L’année 2018 touche à sa fin. Et comme toutes les années, elle sera célébrée par une grande fête. Si pour certains ce sera Noel et le Nouvel An, pour le roi des sports ce sera la Coupe du Monde des Clubs. Le spectacle s’est tenu aux Emirats Arabes Unis et nous a gratifiés d’une belle surprise. River Plate est tombé en demi-finale devant les émiriens d’Al Ain 2-2 (4-5 après t-a-b). « La Banda Roja » ne fêtera donc pas sa Copa Libertadores comme il se doit. Elle se contentera de la petite finale pour célébrer la grande qui l’a précédée.

La Bombonera par Maisedu – Image Pixabay CC0

Le Megaclásico

La « Pelota » argentine vient de vivre l’une de ses périodes les plus fastes. Boca Juniors et River Plate se sont affrontés dans le cadre de la finale de la Copa Libertadores. Une paire unique et historique d’un Superclásico considéré comme « La Final Del Siglo » (finale du siècle en français). Une distinction d’autant plus adéquate qu’elle sera la dernière finale en aller-retour de l’histoire de la « Ligue des Champions » sud-américaine. Un scénario alléchant, un dénouement épique manifesté par une victoire des hommes de Marcelo Gallardo 3-1. Le match aller chez Boca à la Bombonera s’était soldé sur un brillant nul 2-2. Le match retour tant attendu au Monumental n’aura pas lieu…

Bandera Gigante de River Plate par Ricardo Haverbeck – Image Flickr CC BY 2.0

Entre supporteurisme et opportunisme

Buenos-Aires dans la tristesse, Madrid en fête… voilà en « deux » mots la situation résumée. Le match de la « honte » d’après le président Rodolfo D’Onofrio de River Plate sera délocalisé par la CONMEBOL à Madrid. « Le match aller se jouait à la Bombonera, avec uniquement des supporteurs de Boca. Le match retour se dispute sur un autre continent, avec les supporteurs des deux équipes. Ce n’est pas normal ». Mais qui blâmer quand ce sont vos propres fans qui sont à l’origine des incidents ? Guillermo Barros Schelotto, entraîneur de Boca Juniors, a totalement raison lorsqu’il dit : « C’est lamentable. Malheureusement, nous n’apprenons pas de nos erreurs, nous les répétons sans cesse et la victime, c’est l’image du football argentin et de l’Amérique du Sud. Aujourd’hui, nous devrions être en train de parler de la manière dont River et Boca ont ramené le football argentin au sommet (…) et nous parlons de la violence. »

Supporters de Boca Juniors par Jstarj – Image Pixabay CC0

Toutefois les supporters ne sont pas les seuls responsables dans cette histoire. La CONMEBOL et les autorités désignées pour s’occuper de la sécurité dans les rues argentines savaient pertinemment que cette rencontre n’était pas comme les autres. Connaissant la « chaleur » qui caractérise les supporters argentins, elles auraient dû prévoir ce déroulement. Tous les matchs ne pourront pas être déportés en cas de violences. S’il n’y a pas une prise de conscience collective, l’Europe en profitera toujours pour gagner du terrain. Elle a saisi cette occasion en or pour affirmer encore son hégémonie footballistique. Ce coup marketing signifie simplement qu’elle veut tout…

Le Stade Santiago Bernabeu par juanmaalmazan – Image Pixabay CC0

Identi-terre

Le Superclásico est un élément indissociable de l’identité argentine. Il appartient aux cimes du football sud-américain. En le déplaçant, on le coupe de ses racines. Tel un lion dans un zoo, il abandonne sa royauté à une rentable captivité. La CONMEBOL avait rendez-vous avec l’histoire : elle lui a posé un lapin. Une pépite sud-américaine analysant une telle situation ne rêve que d’une chose : partir en Europe pour devenir le nouveau Léo. La preuve : le colombien Juan Fernando Quintero, homme du match de la finale se rapproche du Real Madrid. Un ancien du FC Porto, un exemple, un exode qui profite au football en Europe et l’abroge en Amérique du sud. Un voyage qui empêche la terre de Pelé de jouir de ses fruits comme elle le fit avec lui.

Review of Pelé : Soccer Legend par BagoGames CC-BY 2.0

Le virtuose brésilien est resté un « danger » permanent pour les équipes européennes parce qu’il n’a jamais joué chez elles. Si Messi ne gagne rien avec l’Argentine c’est aussi qu’il a tout donné au Vieux Continent. Aujourd’hui, ni argentin ni espagnol, il est prévisible. À l’image de Neymar, tout n’est que simulation. L’Albiceleste est coincé entre deux cultures, dans un monde où il faut vanter la sienne pour perdurer. Sa qualité de spectateur du sommet River-Boca à Bernabeu, est une métaphore qui image fidèlement son apport pour le football argentin.

Lionel Messi 4 par Themeplus – Image Flickr CC-BY-SA 2.0

Péremption

La Coupe du Monde russe et son dernier carré européen en sont encore la preuve. Quiconque ne développera pas son football n’ira nulle part. On lira dans son « petit » jeu comme dans un livre ouvert, vu qu’il n’a rien à cacher. Le Brésil battu par la Belgique n’est peut-être qu’un « début ». La dernière équipe européenne vaincue par le quintuple champion du monde en phase à éliminations directes d’une compétition internationale majeure, c’est l’Espagne.

C’était en 2013 lors de la finale de la Coupe des Confédérations. Neymar évoluait alors à Santos et avait littéralement marché sur la Roja, meilleure équipe du monde à l’époque. Un doublé pour un triomphe 3-0 qui ne laissait en rien présager les déculottées qui devaient arriver l’année d’après à son mondial. Au 7-1 face à l’Allemagne en demi-finale succèdera le 3-0 contre les Pays-Bas pour la troisième place. La seule blessure de Neymar ne peut expliquer de telles déconvenues. Le parisien était là face aux Diables Rouges, il n’a rien fait…

Neymar par Alex Fau – Image Flickr CC-BY 2.0

De son côté, l’Argentine ne fait pas mieux. La finale perdue en 2014 face à la Mannschaft au « Mundial » introduit une série noire. Ses trois derniers accrochages en Coupe du Monde avec des pays européens n’ont jamais abouti sur un succès. Islande, Croatie, France et le tour est joué… Un capitaine qui baisse la tête durant l’hymne, une fabrique de talents à la rue : l’Argentine peinte par le football moderne.

La Republica de la Boca par Janeannecraigie – Image Pixabay CC0

Sans identité, dans le football tu n’as aucune chance d’exister. La souffrance devient une solution quand on sait la mettre à contribution. Il y’a eu un attentat à Dortmund en 2017 avant le quart de finale de Ligue des Champions entre Monaco et le Borussia Dortmund. L’Europe a connu le hooliganisme et des morts liés à ce mouvement d’ultras violents… A-t-elle déporté ses rencontres sur un autre continent ?