« Le tigre ne réclame pas sa Tigritude, il bondit sur sa proie », disait Wole Soyinka. Le Prix Nobel nigérian de Littérature répondait alors à la Négritude de feux Léopold Cedar Senghor, Aimé Césaire et Léon Gontran Damas. Sans oublier évidemment de laisser des traces pour qui veut l’entendre. Il est temps de donner aux africains leur chance. Semble-t-on suivre ces derniers temps. Dans les footballs européen et africain, des voix s’élèvent pour exiger une reconnaissance de l’intelligence africaine : balle aux pieds. Un appel au secours qui ne fait que conforter ces pensées qui définissent l’Afrique dans son historique. C’est-à-dire un monde qui ne se définit qu’à travers les yeux des européens. Et se projette difficilement dans ceux de ses frères.

Mal aimé FC

Le football est indissociable de la société dans laquelle il se joue. Le manque criant de reconnaissance de la qualité noire n’est pas que liée à l’esclavage et à la colonisation. Ces chocs violents subis par son humanité, se sont greffés en arrivant à des difficultés communes aux terres noires. Celles liées aux valeurs mises en avant au sein de leur collectivité. Et qui dit valeurs, dit surement famille. Frère ! Les techniciens africains sont coincés entre l’irrespect des autres et la défiance des leurs. Frère ! Parce qu’il ne peut pas rentrer chez lui, l’homme noir est dédaigné. Frère ! La familiarité engendre le mépris. Frère !

Un entraîneur africain dans son pays n’est pas considéré comme un spécialiste mais comme un membre de la famille. Frère ! Il peut donc attendre, comprendre, puisqu’on est ensemble. Frère ! Et quand il est recruté, on le paie comme un frère et pas comme un spécialiste. Frère ! On lui donne peu, on lui demande plus : c’est la famille. Frère ! Et dans nombre de familles en Afrique vous trouverez l’histoire de l’enfant qu’on a aimé plus que les autres. Frère ! Donc d’un groupe d’individus qu’on a sacrifié aux dépens d’un seul. Frère ! Le récit d’un ensemble de frustrations devenue communauté. Frère !

Versus

Aussi, l’amour que ce frère n’a pas eu, il le gagne en se construisant un royaume où il sera le seul roi. Quitte à laisser des frères innocents dans le désarroi. L’objectif est de s’éloigner au maximum de cette éducation qui l’a écarté de sa famille. Il veut être au-dessus d’eux pour leur prouver qu’il peut réussir sans eux. Et pour ça, il est prêt à tout. Et souvent à trahir, si c’est le seul moyen de garder sa place élevée. A privilégier un étranger aux dépens de sa personne. Qu’elle soit compétente ou non.

En Afrique, deux types de personnes s’affrontent donc régulièrement. Ceux à qui on a tout donné et ceux à qui on a rien donné. Ce qui signifie qu’un africain devant un autre, c’est potentiellement un homme face à son rival ou devant un prétendant à sa place.

Plus jamais ça

On assiste ainsi à un défilé d’individualismes changé en concurrence farouche. La preuve que si l’Afrique était solidaire, ses enfants ne se plaindraient pas autant. Ce n’est pas qu’elle n’y existe pas, la solidarité. C’est qu’on parle d’une pierre précieuse qu’il faut trouver en creusant profondément. L’histoire du football africain c’est l’histoire de l’Afrique. Celle d’une grande famille éclatée. Maintenant c’est à chacun de ses fils de savoir s’il veut reprendre les erreurs de ses parents. Ou les corriger pour le bien de ses enfants.

Après son élimination en huitièmes de finale de la dernière Coupe d’Afrique des Nations, le Cameroun a décidé de changer d’entraîneur. Clarence Seedorf est parti et Toni Conceicao est arrivé. Au grand dam de Patrick Mboma ou de Rigobert Song, le technicien portugais sera le 3e entraineur des Lions Indomptables en deux ans. Un choix qui intrigue, sans remettre en doute la capacité du quintuple champion d’Afrique à trôner sur son continent.

Jamais à l’heure

Le choix d’un ancien footballeur camerounais aurait été une option judicieuse. Quand on voit le travail de Djamel Belmadi ou d’Aliou Cissé, on est en droit de réclamer un Lion Indomptable à la tête des Lions Indomptables. On attendait de voir cet insigne ambassadeur de l’Afritude se laisser porter par le vent identitaire qui souffle sur ses terres. Encore hélas ! Cette façon de concevoir le football est trop rationnelle pour évoquer le football camerounais. À l’instar d’un lion véritablement indomptable, le Cameroun n’est jamais où on l’attend.

Un esprit 5 étoiles

En effet, les camerounais sont tellement conscients de la supériorité de leur sélection en Afrique, qu’ils savent qu’il suffit d’un homme pour les mener à ce succès. Ils ont l’ADN de la CAN. Et ils n’en doutent pas le moins du monde. Peu importe l’équipe qui sera édifiée, le pays de Roger Milla sera porté par l’esprit de ces incorrigibles rois.

En outre, le Cameroun a gagné 5 CAN avec 5 entraîneurs européens différents. Des techniciens n’ayant eu avant le Cameroun, aucune expérience notoire en Afrique et en dehors.

  • Radivoje Ognjanović : sélectionneur serbe vainqueur en 1984 de la première CAN du Cameroun, la première équipe qu’il a entraînée.
  • Claude Le Roy : le tacticien français était entraîneur d’Amiens en National et de Grenoble en D2, avant de remporter la CAN avec le Cameroun en 1988.
  • Pierre Lechantre : l’ancien joueur de l’OM fût entraîneur du Paris FC en National et de l’AS Le Perreux avant d’offrir au Cameroun sa 3e étoile continentale en 2000.
  • Winfried Schäfer : le surnommé Winnie, est le premier entraîneur vainqueur d’une CAN avec le Cameroun ayant eu une grande expérience avant. Sa plus grande performance restait jusque-là une finale de Coupe d’Allemagne perdue en 1996 avec le club de Karlsruher. Collectif qu’il a dirigé pendant 9 ans en Bundesliga. Avant de signer à Stuttgart et au Tennis Borussia Berlin.
  • Et Hugo Broos : le vainqueur de la Coupe de l’UEFA et de 2 Coupes des Coupes en tant que joueur d’Anderlecht, est le plus grand palmarès des techniciens victorieux de la CAN avec le Cameroun. Le Belge avait déjà entraîné 10 clubs avant de venir au Cameroun. Une dizaine de 27 ans d’expérience faite de 2 clubs algériens : la JS Kabylie et le NA Hussein Dey. De 3 titres de champions de Belgique et 2 Coupes de Belgique avec le FC Bruges et Anderlecht. Les seules couleurs qu’il a arborées sur une pelouse. Lorsqu’il n’était pas convoqué en sélection.

De ce fait, l’ancien Diable Rouge conclut une liste que pourrait bien compléter sans rougir le très décrié Toni. Il sera le seul avec Hugo Broos qui aura remporté des titres avant d’arriver au Cameroun. 2 Coupes et une Supercoupe de Roumanie avec le FC Cluj (un habitué des compétitions européennes) ce n’est pas rien en 17 ans et 13 clubs de carrière. Ce n’est pas ce que le public espérait, mais ce n’est pas la mer à boire non plus. Les anciens joueurs devront être patients. Leur tour est imminent. Il faudra certainement revoir cette manière instinctive de fonctionner à une échelle plus grande. Mais en ce qui concerne la prochaine fête du football africain, ça devrait encore aller.

Un Lion ne meurt pas, il dort

Une équipe qui affronte le Cameroun ne sait jamais à quoi s’attendre. Cette propriété incohérente du foot camerounais est d’ailleurs l’une des raisons des nombreux échecs des clubs camerounais dans les compétitions africaines. La réussite en club est fonction d’un suivi cartésien. Pour y réussir, il faut se projeter dans le temps.

Sauf que dans la tanière, on vit au jour le jour. Les équipes camerounaises ont eu leur heure de gloire : elles attendent leur retour. Pour quand ? Personne ne le sait. Encore moins les camerounais. Ce dont ils sont sûrs cependant, c’est qu’il ne faut jamais enterrer le cœur d’un champion. Et la force de ce champion olympique est celle du plus dangereux des félins : l’effet de surprise. Une équipe sans botte secrète est un collectif voué à l’échec. Les grandes équipes sont celles qui savent entretenir leur caractère imprévisible. Celui-là même dont la qualité principale se trouve dans sa définition.

Recalé pour une histoire de permis de travail, Percy Tau ne peut toujours pas jouer pour l’équipe qui l’a enrôlé. Voilà bientôt deux ans que le Bafana Bafana a quitté les Mamelodi Sundowns pour Brighton & Hove Albion : sans arriver à destination. La raison : pas assez de matches dans les jambes pour mériter la Premier League. « Heureusement », on va dire. Sinon le talentueux gaucher n’aurait pas signé dans un club européen un peu plus digne de son standing : une équipe qui jouera la Champions League.

Paradoxes

Percy Tau a quitté l’Afrique du Sud en 2018. Auréolé d’un titre de champion d’Afrique 2016, le vainqueur de la Supercoupe de la CAF 2017 gagne l’Europe après 5 ans passés sur le Continent Noir. Le but est de prouver qu’il a le niveau pour évoluer dans le Vieux Monde. Un choix guidé par un défi qui commence en D2 Belge pour le double vainqueur de la ABSA Premiership.

Aussi, Brighton le prête au RU Saint-Gilloise. Le meilleur buteur du championnat sud-africain en 2018 s’y impose facilement. Inscrit 12 buts en 35 rencontres. Et est logiquement élu meilleur joueur du championnat. Une performance jugée insuffisante pour les autorités compétentes. Le mondial des clubs auquel il a participé ne suffit pas. L’ancien des Spurs (de Witbank) devait prendre part à la finale de la CAN 2019 pour jouir de ce plaisir. En outre, malgré une Coupe d’Afrique aboutie, le Brésilien ne pratiquera pas le football au pays du football. Le fait que sa sélection ait sorti celle de Salah en huitièmes (et à domicile), ne lui concède pas encore ce droit.

Bien mieux que rien

Le FC Bruges saute alors sur l’occasion et attire l’attaquant sous forme de prêt. Une transaction judicieuse. Un transfert qui permet au géant belge d’occuper la première place de la Jupiter League. Mais aussi et surtout de se qualifier pour la prochaine Ligue des champions. Prouesse que les brugeois doivent en grande partie à la technique de leur recrue estivale. Auteur de 2 buts en championnat, le natif de Witbank sera le facteur X de cette double confrontation victorieuse contre les autrichiens de Linz. Son impact sur le jeu étant à l’origine des deux dernières réalisations de son écurie.

South Africa Fans Celebration at Soccer City par Celso FLORES – Wikipedia CC BY 2.0

Enfin chez moi

Le finaliste de la C1 1978, passe ainsi d’un dangereux 1-1 à une nette victoire 3-1. L’attaquant de 25 ans causera le corner du but de la délivrance. Et sera passeur sur le but du K.O. Dans la poule A du PSG, du Real Madrid et de Galatasaray, il retrouve de ce pas les premières loges. Les sensations d’une compétition qu’il a gagnée chez lui en Afrique. Sera-t-il capable de réitérer son exploit ? Nul ne le sait. S’il y a une certitude cependant, c’est que jouer les premiers rôles en Belgique, c’est mieux que lutter contre la relégation en Angleterre. Le niveau du football africain d’élite n’équivaut pas à celui de la seconde division européenne.

*Surnom des joueurs du Mamelodi Sundowns

Ceci n’est qu’une suggestion, mais les Lions indomptables pourraient bien être les nouveaux champions d’Afrique. Sur son nouveau maillot, le Cameroun a été privé des cinq étoiles qui font sa fierté. Ses cinq Coupes d’Afrique… Mais ce n’est pas grave. C’est le signe d’un nouveau départ. Une nouvelle ère commence.

Zambo Anguissa par Кирилл Венедиктов – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Cocorico

Pour étoffer la thèse d’un Cameroun victorieux, on avait déjà évoqué la présence d’une paire de gardiens exceptionnels dans son effectif. Nkono – Bell, Alioum Boukar – Songo’o, Ondoa – Onana, un argument aujourd’hui soutenu par la marque qui bombera leur torse : le Coq Sportif.

Un retour qui marquerait le début d’une autre période dominatrice pour le football camerounais. En effet, la première fois que les Lions Indomptables ont fait trembler le monde, ils portaient une tunique dessinée par la griffe du gallinacé. Le roi de la basse-cour rencontrait alors le roi de la jungle pour une Coupe du Monde 1982 inédite.

Une première pour les coéquipiers de Roger Milla. Trois points, zéro défaite : une sortie la « crête » haute au premier tour. Un tiercé gagnant de matches nuls à l’origine d’une heure de gloire qui les conduira deux ans plus tard à leur premier trophée international : la CAN 1984.

Cocorico 2.0

1984 où l’année qui décrit bien cet autre fait qui devrait mener le Cameroun à une sixième étoile. Une année marquant la naissance de deux grandes écuries mondiales : la France championne d’Europe pour la première fois et le Cameroun champion d’Afrique pour la première fois. L’expression d’un parallélisme qui veut que les périodes fastes des Bleus coïncident toujours avec celles des Félins.

Entre 1982 et 1988, la France remporte l’Euro 84 et joue deux demi-finales de Coupe du Monde. Pendant que le Cameroun remporte deux Coupes d’Afrique (1984 et 1988) sur trois finales successives jouées. Entre 1998 et 2002, la France remporte la Coupe du Monde en 1998 et l’Euro en 2000. Pendant que le Cameroun remporte successivement deux autres CAN en 2000 et 2002. Et entre 2017 et ce jour, la France a été championne du monde en 2018. Et le Cameroun a remporté la CAN en 2017 (et 2019 ?).

We The North

Lorsqu’on évoque les favoris pour la CAN 2019, le Sénégal revient naturellement. On voit le Onze d’Or 2019 Sadio Mané et ses nombreux coéquipiers titulaires sur le Vieux Continent. Omnibulé à juste titre, on se range et omet qu’il y a eu la Côte d’Ivoire de Didier Drogba avant eux… : que pour remporter ce trophée, jouer en Europe ne suffit pas. Le niveau de la CAN est plus élevé que celui de la Ligue des Champions et des autres compétitions Européennes de club. Les meilleurs joueurs Africains du monde réunis, la Zambie de Kalaba et l’Égypte d’Aboutrika l’ont prouvé : il faut un supplément d’âme pour aller la chercher. D’autant plus que celle-ci ne se joue pas dans un endroit anodin.

Jouer et gagner en Égypte demande une force de caractère au-dessus de la moyenne. Une personnalité très forte que seules trois équipes possèdent au sud du Sahara : le Cameroun, le Ghana et le Nigeria. Les frères ennemis sont les seules équipes d’Afrique subsaharienne à avoir remporté une CAN en Afrique du Nord. Ne pas les citer comme favorites est une grosse erreur. Mais bon, on est habitué. Tu peux être sextuple, quintuple, quadruple ou triple champion d’Afrique et ne pas être favori pour soulever la Coupe d’Afrique. Cependant…Quoiqu’on dise, le Cameroun et l’Égypte restent les potentiels vainqueurs de la prochaine Coupe d’Afrique. Ce sont les derniers finalistes et les deux meilleures équipes du Continent.

Tunis, le 31 mai 2019 au Stade de Radès. Perdu dans un nuage épais né de fumigènes, le cuir. Un ballon qui part de l’entrée de la surface pour son flanc gauche. Centre, tête et la toile d’araignée de Jridi est nettoyée. On joue la 58e minute, le Wydad de Casablanca répond à la sublime frappe enroulée de Belaïli et revient au score. Un but clair, une action contestée. L’arbitre Bakary Gassama doute et annule l’égalisation d’El Karti. Stupéfait, Noussir son capitaine va rencontrer l’officiel Sénégalais et réclame la vidéo… : la vidéo ne marche pas. Consternés, les Marocains refusent de reprendre le match. Le temps s’écoule : la fin est sifflée. L’Espérance de Tunis l’emporte et reçoit son trophée. Une joie immense, nous sommes en finale de Ligue des Champions.

L’Espérance de Tunis en 2011 contre le Wydad de Casablanca en finale de Ligue des champions par mustapha_ennaimi – Wikipedia CC BY 2.0

Contrastes

Quand on a vu la finale entre Tottenham et Liverpool. Lorsqu’on se remet celle entre l’Espérance de Tunis et le Wydad de Casablanca, on se demande ce qui se passe réellement en Afrique. Le football Africain peine toujours à mûrir et c’est dans son domaine supposé le plus développé qu’on le constate amèrement.

Jouer en Afrique du Nord est devenu un véritable supplice. Même le Wydad qui y siège n’a pas pu supporter ce que le club Angolais de Primeiro de Agosto a enduré l’an passé. Les Wydadis ont encore démontré que jouer « chez eux » ; se rendre dans cette partie du monde pour un match relève presque de l’héroïsme. Les histoires racontées par ces enceintes donnent souvent la chair de poule. Et le pire c’est que ça va de mal en pis.

Supporters tunisiens au Stade Olympique de Radès par Anja S. in Radès Stadium for DrFO.Jr.Tn – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Un passé ultra présent

On aurait pourtant espéré le contraire. Après la mort d’Albert Ebossé, les choses auraient dû bouger. Hélas, rien n’a changé. Le retour dans le futur est plus que jamais acté. Les bus des visiteurs caillassés, les supporters ont conservé leur show bouillant : leurs lasers verts. Objets très dangereux qu’ils promènent sur le visage des joueurs adverses en toute impunité. Inconscience qui peut sérieusement endommager la vue des personnes sur lesquelles le réflecteur est utilisé.

Le cœur apaisé, on aurait pu se souvenir de Sénégal – Tunisie à la CAN 2004. De ses 10 minutes au moins d’arrêts de jeu : de la colère d’El Hadji Diouf… Du 18 Juin 2000 à Tripoli lors des éliminatoires du Mondial 2002, le Cameroun et son staff arrosés de pierres. Triplé de Patrick Mboma, une victoire 0-3 qui provoquera le courroux de ce public nord-africain difficile à battre. Des fans qui ont de qui tenir cependant, leurs idoles leur montrant la voie. Exemple : RS Berkane – Club Sfaxien.

Tifos des supporters du Club Sfaxien par Citizen59 – Wikipedia CC BY 3.0

Demi-finale retour de la Coupe de la CAF 2018/2019, on va encore assister à du jamais vu. Vainqueur à l’aller 2-0, les Sfaxiens perdent 3-0 chez leurs voisins Berkanis. Une déconvenue due notamment à un arbitrage calamiteux. Lequel néanmoins, ne mérite pas d’être réprimandé de cette façon… Wassim Hnid, Houssem Dagdoug, Aymen Harz, les joueurs. Mahmoud Masmoudi l’entraineur adjoint et son compère Karim Ghorbel se sont tous rués sur l’arbitre Maguette Ndiaye et l’ont frappé. Une image indescriptible, des vestiaires saccagés, les sanctions de la CAF tomberont sans rien changer. Sans réussir à nous faire oublier ce fameux Guinée Equatoriale – Tunisie de la CAN 2015.

Mauvais arbitrage, défaite, l’inconduite à ses aises. Les Aigles de Carthage accusent l’arbitre Mauricien Seechurn Rajindrapasard de partialité. Le lui font savoir à leur manière, évidemment. Se rendent aux vestiaires. Les vandalisent et refusent de s’excuser. Un classique, une conduite à des années lumières de celle du Japon après sa défaite contre la Belgique en Coupe du Monde. Défaits 3-2 en huitièmes, les Nippons avaient quitté la compétition après avoir nettoyé le vestiaire.

Siège historique de l’Espérance de Tunis par Moumou82 – Wikipedia (Domaine Public)

De la tête aux pieds

Aussi on attend toujours que ce football se vide de ses tares. Que les dirigeants de ces entités bien structurées passent outre leur passion excessive pour définitivement progresser : aider l’Afrique à progresser. Même s’ils ne se considèrent pas souvent comme des Africains, ils devraient y songer. Regarder la vérité en face et rappeler leurs supporters à l’ordre. Car si le Maroc n’a pas été choisi pour le Mondial 2026, c’est aussi parce que le Continent Noir lui a tourné le dos.

L’Angleterre a perdu sa royauté le jour où ses supporters ont dérapé. Si aujourd’hui ils sont revenus au sommet, c’est parce qu’ils ont su recadrer leur part d’ombre. Cette attitude peu louable permet aux clubs Maghrébins de gagner des matches. Mais donnent une très mauvaise image de leur gestion. Surtout qu’elle semble majoritairement orientée vers les équipes sub-sahariennes.

Lors des compétitions mondiales jouées au Maroc par exemple, aucun débordement excessif n’a été noté. Enregistré dans les mêmes colonnes que ce qui a pris l’habitude de se passer au Stade Municipal de Berkane. Le Jaraaf, le Raja… l’hospitalité du RSB a quasiment perdu sa crédibilité sur le plan sportif. Professionnel, le club d’Alain Traoré gagne des matches mais reste enclavée par les casseroles qu’il traine. L’accueil, l’arbitrage…

SyntekExifImageTitle ( Ville du 6 Octobre où siège la CAF) par Ahmadpontymageed – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Au sommet de la pyramide

Un supporter, des joueurs et des patrons qui font tout pour que leur équipe gagnent : c’est compréhensible. Mais quand l’instance qui est chargée d’équilibrer les chances n’arrive pas à punir leurs inadvertances : ça devient triste. La CAF siège en Égypte et s’est réunie à Paris pour trouver une issue à la crise née du « Radès Gate ». Conclusion : la finale sera rejouée en terrain neutre. Pourquoi ? Parce qu’un club s’est arrêté de jouer. S’il fallait que toutes les équipes refusent à chaque fois de terminer les matches pour des buts injustement refusés, où irai le football ?

Certes ce n’est pas normal que la vidéo ne marche pas lors d’un tel événement. Toutefois, s’arrêter pour un motif de ce genre c’est maladroit et pas du tout Fair Play. Les Sang et Or (surnom des joueurs de l’Esperance de Tunis) méritent leur quatrième titre. Les erreurs sont à la portée de tout le monde. La déférence envers les institutions est la seule expression sportive encourageante. Respecter les décisions arbitrales est un devoir. Refuser de le faire c’est se mettre au-dessus des règles.

Le président Ahmad Ahmad a déclaré avoir été menacé par le président de l’Espérance de Tunis :

« Le président de l’Espérance de Tunis m’a menacé devant des témoins. Des grands présidents de club en Afrique condamnent les pratiques de ce club, mais nous n’avons pas de preuves. Pourquoi la VAR marche partout mais pas à Tunis ? »

Vrai ? Faux ? Pourquoi la VAR marche partout mais pas à Tunis ? C’est à la CAF de répondre à cette question qui n’a pas lieu d’être. C’est elle qui est en charge de l’arbitrage. Pas à l’EST. Ce type de sortie dénote un gros souci. Une suite logique. Le football de l’Afrique « Blanche » se sent supérieur à la CAF. Un état des faits que celle-ci semble cautionner. L’arbitrage, on n’en parle même plus. La peur ? Là-bas on n’est jamais à l’abri d’une grossière erreur. On s’y fait presque… Eux non, bizarrement.

Supporters égyptiens par Citadelite – Wikipedia CC BY-SA 3.0

RDV

Le désordre n’a pas de nationalité. Le but n’est pas de stigmatiser un football. Mais de montrer du doigt un déroulement inacceptable qui semble s’éterniser. Les Pharaons, la plus grande équipe du Berceau de l’Humanité nous vient de ce pan : son côté septentrional. Ils nous incombent donc de le protéger. Et seule la vérité protège. Dire que le football Africain se porte bien après ce qu’on a vu à Radès le 31 mai dernier, c’est mentir. Si elle ne veut pas rester au fond du classement, l’administration Africaine du sport roi doit trouver des solutions. Il y va de sa dignité, de la qualité de la CAN 2019 en Egypte et des prochaines compétitions qui se joueront au nord du Sahara.

Qu’ils sont rares de nos jours, ces entraîneurs de grands clubs européens qui font aveuglement confiance aux joueurs Africains. Ces techniciens en mesure de mettre l’intelligentsia du Continent Noir au centre de leur philosophie tactique. Des managers à l’image de Mourinho, capables d’acheter Adebayor le Togolais et Essien le Ghanéen au Real Madrid. D’insister pour avoir Drogba l’Ivoirien quand on lui propose Adriano, le Brésilien. D’échanger (la joie au cœur) Zlatan Ibrahimovic contre Samuel Eto’o, le Camerounais. Bref de remettre chacun à la place qu’il mérite. Depuis le FC Porto avec Benny McCarthy le Sud-africain, le Special One n’a jamais « évolué » dans un club sans emmener un Africain avec lui. Et quand on sait le succès qu’il a eu, on comprend pourquoi… Pourquoi Jürgen Klopp semble depuis environ 5 ans maintenant, marcher sur ses traces.

Jürgen Klopp (au centre avec les lunettes) par Martin Davidsen – Wikipedia CC BY 2.0

L’audace d’espérer

Après le retournement épique auquel on a assisté à Anfield le 7 Mai passé, plus personne ne peut nier la force de Jürgen Klopp. Le manager Allemand mérite amplement cette récompense qui couronne son gros travail. José Mourinho :

« Pour moi, cette Remontada porte un nom : Jürgen. Je ne parle pas de tactique, je ne parle pas de philosophie, je parle de cœur, d’âme, de l’empathie fantastique qu’il a créée avec son groupe de joueurs. Il mérite de remporter cette Ligue des Champions. Vraiment, je le lui souhaite. »

Un vœu sincère, un énoncé qui contredit le « personne ne veut que Liverpool gagne » de Raheem Sterling. Et anoblit encore la bonne qualité du management du natif de Stuttgart. Une consécration qu’il doit aux choix courageux qu’il a faits depuis son arrivée à Liverpool en 2015. Des options surprenantes qui donnent depuis des frissons dans le dos. Dans ce nouveau football où pour remporter de grands trophées, il faut des grands noms.

On ne gagne pas la Ligue des Champions ou la Premier League en renouvelant sans cesse sa confiance à Divock Origi (qui ne joue pas). En allant chercher Wijnaldum chez le relégué Newcastle. En remplaçant Suarez par Firmino d’Hoffenheim. En allant prendre Robertson à Hull City. Ou encore et surtout en transférant le Camerounais Matip de Schalke 04, le Sénégalais Sadio Mané de Southampton, l’Egyptien Mohamed Salah de l’AS Roma et le Guinéen Naby Keita du RB Leipzig. Et ce après avoir laissé partir le Brésilien Coutinho en janvier. On ne soulève toujours pas la « coupe aux longues oreilles » en tentant ce genre de coup. On va en finale de C1 deux années successives… en espèrant que cette fois sera la bonne.

Sadio Mane par Werner100359 – Wikipmedia Commons CC0 1.0

Une victoire pour l’Afrique

En face de Klopp à Madrid ce sera un autre entraîneur qui attend un trophée depuis très longtemps. Un premier, une première pour Mauricio Pochettino et Tottenham. Ou un début de succès pour l’ancien milieu du FSV Mayence 05 en Europe. Il le mérite bien après ses trois finales perdues à Dortmund en 2013 (C1) et à Liverpool en 2016 (C3) et 2018 (C1). Il offrirait ainsi à l’Afrique un véritable sacre. Un bonheur doublement fêté si Arsenal et son ancien protégé au BVB, le Gabonais PEA, venait à remporter la Ligue Europa. Ce serait alors une belle récompense pour le « Footballeur Africain » au vu de la saison exceptionnelle de ses stars. Ziyech, Onana… et ces attaquants qu’on ne se lasse pas de citer : Mané, Salah et Aubameyang. Les trois meilleurs buteurs de Premier League cette année avec chacun 22 buts. Des finisseurs hors-normes naturellement portés par le milieu Naby Keita (dit Déco) et le défenseur central Joël Matip. Lequel stoppeur aura été indomptable aux côtés de Van Dijk dans la seconde moitié de la saison. Et spécialement face au Barça…

Soccer China Africa par Eric_Manzi – Pixabay CC0

Africa Football Club

Lorsque José allait chercher Salah au FC Bâle, il savait ce qu’il faisait. Le Pharaon n’a pas assez joué à Chelsea, mais il a appris la PL sous les ordres du Portugais. Une férule convaincue par le génie Africain. Il l’a vu à l’œuvre. Il l’a mis à l’épreuve. Et il sait que sa réussite n’est pas fortuite. Elle est évidente. C’est normal que Kalidou Coulibaly, Mané, Salah et Aubameyang fassent partie des meilleurs joueurs du monde. Ils sont les héritiers d’une lignée exceptionnelle qui partage les mêmes origines que le roi Pelé. La preuve qu’en gardant ta nationalité Africaine tu peux faire une grande carrière.

Ce n’est donc pas grave si on songe à eux beaucoup plus en D2 ou quand il n’y a pas ou plus de moyens. Si lorsqu’on pense superstar, on ignore les « black stars ». On ne fait que conforter Pep dans sa belle philosophie de jeu. Idées rationnelles qui préfèrent Phil Foden le meilleur joueur de tous les temps, à Riyad Mahrez le meilleur joueur de Premier League en 2016. Dans ce sprint (finalement gagné) pour le titre, l’Algérien n’aurait pas pu faire ce que la pépite Anglaise a fait. Son but à Brighton le confirme : les choix de son coach étaient les meilleurs. Judicieuses options du Catalan : preuves qu’il n’y a pas que le sport dans le football.

Football à la plage en Afrique par dongpung – Pixabay CC0

Il y’a aussi le feeling, l’autre nom du marketing. Toutefois, signer un joueur pour sa valeur mercatique, c’est recruter un mannequin et perdre un footballeur. Et le maître penseur des Scousers (surnom des joueurs de Liverpool) l’a en tête. L’avantage de compter un joueur Africain dans ses rangs, c’est celui d’avoir un footballeur acheté (et vendu) pour ses prouesses. Son pays souvent « pauvre », il ne vient pas vendre un nombre incalculable de maillots. Encore moins attirer les plus prestigieux sponsors. Il vient jouer au football…

Laissée orpheline depuis son retrait des « mains » du Cameroun, la CAN 2019 s’est trouvé un nouveau tuteur. Il s’agit de l’Égypte. Aux pieds des pyramides se jouera donc l’aînée des Coupes d’Afrique des Nations à 24 équipes. La première des sélections africaines, un choix historique. Une révolution qui cependant n’élude pas le doute épais quant à la portée de ce format pour le football africain. L’Afrique a-t-elle vraiment besoin de passer à 24 pour grandir ?

Sculpture par Meelimello – Image Pixabay CC0

Les chaînes de l’histoire

La collision historique entre l’Afrique et l’Europe a forcé les africains à réécrire leur histoire. Les ballons trouvés dans les tombeaux des pharaons égyptiens ont été depuis doublés par la colonisation, après l’esclavage. Un repère nouveau a été dessiné et le continent noir est reparti à zéro quand l’Europe, elle, était bien avancée. Bien que la culture occidentale ait été génialement assimilée, les Africains sont restés derrière dans tous les domaines, dont le football. Le Vieux continent a plus d’un siècle de ballon rond. Les suivre sera quasiment impossible. Ce n’est pas en passant de 16 à 24 qu’on atteindra leur niveau footballistique. C’est aller trop vite en besogne que de faire ce choix d’évoluer. L’Afrique doit prendre son temps pour construire son histoire balle au pied.

Allianz-Arena in weiß par Sönke Biehl – Image Flickr CC BY-SA 2.0

Un but économique

L’impact de l’Histoire se vérifie également dans l’aspect infrastructurel. L’évolution du professionnalisme en Europe est indubitablement liée à la Révolution industrielle du 19e siècle. Une mutation qui part notamment de l’Angleterre pour s’étendre au monde. La construction d’infrastructures sportives est donc une trivialité depuis les années 1800, époque où les noirs sortaient progressivement de l’esclavage pour entrer dans la colonisation.

Si le sport arrive souvent à la fin de la progression d’un pays pour couronner son essor attesté, il est aussi et surtout une entreprise d’entretien. Le but est économique. On crée de l’emploi pour distraire ceux qui ont fini de travailler. Le jeu comme métier perd sa viabilité dans les sociétés où le travail est encore un projet. Une infrastructure est la manifestation d’une idée. Elle ne devient utile que lorsque son édification permet l’évolution de la société où elle est érigée. Un stade doit être construit pour remplir les caisses de l’Etat et réduire le chômage. Est-ce le cas en Afrique ? Pas vraiment, étant donné que le football ne nourrit pas encore son homme ; autochtone ici. Sa pratique y reste dans la plupart des cas amateur.

Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

Entracte

L’intervalle de temps entre les Coupes d’Afrique constitue pareillement un problème pour l’organisation de ces CAN à 24. Toutes les compétitions à 24 équipes ou plus sont organisées tous les 4 ans. Même chez les plus nantis, on donne au moins 8 ans pour se préparer. 2 ans c’est très court ! L’Afrique ne peut pas se permettre un tel luxe.

L’organisation d’une CAN tous les 4 ans redonne de la valeur au tournoi. Plus attendu, il devient plus attractif. De plus, il résout le problème du représentant africain à la Coupe des Confédérations. Le Cameroun par exemple (champion d’Afrique 2017) a pris la place de la Côte d’Ivoire (champion d’Afrique 2015) en Russie en 2018. Les Lions auraient dû battre les Éléphants pour aller à Moscou. Avant chaque Coupe des Confédérations, une sorte de Super Coupe d’Afrique des Nations devrait être organisée entre les deux derniers vainqueurs de la CAN. Ce choc au sommet désignera un représentant africain légitime à ladite compétition.

African Players par PhotographerPN – Image Pixabay CC0

Pragmatisme

La CAN en tant que tournoi biennal est une réalité résolument obsolète pour l’Afrique. Sauf évidemment si les exigences d’organisation sont réduites à la baisse. Et même… 8, 12 ou 24 équipes, toutes les compétitions continentales sont espacées de façon quadriennale pour donner un côté « éclipse » à leur rayonnement. Aussi peu importe le laps de temps, l’organisation de la CAN exige de l’efficacité. Cette dernière doit prendre le pas sur l’opulence inutile.

Le football est un facteur de développement. Pour permettre la croissance des sociétés africaines, l’organisation de la CAN a la responsabilité d’être rotative. La paix suffit en tant que seule condition sine qua non. Tous les pays africains doivent se frotter à la discipline d’un tel événement. Une fête que chacun organisera en fonction de sa situation économique. La qualité d’une infrastructure se trouve dans son efficacité pas dans sa grandeur. La CAF a l’obligation de tirer le meilleur de chaque société africaine grâce au football. La Coupe d’Afrique a la capacité de démystifier l’organisation du sport roi en particulier et le développement de l’Afrique en général.

Mubarak Wakaso tosses in a free kick against the Guinea defence par Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

La valeur des infrastructures d’un pays devrait être fonction de son niveau de développement. Ça ne sert à rien d’avoir une enceinte cinq étoiles dans une société une étoile. Une arène une étoile professionnellement achevée suffira. Etre pauvre c’est aussi refuser d’accepter ses conditions de vie. Le football africain ne se porte pas bien ! Rien ne sert de jouer les fiers. La CAF se comporte comme si tout allait pour le mieux. La Coupe d’Asie des Nations est passé à 24 tel l’Euro : l’AFC en a les moyens, l’Afrique non. La Confédération Africaine a les mêmes problèmes que la CONCACAF. Si la Gold Cup passe à 24, seuls les Etats-Unis, le Canada et le Mexique seront capables de l’organiser. Ils sont peu ces africains qui peuvent tenir une CAN à 24 avec le cahier de charge actuel de la CAF. Il faut une refonte totale du football africain pour cette CAN…

Soccer par Odwarific – Image Pixabay CC0

Retour à l’essentiel

La particularité du sommet d’une montagne est sa surface réduite. Sa contenance se résume ainsi à une poignée de personnes, d’où sa valeur unique au-dessus de la base. 24 équipes sur 55 possibles est un ratio qui n’honore pas la Coupe d’Afrique des Nations. Pratiquement un sur deux, autant organiser des matchs aller-retour où les vainqueurs seront directement qualifiés. Ce sommet du football africain a besoin des meilleurs pour entretenir sa valeur et 16 participants, c’est parfait. Faire plaisir aux petites équipes ne rend service à personne. Ni à la compétitivité ni à elles-mêmes ! La Lettonie a plus de mérite d’avoir joué un Championnat d’Europe à 16 que Madagascar qualifié pour une CAN à 24. Même si ça reste un faux débat. 16 ou 24, c’est le terrain qui décide. Si les Pays-Bas ne se sont pas qualifiés pour l’Euro 2016, c’est qu’ils n’avaient pas le niveau de l’Islande à ce moment. Vivement la CAN 2019 !

Un footballeur noir a récemment encore été victime d’insultes racistes. Il s’agit de Kalidou Koulibaly. Parmi les meilleurs défenseurs du monde, le Sénégalais n’a pas pu supporter cette attitude de supporteurs insupportables. Le football européen vit ainsi le deuxième acte de ce type en l’espace d’un mois. Le premier était survenu le 8 décembre dernier à Chelsea et le joueur visé était le cityzen Raheem Sterling. Comme à l’accoutumée il y’a eu une vague d’indignations sans véritables changements. Kalidou n’est pas le premier, il ne sera pas le dernier martyre de ce cas désespérant. Les cris de singe ne sont que le témoignage d’un malaise plus profond.

Tunnel par Free-Photos – Image Pixabay CC0

Dangereux

L’insulte dans sa définition la plus simple est la manifestation d’une certaine colère. On tente alors par tous les superlatifs possibles d’attenter à la dignité de l’autre. L’objectif est de sortir debout de l’opposition en le détruisant mentalement. Et pour atteindre son but, l’insultant peut donner à son expression une toute autre proportion. Raciste ici car il sait que les footballeurs noirs ont horreur de ce genre d’invectives. Une haine liée à l’histoire qui fit d’eux des descendants de « sous-hommes ».

Martinique par Orythys – Image Pixabay CC0

Le supporteur ne cherche qu’à mener son équipe vers la victoire. Il pense comme Marco Materazzi face à Zidane en 2006. L’ancien Interiste s’est certainement dit que son équipe et lui perdraient si le Français continuait le match. Ce dernier devait sortir d’une façon ou d’une autre pour que la Squaddra Azzura soit championne du monde : c’est tout. Il est allé loin, très loin même, et a emmené Zizou avec lui. Il a poussé le Bleu à dépasser les bornes de sa tolérance et l’Italie a remporté la Coupe du Monde. Ça s’appelle l’envie de gagner. Ce n’est pas forcément de la méchanceté. Une finale de Coupe du Monde pour un footballeur c’est toute une vie. C’est pareil pour certains supporters. Nous avons tous déjà entendu cette phrase générique : « Ce club c’est toute ma vie. »

Les tifosis de l’Inter savaient que Naples sans Koulibaly était prenable, et ils avaient raison. Dès que le roc est sorti, il y’a eu un but et une victoire 1-0 des Nerazzuri (surnom des joueurs de l’Inter de Milan). C’est aussi ça le football. Et un footballeur noir doit se préparer à vivre tout ça lorsqu’il signe dans un club. Aux grands maux, les grands remèdes. Ce n’est pas une histoire de noirs et de blancs : c’est un problème humain. C’est la vie, les offenses sont pour tout le monde.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA par Oscar – Image Flickr CC BY 2.0

Les noirs ne doivent pas toujours tout ramener à la couleur de leur peau. Si on secoue un manguier c’est qu’il a des mangues, dit un proverbe africain. Si tes adversaires te taclent trop ce n’est pas parce que tu es noir ; c’est parce que pour eux tu es dangereux. Lorsqu’on te lance une banane mange la ou ignore la, ne glisse pas dessus : c’est dangereux. La légitimité du geste est laissée à l’appréciation de l’arbitre. C’est à lui de veiller au bon déroulement d’une rencontre pas aux supporteurs. La loi ne peut empêcher personne d’être raciste mais elle a le devoir de préserver sa communauté du racisme. Elle n’est pas garante de l’intégrité des hommes. Elle veille à l’équité dans la société.

Punishments par Mohamed Hassan – Image Pixabay CC0

L’ironie du sort

La société en question ici, c’est le football européen. Pas italien parce que le racisme n’a pas de nationalité. L’Italie a sauvé plus de 700.000 migrants d’une mort certaine. Ce qui s’est passé en Série A s’est déjà produit en Liga, en Ligue 1, en Premier League, etc. Il appartient donc aux hautes instances du football européen de régler ce problème. Si la Fédération italienne de football n’en est pas capable que l’UEFA (voire la FIFA) se saisisse de la situation. Des sanctions doivent pouvoir tomber dès que de tels agissements sont signalés. Ce match aurait dû être arrêté. Koulibaly exclu, l’arbitre central M. Paolo Mazzoleni aggrave les faits et entraîne les institutions du football italien (et européen) dans l’erreur. Ils exaucent les souhaits de ces ultras et participent ensemble à cette animosité.

Pourquoi donner un carton jaune à un joueur qui applaudit pour évacuer son mécontentement ? Cette sanction basée sur l’ironie est infondée. Dans une activité physique comme le football on ne peut pas se permettre de jouer les psychologues. Les faits sont là. Sont-ils vilains ou non ? Telle est la question. Les insultes sont ignorées et les applaudissements sanctionnés… c’est absurde. Entre un joueur qui insulte un arbitre et un autre qui l’applaudit, lequel est le plus à même à être puni ? On ne peut pas sanctionner un joueur qui fauche au même titre qu’un autre qui applaudit. C’est un abus et mercredi 26 décembre, ça s’est vu. Le deuxième jaune de Koulibaly était injustifié. Ces cartons donnés derrière un « clapping » doivent disparaître. Le football est émotionnel et canaliser ses émotions dans la non-violence n’a jamais fait de mal à personne. La mauvaise considération de l’Homme noir en général, si…

Abandoned Buildings par Christels – Image Pixabay CC0

« L’univers ignoré »

En phase finale de Coupe du Monde, sur 32 places disponibles l’Afrique dispose de 5 et l’Europe de 14. Pour changer ça, la FIFA augmentera le nombre total de participants d’ici 2026. Au lieu d’équilibrer, on passe à 48 et la solution perd en compétitivité. Au mondial des clubs le champion d’Afrique joue deux matchs pour atteindre la finale, le champion d’Europe un seul. Une évolution remarquable toutefois puisqu’avant la Coupe Intercontinentale se jouait entre deux continents : l’Europe et l’Amérique du sud. Le vainqueur de la Ligue des Champions et celui de la Copa Libertadores s’affrontaient pour désigner le champion du monde des clubs.

Quand un supporteur européen s’imprègne de cette répartition il se dit simplement : ils sont inférieurs à nous. Et si entre temps il s’engage à lire Victor Hugo pour élever sa pensée, il ne réagit pas forcément comme Alexane Ozier-Lafontaine devant ces mots : « La Méditerranée est un lac de civilisation ; ce n’est certes pas pour rien que la Méditerranée a sur l’un de ses bords le vieil univers et sur l’autre l’univers ignoré, c’est-à-dire d’un côté toute la civilisation et de l’autre toute la barbarie. (…) Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire. Une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe. Rome l’a touchée, pour la supprimer ; et, quand elle s’est crue délivrée de l’Afrique, Rome a jeté sur cette morte immense une de ces épithètes qui ne se traduisent pas : Africa portentosa! (Applaudissements.) (…).»

Le célèbre auteur de l’œuvre « Les Misérables » ajoutera même « L’Afrique importe à l’univers » pour mieux agréer les velléités de colonisation de la « barbarie » par « la civilisation ». Nous sommes le 18 Mai 1879 à « un banquet commémoratif de l’abolition de l’esclavage » présidé par l’écrivain humaniste. L’expression d’un dédain qu’il ne partage pas qu’avec des caucasiens. Les bons élèves fourmillent sur la planète.

Gandhi par Dcprotog – Image Pixabay CC0

En Afrique du nord par exemple, le trafic des migrants en Lybie, la mort de l’attaquant camerounais Albert Ebossé en Algérie ou celle plus récente de Falikou Coulibaly à la Soukra, président de l’Association des Ivoiriens de Tunisie, attestent de la considération simpliste qu’on a des noirs dans le monde, footballeurs ou pas. Même les non-violents n’ont pas été tendres avec nous. Gandhi, la grande âme, déclarait en 1903 : « Bien entendu, de mon point de vue, le Conseil municipal doit débarrasser ce quartier de ces Cafres (les noirs). Quant à la mixité entre Cafres et Hindous, je dois confesser que j’y suis absolument opposé. Je pense que c’est très injuste pour la population indienne. »

Africa Children par Sissi – Image Pixabay CC0

Ce qui ne te tue pas te rend plus fort…

Les footballeurs noirs doivent s’interroger sur leur situation eux-mêmes. Personne ne le fera pour eux. Ils ont suffisamment de réponses sportives et extra-sportives aux questions qu’ils doivent se poser. Les débats, les tweets, les posts et les messages de soutien ne suffiront pas. Pour que ce racisme disparaisse à jamais, il faut remonter le temps et effacer la traite négrière transatlantique, la traite négrière vers le monde arabo-musulman, le colonialisme et bien d’autres cortèges de malheurs qui ont détruit l’image de l’Homme noir. Ce qui est impossible. Ignorer les distractions pour atteindre son objectif et garder la tête haute peu importe les conditions, sont les seules solutions. Demain on ne dira pas que Koulibaly a été victime d’attaques raciales : on dira que l’Inter de Milan a battu Naples. Seule la victoire est belle. Soyez des vainqueurs !

L’actualité en cette fin d’année c’est évidemment l’éviction de José Mourinho. Le double champion d’Europe a beau demander une pause pour sa famille et lui, le critiquer demeure une obsession pour nombre de médias. Paul Pogba a même été salué pour lui avoir adressé un message de « remerciement ». De qui se moque-t-on ? Le français a tout fait pour qu’on chasse le portugais et aujourd’hui il joue les compatissants… Trêve de pitreries ! Parlons de choses sérieuses. Parlons de la dernière sortie de Guardiola contre le racisme : « Mes enfants vont à l’école avec des Indiens, des noirs, des gens normaux de partout dans le monde… ». Est-ce à dire que les noirs, sans oublier les indiens, ne sont pas des gens normaux ?

Guardiola par Omnium Cultural – Image Flickr CC BY-SA 2.0

Intouchable

Le 8 Décembre 2018 lors de la défaite 2-0 de City à Stamford Bridge contre Chelsea, Raheem Sterling a été victime d’insultes racistes. Au cours de la traditionnelle conférence de presse d’avant match, son entraîneur a tenu à lui apporter son soutien avant d’affronter Hoffenheim en Ligue des Champions le lendemain. Un geste qu’il fit naturellement en prononçant les mots entre guillemets ci-dessus. Une phrase que le site Besoccer a tenu à ressortir pour certainement préserver son objectivité vis-à-vis d’une situation qui a suscité beaucoup d’émois, « l’émotion nègre, la raison hellène ». Le média sportif est d’ailleurs l’une des rares plateformes à avoir mis en avant ce qu’ils vont eux-mêmes appeler une « faute de communication ». C’est écrit en gras en bas à la fin de leur article « Mes enfants vont à l’école avec des Indiens, des noirs, des gens normaux… » : « Une phrase qui a fait le tour des réseaux sociaux, chacun peut interpréter comme ils le souhaitent, mais c’est surtout une faute de communication. » Il y’a donc manifestement un souci derrière leur conclusion de « décrasser » le discours du catalan en brandissant l’erreur comme raison. Et c’est là où le bât blesse…

Skitterphoto – Image Pixabay CC0

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. L’impartialité de Besoccer est à encenser. Le site porte bien son nom et son épilogue dans l’article en question n’est qu’un bref aperçu de la prise de position générale des médias sur Internet. Pour ces « partisans de l’erreur », la sortie de Pep en conférence de presse se résume à ce titre de RMC Sport : « Manchester City: « Il Faut Combattre Le Racisme », Lâche Guardiola Dans Une Belle Tirade ». L’hagiographie est en marche. Le technicien est médiatiquement peint comme un bel orateur malgré que son allocution contienne des fausses notes qui mériteraient bien d’être rapportées.

Les propos de la causerie qu’ils ont choisi de mettre en exergue sont les suivants : « Le problème, c’est que le racisme est partout, et pas seulement dans le football, malheureusement. Si ce n’était que dans le football, nous serions en sécurité. Mais le racisme est partout. On le voit avec ce qu’il se passe aujourd’hui avec les migrants, les réfugiés dans le monde entier, et la manière dont nous les traitons alors que nos grands-parents et nos arrières grands-parents étaient eux-mêmes des réfugiés. (…) Le racisme est omniprésent dans la société. Et c’est pourquoi il faut le combattre au quotidien. Il ne peut y avoir aucune tolérance à ce sujet. Il faut se battre. Pour les droits de l’homme, pour construire une meilleure société, pour notre futur » C’est clair et c’est net !

Guardiola par Milos Radovanovic – Image Flickr (Domaine Public)

C’est moi qui ai fait çaaa… ?

Nationaliste catalan, Pep sait de quoi il parle. De quoi, de qui, de lui ? Lui ce fils de cette Catalogne « victime d’un État qui a mis en place une persécution politique indigne d’une démocratie dans l’Europe du XXIe siècle » et « ambassadeur d’un séparatisme catalan radicalisé » ? « Nos grands-parents », « nos arrières grands-parents » : on dirait bien… Non ? Somme toute, chaque information doit être vérifiée pour être qualifiée de vraie. La piste du monologue n’est pas à exclure. « Dans la Catalogne indépendantiste, Pep Guardiola est un symbole ». Une représentation qui est loin de faire l’unanimité chez les footballeurs africains. Trois en particulier sur les cinq qu’il a entraînés avec Wilfried Bony et Riyad Mahrez, se sont totalement lâchés à son sujet.

Yaya Toure et Peter Vagenas par Marc W – Image Flickr CC BY 2.0

Yaya Touré : « Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’impression qu’il (Pep Guardiola) me jalousait, qu’il me prenait pour un rival. (…) Comme si je lui faisais un peu d’ombre. Il était cruel avec moi. Vous croyez vraiment que Barcelone aurait pu faire ça avec Iniesta ? J’en suis arrivé à me demander si ce n’était pas à cause de ma couleur. » L’intéressé niera les faits et rétorquera au micro de la télévision catalane TV3 en disant : « C’est un mensonge et il le sait. On a été ensemble pendant deux ans et c’est maintenant qu’il dit ça. Il ne me l’a jamais dit en face. »

FC Barcelona – Bayer 04 Leverkusen, 1/8 Final UEFA Champions League, Season 2011/2012 par Shai Pal – Wikimedia Commons CC-BY-SA

Et Seydou Keita alors… : « J’ai entendu de nombreuses fois Guardiola dire qu’il m’appréciait beaucoup dans la presse. Comme il disait du bien de moi, je pensais que tout allait bien mais ensuite je ne jouais pas. J’aurai préféré qu’il ne fasse pas ces éloges. C’était un procédé hypocrite et je lui ai dit ce que j’en pensais en face. » Nous sommes six ans avant en 2012 et Guardiola n’a toujours pas répondu à ce « Touré » qui lui a dit ce qu’il pensait « en face ».

Samuel Eto’o par Mustapha Ennaimi – Image Flickr CC BY 2.0

Et que dire du cas Samuel Eto’o ce 23 Mars 2014 avant le Clasico. Invité du « Club du Dimanche » sur Bein Sport, devant un Jean Alain Boumsong « admiratif » et des Jean-Pierre Papin et Luis Fernandez enjoués, le lion rugit. Le camerounais performe sur un rythme ici saccadé : « Non seulement il se trompe, mais il se trompe profondément. (…) Ce qui me fait encore plus mal, c’est qu’ils inventaient des choses que la presse relayait. (…) Je lui ai dit : “Celui qui va te faire gagner c’est Eto’o. Et tu viendras me demander pardon.” Et je suis resté à ma place. (…) Et comme il n’a jamais eu le courage de me dire les choses en face, il est passé par mes coéquipiers. (…) Moi je ne parle pas à Pep parce qu’il m’a manqué de respect ouvertement à plusieurs reprises. (…) J’ai parlé deux fois à Pep. Une fois c’est parce qu’il me demandait d’aller parler à Yaya Touré qui ne voulait rien savoir de lui. Et une autre fois lorsqu’il voulait me donner des leçons sur comment un attaquant devait bouger. Je lui ai dit : “mais Pep, tu as été milieu de terrain. T’a pas été un grand attaquant“ (…) La vraie histoire c’est celle-là (…).» Cette « Interview hallucinante de Samuel Eto’o sur Guardiola » a généré plus de 4 millions de vues sur Youtube et il y’a encore de la place.

Le Camp Nou par Kieran Lynam – Image Flickr CC BY 2.0

Césaire et ces airs de César

Trois joueurs noirs pour trois plaintes, la triangulation n’a-t-elle pas fait le plein ? Trois joueurs africains parmi les plus célèbres de l’histoire du football qui s’additionnent à Zlatan Ibrahimovic pour ajouter à ce trigone un quatrième côté. Mino Raiola l’agent du suédois est même allé jusqu’à traiter Pep de « chien ». Et celui-ci de répondre : « Il doit respecter les chiens ». « Et les chiens se taisent », comme dirait Aimé Césaire…

Sasint – Image Pixabay CC0

Le terrain de jeu indépendamment du sport est le seul endroit sur Terre où on n’a pas pu écrire « Whites Men Only » ou d’autres déraisons dans ce genre. Lorsque nous nous asseyons pour regarder un match de foot, c’est pour prendre la vie du bon côté et la transmettre à nos enfants. On n’a que 90 minutes pour oublier à notre manière toutes les injustices qui divisent la société. La balle rapproche les peuples, les met sur un même pied d’égalité et chaque média devrait participer à ce succès. Cependant ce n’est toujours pas le cas. Les différences de traitement dans les informations perdurent. Et si c’était même pour les bonnes raisons…

Ouest France affirme dans son article « Manchester City. Guardiola soutient Sterling, victime d’insultes racistes » : « Sur son compte Instagram, Sterling avait accusé certains journaux britanniques, dont le Daily Mail, « d’alimenter le racisme » par leur manière de parler des footballeurs noirs. La star de la Premier League a reçu le soutien de l’Association anglaise des footballeurs professionnels (PFA) qui a souligné que Sterling est « souvent mis en avant et traité plus durement que ses collègues ». Et elle juge que « ces articles alimentent le racisme dans le football, comme le montre la hausse continue des incidents racistes ». » Que dire… ?

Freeillustrated – Image Pixabay CC0

Lorsqu’il s’agit de descendre Mourinho, les idées se bousculent sur la pointe du stylo comme encre qui coule. Sauf que jamais derrière lui, le lusophone n’a laissé de telles déclarations. Comme tout entraîneur, il a eu des dissensions vives avec des joueurs mais ce n’est aucunement allé si loin. Très souvent ce sont même des mercis qui retentissent dans son dos. Le jour où il commettra ce genre de « faute de communication » on ne le ratera pas, c’est certain. Ses victoires suscitent déjà des critiques, combien de fois ses défaites ? On a même créé cet arbitraire théorème des trois années pour mieux dézinguer sa méthode. Heureusement qu’il en fait trois dans ce monde où tu peux rester quelques mois… Ils entendent les bruits de couloirs, mais pas les cris sur la place publique. Personne ne se penche sur le cas de ces footballeurs noirs (et pas que) qui se plaignent depuis bientôt dix ans d’un nationaliste adulé pour son jeu… quand on sait que l’une des résultantes mêmes du racisme c’est l’iniquité dans le traitement. Quoiqu’à quoi bon geindre ? Le racisme est un état d’esprit, pas une maladie…

La nouvelle est tombée le 14 décembre. Mohamed Salah a été sacré pour la deuxième fois d’affilée, Joueur Africain de l’année. Les 44 buts qu’il a inscrits la saison passée ont largement joué en sa faveur. Toutefois, le Pharaon n’a rien gagné cette année. Rien en Europe, rien en Afrique… Il est un joueur remarquable certes mais sans trophées. Le meilleur des joueurs est supposé être celui qui tire son équipe vers la victoire finale. Ce stade-là, le buteur de la Mersey n’arrive pas encore à le franchir…

Mohamed Salah par Анна Нэсси – Wikimedia Commons CC-BY-SA

Effet papillon

Mais l’égyptien n’a rien demandé à personne, on le sait même capable de refuser une récompense individuelle. Il l’a prouvé en déclinant, au profit de James Milner, le titre d’ « homme du match » après la victoire 0-4 de Liverpool à Bournemouth en Premier League : « Je ne vais pas prendre ce prix aujourd’hui. Je veux le féliciter pour son incroyable carrière. » Un prix qu’il méritait puisqu’il a largement contribué à ce succès en faisant un triplé. Une prestation fabuleuse couronnée par ce troisième but épique où il élimine deux fois le gardien avant de finir l’action de l’extérieur du pied gauche.

Mohamed Salah par FootballCoin – Wikimedia Commons CC-BY-SA

Si Jurgen Klopp et ses hommes avaient perdu 5-4, Salah aurait-il été élu homme du match ? Non. C’est la victoire de Liverpool qui couronne Salah. Mo Salah est donc tout autant victime de la mode que ceux qu’il a dépassés. On pense à ce titre de meilleur joueur de Premier League. On en revient à Kevin De Bruyne, David Silva ou Sergio Aguero qui ont été bouffés crus par les statistiques du Red. Des performances stratosphériques qui ont éclipsé la prestation collective de Manchester City l’an passé. Salah a été plébiscité par ses collègues du championnat sans que son palmarès ne soit pris en compte. C’est la « coutume » ! Ce titre de « Men’s PFA Players’ Player of the Year » est dans la continuité de ce qui se fait depuis bientôt 10 ans.

Didier Drogba par Ben Sutherland – Image Flickr CC-BY 2.0

Les critères semblent uniquement individuels dans ce sport d’équipe où on joue pour gagner. On omet que les partitions personnelles existent pour servir le collectif. C’est au meilleur servant que devrait revenir la palme du meilleur joueur. L’égyptien est clairement le meilleur joueur de Liverpool. Mais à l’échelle supérieure, il est aussi « Ballon d’or » que Luka Modric, Lionel Messi en 2010 et Cristiano Ronaldo en 2014. Pour ne citer qu’eux…

Yaya Touré par Alejandro Ràzuri – Image Flickr CC-BY 2.0

L’Afrique encore sur la touche

On pourrait en effet citer d’autres « meilleurs » sans mérite, notamment sur le continent en question. Et comment ne pas revenir sur ces mots de Yaya Touré en janvier 2016 après le choix de P.E Aubameyang comme meilleur joueur africain 2015 : « Je suis beaucoup déçu. C’est triste de voir l’Afrique réagir de la sorte, qu’elle ne donne pas d’importance aux choses africaines ! (…) Je crois que c’est ce qui fait la honte de l’Afrique. Car se comporter de la sorte, c’est indécent ! Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Nous, les Africains, nous ne montrons pas que l’Afrique est importante à nos yeux. Nous privilégions plus l’extérieur que notre propre continent. C’est ce qui est lamentable ».

Yaya Touré victorieux de la CAN avec la Côte d’Ivoire en 2015 par Ben Sutherland – Image Flickr CC-BY 2.0

L’ivoirien champion d’Afrique cette année, s’était senti esseulé devant un titre qu’il a longtemps chassé avec les Eléphants. Sa déclaration est si vraie qu’elle nous rappelle que l’ancien cityzen a lui aussi « fait honte à l’Afrique » en remportant quatre titres de meilleur joueur africain sans aucun titre africain. Il est l’héritier d’une longue lignée qui prend racines en 2001 avec le sénégalais El-Hadji Diouf.

Cependant la CAN n’est pas la seule compétition africaine à être ignorée depuis 2001 lors des récompenses individuelles suprêmes de la CAF. La Ligue des Champions en prend aussi pour son grade. Si Patrick Mboma en 2000 est le dernier à avoir été élu meilleur joueur africain grâce à une victoire à la CAN, le dernier meilleur joueur africain vainqueur de la compétition reine des clubs africains c’est le guinéen Cherif Souleymane du Hafia Conakry. C’était en 1972 et il succédait à Ibrahim Sunday. Le ghanéen venait de perdre la finale de la C1 en 1971 avec l’Asante Kotoko contre le Canon de Yaoundé. À cette époque on parlait de Ballon d’or Africain…

Match de Football en Ligue des Champions entre le CA tunisien et le MAS marocain de Fès par Citizen59 – Wikimedia Commons CC-SA

Entre 1971 et 1986, tous les lauréats du Ballon d’or africain étaient des locaux. L’exception qui confirme cette règle est le camerounais Théophile Abega, toulousain et champion d’Afrique en 1984 au moment de sa nomination. Le football africain vivait alors son âge d’or. Il y avait vraiment de quoi rêver plus grand. Les mondiaux de 1982 et 1986 en sont l’illustration même, avant d’être la fin d’une époque… Depuis personne n’a succédé à Badou Zaki. L’immense gardien marocain est le dernier Ballon d’or africain à avoir été couronné sur son continent. Ce ne sont pas les talents qui manquaient pourtant.

Mohamed Aboutrika en duel avec Fabio Cannavaro par Muhammad Ghafari – Image Flickr CC-BY 2.0

L’Afrique toujours sur la touche

L’Afrique a hérité de nombreux joueurs locaux qui méritaient le statut du meilleur joueur africain. Parmi eux, Mohamed Aboutrika. Le meneur de jeu égyptien fût le chef d’orchestre de la plus grande sélection de l’histoire du football africain. Avec elle, il a été trois fois de suite champion d’Afrique entre 2006 et 2010. Un succès réédité en club sous les couleurs d’Al Ahly où il remporte 5 Ligues des Champions de la CAF. Idem pour le congolais Trésor Mputu qui fût finaliste du mondial des clubs en 2009 au TP Mazembe, le tunisien Youssef Msakni et le sud-africain Percy Tau. Ces derniers furent respectivement champions d’Afrique en 2011 avec l’Espérance de Tunis et en 2016 avec les Mamelodi Sundowns.

Cape Town en Afrique du Sud par Falco – Image Pixabay CC0

A l’inverse des deux premiers, l’Aigle de Carthage et le Bafana Bafana ne resteront pas toute leur carrière en Afrique. Le premier s’en ira au Qatar en 2013 et le second en Angleterre cette année. Un choix probablement financier pour le joueur d’Al-Duhail Sports Club, un autre dit « de carrière » pour le Brésilien (surnom des Mamelodi Sundowns). Le natif de Witbank quitte la ligue professionnelle sud-africaine pour Brighton en Premier League. Mais le joueur de 24 ans sera directement prêté en D2 Belge au RU Saint-Gilloise. Il n’a pas reçu de permis de travail au Royaume-Uni.

Entrance to the The Mamelodi Sundown football club in Ekurhuleni, Gauteng, South Africa par NRJ ZA Wikimedia Communs CC-BY SA

Une démarche qui ne valorise en rien le football africain. Quitter un champion d’Afrique pour jouer les premiers rôles en Asie c’est bien mieux que de signer en bas de tableau européen. Evoluer c’est avancer et non reculer ! Il s’agit surement de sa touche à lui mais aussi d’une pensée africaine généralisée. Il faut jouer en Europe pour être pris au sérieux en Afrique : être « européen » pour être meilleur joueur africain. C’était le cas en 2017, c’est le cas en 2018. Les compétitions majeures africaines demeurent mésestimées. Mohamed Salah est plus l’un des meilleurs joueurs européens que le meilleur joueur africain. Rappelons qu’il n’a encore rien gagné avec son équipe nationale…