Savoir que le football compte énormément pour les Africains est un secret de Polichinelle. L’Afrique a trouvé en ce sport la pratique de sa paix la plus émérite. Une vertu aujourd’hui mise en évidence par la naissance d’une de ses variantes : le Maracanã.

Le temple du football

Le mot Maracanã est pour un fan de football, l’expression d’un lieu sacré. L’encre des quintuples champions du monde Brésiliens depuis 1950 : le plus grand stade de l’histoire du football. Cette enceinte anciennement capable d’accueillir près de 200.000 spectateurs, a naturellement donné des idées aux étudiants d’Afrique de l’Ouest, passionnés du ballon rond. Au point où ils lui donnèrent le nom d’un quartier de la zone nord de la ville de Rio de Janeiro.

Désormais on ne joue plus au foot durant les heures libres. On joue au Maracanã. Nous sommes dans les années 60 et ce soccer qui se pratique à 7 contre 7 (1 gardien + 6 joueurs de champ) est loin de s’imaginer quel grand avenir l’attend. Une compétition rien que pour sa partition…

Mara’CAN

Pour faire simple, le Mara’CAN est à sa 8e édition. Après le Mali en 2017, c’est au tour de la Guinée-Conakry d’héberger ce roi des sports sur sa cour. Tapis rouge qui pour la seconde fois de son histoire accueillera des équipes venues des autres continents. A savoir : la France, les Etats-Unis et la Chine. Elles seront opposées au Mali, au Burkina Faso, au Sénégal, au Togo, au Niger, au Bénin, à la RD Congo, au Gabon, au Tchad et à la Côte d’Ivoire, tenante du titre.

Un seul mot : solidarité

Dans ce tournoi aux valeurs fraternelles. Sur ce bitume unissant toutes les classes sociales et professionnelles, tous ceux qui se sentent capables de jouer peuvent y participer. Le but n’est pas d’être le meilleur joueur du monde. Mais de rendre l’homme encore plus heureux. Peu importe sa situation ou son âge. Cette année on aura même droit à l’éclosion des catégories Seniors (35-45 ans) et Super Seniors (45 ans et plus). Et comme le dit si bien l’ivoirien Bleu Charlemagne au micro de Patrick Juillard de football365.fr :

« Après le football professionnel, les gens poursuivent avec le Maracana. Les joueurs sont aussi des cadres, des enseignants, des employés. Ils peuvent s’exposer leurs problèmes. Il y aura toujours un maracanier pour vous aider. »

Le MARACAN 2019 se déroule du 27 au 29 Septembre. Pour plus d’informations, Rendez-vous sur Mondoblog.org.

Qu’ils sont rares de nos jours, ces entraîneurs de grands clubs européens qui font aveuglement confiance aux joueurs Africains. Ces techniciens en mesure de mettre l’intelligentsia du Continent Noir au centre de leur philosophie tactique. Des managers à l’image de Mourinho, capables d’acheter Adebayor le Togolais et Essien le Ghanéen au Real Madrid. D’insister pour avoir Drogba l’Ivoirien quand on lui propose Adriano, le Brésilien. D’échanger (la joie au cœur) Zlatan Ibrahimovic contre Samuel Eto’o, le Camerounais. Bref de remettre chacun à la place qu’il mérite. Depuis le FC Porto avec Benny McCarthy le Sud-africain, le Special One n’a jamais « évolué » dans un club sans emmener un Africain avec lui. Et quand on sait le succès qu’il a eu, on comprend pourquoi… Pourquoi Jürgen Klopp semble depuis environ 5 ans maintenant, marcher sur ses traces.

Jürgen Klopp (au centre avec les lunettes) par Martin Davidsen – Wikipedia CC BY 2.0

L’audace d’espérer

Après le retournement épique auquel on a assisté à Anfield le 7 Mai passé, plus personne ne peut nier la force de Jürgen Klopp. Le manager Allemand mérite amplement cette récompense qui couronne son gros travail. José Mourinho :

« Pour moi, cette Remontada porte un nom : Jürgen. Je ne parle pas de tactique, je ne parle pas de philosophie, je parle de cœur, d’âme, de l’empathie fantastique qu’il a créée avec son groupe de joueurs. Il mérite de remporter cette Ligue des Champions. Vraiment, je le lui souhaite. »

Un vœu sincère, un énoncé qui contredit le « personne ne veut que Liverpool gagne » de Raheem Sterling. Et anoblit encore la bonne qualité du management du natif de Stuttgart. Une consécration qu’il doit aux choix courageux qu’il a faits depuis son arrivée à Liverpool en 2015. Des options surprenantes qui donnent depuis des frissons dans le dos. Dans ce nouveau football où pour remporter de grands trophées, il faut des grands noms.

On ne gagne pas la Ligue des Champions ou la Premier League en renouvelant sans cesse sa confiance à Divock Origi (qui ne joue pas). En allant chercher Wijnaldum chez le relégué Newcastle. En remplaçant Suarez par Firmino d’Hoffenheim. En allant prendre Robertson à Hull City. Ou encore et surtout en transférant le Camerounais Matip de Schalke 04, le Sénégalais Sadio Mané de Southampton, l’Egyptien Mohamed Salah de l’AS Roma et le Guinéen Naby Keita du RB Leipzig. Et ce après avoir laissé partir le Brésilien Coutinho en janvier. On ne soulève toujours pas la « coupe aux longues oreilles » en tentant ce genre de coup. On va en finale de C1 deux années successives… en espèrant que cette fois sera la bonne.

Sadio Mane par Werner100359 – Wikipmedia Commons CC0 1.0

Une victoire pour l’Afrique

En face de Klopp à Madrid ce sera un autre entraîneur qui attend un trophée depuis très longtemps. Un premier, une première pour Mauricio Pochettino et Tottenham. Ou un début de succès pour l’ancien milieu du FSV Mayence 05 en Europe. Il le mérite bien après ses trois finales perdues à Dortmund en 2013 (C1) et à Liverpool en 2016 (C3) et 2018 (C1). Il offrirait ainsi à l’Afrique un véritable sacre. Un bonheur doublement fêté si Arsenal et son ancien protégé au BVB, le Gabonais PEA, venait à remporter la Ligue Europa. Ce serait alors une belle récompense pour le « Footballeur Africain » au vu de la saison exceptionnelle de ses stars. Ziyech, Onana… et ces attaquants qu’on ne se lasse pas de citer : Mané, Salah et Aubameyang. Les trois meilleurs buteurs de Premier League cette année avec chacun 22 buts. Des finisseurs hors-normes naturellement portés par le milieu Naby Keita (dit Déco) et le défenseur central Joël Matip. Lequel stoppeur aura été indomptable aux côtés de Van Dijk dans la seconde moitié de la saison. Et spécialement face au Barça…

Soccer China Africa par Eric_Manzi – Pixabay CC0

Africa Football Club

Lorsque José allait chercher Salah au FC Bâle, il savait ce qu’il faisait. Le Pharaon n’a pas assez joué à Chelsea, mais il a appris la PL sous les ordres du Portugais. Une férule convaincue par le génie Africain. Il l’a vu à l’œuvre. Il l’a mis à l’épreuve. Et il sait que sa réussite n’est pas fortuite. Elle est évidente. C’est normal que Kalidou Coulibaly, Mané, Salah et Aubameyang fassent partie des meilleurs joueurs du monde. Ils sont les héritiers d’une lignée exceptionnelle qui partage les mêmes origines que le roi Pelé. La preuve qu’en gardant ta nationalité Africaine tu peux faire une grande carrière.

Ce n’est donc pas grave si on songe à eux beaucoup plus en D2 ou quand il n’y a pas ou plus de moyens. Si lorsqu’on pense superstar, on ignore les « black stars ». On ne fait que conforter Pep dans sa belle philosophie de jeu. Idées rationnelles qui préfèrent Phil Foden le meilleur joueur de tous les temps, à Riyad Mahrez le meilleur joueur de Premier League en 2016. Dans ce sprint (finalement gagné) pour le titre, l’Algérien n’aurait pas pu faire ce que la pépite Anglaise a fait. Son but à Brighton le confirme : les choix de son coach étaient les meilleurs. Judicieuses options du Catalan : preuves qu’il n’y a pas que le sport dans le football.

Football à la plage en Afrique par dongpung – Pixabay CC0

Il y’a aussi le feeling, l’autre nom du marketing. Toutefois, signer un joueur pour sa valeur mercatique, c’est recruter un mannequin et perdre un footballeur. Et le maître penseur des Scousers (surnom des joueurs de Liverpool) l’a en tête. L’avantage de compter un joueur Africain dans ses rangs, c’est celui d’avoir un footballeur acheté (et vendu) pour ses prouesses. Son pays souvent « pauvre », il ne vient pas vendre un nombre incalculable de maillots. Encore moins attirer les plus prestigieux sponsors. Il vient jouer au football…

Laissée orpheline depuis son retrait des « mains » du Cameroun, la CAN 2019 s’est trouvé un nouveau tuteur. Il s’agit de l’Égypte. Aux pieds des pyramides se jouera donc l’aînée des Coupes d’Afrique des Nations à 24 équipes. La première des sélections africaines, un choix historique. Une révolution qui cependant n’élude pas le doute épais quant à la portée de ce format pour le football africain. L’Afrique a-t-elle vraiment besoin de passer à 24 pour grandir ?

Sculpture par Meelimello – Image Pixabay CC0

Les chaînes de l’histoire

La collision historique entre l’Afrique et l’Europe a forcé les africains à réécrire leur histoire. Les ballons trouvés dans les tombeaux des pharaons égyptiens ont été depuis doublés par la colonisation, après l’esclavage. Un repère nouveau a été dessiné et le continent noir est reparti à zéro quand l’Europe, elle, était bien avancée. Bien que la culture occidentale ait été génialement assimilée, les Africains sont restés derrière dans tous les domaines, dont le football. Le Vieux continent a plus d’un siècle de ballon rond. Les suivre sera quasiment impossible. Ce n’est pas en passant de 16 à 24 qu’on atteindra leur niveau footballistique. C’est aller trop vite en besogne que de faire ce choix d’évoluer. L’Afrique doit prendre son temps pour construire son histoire balle au pied.

Allianz-Arena in weiß par Sönke Biehl – Image Flickr CC BY-SA 2.0

Un but économique

L’impact de l’Histoire se vérifie également dans l’aspect infrastructurel. L’évolution du professionnalisme en Europe est indubitablement liée à la Révolution industrielle du 19e siècle. Une mutation qui part notamment de l’Angleterre pour s’étendre au monde. La construction d’infrastructures sportives est donc une trivialité depuis les années 1800, époque où les noirs sortaient progressivement de l’esclavage pour entrer dans la colonisation.

Si le sport arrive souvent à la fin de la progression d’un pays pour couronner son essor attesté, il est aussi et surtout une entreprise d’entretien. Le but est économique. On crée de l’emploi pour distraire ceux qui ont fini de travailler. Le jeu comme métier perd sa viabilité dans les sociétés où le travail est encore un projet. Une infrastructure est la manifestation d’une idée. Elle ne devient utile que lorsque son édification permet l’évolution de la société où elle est érigée. Un stade doit être construit pour remplir les caisses de l’Etat et réduire le chômage. Est-ce le cas en Afrique ? Pas vraiment, étant donné que le football ne nourrit pas encore son homme ; autochtone ici. Sa pratique y reste dans la plupart des cas amateur.

Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

Entracte

L’intervalle de temps entre les Coupes d’Afrique constitue pareillement un problème pour l’organisation de ces CAN à 24. Toutes les compétitions à 24 équipes ou plus sont organisées tous les 4 ans. Même chez les plus nantis, on donne au moins 8 ans pour se préparer. 2 ans c’est très court ! L’Afrique ne peut pas se permettre un tel luxe.

L’organisation d’une CAN tous les 4 ans redonne de la valeur au tournoi. Plus attendu, il devient plus attractif. De plus, il résout le problème du représentant africain à la Coupe des Confédérations. Le Cameroun par exemple (champion d’Afrique 2017) a pris la place de la Côte d’Ivoire (champion d’Afrique 2015) en Russie en 2018. Les Lions auraient dû battre les Éléphants pour aller à Moscou. Avant chaque Coupe des Confédérations, une sorte de Super Coupe d’Afrique des Nations devrait être organisée entre les deux derniers vainqueurs de la CAN. Ce choc au sommet désignera un représentant africain légitime à ladite compétition.

African Players par PhotographerPN – Image Pixabay CC0

Pragmatisme

La CAN en tant que tournoi biennal est une réalité résolument obsolète pour l’Afrique. Sauf évidemment si les exigences d’organisation sont réduites à la baisse. Et même… 8, 12 ou 24 équipes, toutes les compétitions continentales sont espacées de façon quadriennale pour donner un côté « éclipse » à leur rayonnement. Aussi peu importe le laps de temps, l’organisation de la CAN exige de l’efficacité. Cette dernière doit prendre le pas sur l’opulence inutile.

Le football est un facteur de développement. Pour permettre la croissance des sociétés africaines, l’organisation de la CAN a la responsabilité d’être rotative. La paix suffit en tant que seule condition sine qua non. Tous les pays africains doivent se frotter à la discipline d’un tel événement. Une fête que chacun organisera en fonction de sa situation économique. La qualité d’une infrastructure se trouve dans son efficacité pas dans sa grandeur. La CAF a l’obligation de tirer le meilleur de chaque société africaine grâce au football. La Coupe d’Afrique a la capacité de démystifier l’organisation du sport roi en particulier et le développement de l’Afrique en général.

Mubarak Wakaso tosses in a free kick against the Guinea defence par Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

La valeur des infrastructures d’un pays devrait être fonction de son niveau de développement. Ça ne sert à rien d’avoir une enceinte cinq étoiles dans une société une étoile. Une arène une étoile professionnellement achevée suffira. Etre pauvre c’est aussi refuser d’accepter ses conditions de vie. Le football africain ne se porte pas bien ! Rien ne sert de jouer les fiers. La CAF se comporte comme si tout allait pour le mieux. La Coupe d’Asie des Nations est passé à 24 tel l’Euro : l’AFC en a les moyens, l’Afrique non. La Confédération Africaine a les mêmes problèmes que la CONCACAF. Si la Gold Cup passe à 24, seuls les Etats-Unis, le Canada et le Mexique seront capables de l’organiser. Ils sont peu ces africains qui peuvent tenir une CAN à 24 avec le cahier de charge actuel de la CAF. Il faut une refonte totale du football africain pour cette CAN…

Soccer par Odwarific – Image Pixabay CC0

Retour à l’essentiel

La particularité du sommet d’une montagne est sa surface réduite. Sa contenance se résume ainsi à une poignée de personnes, d’où sa valeur unique au-dessus de la base. 24 équipes sur 55 possibles est un ratio qui n’honore pas la Coupe d’Afrique des Nations. Pratiquement un sur deux, autant organiser des matchs aller-retour où les vainqueurs seront directement qualifiés. Ce sommet du football africain a besoin des meilleurs pour entretenir sa valeur et 16 participants, c’est parfait. Faire plaisir aux petites équipes ne rend service à personne. Ni à la compétitivité ni à elles-mêmes ! La Lettonie a plus de mérite d’avoir joué un Championnat d’Europe à 16 que Madagascar qualifié pour une CAN à 24. Même si ça reste un faux débat. 16 ou 24, c’est le terrain qui décide. Si les Pays-Bas ne se sont pas qualifiés pour l’Euro 2016, c’est qu’ils n’avaient pas le niveau de l’Islande à ce moment. Vivement la CAN 2019 !

La nouvelle est tombée le 14 décembre. Mohamed Salah a été sacré pour la deuxième fois d’affilée, Joueur Africain de l’année. Les 44 buts qu’il a inscrits la saison passée ont largement joué en sa faveur. Toutefois, le Pharaon n’a rien gagné cette année. Rien en Europe, rien en Afrique… Il est un joueur remarquable certes mais sans trophées. Le meilleur des joueurs est supposé être celui qui tire son équipe vers la victoire finale. Ce stade-là, le buteur de la Mersey n’arrive pas encore à le franchir…

Mohamed Salah par Анна Нэсси – Wikimedia Commons CC-BY-SA

Effet papillon

Mais l’égyptien n’a rien demandé à personne, on le sait même capable de refuser une récompense individuelle. Il l’a prouvé en déclinant, au profit de James Milner, le titre d’ « homme du match » après la victoire 0-4 de Liverpool à Bournemouth en Premier League : « Je ne vais pas prendre ce prix aujourd’hui. Je veux le féliciter pour son incroyable carrière. » Un prix qu’il méritait puisqu’il a largement contribué à ce succès en faisant un triplé. Une prestation fabuleuse couronnée par ce troisième but épique où il élimine deux fois le gardien avant de finir l’action de l’extérieur du pied gauche.

Mohamed Salah par FootballCoin – Wikimedia Commons CC-BY-SA

Si Jurgen Klopp et ses hommes avaient perdu 5-4, Salah aurait-il été élu homme du match ? Non. C’est la victoire de Liverpool qui couronne Salah. Mo Salah est donc tout autant victime de la mode que ceux qu’il a dépassés. On pense à ce titre de meilleur joueur de Premier League. On en revient à Kevin De Bruyne, David Silva ou Sergio Aguero qui ont été bouffés crus par les statistiques du Red. Des performances stratosphériques qui ont éclipsé la prestation collective de Manchester City l’an passé. Salah a été plébiscité par ses collègues du championnat sans que son palmarès ne soit pris en compte. C’est la « coutume » ! Ce titre de « Men’s PFA Players’ Player of the Year » est dans la continuité de ce qui se fait depuis bientôt 10 ans.

Didier Drogba par Ben Sutherland – Image Flickr CC-BY 2.0

Les critères semblent uniquement individuels dans ce sport d’équipe où on joue pour gagner. On omet que les partitions personnelles existent pour servir le collectif. C’est au meilleur servant que devrait revenir la palme du meilleur joueur. L’égyptien est clairement le meilleur joueur de Liverpool. Mais à l’échelle supérieure, il est aussi « Ballon d’or » que Luka Modric, Lionel Messi en 2010 et Cristiano Ronaldo en 2014. Pour ne citer qu’eux…

Yaya Touré par Alejandro Ràzuri – Image Flickr CC-BY 2.0

L’Afrique encore sur la touche

On pourrait en effet citer d’autres « meilleurs » sans mérite, notamment sur le continent en question. Et comment ne pas revenir sur ces mots de Yaya Touré en janvier 2016 après le choix de P.E Aubameyang comme meilleur joueur africain 2015 : « Je suis beaucoup déçu. C’est triste de voir l’Afrique réagir de la sorte, qu’elle ne donne pas d’importance aux choses africaines ! (…) Je crois que c’est ce qui fait la honte de l’Afrique. Car se comporter de la sorte, c’est indécent ! Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Nous, les Africains, nous ne montrons pas que l’Afrique est importante à nos yeux. Nous privilégions plus l’extérieur que notre propre continent. C’est ce qui est lamentable ».

Yaya Touré victorieux de la CAN avec la Côte d’Ivoire en 2015 par Ben Sutherland – Image Flickr CC-BY 2.0

L’ivoirien champion d’Afrique cette année, s’était senti esseulé devant un titre qu’il a longtemps chassé avec les Eléphants. Sa déclaration est si vraie qu’elle nous rappelle que l’ancien cityzen a lui aussi « fait honte à l’Afrique » en remportant quatre titres de meilleur joueur africain sans aucun titre africain. Il est l’héritier d’une longue lignée qui prend racines en 2001 avec le sénégalais El-Hadji Diouf.

Cependant la CAN n’est pas la seule compétition africaine à être ignorée depuis 2001 lors des récompenses individuelles suprêmes de la CAF. La Ligue des Champions en prend aussi pour son grade. Si Patrick Mboma en 2000 est le dernier à avoir été élu meilleur joueur africain grâce à une victoire à la CAN, le dernier meilleur joueur africain vainqueur de la compétition reine des clubs africains c’est le guinéen Cherif Souleymane du Hafia Conakry. C’était en 1972 et il succédait à Ibrahim Sunday. Le ghanéen venait de perdre la finale de la C1 en 1971 avec l’Asante Kotoko contre le Canon de Yaoundé. À cette époque on parlait de Ballon d’or Africain…

Match de Football en Ligue des Champions entre le CA tunisien et le MAS marocain de Fès par Citizen59 – Wikimedia Commons CC-SA

Entre 1971 et 1986, tous les lauréats du Ballon d’or africain étaient des locaux. L’exception qui confirme cette règle est le camerounais Théophile Abega, toulousain et champion d’Afrique en 1984 au moment de sa nomination. Le football africain vivait alors son âge d’or. Il y avait vraiment de quoi rêver plus grand. Les mondiaux de 1982 et 1986 en sont l’illustration même, avant d’être la fin d’une époque… Depuis personne n’a succédé à Badou Zaki. L’immense gardien marocain est le dernier Ballon d’or africain à avoir été couronné sur son continent. Ce ne sont pas les talents qui manquaient pourtant.

Mohamed Aboutrika en duel avec Fabio Cannavaro par Muhammad Ghafari – Image Flickr CC-BY 2.0

L’Afrique toujours sur la touche

L’Afrique a hérité de nombreux joueurs locaux qui méritaient le statut du meilleur joueur africain. Parmi eux, Mohamed Aboutrika. Le meneur de jeu égyptien fût le chef d’orchestre de la plus grande sélection de l’histoire du football africain. Avec elle, il a été trois fois de suite champion d’Afrique entre 2006 et 2010. Un succès réédité en club sous les couleurs d’Al Ahly où il remporte 5 Ligues des Champions de la CAF. Idem pour le congolais Trésor Mputu qui fût finaliste du mondial des clubs en 2009 au TP Mazembe, le tunisien Youssef Msakni et le sud-africain Percy Tau. Ces derniers furent respectivement champions d’Afrique en 2011 avec l’Espérance de Tunis et en 2016 avec les Mamelodi Sundowns.

Cape Town en Afrique du Sud par Falco – Image Pixabay CC0

A l’inverse des deux premiers, l’Aigle de Carthage et le Bafana Bafana ne resteront pas toute leur carrière en Afrique. Le premier s’en ira au Qatar en 2013 et le second en Angleterre cette année. Un choix probablement financier pour le joueur d’Al-Duhail Sports Club, un autre dit « de carrière » pour le Brésilien (surnom des Mamelodi Sundowns). Le natif de Witbank quitte la ligue professionnelle sud-africaine pour Brighton en Premier League. Mais le joueur de 24 ans sera directement prêté en D2 Belge au RU Saint-Gilloise. Il n’a pas reçu de permis de travail au Royaume-Uni.

Entrance to the The Mamelodi Sundown football club in Ekurhuleni, Gauteng, South Africa par NRJ ZA Wikimedia Communs CC-BY SA

Une démarche qui ne valorise en rien le football africain. Quitter un champion d’Afrique pour jouer les premiers rôles en Asie c’est bien mieux que de signer en bas de tableau européen. Evoluer c’est avancer et non reculer ! Il s’agit surement de sa touche à lui mais aussi d’une pensée africaine généralisée. Il faut jouer en Europe pour être pris au sérieux en Afrique : être « européen » pour être meilleur joueur africain. C’était le cas en 2017, c’est le cas en 2018. Les compétitions majeures africaines demeurent mésestimées. Mohamed Salah est plus l’un des meilleurs joueurs européens que le meilleur joueur africain. Rappelons qu’il n’a encore rien gagné avec son équipe nationale…

Le 2 décembre dernier, le Lion blessé de Fotouni perdait la finale de la Coupe du Cameroun face à Eding Sport 1-0. Un stade omnisports de Yaoundé comble, une belle fête, la fugace occasion pour les Camerounais, grands fans de football, d’oublier leur réelle déception de perdre l’organisation de la CAN 2019.

La triste nouvelle est tombée le vendredi qui a précédé ce match qui clôture la saison sportive de leur chère patrie. De nombreux observateurs, à l’instar du site d’information Camfoot, se sont interrogés sur la « franchise de la CAF » comme sur « la partition » jouée par le pays hôte. Quoiqu’aux yeux de ceux qui connaissent réellement le football camerounais, les lions indomptables n’ont jamais si bien porté leur nom.

MustangJoe – Image Pixabay CC0

Indomptables

Pour tout dire, le football camerounais n’a jamais vraiment brillé par son organisation. Ses écarts en dehors des terrains sont aussi indomptables que ses joueurs. Les problèmes de primes, les factures impayées d’hôtel et autres manquements ont continûment rythmé les courses dévorantes de la sélection nationale, sans jamais toutefois altérer son efficacité continentale.

Le Cameroun est champion d’Afrique en titre. Il l’est par le biais d’une équipe que personne n’attendait à ce niveau en 2017. Une victoire retentissante qui s’est achevée sur un chef d’œuvre d’Aboubakar Vincent. Le buteur du FC Porto concluait ainsi un parcours exceptionnel où son équipe envoyait successivement au tapis le Sénégal de Sadio Mané et Kalidou Coulibaly, le Ghana d’André Ayew quadruple champion d’Afrique et l’Égypte de Mohamed Salah, septuple champion d’Afrique. Un sacre au caractère inédit qui s’ajoute au beau palmarès d’un pays coutumier des rendez-vous où on ne l’attend pas.

Ben Sutherland – Image Flikr CC-BY 2.0

L’équipe nationale camerounaise occupe la seconde place de son groupe, ce qui l’assure d’être probablement qualifiée pour la CAN 2019. Une poule qu’elle partage avec le Maroc, leader et probable futur organisateur, le Malawi et les Comores. Les « Cœlacanthes » (le petit nom des comoriens) seront d’ailleurs les derniers invités à « Mfandena », le stade de l’équipe nationale camerounaise. Troisièmes à trois points des Lions indomptables, les coéquipiers d’Ali Ahamada tenteront de jouer les trouble-fêtes devant des favoris naturels. N’en déplaise à leurs détracteurs, les camerounais quintuples champions d’Afrique seront bien à prendre au sérieux à la prochaine Coupe d’Afrique des Nations. Galvanisés par leur récente défaite 2-0 au Maroc lors des qualifications, ils seront motivés pour aller chercher leur sixième couronne. Au cours de cette rencontre, ils s’étaient sentis lésés par l’arbitrage.

Hiroo Yamagata – Image Flikr CC-BY-SA 2.0

Les triomphes du football camerounais en Coupes d’Afrique se manifestent « toujours » de façon consécutive. Enclenchée, sa domination s’étend naturellement sur au moins deux ans, voire quatre. Des victoires en 1984 à Abidjan, 1988 au Maroc, après une finale perdue face à l’Égypte en 1986. Des victoires en 2000 au Nigeria, 2002 au Mali. Une victoire 2017 au Gabon, donc en 2019 au Maroc ? L’hypothèse est aussi plausible que lorsque le défenseur Lucien Mettomo était « comme chez lui » dans le nid du rival historique nigérian. Nous sommes le 13 février 2000 au Surulere Stadium de Lagos et le Stéphanois s’apprête à soulever ce trophée orné de ses couleurs vertes et blanches du drapeau des « Green Eagles ». Nigeria – Cameroun, deux buts partout, 120 minutes de grand jeu et de tirs aux buts de folie pour mettre en évidence l’incorrigible paradoxe camerounais. Un contraste entre l’organisation et les résultats sur le terrain, qui n’empêche pas le Cameroun de rester le second plus grand pays de football en Afrique et une référence dans le monde matière cuir.

AnnRos – Image Pixabay CC0

Un mal pour un bien ?

Le Cameroun pays organisateur de la CAN, c’est déjà arrivé une fois. C’était en 1972 et sa sélection se faisait prématurément sortir en demi-finales par le « petit » Congo, futur vainqueur. La victoire des « Diables Rouges » allait permettre au football camerounais de connaître une réforme nationale qui devait changer les fauves blessés en lions indomptables. Une déconvenue oui, mais la CAN perdue a tout pour redevenir un facteur de progression. Les supporters de Samuel Eto’o, Parick Mboma, Rigobert Song, Roger Milla, « Docteur » Abega, Mbida « Arantes », Samuel Mbappé Leppé… le méritent. C’est l’occasion de frapper un grand coup sur ce mode de gestion délicat, réanimer le football local et enfin franchir ce palier.

Gagner ou non la prochaine CAN ne doit rien changer. Le Cameroun a suffisamment fait ses preuves sur son continent : il est temps d’aller conquérir le monde. Et la seule façon d’y parvenir, c’est de s’organiser en dehors du rectangle vert comme un modèle footballistique. La « philosophie du cœur » fonctionne encore dans l’univers de la confédération africaine, mais perd toute son aura au moment de participer au Mondial et à la Coupe des Confédérations. Dans une Afrique qui progresse, il est temps que les lions indomptables deviennent définitivement une icône.

Duncan Hull – Image Flikr CC-BY 2.0

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Il y’a un peu plus de 10 ans, en Janvier 2008, quelques jours avant le début de la 6e Coupe d’Afrique des Nations remportée par l’Égypte, l’idée d’un Championnat d’Afrique des Nations, uniquement destiné aux joueurs évoluant dans des clubs appartenant à leurs pays, est officiellement adoptée. Chaque championnat du continent, réunira ainsi ses meilleurs éléments pour un tournoi international, dont le but ultime, est de servir d’étal à une Afrique sédentaire, qui tarde à prendre son envol balle au pied. Une observation intègre, manifestée par une criante négation de l’évolution.

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Autodérision

L’Afrique a longtemps pleuré, et à juste titre, la discrimination qu’elle a subie au cours de l’histoire. De l’esclavage à la colonisation, en passant par la ségrégation raciale et l’apartheid, ses fils et filles ont versé des rivières de larmes teintées de rouge, sans jamais pouvoir réellement les sécher. Les noirs s’appellent « négro » pour se bomber le torse. Les séquelles de leur conte tragique, s’avèrent si fortes, qu’elle semble en « rire ». Cette infériorité, elle l’a tant acceptée, qu’imaginer une vie où elle serait autonome et éminente, dirait-on, ne lui traverse plus l’esprit. Avant ils venaient nous chercher de force, maintenant nous y allons de notre gré. Pourquoi la Confédération Africaine de Football est-elle la seule confédération au monde, à avoir deux compétitions continentales majeures destinées aux sélections nationales ? L’UEFA, l’AFC, la CONMEBOL, la CONCACAF et l’OFC en organisent une seule, respectivement : le Championnat d’Europe des Nations, la Coupe d’Asie des Nations, la Copa America, la Gold Cup et la Coupe d’Océanie des Nations. Comment condamner le racisme, le fichage ethnique, quand les victimes elles-mêmes se divisent en Noirs, le CHAN, et Blancs, la CAN ?

Image was captured by a camera suspended by a kite line. Kite Aerial Photography (KAP) – Flikr

Un aveu d’impuissance

Le Professeur Anta Diop disait : « Souvent, le colonisé ressemble un peu, ou l’ex colonisé même, ressemble un peu, à cet esclave du 19e siècle qui libéré, va au pas de la porte puis revient à la maison, parce qu’il ne sait plus quoi faire, il ne sait plus où aller ; depuis le temps où il a perdu la liberté, depuis le temps où il a acquis des réflexes de subordination, depuis le temps où il a appris à penser à travers son maître […] ». Maintenant qu’on le sait, peut-on passer à autre chose, s’il vous plaît ? Cet illustre savant et bien des footballeurs et autres leaders, se sont battus pour que l’Homme noir libre, se transcende à jamais. Rendons leur hommage, il est temps ! On ne peut pas réclamer la parenté de pyramides qui donnaient l’heure juste en se montrant incapables d’organiser un jeu ; le jeu le plus simple. Cheikh et compagnie ont brillé pour que leurs pousses sombres conçoivent enfin qu’ils ne sont « pas condamnés à l’échec ». Ils ont donné leur vie afin que les africains comprennent que les Pharaons, sont bien africains. Les coéquipiers d’Aboutrika et d’El Haddary ont royalement dominé le continent noir, porté par un collectif puissant, dont l’ossature descend directement du club le plus titré au monde : le National du Caire, Al Ahly. Réduire donc ce règne à une division, en pensant croître, c’est perdre dignité et temps précieux.

Le football africain a besoin d’être un et indivisible tel qu’il le fût à ses débuts. Il doit faire mieux que siéger dans la Ville du 6 Octobre et s’inspirer de l’équipe nationale de son pays, l’Égypte, et de sa fédération : les meilleures du continent. Tous les citoyens sont égaux sous leur drapeau. C’est clivant de faire une différence entre un joueur évoluant en dehors de l’Afrique et un joueur évoluant en Afrique. Ça se fait surement ailleurs, mais ce n’est pas officiel tel que c’est le cas dans l’institution du ballon rond africain. C’est évident qu’un joueur européen, membre d’une équipe hors de l’Europe, aura moins de chance d’être retenu par son équipe nationale, qu’un autre, casanier ; mais ça ne se dit pas. Les préceptes de la méritocratie doivent être absolument préservés. Les diamants se cachent souvent dans la boue. Le talent ne dépend pas du lieu où il joue. Sélectionnez les meilleurs : trois points c’est tout…

dav – Image Iwaria

La CAF devrait songer plutôt à poser ses valises sur des bases solides, en orientant sa régulation dans le sens du développement des championnats locaux et le professionnalisme. La CAN est largement suffisante pour vanter le niveau international du football africain. Lui additionner le CHAN de façon conceptuelle, et non comme une compétition, est la seule façon de lui permettre de progresser. Pour que les équipes africaines avancent, elles ont besoin d’avoir des ligues locales compétitives. Ça passe par des statuts à scrupuleusement faire respecter et des infrastructures professionnelles, adaptées aux réalités socio-économiques du continent ; sans oublier que le football et le sport sont des facteurs anti-chômage. Est-ce si difficile d’avoir une pelouse bien verte et tondue entourée de tribunes bien faites ? Qu’est-ce qu’un asiatique, européen, américain ou océanien, fait, qu’un africain ne peut pas faire ? Rien.

Le jour de gloire est arrivé. Enfin, les « favoris » ont gagné : la Côte d’Ivoire est championne d’Afrique. D’un Houphouetisme à un autre, le deuxième trophée continental ivoirien est tombé. Au terme d’une compétition brimée avant – pour une vision valétudinaire qui n’a finalement pas existé – pendant et après, elle a donné ce qu’il fallait au moment où il le fallait. Désolé pour le Grand ANDRE AYEW, il se consolera peut-être avec le lot de meilleur buteur! Le Ghana était la meilleure équipe sur le terrain mais pas sur le tableau d’affichage… et c’est ça qui compte. C’était écrit… cette compétition avait quelque chose de spécial. Die méritait oui le rouge mais c’est du passé maintenant : en fait, Abidjan est en fête.

« Découragement n’est pas ivoirien ! »

Qui l’aurait cru ? Qui aurait pensé voir cette équipe soulever ce trophée après ce qu’elle avait démontré jusque-là ? Pas beaucoup certainement, le football surement ! Favorite durant des années, elle n’a jamais rien gagné. Aujourd’hui, outsider elle a tout gagné… durant les éliminatoires la Côte d’Ivoire était moins qu’elle-même. Menacée (2-1) par des sierra-léonais maladifs, courroucée par des lions indomptables enragés (4-1), dynamitée à domicile par des léopards transcendés (3-4), son futur ne laissait guère présager, surtout après ce zéro-zéro nul face au Cameroun à Abidjan, un bel avenir… un tel avenir. Sans parler de cette coupe du monde au Brésil où l’Afrique a refait au moins trois siècle en arrière… Drogba partant, les ivoiriens probablement. Toutefois, toutes fois comprises, ils ont répondu présidents. Ils se sont surpassés… Bravo à eux ! Bravo aux Hommes d’Hervé Renard…

Hervé Renard… encore lui, encore au rendez-vous de l’histoire. Critiqué, désapprouvé, mal aimé, pour ses débuts poussifs, le Claude Leroy des temps modernes a eu sa revanche, il a une fois de plus montré sa capacité mentale à grimper le Kilimandjaro : à surmonter ses problèmes. Après le miracle zambien, bienvenu dans l’improbable ivoirien. Ce digne élève du sorcier blanc a su remettre sur pied, l’éléphantiasis clopinant. D’un 3-4-3 révolutionnaire il changé le visage pacifique affiché sur tapis vert, d’une terre meurtrie par la guerre. Il est le gagneur qu’attendaient les oranges… après un Didier « un peu » malchanceux, Yaya étant généralement, presqu’évidemment, aux abonnés absents. Sa trilogie face à l’escouade de l’allemand Wolke Finke lui a finalement donné raison à juste titre. Il est champion d’Afrique pour la deuxième fois en trois CAN successives (avec deux équipes différentes). Ce n’est pas encore Hassan Shehata et les pharaons d’Egypte, mais c’est déjà ça…

Et ce n’est pas tout…

La coupe d’Afrique des Nations, Guinée Equatoriale 2015, est une qui restera dans les annales, aussi bien sportivement qu’extra sportivement.

Sportivement… elle fût très plaisante à regarder. Les groupes étaient plus ou moins équilibrés. Les matchs étaient palpitants dans l’ensemble. Toutes les équipes avaient un bon niveau, même si la finition des actions laisse encore à désirer. Le premier tour nous a permis de comprendre que l’important n’est plus de participer à la CAN, mais de la gagner. D’ailleurs après les deuxièmes matchs aucune écurie n’était sûre d’être qualifiée – du jamais vu…– on a même été obligé d’avoir recours au tirage au sort pour choisir entre le Mali et la Guinée dans le groupe D. En quart de finale, l’évolution du football africain s’est mieux vue. Ceux qui devaient perdre ont perdu. Le derby congolo-congolais a tenu toutes ses promesses… Mondialiste ou pas, il fallait se battre sur la pelouse. Je pense notamment à l’Algérie, l’avant dernière demeure d’Albert Ebossé, favorite parce que huitième de finaliste au Brésil, tel le Nigeria, précédent détendant du titre absent de la compétition, qui n’a pas joué au niveau du standing qu’on lui a trop vite donné. Elle a été égale à même c’est-à-dire pas fameuse du tout. Son prétexte, celui de son incompétence, était souvent lié à l’état de la pelouse et pourtant sur cette même surface, même victorieuse, elle a été malmenée au sol, par l’équipe qui détient le meilleur championnat d’Afrique aussi bien infrastructurel que technique : l’Afrique du Sud. En ajoutant qu’elle a été éliminée sur une bonne pelouse, par le futur vainqueur, si ça peut la consoler…
Ainsi donc, tout le monde est « content » et tout est bien qui finit bien. Personne n’est rentré bredouille de Malabo. C’est un point minimum, le tarif… et c’est le Burkina-Faso finaliste de la dernière édition, l’heureux élu malheureux dernier de la CAN avec ce point solitaire. Le foot africain a vu éclore de beaux joueurs tels : Atsu, le ghanéen élu meilleur joueur de la compétition, Kwesi Appiah, ghanéen lui aussi, Bolassié le kinois, Thievy Bifouma le brazzavillois, Fabrice Ondoa le camerounais, Kikeboula, Nsue, Doualla, les équato-guinéens, Max Gradel, Serge Aurier, Bailly, Gbohouo, les ivoiriens etc… avec une mention spéciale à Florent Ibengué l’entraîneur kinois… Le plus beau but quant à lui revient à Yaya Touré face à la RDC.

Extra sportivement… c’était la CAN des sanctions. La première fût adressée au Royaume du Maroc qui demandait un report des hostilités pour causes sanitaires. Aujourd’hui, la compétition terminée, aucun cas d’Ebola n’a été détecté. Conclusion : fausse alerte. La Guinée Equatoriale a démontré en deux mois que quand on veut, on peut. Ça fait 1.000.000 de dollars d’amende pour les lions de l’Atlas et 2 CAN (2017 et 2019) out !
La deuxième sanction (ou future sanction) fût (sera) dédicacée à la Tunisie, mauvaise perdante. En effet après le comportement pitoyable des fennecs face à l’arbitre central mauricien Seechurn Rajindrapasard, qui fût aussi sanctionné, rétrogradé et suspendu pour 6 moix, qu’ils agressèrent littéralement, les tunisiens ont été sommés de s’excuser pour ces « insinuations de partialité et de manque d’éthique à l’encontre de la CAF et de ses officiels, ou à défaut de présenter des preuves irréfutables et tangibles pour étayer les propos injurieux de la FTF … Ce qu’ils ont refusé : « La Fédération tunisienne de football n’a pas fait outrage au bureau exécutif de la CAF ni aux responsables de la CAF » (Maher Snoussi vice-président de la Fédération tunisienne de Football). Alors que : « une sorte de hold-up pour satisfaire l’équipe locale. La CAF a désigné un arbitre maison, qu’elle désigne à chaque fois pour ses sales besognes. Il est malhonnête, sans foi ni loi. Il faut que la CAF arrête ses manigances » (Hichem Ben Omrane, membre du bureau exécutif de la FTF)… Bref, le délai passé la Tunisie risque gros : 50000 dollars d’amende et exclusion de la CAN 2017 et peut-être plus.

La troisième et dernière sanction elle, est une double peine équato-guinéenne. Premièrement pour la réaction de ses supporters face à la Tunisie et deuxièmement pour la désormais célèbre réaction de ces mêmes supporters face au Ghana, face aux pauvres supporters ghanéens. Le tarif s’élèvera à 105.000 dollars (5000 + 100.000) comme somme à assumer.

Et le Cameroun dans tout ça…

Les lions doivent se mordre les doigts après cette coupe d’Afrique. Quand ils voient ces deux équipes, Côte d’Ivoire et RDC respectivement premier et troisième, qu’ils ont malmenées durant les qualifications, ils comprennent qu’ils sont passés à côté de quelque chose de spécial… pour des raisons encore floues comme Clinton Njié meilleur camerounais aux éliminatoires sur le banc durant toute la compétition, Franck Etoundi, inexpérimenté mais titulaire dans un match crucial comme celui face aux ivoiriens, à la place logiquement d’un Vincent Aboubakar, version Cristiano Ronaldo parodié, illogiquement à la place de Kwekeu excellent face aux champions d’Afrique lors de la double confrontation lors des éliminatoires. Wolke Finke est pointé du doigt après l’échec mais… avant lui jouer la CAN était un luxe.

 

 

Les deux dernières coupes d’Afrique (Gabon – Guinée équatoriale et Afrique du Sud) ont eu la particularité d’avoir survécu sans deux gros morceaux du football africain : le Cameroun (4 fois vainqueur) et l’Égypte (7 fois vainqueur). En analysant de près le début des éliminatoires de la prochaine CAN, on a envie de dire : à qui le tour ? Le Nigeria piétine mais les supers eagles aiment bien conclure à la fin. Il serait donc fort probable que malgré leur début catastrophique, ils défendent leur titre au Maroc, mais … A qui donc le tour ? Et si c’était le tour de la Côte d’Ivoire ?

Un favori pas comme les autres

Une fois vainqueur de la coupe d’Afrique – en 1992 au Sénégal –, la Côte d’Ivoire est devenue au début du 21e siècle – notamment avec l’arrivée de Drogba – le meilleur favori du football africain. Avec leur génération dite dorée, elle a toujours été considérée par les médias comme la meilleure équipe africaine mais l’est-elle effectivement ? L’a-t-elle vraiment été ? Durant huit années au sommet des pronostics les plus sûrs, les ivoiriens n’ont jamais rien gagné. De 2006 à 2014, malgré deux finales jouées, les pachydermes sont restés des figurants dans le groupe de la mort.

Aujourd’hui encore après avoir été éliminée au premier tour par une Grèce nettement inférieure à elle, la côte d’Ivoire repart aux éliminatoires sur les mêmes bases : vainqueur sur le papier et perdante sur la pelouse. Avec une victoire défaitiste face à une Sierra Leone en crise et une raclée à Yaoundé, les oranges restent égaux à eux-mêmes : favoris. A ce triste sort s’ajoute la perte de leur capitaine emblématique, le winning eleven Didier Drogba, dont la seule présence faisait trembler les filets. Yaya Touré aura du mal à porter ce brassard déjà très lourd après deux rencontres et remplacer Tito sur l’herbe et dans le cœur des ivoiriens. Pour les hommes d’Hervé Renard, troisièmes avec trois points, la RDC sera très difficile à jouer dans cet aller-retour crucial. Il est temps pour eux d’être des favoris qui gagnent.

 

Quatre ans après l’avoir quitté en quart de finale, le Cameroun est sur le point de retrouver cette coupe d’Afrique qui lui est si chère. Barrée tour à tour par le Sénégal en 2012 et le Cap-Vert en 2013, la sélection tricolore a le devoir de nous faire oublier leurs différentes débâcles internationales, aussi bien sur le continent qu’en dehors. Avec six points de pris sur six possibles, face à la RDC (0-2) et à la Côte d’Ivoire (4-1), les coéquipiers de Stéphane Mbia semblent bien partis pour le Maroc. Prendre six autres – précieux – points dans cette double confrontation avec la Sierra-Léone, le petit poucet du groupe, ne devrait leurs pas causer de problèmes.

Un contexte favorable

A la suite du mondial camerounais au Brésil les carottes semblaient cuites. Les prestations comportementales et sportives de Samuel et les autres faisaient – à juste titre – de nos lions des bonnets d’ânes. C’était sans compter sur la portée négative de cet accident prémédité du ndamba (1) en terre camerounaise. En 2010 la pilule était passée mais après Manaus, ils ont tous été chassés. Le Cameroun a été exorcisé et a pu repartir à zéro. Le drapeau est reparti dans les bras de Wolke Finke et Stéphane Mbia est nommé capitaine au nez et à la barbe de l’ancien vice-capitaine Nicolas Nkoulou. Il sera respectivement secondé dans son action par Vincent Aboubakar et Eric Maxime Choupo-Moting. Le Cameroun gagne donc une nouvelle ère et les premiers résultats sont très prometteurs : six buts marqués et un encaissé en deux matches : il y’a de quoi s’enflammer.

Une équipe jeune en forme et puissance

Beaucoup pensaient qu’après la génération Eto’o, le Cameroun aurait du mal à trouver le chemin des filets. C’est vrai, au vu de ses statistiques historiques et stratosphériques, qu’il sera dur de l’oublier mais il faut savoir déjà que personne n’est éternel, personne n’est irremplaçable (surtout quand on n’est pas irréprochable). S’il a remplacé, il sera remplacé. C’est certainement vrai que la vitesse avec laquelle ils ont été remplacés est inhabituelle pour la science du football. Mais il est plus certainement vrai encore que le football camerounais est pétri de talents. Il est odieusement vrai que la gérontocratie était plus qu’en vigueur dans les vestiaires des lions depuis au moins quatre ans. Les jeunes étaient sélectionnés et systématiquement ignorés. On voit avec ce nouvel état d’esprit qu’ils ont tort de tuer la jeunesse, qu’ils ont eu tort de nous priver du « président » Clinton Njié. Auprès d’une telle forme, le fond ne saurait être un obstacle surtout que derrière le fiasco brésilien, les crinières, les têtes fortes de la tanière (Mbia, Nkoulou, Choupo-Moting, Matip, Njié, Aboubakar) semblent avoir retrouvé le poil de la bête. Rendez-vous les 11 et 15 octobre pour la conclusion.

Liste des joueurs convoqués:

I- GARDIENS

NDY ASSEMBE FC Nancy
ABOGO Pierre Sylvain Tonnerre de Yaoundé
ONDOUA Joseph Fabrice FC Barcelona

II- DEFENSEURS

DJEUGOU Cédric – Coton Sport de Garoua
GUIHOTA Jérôme – FC Valenciennes
NLATE EKONGOLO Brice – O. Marseille
NKOULOU Nicolas – O. Marseille
BANA MOUSSA – Coton Sport de Garoua
BAGNACK Frank – FC Barcelona
OYONGO BITOLO Ambroise – New York Red Bulls
Bedimo Henri

III- MILIEUX:

ENOW EYONG –
MBIA Stéphane –
LOE Raoul Cédric – C.A Osasuna
SALLI Edgar – A.S Monaco
ZOCK Guy Christian – Cosmo de Bafia
MANDJECK Georges – Kayseri Erciyesspor
KOM Franck – Etoile Sportive du Sahel

KIBONG à MBAMBA Marc – Konyarspor

IV- Attaquants

CHOUPO-MOTING Eric – Schalke 04
MOUKANDJO Benjamin – Stade Reims
ABOUBAKAR Vincent FC – Lorient/Porto
KWEUKE Léonard – Caykur Rizespor
N’JIE Clinton – O. Lyon
ETOUNDI Franck – FC Zurich

NB : Matip sera le grand absent

1 ballon dans le langage urbain camerounais

 

L’impérialisme grandissant, le football arrive sur les terres africaines avec la colonisation. Fusils au dos, bibles en main, les colons foulent le sol africain balle au pied. Le cuir blanc se tâche de noir et le football devient logiquement une religion. Les africains apprennent vite et ne tardent pas à introniser le sport roi. Dès 1934, le berceau de l’Humanité fait ses premiers pas loin de ses terres. L’Afrique rime désormais avec Jules Rimet. L’Égypte, doyen des États africains indépendants, devient la première équipe africaine à participer à une coupe du monde de football. En 1957 La C.A.F (Confédération Africaine de Football) est créée. La première organisation panafricaine aura pour rôle de réunir les fils de sa terre en leur vantant les mérites du ballon rond à travers des compétitions continentales. Mais depuis 1974, le mondial s’est assombri. La primaire prestation lugubre de l’Afrique noire a laissé un goût amer au monde du football. A l’avenir, les épopées légendaires de 1982 et 1990, 2002 et 2010 appartiennent au passé. Les lions passent dorénavant pour des singeries. Maintenant, il faut payer avant d’être servi.

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L’important c’est de participer

À la fin du mondial 2014 au Brésil, l’Afrique a encore brillé par sa stupide cupidité. Les noirs africains sont apparus aux yeux du monde comme des bêtes sauvages avides d’argent. De Boye – défenseur ghanéen – embrassant son enveloppe d’argent à Assou Ekotto – défenseur camerounais – donnant un coup de tête à son propre coéquipier, on aura tout vu. On aura surtout remarqué qu’à chaque fois qu’une équipe africaine parlait de prime, elle se faisait battre au match qui suivait.

Parler de racisme autour du ballon rond c’est bien mais lorsqu’on voit des singeries pareilles on se dit c’est ridicule. Ce n’est pas de leur faute si on est noir. Comme les chefs de village qui vendaient leurs jeunes bras à l’esclavage pour un verre de scotch et un miroir, les stars black ont piétiné l’espoir de tout un continent pour une poignée de dollars.

Même si l’Afrique a pour la première fois présentée deux équipes au deuxième tour de la coupe du monde, les prestations africaines au mundial sont restées noires. On pense évoluer pourtant la régression est aussi palpable que considérable. Quand on regarde les prestations américaines, asiatiques et océaniennes on a honte d’être africain. La plus grande de nos fournitures sur la scène mondiale est un quart de finale quand en Asie, Europe et Amérique c’est au moins les demi-finales. De 1934 à 2014, l’important n’est que de participer.

Les noirs sont les meilleurs joueurs du monde, des stars du football planétaire, mais leurs étoiles brillent dans l’obscurité. Yaya Touré, Eto’o et compagnie – adulés et bien payés dans leurs clubs – n’ont jamais su donné que des coudes dans le dos à leurs frères africains. Oui c’est peut-être la faute de l’environnement autour – si les zaïrois ont pris 18 buts sans rien marquer en 1974 – si le mythe de l’Homme Blanc est si bien préservé mais à qui la faute si la mentalité noire est si cupide? À qui la faute si les noirs ne font et n’ont jamais rien fait ? Quand on pense pour son pays on ne pense plus à sa panse. On pense à ces supporters qui se meurent – et meurent – pour leurs idoles. Quand on joue on ne devrait penser qu’à ça. On ne peut pas suivre deux lièvres à la fois. Ou vous jouez pour votre nation ou vous jouez pour votre argent. Roger Milla est le joueur africain du siècle, non pas parce qu’il a « ignoré » Jeanvion, mais parce qu’il jouait pour son pays même en club. La Zambie a prouvé – après l’Egypte – qu’un match – qu’une compétition – ne se gagne pas sur le papier mais sur la pelouse. Didier Drogba, meilleur joueur de tous les temps à Chelsea c’est bien, mais la Côte d’Ivoire championne du monde de football c’est encore mieux. Si le Nigéria et le Cameroun ont été médaillés d’or aux jeux olympiques en 1996 et 2000 c’est que l’important n’est plus de participer.

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