Un Portugais peut en cacher un autre

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« Mourinho va devoir batailler pour retrouver un banc de touche prestigieux » terminait Gilles Campos dans son article « Son bilan à Manchester et au Real, la vente de Salah… Mourinho règle ses comptes ! » Une sortie partisane qui a valu au rédacteur de Maxifoot une grosse leçon de journalisme venu d’un commentaire de l’un des très fidèles abonnés du site. Alain Zind : « « tandis que Mourinho va devoir batailler pour retrouver un banc prestigieux » : la phrase-type du jugement de valeur qui devrait être absolument évitée par un journaliste : 1) Sur quelles données avancez-vous cette hypothèse ? Avez-vous consulté personnellement tous les dirigeants de tous les « gros » clubs ? 2) Du coup, si Mourinho retrouve un poste d’ici peu, vous aurez l’air quand même un peu béta. J’aime bien Maxifoot car ça centralise les infos de manière synthétisée (bref, du journalisme au carré), mais ces phrases conclusives sont symptomatiques d’une syntaxe expéditive et partiale, basée sur des a priori ou des idées reçues. » Quelque chose à ajouter ?

APRIL 18, 2009 – Football : Manager Jose Mourinho of Inter during the Serie A match between Juventus and Inter Milan at the Stadio Olimpico di Torino on April 18, 2009 in Turin, Italy. (Photo by Tsutomu Takasu) – Flickr CC BY 2.0

Oui… Tout est dit

Les réactions à cet article ne sont pas toutes de ce type didactique. La plupart sont même contre l’entraîneur portugais comme l’atteste celui-ci : « Ce qui m’énerve avec ce mec c’est que ce sont toujours les autres les fautifs depuis Porto il est devenu un coach qui veut toujours travailler dans le confort nous ne sommes pas en interne à Manchester United je doute vraiment que les conditions étaient si difficiles comme il le dit et c’est lui qui a souvent eu les problèmes avec ses joueurs qu’il a voulu comme Mihktaryan donc il connait les qualités en tant que 10 il le fait venir pour le faire jouer sur le côté il demande à Sanchez juste parce qu’il ne voulait pas que celui-ci aille à City comme il a fait avec Fred quoiqu’on puisse dire il a cherché a ce faire virer d’United en dégradant ses relations avec l’effectif et ses piques en direction des dirigeants Il parle de Salah il a fait venir Salah mais il n’a pas souvent donné la chance à celui-ci de jouer comment un joueur doit il confirmer son potentiel etant sur le banc. »

Vous remarquerez qu’il n’y a pas de ponctuation dans cette exclamation de « l’auditeur » Döc Chakallo. Une rafale verbale qui raconte bien sa colère. Un discours qui lui a valu une mention « J’aime » d’Arnaud Gnek. « Bien dit » félicitera le « follower » après avoir souligné dans sa première réaction (la seconde à propos de l’article) : « Monsieur le journaliste, essayez de faire des rédactions pertinentes sans prise de position. Nous sentons bien que vous détestez Mourinho à en mourir, tellement il est si spécial. Le monde est fait ainsi. Tout le monde ne peut se comporter de la même manière. Vous faites semblant de ne pas voir ses grandes œuvres et vous vous acharnez sur ses erreurs. » On voit donc ici que Monsieur Arnaud, bien qu’il ne soit pas forcément pro José, ressent qu’on reproche au lusitanien des choses extérieures au football. Mais lesquelles ?

José Mourinho par apasciuto (Flickr) – Wikimedia Commons CC BY 2.0

Ma parole contre la tienne

Nous ne le saurons vraiment jamais… Toutefois ce qui est certain, c’est qu’ils sont nombreux à avoir insufflé cette idée selon laquelle le limogeage de l’ancien sociétaire du Rio Ave FC de Manchester était le début de sa fin. Certains lui ont même suggéré de rentrer entraîner son pays ou dans son pays. Une façon polie de lui indiquer que le monde civilisé ne veut plus de lui. Quoique Mourinho « a déjà refusé trois offres ». Des « vétos » qui indiquent clairement qu’il garde sa côte très élevée sur le marché. Il était d’ailleurs à Lille pour superviser Pépé et Thiago Mendes pour un éventuel transfert des deux pépites. C’est un grand entraîneur et c’est tout. Personne ne peut le nier. Encore qu’à chaque fois qu’il a été viré, il est allé dans un club plus grand que celui qu’il a laissé.

Lorsqu’il quitte Chelsea en 2007, il signe à l’Inter de Milan. Lorsqu’il revient et quitte encore les Blues en 2015, il signe à Manchester United. Aujourd’hui qu’il est parti de Manchester United, il est espéré au Real Madrid. Fred Hermel : « Mourinho a conservé 25 à 30 % de supporters qui sont complètement fous de lui à Madrid. Ces personnes considèrent encore aujourd’hui qu’il est un des plus grands entraîneurs du monde. Il est le gourou d’une secte ‘mourinhiste’ à Madrid. Il y a des personnes qui aiment le show Mourinho. Puis, le président, Florentino Perez, aime beaucoup le Portugais. En privé, il le considère comme l’un des meilleurs techniciens que le club n’ait jamais connu. Je rappelle aussi que ce coach est parti en très mauvais terme avec le vestiaire et avec certains journalistes mais pas avec les dirigeants madrilènes. »

Le journaliste poursuivra en précisant  : « La révolution dans le vestiaire, après cette année pourrie, risque d’être tellement énorme que les dirigeants ne vont très probablement pas demander aux joueurs leurs avis. Au niveau des coaches, il n’y a pas non plus pléthore de choix sur le marché. (…) Il est aussi intéressant de rappeler que le club appartient à ses supporters. Si, dans un sondage, une part importante des ‘socios’ réclame le retour du Portugais, cela pourrait avoir une influence sur la décision. » On observe donc derrière ces mots une réelle contradiction. Cette déclamation prouve que Mourinho a fait du bon travail au Real et qu’une bonne partie des médias essaye de dissimuler ce fait en jouant sur la sensibilité du public. Un sabotage pur, simple et pour rien. Un homme qui fait du mauvais travail ne monte pas en grade.

Une figurine d’ouvrier par geralt – Pixabay CC0

Si Mourinho avait vraiment foutu la « merde » à United ; s’il n’était plus désiré pas les cadors européens, il ne serait pas cité comme potentiel preneur du plus grand club au monde. Notre vision étrangère ne nous permet pas d’avoir un point de vue clair sur la situation. Mais, ceux qui « vivent » dans cet univers savent qui est compétent et qui ne l’est pas. Parmi eux le président de la Liga Javier Tebas : « Ce ne serait pas une mauvaise chose pour la Liga. C’est un coach fantastique qui a de nombreuses qualités et ce serait fantastique de l’avoir parmi nous, mais qui sait dans quel club il irait ? » Le patron espagnol ajoutera même plus récemment en parlant de Pep et Mou : « J’aimerais qu’ils reviennent dans notre Championnat. Ce sont deux grands managers, avec leurs controverses, leurs styles différents. Mais ils ont prouvé qu’ils sont des entraîneurs d’élite. »

Lassana Diarra taclant Messi par Addesolen – Wikimedia Commons CC0 1.0 Universal (CC0 1.0) Public Domain Dedication

Une opinion que ne partage pas Andrés Iniesta pourtant. Sur le passage de José à Madrid, le joueur du Vissel Kobe affirme : «  Il n’est pas nécessaire d’être à Barcelone ou au Real Madrid pour savoir que la situation était désagréable. Et la clé de cette histoire était José Mourinho. Il ne s’agissait plus de la rivalité qui existait auparavant, cela allait au-delà, c’était devenu de la haine. Cette atmosphère s’est développée et était insupportable. La tension Barça-Madrid créée par José Mourinho a causé beaucoup de dégâts à l’équipe nationale et à ses joueurs.  »

Beaucoup de dégâts en équipe nationale et à ses joueurs ? Mourinho est arrivé en Espagne en 2010 et est reparti en 2013. Cette période constitue une grande partie de la période la plus faste de l’histoire de la sélection ibérique (2008-2012). Championne du monde et d’Europe en titre à cette époque, la Roja était simplement la meilleure équipe de la planète. Avec lui entraîneur de la Casa Blanca, elle a atteint son apogée. Notamment en 2012 lorsqu’elle bat l’Italie en finale de l’Euro 4-0. Et quand il part, elle débute son déclin par cette cinglante défaite en 2013 lors de la finale de la Coupe des Confédérations contre le Brésil 3-0. Avant l’élimination humiliante au premier tour du Mondial 2014. Une « déqualification » qui marque la fin d’une hégémonie outrageuse. Comment est-ce possible si le collectif – arme du football espagnol – est fortement touché ? Les voitures abîmées ne gagnent pas de courses. Les problèmes entre Madrid et Barcelone n’ont rien à voir avec Mourinho. C’est une longue histoire…

Présentation Statistique par GraphicMama-team – Pixabay CC0

De bonnes affaires en l’occurrence

C’est le récit d’une opposition politique qui s’est muée en guerre civile pour finir en derby. Un match d’exception qui a exporté le football espagnol « jusqu’au Japon », pour parler comme un de ces fans qui a eu la chance de voir cette rencontre à l’œil nu. Une saison mythique dans une série culte où on a longtemps assisté à un All Stars Game en aller-retour (voire plus). D’un côté la Pep Team : Messi, Iniesta, Xavi, Daniel Alves, Jordi Alba, Mascherano… Et de l’autre la Spécial One Team : Cristiano Ronaldo, Sergio Ramos, Xabi Alonso, Mesut Ozil, Angel Di Maria, Marcelo…

Une époque que le dirigeant de la ligue professionnelle espagnole a bien raison de regretter. La Liga était le championnat le plus suivi au monde en ce temps-là. Un engouement qui est depuis retombé comme l’atteste The Happy One (Surnom de Mourinho) : « La Liga n’a plus les deux meilleurs joueurs du monde. L’un d’eux est en Espagne (Messi), et l’autre en Italie (Cristiano). Avec l’Angleterre, qui est le championnat le plus compétitif et où il y a le plus de top joueurs, on a un foot à trois dimensions. Maintenant ils vont tous regarder vers l’Italie pour Cristiano, vers l’Espagne pour Messi et vers l’Angleterre pour son championnat. En ce moment, la Serie A est devenue le championnat le plus important du monde. » Son retour serait donc une excellente opération sur le plan marketing. Il serait ainsi le « nouveau Ronaldo ». Son arrivée comblerait un vide, rétablirait l’équilibre et relancerait ainsi une visibilité écorchée par le départ de CR7 à la Juventus.

Au-delà du désamour qu’il doit endurer, Mourinho reste une icône dans le sport roi. Il attire l’attention sur lui et sur tout ce qui l’entoure. Sa présence dans un pays est un atout économique majeur. Il est l’un des principaux moteurs du football business de nos jours. Il sait parler. Il fait parler. Il fait vendre. Il attire les caméras et les supporters dans les stades. Chacune de ses rencontres est une scène clé d’un film à suspense. Bref, il mobilise l’intégralité du monde du ballon rond.

Dans son article « Adidas veut que Mourinho revienne à Madrid » SPORTS MARKETING MD écrira : « Le principal partisan du retour de Mourinho au Real Madrid n’est autre que son président, Florentino Perez, qui estime que l’entraîneur portugais est l’idéal pour reprendre un navire qui navigue à la dérive (…) Adidas a toujours considéré le départ de Mourinho du Real Madrid comme un coup dur pour le marketing sportif. (…) Maintenant, avec la possibilité de son retour, Adidas commence à faire des calculs et des chiffres sur les performances qui pourraient lui permettre de devenir entraîneur du Real Madrid et ambassadeur de la marque dans le monde entier, une signature qui porterait sûrement un coup important à son grand rival Nike. » La description d’une aura forte qu’il ne doit qu’à son palmarès.

Image Portugal par Kurious – Image Pixabay CC0

Why always me ?

L’actualité dans le football c’est aussi la Ligue des Champions et cet affrontement à Madrid entre l’Atletico et la Juventus. Une défaite 2-0 des Turinois ponctuée par cette déclaration de Cristiano Ronaldo en zone mixte : « Déçu ? Oui, mais c’est le football. J’ai gagné cinq Ligues des Champions, l’Atlético zéro. Moi, cinq, l’Atléti, zéro. » Un dire accompagné d’un signe des 5 doigts : une vérité qui a fait le tour du monde pour les mauvaises raisons. Le génie portugais est qualifié d’arrogant et on lui « saute » dessus comme jamais. À côté on a un Diégo Simeone qui se touche les parties génitales pour célébrer le premier but de ses hommes mais « personne » n’en parle. Sous une atmosphère qualifiée de géniale, tu peux donc te faire insulter durant tout le match et devenir un problème juste en montrant ta main.

Une polémique qui nous renvoie encore à José Mourinho ; artisan portugais lui aussi, de répliques médiatiquement blâmées. À la tête de Man U, l’ancien entraîneur du FC Porto s’était attiré les foudres des « micros » pour des gestes similaires à celui du buteur Turinois. C’était en conférence de presses après le match perdu 0-3 contre Tottenham ; face à Chelsea à Stamford Bridge (2-2) ; et contre la Juventus en Ligue des Champions à la suite d’une victoire 1-2. Le tacticien venait alors de montrer trois doigts pour : illustrer ses trois titres de Premier League et demander un peu plus de respect à des journalistes apparemment satisfaits de sa déconvenue ; rappeler aux supporters insultant de Chelsea qu’il a gagné trois titres sur les six que comptent le club ; et aux tifosi de la Juventus son triplé historique chez les Interistes. Le technicien lusophone avait même accompagné son geste à Turin en se soulevant le lobe de son oreille droite, histoire d’entendre encore ses voix qui l’ont agoni pendant plus de 90 minutes. Une manifestation qui tout de suite lui a valu d’être traité d’irrespectueux, d’arrogant etc. Et s’il avait imité ce Simeone surexcité… ? Comme quoi, certains ont le droit de faire la Manita pour humilier leurs adversaires battus 5-0, d’autres non. Quand bien même ces derniers ne font que réagir.

Cristiano Ronaldo et Lionel Messi par Too V-i – Flickr CC BY 2.0

Ainsi, Messi peut donc insulter les arbitres : « La conne de ta mère. Fils de Pute. » Critiquer ouvertement son vice-président Javier Faus : « Ce Monsieur ne connaît rien au football. Il veut gérer le Barça comme une entreprise alors que ça n’en est pas une. Le Barça est le meilleur club du monde et il devrait être uniquement dirigé par les meilleurs dirigeants du monde (…).» S’attaquer à son entraîneur : « On se fiche de ce que tu (Sampaoli) nous dis. On n’a plus confiance en toi. On veut avoir notre mot à dire. » Refuser d’être remplacé par Luis Enrique. Insulter ses coéquipiers : « Tu (Alexis Sanchez) ferais mieux de me passer plutôt que de marquer. Quand on voit combien il y a de déchets dans ton jeu, je ne comprends pas comment tu as pu coûter si cher! » Quitte à les faire pleurer : « Mais qu’est-ce que tu (Tello) fabriques ? T’es nouveau ici et tu n’es rien du tout. Passe-moi le ballon, tu es là pour jouer pour moi ! » Il reste génial.

Cristiano et son compatriote demandent un peu de considération : quelle impertinence ! Gagne et ferme-la pour résumer. Ainsi va ce monde. Un monde divisé en deux parties : ceux à qui on pardonne tout et ceux à qui on n’accorde rien du tout. Les deux portugais ne sont pas parfaits certes. Le capitaine des Quinas (Surnom des joueurs de la sélection portugaise) a également eu à manipuler son entrejambe en devisant à un officiel : « Hey, Mateu ! Tu aimes ça, hein ? Tu aimes ? » Et Mou à mettre son doigt dans l’œil de feu Tito Villanova. Cependant à chacune de leurs émotions ils sont violemment jugés. Quand Mourinho pleure, il communique. S’il court sur le bord de la pelouse pour manifester sa joie, il en fait trop. Mais lorsque Guardiola le fait (Chelsea – Barcelone en 2009) on applaudit. Ronaldo jubile, il fait une publicité. Il fait une publicité de sous-vêtements, il fait une connerie. On oublie que la plus grande de ses publicités s’appelle Kylian Mbappé.

Kylian Mbappé avec la Coupe du Monde par Антон Зайцев – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Le champion du monde, le jeune le plus impressionnant de l’histoire du football depuis Pelé s’est inspiré de Cristiano Ronaldo pour être ce qu’il est. Il avait son poster dans sa chambre et aujourd’hui on voit ce que ça donne. L’élève a dépassé le maître, preuve que le quintuple Ballon d’or est un grand enseignant : un exemple. Abdou Diallo ancien partenaire de KM7 à Monaco : « Sa référence, c’est Cristiano Ronaldo. Pour Kylian, il ne faut pas toucher à Cristiano. Si tu lui parles de Messi, tu es parti pour 1 heure de débat. Mbappé est admiratif de Ronaldo car c’est une machine, un vrai travailleur. Il s’inspire beaucoup de lui et toute notre génération devrait s’en inspirer. »

Supportrice portugaise par 1966666 – Pixabay CC0

En outre, chacun des gestes du binôme portugais connaît une extrapolation médiatique très inquiétante. Même assagis, ils ne sont pas moins épargnés. Ils appartiennent encore et toujours à cette caste de personnes contraintes à la perfection pour exister. Portugaise comme cette championne d’Europe en titre qualifiée de « dégueulasse » pour avoir été efficace. Disons que l’auteur n’avait aucune arrière-pensée en utilisant ce synonyme de répugnant pour saluer le succès. Mais quelle idée d’offenser un vainqueur parce que « pas beau » à notre gout ? Une mauvaise idée, une position à l’origine d’une rupture sociale qui malheureusement n’a pas empêché la récidive. On prend la même subjectivité et on recommence. La preuve que rien ne leur sera donné, pas mêmes leurs victoires. Négation qui toutefois contribue à leur pérennité. Un obstacle qui fait d’eux des êtres invulnérables… Cristiano Ronaldo : « Votre amour me rend fort, votre haine me rend invincible. » 

Statue de Bronze de Cristiano Ronaldo par upstairsgbr – Pixabay CC0