Le sport comme processus de paix

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Accord parental, contenu explicite : l’étiquette est collée. La Punchline est parée pour donner du punch. Booba veut en découdre avec Kaaris. Le D.U.C (surnom de Booba) a choisi d’en finir avec ce clash qui a atteint son paroxysme à l’aéroport d’Orly le 1er Août dernier. Une rixe entre les deux clans qui aboutira quelques semaines après sur des peines judiciaires sans toutefois enterrer la hache de leur guerre.

Aussi, l’auteur de l’album « Trône » propose de placer un uppercut pour mettre cette haine K.O. Légalement, sportivement, il souhaite croiser son ennemi sur un ring. Une bagarre dans les règles de l’art : un combat de MMA qui n’aura pas lieu en France. La pratique du métier interdite dans l’Hexagone, l’octogone s’exportera ailleurs… ou non. Un bellicisme clivant : une proposition pas si mal que ça finalement. Les recettes de la rencontre devraient être reversées à une association et des dégâts collatéraux évités… Le sport est capable de sauver des vies, pourquoi ne pas en profiter ?

Sculpture Weapon par baptiste_heschung – Pixabay CC0

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Il était une fois un temps. Un instant épique où un combat suffisait pour faire la guerre. Une époque barbaresque où dans le but d’éviter des milliers de morts, les armées en belligérance désignaient leurs meilleurs soldats pour se battre jusqu’à la mort. Le vainqueur de la joute donnait la victoire à son escouade et un massacre était empêché. On parle de sport : de la mort fictive d’un adversaire. Achille versus Hector, si Tupac et Notorious BIG avaient été inspirés par Elie Yaffa (vrai nom de Booba) les deux MC seraient probablement encore vivants.

La confrontation sportive ne garantit pas la vie mais réduit profusément les chances de voir l’innocence tomber à vie. United City, elle donne l’espoir d’un monde meilleur. Des gants à la place des gangs, la brutalité dans son élément. Non-violence, un symbole de paix incarné entre les guillemets suivants par un « Big Boss ». Eric Cantona : « La vie est toujours trop cruelle. Tout ce que nous pouvons faire, c’est essayer de passer le ballon et laisser le soleil briller. En espérant qu’il brille pour tout le monde. »

Muhammad Ali en 1967 par Ira Rosenberg – Wikipedia Domaine Public

Peut mieux faire

Le sport canalise la violence. Il fait d’elle un noble art. « Je ne fais la guerre qu’aux rappeurs, ne cautionne la mort d’aucun enfant » pour reprendre Attila (autre surnom de Booba). « Vole comme un papillon, pique comme l’abeille », Mohammed Ali a contribué à la liberté de la race noire en boxant comme Nelson Mandela. Madiba donnait des droites et des gauches pour entretenir la dignité de sa bataille politique. Un succès mondial que le leader sud-africain doit aussi à l’engagement non négligeable de la Confédération Africaine de Football. La première institution panafricaine est la première organisation à lancer la campagne anti-apartheid dans le sport.

Un esprit sain dans un corps sain. Un geste réconciliateur à l’instar de celui de Mourinho pour rassembler les enfants, les avenirs israéliens et palestiniens autour de la même table. Une généreuse œuvre sociale aussi magnanime que les Irlande du Nord et du Sud participant aux Jeux Olympiques pour la Grande-Bretagne aux côtés de l’Angleterre et de l’Ecosse. Ou celui du récent Mondial de handball germano-danois réunissant les deux Corées sous un même étendard.

Les 2 Corées Unifiées par OpenClipart-Vectors – Pixabay CC0

Et comment ne pas revenir sur le technicien lusophone en parlant de Didier Drogba : un de ses plus grands fidèles. En 2007, l’ivoirien a utilisé son Ballon d’or pour cimenter la paix derrière la guerre civile qui a déchiré son pays. Un déplacement trophée dans les bras à Bouaké (dans la zone rebelle) qui succédait à une grande demande. Celle qui parachevait une première qualification de sa sélection à un Mondial (2006). Par la voix de son capitaine, l’équipe nationale de Côte d’Ivoire implora un cessez-le-feu. « Déposez toutes les armes » suppliaient les Eléphants à genoux en Octobre 2005 après avoir battu le Soudan (1-3) à Khartoum.

Didier Drogba par Stefan Meisel – Flickr CC BY 2.0

En Asie pareillement l’altruisme continue de partir en dribbles. La Coupe d’Asie des Nations 2019 en modèle, la Confédération Asiatique de Football (AFC) prend de l’avance en faisant de la Palestine un pays et du Qatar un bienvenu aux Emirats Arabes Unis. Les Marrons (surnom des joueurs du Qatar) affronteront l’Arabie Saoudite sans possibilités d’issues conflictuelles. On passe près des débordements : on les ignore. On esquive les coulées de « laves », de sang donc de larmes. De la sueur on saigne pour soigner la peine…

El Clásico foosball par Gordon Anthony McGowan – Flickr CC BY-SA 2.0

El Clásico : un exemple

« Qui veut la paix, prépare la guerre ». La puissance définit l’intelligence. Aux dépens de l’existence ? Pas exactement. Les enfants ne jouent pas qu’à la guerre. La paix aussi joue un rôle de figurant dans l’éducation des « petits diables ». Les fusils et les revolvers ne sont pas les seuls jouets. Les vraies balles également peuvent sortir des pistolets à eau. Une partie est organisée et tout le monde explose de joie. La joie d’observer une guerre civile se muer en rendez-vous « amical ». Real Madrid – FC Barcelone ou la Maison Blanche échangeant son maillot avec l’Iran.

Le Clásico est un exemple de résolution des conflits par le sport. Les troupes se sont changées en équipes de football et la vie a repris son cours. « Il y’a eu des affrontements très durs, mais rarement violents » disait Nacho Aranda, Directeur de Real Madrid TV en 2001 dans le documentaire sur le Classico de la chaîne Toute L’histoire : Les Grands Duels du Sport. Durant cette projection il marche quasiment derrière Manuel Saucedo. Lequel décèle en ce choc « une réalité de l’Espagne incarnée par le sport ». Le rédacteur de Marca en 2001 ajoutera même : « Voilà ce qu’il y’a derrière. Un conflit sociologique entre le centralisme et le nationalisme catalan qui va grandissant. Il y’a une composante sociopolitique derrière tout cela, qui trouve son reflet dans l’affrontement sportif. »

Albert Camus par DietrichLiao – Flickr CC BY-SA 2.0

Clair de lune

Reflet, solution c’est du pareil au même. Les glandes sudoripares ont pris le pas sur les glands sanguinaires. Le conflit armé entre madrilènes et catalans est devenu un match de football et c’est le plus important. La clarté est faite sur la capacité de l’homme à bonifier sa colère. Il est bien adroit pour ce qui est d’éviter les problèmes sans humilier ses émotions et fatalement diminuer son prochain.

Gardien de but, le célèbre écrivain français Albert Camus a dit une fois : « Tout ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au football que je le dois. » Une phrase, la preuve parmi tant d’autres que la paix peut gagner sur tapis vert. Tel Raymond Aron en 1982, il suffit d’y penser : « Ne boudons pas cette grande fête, non d’amitié, mais de compétition entre les nations par l’intermédiaire d’artistes fragiles. Une compétition soumise à des règles, contrôlées par des arbitres, n’est-ce pas, en dernière analyse, l’image de la seule réconciliation entre les peuples compatible avec la nature des collectivités et peut-être de l’homme lui-même. »

On ne fonde pas sa vie sur la mort. Inévitable, on se sert de la mort pour sauver la vie. Salvador vs Honduras en 1970, Uruguay vs Argentine en 1930, si le football est capable de déclencher les hostilités c’est qu’il peut les arrêter. Hymnes, drapeaux, couleurs, sport, le « So-Cœur » fait la guerre sans tuer.

Pictogramme (Football) par efes – Pixabay CC0

« Le Football, c’est la guerre poursuivie par d’autres moyens » peut dépasser le simple stade de titre d’un livre de Pierre Bourgeade. Le dirigeant nazi Mussolini n’est pas une lumière par exemple. Son assimilation néanmoins des footballeurs italiens à des « soldats de la cause nationale » a éclairé plus d’un. Sa mauvaise idée a indirectement soutenu l’Algérie contre son gré dans sa guerre indépendantiste via l’équipe du FLN. « Casques Bleus » interdits par la FIFA, ses joueurs furent des solides ministres de la volonté algérienne d’émancipation de 1958 à la naissance de leur nation en 1962. Un processus de paix, une utopie ? Possible ! L’intelligence humaine est assez tranchante pour résoudre un conflit en se récréant. Ça s’appelle la raison…