues ont même dit que c’était un énième joueur anglais surcoté : ils se sont trompés. Si Milner n’est pas visible c’est qu’il travaille tellement qu’il semble immobile. Son inertie est aussi statique qu’une roue qui tourne à toute allure. Pour apprécier son travail, il faut voir au-dessus de la mêlée.

Dans ce football où on juge les footballeurs au nombre de buts, c’est sûr qu’il n’a pas sa place. Mais il est bien là et plus que jamais indispensable. Professionnel modèle, il a une bonne mentalité, un bon coup de pied. Il est intelligent, il attaque, il défend… Latéral droit, gauche, défenseur central. Milieu défensif, offensif, relayeur, de couloir, JM7 est l’une des principales clefs du succès de Klopp et Liverpool.

1 – Divock Origi

Les mots manquent pour décrire ce que ce joueur a réalisé. 7 buts toutes competitions confondues. Un doublé décisif contre le Barça lors d’une demi-finale retour bien mal engagée. Frappe croisée du gauche… : quelle seconde réalisation ! Le but du K.O en finale de la Ligue des champions, Divock Origi a étalé tout son talent. Caché ? A l’image de Milner, il faut plus que des yeux pour le discerner. Désormais la lumière est faite sur les choix de Roberto Martinez et Jürgen Klopp de le garder. Peu importe s’il ne joue pas : il doit être là. On ne se demande plus pourquoi, aujourd’hui qu’il est entré dans l’histoire de Liverpool définitivement…

Ligue des Champions : Les loosers ont perdu

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Ça y est. C’est fait. La « coupe aux longues oreilles » a choisi son nouveau propriétaire. Il s’agit des Anglais du FC Liverpool. Champions d’Europe, les Reds sont venus à bout des Spurs de Tottenham 0-2. Logiquement oui, et bien plus encore. Les Londoniens n’ont pas fait que perdre face à plus forts qu’eux. Ils ont surtout été perdus par les choix de leur manager. Lesquels dès les premières minutes de jeu, se sont avérés infructueux, une fois de plus…

Cristiano Ronaldo face José Antonio Reyes par Jan SOLO – Wikimedia Commons CC BY-SA 2.0

Hommages 

Madrid. Le football mondial est assommé par la mort d’un de ses plus dignes fils. José Antonio Reyes est décédé ce jour de finale dans un accident de voiture. Une triste nouvelle, le lieu idéal pour honorer le génie de l’ancien sociétaire des deux géants de la capitale Espagnole. Une minute de silence, un gaucher comme un symbole pour lancer les débats. Le score est ouvert et le tribut payé à ce quintuple vainqueur de l’Europa League.

Moussa Sissoko par GuillaumeG – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Dommages

On joue la première minute quand sur « une main » décollée du corps, Liverpool obtient un pénalty. Sévère, justifié, Moussa Sissoko a touché le ballon de Mané du bras. Il a permis contre son gré à Liverpool de prendre un avantage psychologique sur leurs objecteurs. Mohamed Salah transforme le tir au but et revient tout sourire dans ce stade de la compétition. Un sommet qu’il avait quitté en larmes l’année passée face à Madrid. Ippon de Sergio Ramos : déboitement de l’épaule, le diagnostic…

Revanchard, le Pharaon plombe ainsi d’entrée les ambitions des Lilywhites ? C’est trop dire. Il restait 88 minutes pour revenir à la marque. Lucas a fait un doublé en 4 minutes : il n’est pas présent sur le terrain. Et pourtant ils le craignaient. Trent Alexander Arnold :

« Moura est en tête de liste des meilleurs joueurs des Spurs. »

Robertson :

« Lucas était le héros contre l’Ajax. C’est un joueur fantastique avec des qualités fantastiques. Nous l’avons déjà affronté auparavant et il s’agit avant tout d’essayer de le gérer. »

Aussi, Mauricio Pochettino a privé d’entrée son équipe de sa dynamique : sa dynamo. Pourquoi le Paulista n’a pas débuté le match ? Sans son triplé, les Spurs ne seraient pas là. Est-ce sa récompense ? Après 3 mois sans compétition, Harry Kane avait-il sa place en finale de Ligue des Champions ? Non. Le capitaine Anglais ne méritait tout simplement pas d’être titulaire à la place du Brésilien. Il aurait pu entrer en fin de match. Gagner des duels sur des défenseurs fatigués par la vitesse de Mr Moura…

Lucas et Neymar par bahianoticias – Wikimedia Commons CC-BY-2.0

Injuste… is

Inique était cette option autant que la présence d’un autre Harry. Winks titulaire à la place de Lucas : titulaire à la place de Wanyama ? C’est le comble. Il paraît que le Kenyan n’est pas un « joueur de ballon ». Une expression si inappropriée qu’on ne saurait où la placer. Quand on pense au but qu’il a mis l’an passé à Anfield. Quand on revoit ce boulet de canon pleine lucarne d’égalisation, on ne peut que condamner ce genre de qualification. Ce sont tous des professionnels de football : ils jouent tous « au ballon ». Tenir ce genre de propos à l’endroit d’un joueur c’est nourrir la discrimination. On croirait entendre penser Sagnol, « ses nordiques et son joueur typique africain ».

Victor Mugubi Wanyama a participé plus que Winks, « le joueur de ballon », à écrire l’histoire de cette équipe. De plus, il est issu d’une famille de sportifs : il a l’ADN d’un vainqueur de la Ligue des Champions. McDonald Mariga son frère, était dans le groupe de l’Inter de Milan historique qui a battu le Bayern en 2010 en finale de la Ligue des champions… à Madrid. Il n’a pas joué mais il a gagné, entraîné par José Mourinho. Il sait donc c’est quoi remporter une finale de C1 : son frère cadet certainement aussi. C’est petit, mais c’est déjà mieux que l’expérience de Winks.

Victor Wanyama par Glasgow Celtic – Wikimedia Commons CC-BY-2.0

Black-out

Aux côtés de Sissoko, le capitaine des Harambee Stars (surnom des joueurs de la sélection du Kenya) a marché sur City et l’Ajax. Ils diront que ce n’était pas beau. Ils ont raison : c’était mythique. C’est grâce à ces joueurs caricaturés que cette Ligue des champions fait partie du livre d’or du sport roi. Sans eux, sans ce but fabuleux de la cuisse de Llorente, Pochettino n’aurait pas pleuré de joie. Aussi lorsque le « Grand Black » Français sort, on sait que c’est fini. Lucas « le moins doué techniquement » entre trop tard et on le ressent. L’ancien Parisien a changé l’image de son équipe en 20 minutes : les occasions se sont enchainées, en vain.

En face, il y’avait déjà un entraîneur qui fait confiance à ceux qui l’ont mené jusque-là. Wijnaldum titulaire à la place de James Milner, Klopp a vite compris que le grand Roberto, comme King Kane, manquait de rythme. Pourquoi ne pas relancer Divock Origi ? Le plus tôt serait le mieux. Après tout c’est grâce à son doublé qu’on est ici ? Et il fait entrer le buteur d’origine Kenyane.

Contre toute attente, l’attaquant Belge remplace Firmino peu avant l’heure de jeu. Tue le match sur une passe décisive de l’indomptable Joël Matip (probablement l’homme du match avec Alisson Becker). Et offre à Liverpool sa sixième étoile : le troisième total de l’histoire du tournoi. Trois : soit le nombre de buts inscrits par le Diable Rouge dans la compétition. Ou encore le nombre Africain de joueurs qui ont considérablement contribué à la victoire finale du club de la Mersey. Un Sénégalais, un Égyptien et un Camerounais.

Mauricio Pochettino par Victor Gutierrez Navarro – Wikimedia Commons CC-BY-2.0

Encore un

Pour le travail, l’esprit et la cohésion. Pour l’idée nouvelle qu’il a apportée à ce soccer avide d’argent, Jurgen Klopp mérite ce succès. Sa place dans la cour des grands est désormais indiscutable. Ce qui n’est clairement plus le cas de son adversaire du soir. C’est bien de concurrencer Arsenal. Mais si c’est pour ne rien gagner, ça ne vaut pas la peine. Ces dernières années les Gunners n’ont pas été bons en Premier League… : ils ont remporté des titres. Notamment 3 FA Cup et 3 Community Shield avec Arsène Wenger. Quand Tottenham et Pocchetino, NO…

Une salle de trophées « vide » que le club doit cette fois à la gestion « gentrifiée » de son effectif. Pocho est un gentleman : pas (encore) un grand entraîneur. Sans titres, il y a des privilégiés dans son équipe et c’est inquiétant pour la suite. Sa suite et celle de son collectif. Divisé ? Lucas, Wanyama, Llorente et même Dele Alli (qui n’aurait pas dû sortir), il doit beaucoup à ceux qui ont écrit la plus belle page de sa légende. « Oser c’est faire » la devise du club, l’Argentin n’a pas su s’aligner derrière cet adage qui l’a longtemps défini. À lui de tirer les leçons de son ixième échec.

Ils veulent nous la prendre

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Une ligue fermée. C’est l’un des projets qui préoccupe le plus le football dirigé par Aleksander Ceferin. La création d’une sorte de NBA du ballon rond semble ravir plus d’un. Qui ? Citer leurs noms ici ne nous sera d’aucune utilité, étant donné que c’est leur pensée qui nous intéresse. Cette entreprise qui provoquerait la disparition de la Ligue des Champions, la vraie.

Le Milan AC, vainqueur de la Ligue des champions en 2003 par Soccer illustrated – Wikipedia CC BY-SA 3.0

No game no gain

Comment penser à une compétition fermée dans le football quand c’est tout le contraire qui définit ce sport. À l’air libre, sur un gazon, le sport du peuple n’a de sens que lorsqu’il est ouvert à tout le monde. Dans ce football où l’argent prend la place de l’herbe, l’essentiel se dérobe. À tous les prix, on veut gagner beaucoup plus. Au point d’oublier que sans jeu il n’y a pas de gains.

Mais de quel jeu s’agit-il ici ? La National Basket Association est souvent l’exemple de ce football cupide qui frise la stupidité et s’oppose à ses valeurs. Ce qu’on oublie c’est que la force du géant nord-américain ne se trouve pas dans son porte-monnaie. Mais bien dans les principes fondamentaux de l’activité qui le gonflent.

Basket-ball Parc par Free-Photos – Pixabay CC0

En NBA c’est le sport avant tout. On n’a pas peur d’exclure à vie le propriétaire d’une franchise pour des propos racistes. De faire un partenariat gagnant – gagnant avec le basket africain. De voir la vérité en face : de reconnaitre que les plus grands basketteurs de l’histoire ont des origines africaines. Le sénégalais Amadou Gallo Fall, vice-président de la NBA et patron de la NBA Africa :

« Il y a un vide sur le continent en ce qui concerne les compétitions interclubs. La Basketball Africa League proposera un modèle qui, j’en suis certain, attirera du monde. Surtout, cette compétition permettra aux immenses talents du continent africain d’avoir un cadre au sein duquel évoluer. Ce cadre sera professionnel. La NBA va y mettre tout son savoir-faire, toute son énergie et toutes les compétences dont elle dispose. C’est vraiment un jour nouveau pour le basket africain. Nous sommes très heureux de ce partenariat avec la FIBA (…) »

La Basket Africa League, la collaboration de la FIBA Africa et de la NBA permettra au basket africain de grandir sur ses terres. Et à la NBA de s’y implanter directement. Avec la montée en puissance des basketteurs africains, la NBA se verrait dans le cas contraire, forcée de tous les accueillir. De priver le sol africain de ses fils et le sol américain de ses pousses. Elle serait contrainte de faire un choix entre ses talents et les talents des autres et la discrimination naitra. Aussi, à travers cette initiative transcontinentale, l’association américaine rend possible la pérennisation du ballon orange. Et de sa propre existence par la même occasion. Tout le contraire de ce projet européen de ligue fermée.

Les supporters des Celtics de Glasgow célébrant la victoire en Ligue des champions de 1967 par Debbie MC – Wikipedia CC BY-SA 2.0

Retour aux sources

La Ligue des champions 2018/2019 entrera dans l’histoire pour l’émotion qu’elle a suscitée. Elle a remis le football dans les bras de « sa mère ». Liverpool, Tottenham, qui n’a pas souhaité voir l’Ajax la remporter ? Cette équipe nous a rappelé les vraies raisons pour lesquelles on aime ce sport. De Ligt et compagnie balle au pied, on a su pourquoi ce tournoi nous délecte tant.

Et pourtant les champions des Pays-bas risquent de ne pas être « avec nous » la saison prochaine. Quadruple champions d’Europe, on va leur prendre leurs « joyaux » et ils passeront par les tours préliminaires. Pendant que des quatrièmes seront bel et bien directement qualifiés pour la phase finale.

Johann Cruyff lors de la Supercoupe d’Europe contre les Glasgow Rangers par Nationaal Archief Fotocollectie Anefo – Wikipedia CC BY-SA 3.0 NL

La Ligue des Champions est devenue la compétition la plus regardée au monde grâce à son caractère collectif. Si on a pu admirer des joueurs comme Johann Cruyff, Georghe Hagi, Andryi Schevchenko, Jari Litmanen etc. Ces footballeurs qui sortaient de « l’ordinaire », c’est parce qu’elle plaçait tout le monde sur le même pied d’égalité. Et ceci tant sur le terrain que dans les « tribunes ».

En Afrique par exemple (dans les années 90) il suffisait d’avoir un petit écran pour vibrer. Chaque mardi et mercredi vous aviez droit à un éminent spectacle assis sur votre canapé. Grâce à Canal France Internationale notamment, les chaines nationales africaines avaient la possibilité de retransmettre tous les matchs de la reine des coupes européennes. C’était magnifique, c’était donné et aujourd’hui c’est fini. Les droits télé ont tout pris…

Quoique même jusque-là, certains parviennent à trouver une solution pour entendre cette chanson si particulière. L’hymne écrit par Tony Britten et inspiré de Georg Friedrich Haendel fait dorénavant partie de leur répertoire naturel. Des mesures qu’ils entendront malgré tout de moins en moins, le champ de vision sur la coupe aux longues oreilles se réduisant. La ligue va tourner le dos à sa réalité pour devenir un carré VIP. Cercle fermé qui ne se résume pas qu’à un gros problème financier.

Football, sport et argent par geralt – Pixabay CC0

Du plus petit au plus grand

La boucle se clos pareillement sur un problème d’égalité des chances. Pourquoi vouloir fermer la porte à certains et l’ouvrir à d’autres pour des raisons certainement extra sportives ? Du domestique à l’international, le football européen est si bien organisé qu’il a seulement besoin d’une mise à jour. Maintenant qu’il y’a assez d’argent pour tout le monde, et si on le redistribuait équitablement ? Et si les « petits » championnats (souvent formateurs), bénéficiaient d’une redistribution ou d’une loi leur permettant de jouer dans la cour des grands ? Un texte qui leur permettrait de garder leurs meilleurs joueurs plus longtemps pourrait être voté. On leur pique leurs éléments et on les traite de petites équipes… ?

C’est injuste et ça va de mal en pis. La Coupe des Clubs Champions avant, c‘était seulement les champions qui la jouaient. Après on l’a ouvert aux deuxièmes, troisièmes et quatrièmes de certains pays pour mieux exclure d’autres champions. Et là, on veut totalement la fermer en estimant que certaines ligues n’ont pas leur place au sommet. Le début de la fin…

Match de nuit par Free-Photo – Pixabay CC0

Pas mal !

L’idée d’une ligue réduite n’est pas mauvaise en soi. En tout cas, c’est bien mieux que le « grand cœur » de la FIFA et ses 48 équipes au Mondial. Liguer les meilleurs est une ambition sportive honorable et aguichante. Toutefois, c’est à la pelouse de décider de la grandeur d’une équipe. Pas à une association à but lucratif. Les compétitions domestiques ne doivent pas être étouffées et l’alliance fermée envisagée devrait redevenir la C1 à ses débuts. Reformer cette élite avec les champions de tous les pays européens suffira largement.

Chaque mardi, il y’aurait donc plus de matchs prestigieux à regarder (pour plus de droits télé). La Ligue Europa prendrait ainsi chaque mercredi, une dimension plus forte. C2 qui privée des relégués de la C1, sera composée en intégralité des seconds et troisièmes de chaque championnat. Formule juste qui légitimerait alors la création d’une troisième coupe d’Europe. Nouvelle C3 où tous les jeudis, les quatrièmes et cinquièmes se battraient pour une étoile européenne. Soit un jour avant la C4 : la coupe européenne des vainqueurs des coupes nationales. De ce fait, les championnats nationaux garderaient samedi, dimanche et lundi pour nous fabriquer nos futurs champions.

C1, 2, 3 et 4 : voilà comme une coupe d’Europe 5 étoiles qui a du sens et du challenge. Une supercoupe d’Europe, un pays organisateur, deux demi-finales, une finale et une place bien méritée pour la coupe du monde des clubs.

C’est simple

Que le football européen ait plébiscité à ce point l’Angleterre n’est pas un hasard. Au sein de ce climat défini par les carnets de chèques, le jeu le plus simple a besoin de revenir à une image qui lui sied. Les anglais sont riches mais pas fous. Au lieu de penser à se refermer sur elle-même, l’UEFA devrait montrer l’exemple en respectant la FIFA. Sa supérieure hiérarchique a besoin de ses compétences pour rendre le football plus correct et plus cohérent. La confédération européenne a émerveillé le monde par la qualité de son organisation : c’est ce caractère qu’on attend qu’elle exporte.

Cinq jeunes et un ballon par OpenClipart-Vectors – Pixabay CC0

À l’instar de la NBA sur le Continent Noir, l’UEFA devrait militer pour un football harmonisé et bien organisé à travers le monde. Elle a la responsabilité de s’activer pour des formats uniformisés pour toutes les confédérations. Sans quoi, le sport roi finira en plusieurs morceaux. Si cette ligue fermée voit le jour, l’administration du football européen et mondial se divisera. Schisme qui volera au roi des sports sa couronne…

Tottenham – Manchester United : Paris n’a rien à craindre

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Ce dimanche, Manchester et son nouvel entraîneur Ole Gunnar Solskjaer sont allés battre Tottenham à Wembley. Un choc au sommet, le premier de son ère, une victoire 0-1 qui permet à United de vivre un sixième « bonheur » consécutif. Ses hommes et lui comptent désormais le même nombre de points que le cinquième Arsenal. José Mourinho viré, les Red Devils semblent délivrés…

Winners par Sean Murray – Image Flickr CC BY-SA 2.0

Seule la victoire est belle

Une passe de Pogba et Marcus Rashford qui marque. Manchester ouvre le score, s’impose chez le troisième de Premier League et se venge du cinglant 0-3 de l’aller. Un gros succès face à un gros de l’élite qui donne une idée du soutien que peut avoir Ole Gunnar à Manchester et dans la plupart des médias. Dans une rencontre où il a fait preuve d’une flagrante misère tactique, il est peint en sauveur. José victorieux de ce match de cette façon, les éloges auraient certainement été remplacés par des tacles violents bien appuyés.

On encense les six victoires de rang de l’ancien buteur et pourtant lorsque le Docteur Honoris Causa de l’Université Technique de Lisbonne avait enchaîné 25 matchs consécutifs sans perdre à sa première saison, on trouvait à redire. D’aucuns ont même parlé de Top 5 pour l’exclure du faîte avant de revenir au Top 6 dans la foulée de son éviction. L’objectif étant de réduire au maximum son travail au néant.

Old Trafford par pottonvets – Image Pixabay CC0

Ainsi le débat est repensé, le beau jeu mis de côté et la victoire dans le sport redevient l’essentiel. Sa place retrouve son statut d’idéal afin d’inhiber le pauvre contenu mancunien à ce grand rendez-vous londonien : une prestation inqualifiable de nullité. Mourinho choisit de défendre, Solskjaer a été forcé de défendre. Avec 62 % de possession de balle, Tottenham a dominé tout le match dans tous les compartiments du jeu, y compris celui des erreurs. Le but des Reds n’intervient pas sur une action promptement menée mais sur une grossière étourderie de Trippier.

Une passe ratée de l’arrière droit dans l’axe qui a donné la possibilité à une occasion sans réel danger de briller de mille feux. Long ballon de Pogba, la défense surprise n’arrive pas à vite se replacer, la lente frappe de Rashford est parfaitement croisée et Hugo Lloris particulièrement peu réactif. Le goalkeeper français se rattrapera en seconde mi-temps sur une tête et deux tirs du n°6 passeur décisif : ce sera trop tard… Le n°1 était déjà en face.

David De Gea par Saul Tevelez – Image Flickr CC BY 2.0

David contre Goliath

Durant l’ère Mourinho, David De Gea était considéré comme le meilleur joueur par les nombreux détracteurs du portugais. Il était question de faire passer par tous les moyens sa pensée pour un jeu sans inspiration. Que dire du match de dimanche ? Le « Théâtre des Rêves » et Ferguson sont bien de retour : qu’est-ce qui n’a pas marché ? On attendait ce jeu outrageusement offensif et au final on n’a vu qu’un défenseur « figé » sur la ligne de son but.

Le portier espagnol est sans aucune contestation l’homme de ce match. 11 arrêts décisifs comme un symbole : l’écu d’une équipe aux abois. Sans lui, Manchester aurait clairement perdu. S’il fallait choisir une de ces parades pour résumer la rencontre, le face-à-face de Dele Alli ferait l’affaire. Une occasion nette de but partie d’une balle perdue de Pogba à l’entrée de la surface adverse et mal négociée par le milieu offensif d’origine nigériane. Bien lancé en profondeur, l’international anglais n’a pas pu franchir le dernier rempart « Rouge » et conclure cette contre-attaque éclair. En gros les Spurs ont marqué des buts mais De Gea les enlevés.

Drapeau Tottenham par RonnyK – Image Pixabay

Oser c’est faire

Lorsqu’on voit la difficulté que Mauricio Pochettino a pour remporter un titre, on mesure mieux la force de José Mourinho. La dernière fois que Tottenham a été champion d’Angleterre c’était en 1961. Une longue attente atténuée en 2008 par une victoire en Coupe de la Ligue. Un succès (voire deux avec la Cup) toujours possible cette année qui toutefois n’empêche pas le mot « looser » de marquer à la culotte la renommée du premier vainqueur britannique d’une Coupe d’Europe. C’était la Coupe des Coupes en 1963.

Harry Kane lifting the World Cup par Matt Brown – Image Flickr CC BY 2.0

Au sein de l’effectif de l’argentin on trouve quand même encore de très bons éléments après Gary Lineker, Chris Waddle, Paul Gascoigne, Teddy Sheringham, Jürgen Klinsmann, David Ginola, Sol Campbell, Dimitar Berbatov, Jermaine Defoe, William Gallas, Luka Modric, Gareth Bale et autres Raphael Van der Vaart. Des internationaux pour la plupart titulaires indiscutables dans leurs sélections : Harry Kane, capitaine anglais et meilleur buteur de la dernière Coupe du Monde, Hugo Lloris, capitaine des champions du monde en titre, Christian Ericksen, Heung Min Son, Dele Alli, Eric Dier, Kieran Trippier, Jan Vertonghen, Toby Alderweireld, Moussa Dembélé, Moussa Sissoko, Davinson Sanchez etc. Une grosse qualité que le technicien Albiceleste (surnom des joueurs argentins) peine à changer en trophées. Même l’alibi du « faible » budget lui a tourné le dos : Leicester a été champion en 2016. C’est triste à dire mais Manchester a battu des « perdants ».

Tottenham Hotspur defender Jan Vertonghen par Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

Diversions

Quoiqu’on dise, cette « dispute » dominicale a démontré que la seule assurance de progression à Manchester était la présence de Mou sur leur banc. Cette victoire à l’extérieur le dédouane et tourne définitivement la page de son passage. Chacun fait dès lors face à ses responsabilités. Solskjaer a toutes les cartes en mains et Pogba ne pourra plus se cacher derrière « O Vencedor » (« Le vainqueur » en français, surnom de Mourinho) pour justifier ses mauvaises performances. Son joker grillé, lorsque les défaites arriveront personne ne pourra plus accuser le prédécesseur de son actuel manager. La rumeur qui voulait qu’il laisse des dégâts derrière lui vient une nouvelle fois de mentir.

La défaite des Lilywhites (surnom des joueurs de Tottenham) tient à cet esprit de « Serial Winner » que le lusitanien a légué aux coéquipiers de Nemanja Matic. La fameuse formule offensive du Super Sub du Fergie Time n’a eu aucun effet sur ce major de Premier League. La preuve : il a fait entrer Diogo Dalot, Scott McTominay (à la place de Pogba) pour défendre et Lukaku pour utiliser sa puissance dans les duels aériens et la conservation de la balle. Le poulain de Sir Alex n’a pas « attaquer, attaquer, attaquer » pour tuer le match. Il a cherché à garder le score et il a gagné…

Edinson Cavani, Paris Saint-Germain (and Uruguay) striker par Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

La porte est ouverte

Si le Drillo (surnom des joueurs norvégiens) est venu pour manger de petits poissons pourquoi Mou a-t-il été viré ? Défensivement le norvégien est loin d’être un stratège. Ça risque de chauffer face au reste au Big Six. De Gea ne suffira pas face à City, Liverpool, Chelsea ou Arsenal. Il faudra de l’aide à sa baraka. Sous les ordres du Special One, l’ancien de l’Atletico Madrid n’était pas seul. L’année passée ils ont battu ensemble Tottenham en FA Cup (1-2), Chelsea (2-1) et Manchester City en championnat (2-3) et la Juventus en Ligue des Champions (1-2) après avoir été menés 1-0, 0-1, 2-0 et 1-0. Ils ne faisaient donc pas que défendre. Il y’avait du caractère dans cette équipe. C’est pour cela qu’elle a battu tous ses adversaires du Top 6.

Man Utd V Arsenal par Gordon Flood – Image Flickr CC BY 2.0

Les Diables Rouges gagnent sans montrer de réels signes de changement. Les problèmes défensifs que le natif de Setúbal a voulu combler en recrutant en début de saison sont restés visibles. Discernables comme la nonchalance de La Pioche (surnom de Pogba) et les limites physiques de cet effectif malgré les réussites. Le portugais a eu à souligner ces tares mais vu que son jugement n’a pas d’importance, le PSG a toutes ses chances. Les parisiens devraient être capables d’exploiter ces vides en C1 et de rejoindre les quarts de finale. Avec Cavani, Neymar, Mbappé et Di Maria, Man U est prenable. Mourinho, la bête noire des clubs français, est parti avec leur imprévisibilité. Sous sa férule on ne savait pas à quoi s’attendre avec eux, maintenant on sait qu’une bonne préparation suffit pour leur causer de sérieux soucis. L’équipe de Tottenham a fait mieux que perdre : elle a ressorti toutes les lacunes de Manchester United…

Edinson Cavani : Paris n’a toujours pas compris

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Dimanche dernier, le PSG a encore démontré toute sa puissance en Ligue 1. Sur un double éclair de génie, de Mbappé, qui venait de rentrer, et de Di Maria, les parisiens déclenchaient une onzième victoire de rang dans le championnat d’élite français, laquelle allait se terminer sur un score de 2-0 après le but de Draxler en fin de match. Un record européen égalé, qui ne reflète en rien la réalité européenne des bleus et rouges, en Ligue des Champions notamment,  qui cette fois-ci, risque de les éjecter en Ligue Europa après leur nul face au Napoli du bien décidément désaimé, Edinson Cavani.

Après Blaise Matuidi, champion du monde, critiqué à tort pour sa carence technique, qui aujourd’hui leur manque cruellement, le PSG qatari, est sur le point de perdre Edinson Cavani. Sur le plan psychologique, le break semble déjà fait. Le physique suivra-t-il ? Probablement. La méforme du buteur uruguayen semble liée au manque de reconnaissance dont il se fait la victime. Remplacé contre Lyon pour laisser exploser la paire Neymar-Mbappé, sa frustration semble à son paroxysme. Et si tel était le cas, le PSG perdrait certainement l’âme de son équipe, comme dirait le consultant de Canal + et ancien joueur parisien lui-même, José Pierre Fanfan. Dans une équipe qui manque cruellement d’identité, Cavani aurait été le capitaine parfait. Parler de sa technique pour justifier une telle mise à l’écart, c’est faire preuve d’une fantaisie débonnaire, surtout lorsqu’on pense à son but face au Bastia de Landreau, à ses débuts. En effet, Cavani n’est pas qu’un très bon technicien ; attaquant complet et ambidextre, il est également un modèle de combativité et de coéquipier. Le mettre sur la touche reviendrait tout simplement, à priver le corps parisien de son esprit. Pour franchir ce palier européen, Paris a besoin de calquer son mode d’expression sur celle d’un « Matador » sur la pelouse.