Ça aurait été trop beau pour être vrai. Une compétition de football qui se termine sans erreurs majeures d’arbitrage. Un match, une finale qui s’est encore jouée sur un fait de jeu notoire : la main de Guedioura dans la surface de réparation à l’heure jeu. Un coup de sifflet qu’aucun sénégalais n’ose réclamer haut et fort : la main de Gueye en demi-finale contre la Tunisie. Et pourtant l’arbitre Alioum avait bien montré le petit point blanc, quand la VAR l’invita à revoir sa décision…

Guedioura par Clément Bucco-Lechat – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Fausse note

Le visu dans son regard, l’officiel camerounais revient de ce pas sur son choix et annule le tir au but. Pourtant le ralenti montre bien le milieu défensif désireux de détourner la balle du bras. Une intentionnalité indubitable : un geste qu’il répètera en toute fin de match. D’un « smash » l’algérien occasionnera le dernier coup-franc de la partie et de la CAN. Comme quoi, les mauvaises habitudes ont la peau dure…

Coups de main

Le football refuse de se débarrasser de ses tares et en semblent même fier. Le ballon rond est la seule sphère sportive où on se vante encore de ne pas siffler une faute avérée. Certaines d’entre elles sont mêmes déifiées : la main de dieu. Le premier but de Maradona en 1986 contre l’Angleterre : une tricherie célébrée. Un exemple pour Messi, qui imitera Diégo en Liga avec entrain : la duperie revalorisée et portée en triomphe…

Justice rendue

C’est quand même bizarre qu’on soit encore à débattre sur un ballon freiné par une main décollée du corps, qui annule une occasion réelle de but. Autant faire comme dans le jeu FIFA : aller dans les paramètres et décocher l’option qui permet à l’arbitre de sanctionner les fautes de mains. Ou mieux encore : enlever la vidéo pour cesser de décrédibiliser les hommes en noir. Si on est incapable d’interpréter ce genre d’action dans le FOOT moderne, ça ne sert à rien de continuer.

Portugal – France à l’Euro 2000 ; Argentine – Nigeria et France – Croatie en Russie… si on a sifflé pénalty pour les Green Eagles (surnom du Nigeria) en demi-finale contre l’Algérie, c’est qu’on aurait dû le faire pour les tunisiens face aux sénégalais et pour les sénégalais en finale. Les décisions arbitrales doivent mettre tout le monde sur le même pied d’égalité. Dans le cas contraire, le football se fera un plaisir de rendre justice. Un plaisir pas toujours partagé… La preuve : les Lions de la Terranga ont été défaits comme ils ont défait les Aigles de Carthage. C’est-à-dire à cause d’un pénalty valable non-sifflé. Équilibre !

Ce ne sera pas l’Egypte. Ce ne sera pas le Cameroun. Les Lions Indomptables se consoleront chez les Lionnes Indomptables du Volley-Ball, encore victorieuses (en Égypte) de leur CAN. Quand le septuple champion d’Afrique lui, ne se rassasiera certainement pas du ménage effectué dans sa fédération. Les Pharaons devront encore souffrir de voir leurs « ennemis » algériens tenter de broder une seconde étoile sur leur maillot. Aussi, ils devront passer sur les sénégalais. Lions de la Terranga qui semblent avoir perdu leur légendaire sens de l’hospitalité, le temps de neuf dizaines de minutes.

Victoire !

L’Afrique a gagnée… Sans attendre l’issue de cette finale entre l’Algérie et le Sénégal, on peut le scander. Affirmation tautologique : refrain qui vaut son pesant d’or. Il est cette expression soulignant avec joie, qu’au pays de Mo Salah, Sadio Mané et Riyad Mahrez seront rois. Une triste nouvelle pour le Pharaon, une fierté pour le Lion et le Fennec.

Malheur au perdant certes. Mais l’Afrique restera fière. Fière de compter dans sa grande famille des joueurs de ce rang. Mané, Mahrez, l’un des meilleurs joueurs du monde sera le meilleur joueur de cette CAN. Potentiel The Best, Ballon d’or France Football et Africain, le désormais meilleur joueur sénégalais de tous les temps et le meilleur joueur de PL 2016 sont sûrs d’écrire une page historique. Un script mythique pour l’histoire du football africain, Aliou Cissé et Djamel Belmadi tous deux Africains.

Une tactique revalorisée

Un subsaharien, un maghrébin : l’union africaine dans son élément. Un au sud, l’autre au nord, la coupe d’Afrique des nations se jouera entre deux tacticiens « frères ». Un affrontement mué en rencontre Fair-Play : deux cultures en intelligence. Un exemple, une nouvelle preuve qu’il y’a sur ce continent des techniciens capables de faire dans l’excellence.

Le sénégalais et l’algérien ont montré qu’ils peuvent se mettre au niveau des européens et autres. Deux équipes qui se sont tant cherchées… Qui se sont retrouvées lorsqu’elles sont restées à leurs places. Elles ont fait avec ceux qu’elles avaient : elles ont avancé. L’identité, un remake culturel de la finale de 2017 : une petite touche en plus. Le banc reconsidéré, Hector Cuper et Hugo Broos ont été honorablement substitués. Une grande victoire pour cette Afrique tant mésestimée, tourbillonnée par ces nombreuses incongruités. La qualité au rendez-vous, grâce au football la sagesse africaine regagne du terrain.

Ceci n’est qu’une suggestion, mais les Lions indomptables pourraient bien être les nouveaux champions d’Afrique. Sur son nouveau maillot, le Cameroun a été privé des cinq étoiles qui font sa fierté. Ses cinq Coupes d’Afrique… Mais ce n’est pas grave. C’est le signe d’un nouveau départ. Une nouvelle ère commence.

Zambo Anguissa par Кирилл Венедиктов – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Cocorico

Pour étoffer la thèse d’un Cameroun victorieux, on avait déjà évoqué la présence d’une paire de gardiens exceptionnels dans son effectif. Nkono – Bell, Alioum Boukar – Songo’o, Ondoa – Onana, un argument aujourd’hui soutenu par la marque qui bombera leur torse : le Coq Sportif.

Un retour qui marquerait le début d’une autre période dominatrice pour le football camerounais. En effet, la première fois que les Lions Indomptables ont fait trembler le monde, ils portaient une tunique dessinée par la griffe du gallinacé. Le roi de la basse-cour rencontrait alors le roi de la jungle pour une Coupe du Monde 1982 inédite.

Une première pour les coéquipiers de Roger Milla. Trois points, zéro défaite : une sortie la « crête » haute au premier tour. Un tiercé gagnant de matches nuls à l’origine d’une heure de gloire qui les conduira deux ans plus tard à leur premier trophée international : la CAN 1984.

Cocorico 2.0

1984 où l’année qui décrit bien cet autre fait qui devrait mener le Cameroun à une sixième étoile. Une année marquant la naissance de deux grandes écuries mondiales : la France championne d’Europe pour la première fois et le Cameroun champion d’Afrique pour la première fois. L’expression d’un parallélisme qui veut que les périodes fastes des Bleus coïncident toujours avec celles des Félins.

Entre 1982 et 1988, la France remporte l’Euro 84 et joue deux demi-finales de Coupe du Monde. Pendant que le Cameroun remporte deux Coupes d’Afrique (1984 et 1988) sur trois finales successives jouées. Entre 1998 et 2002, la France remporte la Coupe du Monde en 1998 et l’Euro en 2000. Pendant que le Cameroun remporte successivement deux autres CAN en 2000 et 2002. Et entre 2017 et ce jour, la France a été championne du monde en 2018. Et le Cameroun a remporté la CAN en 2017 (et 2019 ?).

We The North

Lorsqu’on évoque les favoris pour la CAN 2019, le Sénégal revient naturellement. On voit le Onze d’Or 2019 Sadio Mané et ses nombreux coéquipiers titulaires sur le Vieux Continent. Omnibulé à juste titre, on se range et omet qu’il y a eu la Côte d’Ivoire de Didier Drogba avant eux… : que pour remporter ce trophée, jouer en Europe ne suffit pas. Le niveau de la CAN est plus élevé que celui de la Ligue des Champions et des autres compétitions Européennes de club. Les meilleurs joueurs Africains du monde réunis, la Zambie de Kalaba et l’Égypte d’Aboutrika l’ont prouvé : il faut un supplément d’âme pour aller la chercher. D’autant plus que celle-ci ne se joue pas dans un endroit anodin.

Jouer et gagner en Égypte demande une force de caractère au-dessus de la moyenne. Une personnalité très forte que seules trois équipes possèdent au sud du Sahara : le Cameroun, le Ghana et le Nigeria. Les frères ennemis sont les seules équipes d’Afrique subsaharienne à avoir remporté une CAN en Afrique du Nord. Ne pas les citer comme favorites est une grosse erreur. Mais bon, on est habitué. Tu peux être sextuple, quintuple, quadruple ou triple champion d’Afrique et ne pas être favori pour soulever la Coupe d’Afrique. Cependant…Quoiqu’on dise, le Cameroun et l’Égypte restent les potentiels vainqueurs de la prochaine Coupe d’Afrique. Ce sont les derniers finalistes et les deux meilleures équipes du Continent.

On connaît maintenant les 24 qualifiés pour la CAN 2019 en Égypte. Parmi eux le Cameroun : ancien pays organisateur. Les Lions Indomptables sont sauvagement venus à bout des Comores 3-0 dans leur forteresse imprenable de Mfandena. Un succès sans appel qui prive les Comoriens d’une première participation à la Coupe d’Afrique des Nations. Déconvenue qui ne les empêche pas de garder espoir néanmoins…

Hope par WildOne – Pixabay CC0

Le poisson braisé

C’était sous une pluie battante au Stade Ahmadou Ahidjo. Les supporters étaient venus nombreux pour s’aligner derrière leur équipe. Un choix payant, Choupo-Moting ouvrant facilement le score à la 38e. Le Cameroun maitrise son sujet, va à la pause et revient lui asséner le coup fatal à la 53e. Passe de Zambo Anguissa, but de Bassogog : une rencontre à sens unique. Le match plié, les occasions camerounaises se multiplient et s’achèvent sur un numéro de Clinton Njie à la 89e. Entré en jeu, le Marseillais élimine parfaitement Ahamada pour tranquillement pousser le ballon dans les filets vides des Cœlacanthes. Le poisson est braisé…

C’est la fête dans le vestiaire camerounais. Les Lions ont répondu à leurs détracteurs de la plus belle des manières. Une victoire qui aurait pu ne pas arriver s’ils ne s’étaient pas sentis blessés… : si les Comoriens étaient restés concentrés sur le jeu. Si le Cameroun a pu battre l’Argentine de Maradona – championne du monde en titre – c’est que les Comores auraient pu battre les Camerounais. Il leur fallait seulement trois points pour passer. C’est le goal-average particulier qui compte et ils n’ont pas su en profiter. Ils ont préféré se concentrer sur l’extra-sportif.

« C’est officiel. La Fédération de foot des Comores a déposé une procédure d’appel auprès du TAS contre la décision de la CAF de refuser d’exclure le Cameroun de la CAN 2019 après lui avoir retiré l’organisation, conformément à l’article 92 du règlement de la CAN. »

Cette orientation administrative a coûté très cher aux locataires du Stade Said Mohamed Cheikh. Avant la plainte les Comores c’est : 5 points de pris sur 15. Après c’est zéro sur trois. Ils ont perdu le match qu’il ne fallait pas perdre et leur rêve s’est noyé dans un cauchemar. Ben Amir Saadi :

« Les règlements sont simples et les précédents faciles à trouver : le CHAN 2017 avec le Kenya exclu, le Maroc en 2015, ou Madagascar lors de la CAN des jeunes. On veut donc que nos droits soient respectés. Mais la CAF fait tout pour que notre procédure n’aille pas au bout. (…) »

Voilà comment une équipe qui avait son destin entre les pieds, s’est retrouvé la queue entre les jambes. Et pendant qu’elle passait de plateaux en plateaux pour se plaindre, les Malawites eux se préparaient à prendre leur troisième place.

Ali Ahamada par GuillaumeG – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Un combat pour rien

Chose promise, chose due. Les Comores se sont préparés pour un procès, ils ont perdu le match de foot. Le Cameroun est parti et le Malawi est revenu. Les coéquipiers de Gerard Phiri Jr ont fait 0-0 à domicile contre le Maroc et les revoilà en position « qualificative ». Les Flammes (surnom des joueurs du Malawi) comptent désormais le même nombre de points que les Comores mais passent devant à la différence de buts particulière. Règle basée sur l’issue de la confrontation aller-retour qui donne la victoire à l’ancien Nyassaland. Victoire 1-0 à l’aller et défaite 2-1 au retour à Moroni (capitale des Comores). Patrick Phiri est l’auteur de ce but à l’extérieur qui réduit drastiquement les chances des Comores de s’envoler pour Le Caire.

Bien qu’elle soit prête à la contester, cette loi sur la double confrontation n’a pas été établie pour éliminer l’équipe nationale comorienne. Le Mozambique qui comptait également le même nombre de points (8) que la Namibie, a lui aussi été victime de la différence de buts particulière. Malgré une différence de buts générale défavorable (-2 contre 0), les Namibiens sont sortis du groupe K aux dépens des Mozambicains. Les Courageux Guerriers de Windhoek ont battu les Mambas de Maputo sur l’ensemble des deux manches pour empocher leur ticket. 1-2 à l’aller et 1-0 au retour. Conclusion : si le recours aboutissait, c’est le Malawi qui partirait à la CAN (avec le Mozambique). Et ce même si on annulait le match contre le Cameroun.

Le Château de Béthusy, abritant le siège du Tribunal arbitral du sport à Lausanne, Suisse par Fanny Schertzer – Wikipedia CC BY 3.0

Oh TAS toi qui sait tout !

Les Comores vont donc probablement tout perdre avec leur recours devant le Tribunal Arbitral du Sport. Entreprise devenue monnaie courante depuis l’éviction de Platini de la FIFA. L’instance basée à Lausanne a donné raison au français et depuis tout le monde veut gagner en appel. Mais comment expliquer ces propos non-coupables de Michel Platini :

« Quand on a organisé le calendrier, si on (la France) finissait premier et le Brésil premier, ils ne pouvaient pas se rencontrer avant la finale. Ecoutez, on est à la maison, il faut bien profiter des choses, alors on ne va pas s’emmerder pendant six ans à organiser la Coupe du monde si on ne peut pas faire quelques petites magouilles : vous pensez que les autres ne le faisaient pas aux autres Coupes du monde ? »

Un forfait justifie-t-il un autre ? Pourquoi n’a-t-on pas rejoué Cameroun – Chili en 1998, Chelsea – Barcelone en 2009 ou France – Irlande en 2010 comme Afrique du Sud – Sénégal en 2018 ? Où sont passés les quatre matchs de suspension écopés par Lionel Messi à la fin des éliminatoires du Mondial 2018 ? Pourquoi l’Australie est un pays asiatique et le Suriname voisin du Brésil, un pays nord-américain ? Pourquoi tant de questions « existentielles » pour le jeu le plus simple ? Parce qu’il y’a des questions dans le football auxquelles on ne peut pas répondre.

On doit juste comprendre que la justice humaine est imparfaite et faire avec. Si le TAS juge que le Cameroun n’est pas habileté à jouer la prochaine CAN, il peut quand même comprendre que les champions en titre aient été graciés par le président de la CAF. A tort, à raison, la grâce est un acte de droit… comme le sport est une surface de réparation des injustices humaines. Au-dessus de la franchise altérée des Hommes, il donne toujours raison à la bonne personne. Si le Cameroun ne méritait pas de se qualifier pour cette compétition, les Comores les auraient éliminés.

Confédération Africaine de Football par EOZyo – Wikipedia (Domaine Public)

Cafophonie

En revanche, l’évidence ici c’est que le football africain traverse de sérieuses mésaventures. Des accrocs qui abîment l’image de son organisation. On pense à l’annulation curieuse de la suspension du club égyptien  du SC Ismaily de la Ligue des Champions Africaine. On rumine ce « retourné acrobatique » et on assimile mieux le courroux des Comores. Irritation qui fait toutefois mal de croire que le Cameroun ait été sanctionné. Il n’y a pas eu de peines, il n’y avait donc pas de tort. C’est aussi naïf que ça. On ne punit pas un innocent…

Pourquoi donc ce retrait de la CAN au Cameroun ? Possiblement pour compenser. Le septentrion du Continent Noir a dû se sentir lésé derrière toutes ces attributions. Aussi, l’équilibre devait être rétabli après les lourdes sanctions subies par le Maroc en 2015. L’Afrique du Nord n’a surement pas voulu attendre que le Cameroun, la Côte d’Ivoire et la Guinée passent pour faire son retour. Six ans c’est beaucoup… Surtout quand on sait que les équipes Maghrébines sont faibles au sud du Sahara et fortes chez elles. Elles qui n’ont plus gagné de CAN depuis 2010 avec l’Égypte.

Il y’a donc certainement eu un forcing nord-africain. Lequel a tout d’abord écarté l’Afrique du sud – pays africain le mieux indiqué pour reprendre « de volée » une CAN à 24 équipes. Et créé enfin le fameux glissement : Cameroun 2021, Côte d’Ivoire 2023 et Guinée 2025. Pour le compte du bloc, le Maroc faisait ainsi diversion pendant que les Pharaons se servaient. Au grand bonheur de Mohamed Salah ; meilleur joueur africain qui par hasard n’a toujours rien gagné en Afrique à cause du pays d’Aboubakar Vincent.

Aboubakar Vincent (contre le Chili) par Дмитрий Садовник – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Fou fou Foot…

Fallait-il éviter le Cameroun ? Un grand rival de moins, c’est toujours ça de gagner. Il y’a clairement comme un acharnement sur ce quintuple champion d’Afrique. On a tendance à vite oublier ce que ces derniers ont fait pour le football africain : à facilement les traîner dans la boue. Le Cameroun n’est pas parfait mais il n’est pas insupportable non plus. La victoire sur le terrain après l’organisation, les premiers « maux » d’Ahmad Ahmad étaient bien contre la terre natale de son prédécesseur Issa Hayatou. Ça sent une tentative dupliquée d’écarter l’incorrigible félin. Quoiqu’il n’y a pas plus dangereux qu’une sélection camerounaise qui se sent injustement combattue.

François Omam Biyik par Auteur Inconnu – Wikipedia (Domaine Public)

Après le retrait de la CAN, le Cameroun aurait pu appeler au TAS. Il l’a même fait par la voix de l’Association des Clubs de Football Amateur du Cameroun (ACFAC). Un dessein vite désavoué par la Fédération Camerounaise de Football. L’instance dirigée par Seidou Mbombo Njoya a choisi de se projeter sur les échéances à venir et de respecter la décision de la Confédération Africaine de Football. Communiqué :

« La Fécafoot tient à condamner et à décourager toute action contrevenante à la volonté des acteurs de bonne foi de travailler, avec la CAF et les autres partenaires extérieurs du Cameroun, au développement du football. (…) »

Une attitude qui a valu à sa « Chère Patrie » une éventuelle double qualification. Triomphes qui prouvent bien que la place d’une équipe de football est sur la pelouse. Le Cameroun participera à sa dix-neuvième CAN parce qu’il joue mieux au football que les Comores. C’est tout….

Laissée orpheline depuis son retrait des « mains » du Cameroun, la CAN 2019 s’est trouvé un nouveau tuteur. Il s’agit de l’Égypte. Aux pieds des pyramides se jouera donc l’aînée des Coupes d’Afrique des Nations à 24 équipes. La première des sélections africaines, un choix historique. Une révolution qui cependant n’élude pas le doute épais quant à la portée de ce format pour le football africain. L’Afrique a-t-elle vraiment besoin de passer à 24 pour grandir ?

Sculpture par Meelimello – Image Pixabay CC0

Les chaînes de l’histoire

La collision historique entre l’Afrique et l’Europe a forcé les africains à réécrire leur histoire. Les ballons trouvés dans les tombeaux des pharaons égyptiens ont été depuis doublés par la colonisation, après l’esclavage. Un repère nouveau a été dessiné et le continent noir est reparti à zéro quand l’Europe, elle, était bien avancée. Bien que la culture occidentale ait été génialement assimilée, les Africains sont restés derrière dans tous les domaines, dont le football. Le Vieux continent a plus d’un siècle de ballon rond. Les suivre sera quasiment impossible. Ce n’est pas en passant de 16 à 24 qu’on atteindra leur niveau footballistique. C’est aller trop vite en besogne que de faire ce choix d’évoluer. L’Afrique doit prendre son temps pour construire son histoire balle au pied.

Allianz-Arena in weiß par Sönke Biehl – Image Flickr CC BY-SA 2.0

Un but économique

L’impact de l’Histoire se vérifie également dans l’aspect infrastructurel. L’évolution du professionnalisme en Europe est indubitablement liée à la Révolution industrielle du 19e siècle. Une mutation qui part notamment de l’Angleterre pour s’étendre au monde. La construction d’infrastructures sportives est donc une trivialité depuis les années 1800, époque où les noirs sortaient progressivement de l’esclavage pour entrer dans la colonisation.

Si le sport arrive souvent à la fin de la progression d’un pays pour couronner son essor attesté, il est aussi et surtout une entreprise d’entretien. Le but est économique. On crée de l’emploi pour distraire ceux qui ont fini de travailler. Le jeu comme métier perd sa viabilité dans les sociétés où le travail est encore un projet. Une infrastructure est la manifestation d’une idée. Elle ne devient utile que lorsque son édification permet l’évolution de la société où elle est érigée. Un stade doit être construit pour remplir les caisses de l’Etat et réduire le chômage. Est-ce le cas en Afrique ? Pas vraiment, étant donné que le football ne nourrit pas encore son homme ; autochtone ici. Sa pratique y reste dans la plupart des cas amateur.

Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

Entracte

L’intervalle de temps entre les Coupes d’Afrique constitue pareillement un problème pour l’organisation de ces CAN à 24. Toutes les compétitions à 24 équipes ou plus sont organisées tous les 4 ans. Même chez les plus nantis, on donne au moins 8 ans pour se préparer. 2 ans c’est très court ! L’Afrique ne peut pas se permettre un tel luxe.

L’organisation d’une CAN tous les 4 ans redonne de la valeur au tournoi. Plus attendu, il devient plus attractif. De plus, il résout le problème du représentant africain à la Coupe des Confédérations. Le Cameroun par exemple (champion d’Afrique 2017) a pris la place de la Côte d’Ivoire (champion d’Afrique 2015) en Russie en 2018. Les Lions auraient dû battre les Éléphants pour aller à Moscou. Avant chaque Coupe des Confédérations, une sorte de Super Coupe d’Afrique des Nations devrait être organisée entre les deux derniers vainqueurs de la CAN. Ce choc au sommet désignera un représentant africain légitime à ladite compétition.

African Players par PhotographerPN – Image Pixabay CC0

Pragmatisme

La CAN en tant que tournoi biennal est une réalité résolument obsolète pour l’Afrique. Sauf évidemment si les exigences d’organisation sont réduites à la baisse. Et même… 8, 12 ou 24 équipes, toutes les compétitions continentales sont espacées de façon quadriennale pour donner un côté « éclipse » à leur rayonnement. Aussi peu importe le laps de temps, l’organisation de la CAN exige de l’efficacité. Cette dernière doit prendre le pas sur l’opulence inutile.

Le football est un facteur de développement. Pour permettre la croissance des sociétés africaines, l’organisation de la CAN a la responsabilité d’être rotative. La paix suffit en tant que seule condition sine qua non. Tous les pays africains doivent se frotter à la discipline d’un tel événement. Une fête que chacun organisera en fonction de sa situation économique. La qualité d’une infrastructure se trouve dans son efficacité pas dans sa grandeur. La CAF a l’obligation de tirer le meilleur de chaque société africaine grâce au football. La Coupe d’Afrique a la capacité de démystifier l’organisation du sport roi en particulier et le développement de l’Afrique en général.

Mubarak Wakaso tosses in a free kick against the Guinea defence par Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

La valeur des infrastructures d’un pays devrait être fonction de son niveau de développement. Ça ne sert à rien d’avoir une enceinte cinq étoiles dans une société une étoile. Une arène une étoile professionnellement achevée suffira. Etre pauvre c’est aussi refuser d’accepter ses conditions de vie. Le football africain ne se porte pas bien ! Rien ne sert de jouer les fiers. La CAF se comporte comme si tout allait pour le mieux. La Coupe d’Asie des Nations est passé à 24 tel l’Euro : l’AFC en a les moyens, l’Afrique non. La Confédération Africaine a les mêmes problèmes que la CONCACAF. Si la Gold Cup passe à 24, seuls les Etats-Unis, le Canada et le Mexique seront capables de l’organiser. Ils sont peu ces africains qui peuvent tenir une CAN à 24 avec le cahier de charge actuel de la CAF. Il faut une refonte totale du football africain pour cette CAN…

Soccer par Odwarific – Image Pixabay CC0

Retour à l’essentiel

La particularité du sommet d’une montagne est sa surface réduite. Sa contenance se résume ainsi à une poignée de personnes, d’où sa valeur unique au-dessus de la base. 24 équipes sur 55 possibles est un ratio qui n’honore pas la Coupe d’Afrique des Nations. Pratiquement un sur deux, autant organiser des matchs aller-retour où les vainqueurs seront directement qualifiés. Ce sommet du football africain a besoin des meilleurs pour entretenir sa valeur et 16 participants, c’est parfait. Faire plaisir aux petites équipes ne rend service à personne. Ni à la compétitivité ni à elles-mêmes ! La Lettonie a plus de mérite d’avoir joué un Championnat d’Europe à 16 que Madagascar qualifié pour une CAN à 24. Même si ça reste un faux débat. 16 ou 24, c’est le terrain qui décide. Si les Pays-Bas ne se sont pas qualifiés pour l’Euro 2016, c’est qu’ils n’avaient pas le niveau de l’Islande à ce moment. Vivement la CAN 2019 !

Le 2 décembre dernier, le Lion blessé de Fotouni perdait la finale de la Coupe du Cameroun face à Eding Sport 1-0. Un stade omnisports de Yaoundé comble, une belle fête, la fugace occasion pour les Camerounais, grands fans de football, d’oublier leur réelle déception de perdre l’organisation de la CAN 2019.

La triste nouvelle est tombée le vendredi qui a précédé ce match qui clôture la saison sportive de leur chère patrie. De nombreux observateurs, à l’instar du site d’information Camfoot, se sont interrogés sur la « franchise de la CAF » comme sur « la partition » jouée par le pays hôte. Quoiqu’aux yeux de ceux qui connaissent réellement le football camerounais, les lions indomptables n’ont jamais si bien porté leur nom.

MustangJoe – Image Pixabay CC0

Indomptables

Pour tout dire, le football camerounais n’a jamais vraiment brillé par son organisation. Ses écarts en dehors des terrains sont aussi indomptables que ses joueurs. Les problèmes de primes, les factures impayées d’hôtel et autres manquements ont continûment rythmé les courses dévorantes de la sélection nationale, sans jamais toutefois altérer son efficacité continentale.

Le Cameroun est champion d’Afrique en titre. Il l’est par le biais d’une équipe que personne n’attendait à ce niveau en 2017. Une victoire retentissante qui s’est achevée sur un chef d’œuvre d’Aboubakar Vincent. Le buteur du FC Porto concluait ainsi un parcours exceptionnel où son équipe envoyait successivement au tapis le Sénégal de Sadio Mané et Kalidou Coulibaly, le Ghana d’André Ayew quadruple champion d’Afrique et l’Égypte de Mohamed Salah, septuple champion d’Afrique. Un sacre au caractère inédit qui s’ajoute au beau palmarès d’un pays coutumier des rendez-vous où on ne l’attend pas.

Ben Sutherland – Image Flikr CC-BY 2.0

L’équipe nationale camerounaise occupe la seconde place de son groupe, ce qui l’assure d’être probablement qualifiée pour la CAN 2019. Une poule qu’elle partage avec le Maroc, leader et probable futur organisateur, le Malawi et les Comores. Les « Cœlacanthes » (le petit nom des comoriens) seront d’ailleurs les derniers invités à « Mfandena », le stade de l’équipe nationale camerounaise. Troisièmes à trois points des Lions indomptables, les coéquipiers d’Ali Ahamada tenteront de jouer les trouble-fêtes devant des favoris naturels. N’en déplaise à leurs détracteurs, les camerounais quintuples champions d’Afrique seront bien à prendre au sérieux à la prochaine Coupe d’Afrique des Nations. Galvanisés par leur récente défaite 2-0 au Maroc lors des qualifications, ils seront motivés pour aller chercher leur sixième couronne. Au cours de cette rencontre, ils s’étaient sentis lésés par l’arbitrage.

Hiroo Yamagata – Image Flikr CC-BY-SA 2.0

Les triomphes du football camerounais en Coupes d’Afrique se manifestent « toujours » de façon consécutive. Enclenchée, sa domination s’étend naturellement sur au moins deux ans, voire quatre. Des victoires en 1984 à Abidjan, 1988 au Maroc, après une finale perdue face à l’Égypte en 1986. Des victoires en 2000 au Nigeria, 2002 au Mali. Une victoire 2017 au Gabon, donc en 2019 au Maroc ? L’hypothèse est aussi plausible que lorsque le défenseur Lucien Mettomo était « comme chez lui » dans le nid du rival historique nigérian. Nous sommes le 13 février 2000 au Surulere Stadium de Lagos et le Stéphanois s’apprête à soulever ce trophée orné de ses couleurs vertes et blanches du drapeau des « Green Eagles ». Nigeria – Cameroun, deux buts partout, 120 minutes de grand jeu et de tirs aux buts de folie pour mettre en évidence l’incorrigible paradoxe camerounais. Un contraste entre l’organisation et les résultats sur le terrain, qui n’empêche pas le Cameroun de rester le second plus grand pays de football en Afrique et une référence dans le monde matière cuir.

AnnRos – Image Pixabay CC0

Un mal pour un bien ?

Le Cameroun pays organisateur de la CAN, c’est déjà arrivé une fois. C’était en 1972 et sa sélection se faisait prématurément sortir en demi-finales par le « petit » Congo, futur vainqueur. La victoire des « Diables Rouges » allait permettre au football camerounais de connaître une réforme nationale qui devait changer les fauves blessés en lions indomptables. Une déconvenue oui, mais la CAN perdue a tout pour redevenir un facteur de progression. Les supporters de Samuel Eto’o, Parick Mboma, Rigobert Song, Roger Milla, « Docteur » Abega, Mbida « Arantes », Samuel Mbappé Leppé… le méritent. C’est l’occasion de frapper un grand coup sur ce mode de gestion délicat, réanimer le football local et enfin franchir ce palier.

Gagner ou non la prochaine CAN ne doit rien changer. Le Cameroun a suffisamment fait ses preuves sur son continent : il est temps d’aller conquérir le monde. Et la seule façon d’y parvenir, c’est de s’organiser en dehors du rectangle vert comme un modèle footballistique. La « philosophie du cœur » fonctionne encore dans l’univers de la confédération africaine, mais perd toute son aura au moment de participer au Mondial et à la Coupe des Confédérations. Dans une Afrique qui progresse, il est temps que les lions indomptables deviennent définitivement une icône.

Duncan Hull – Image Flikr CC-BY 2.0