CHAN : Pour une Afrique qui stagne

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Il y’a un peu plus de 10 ans, en Janvier 2008, quelques jours avant le début de la 6e Coupe d’Afrique des Nations remportée par l’Égypte, l’idée d’un Championnat d’Afrique des Nations, uniquement destiné aux joueurs évoluant dans des clubs appartenant à leurs pays, est officiellement adoptée. Chaque championnat du continent, réunira ainsi ses meilleurs éléments pour un tournoi international, dont le but ultime, est de servir d’étal à une Afrique sédentaire, qui tarde à prendre son envol balle au pied. Une observation intègre, manifestée par une criante négation de l’évolution.

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Autodérision

L’Afrique a longtemps pleuré, et à juste titre, la discrimination qu’elle a subie au cours de l’histoire. De l’esclavage à la colonisation, en passant par la ségrégation raciale et l’apartheid, ses fils et filles ont versé des rivières de larmes teintées de rouge, sans jamais pouvoir réellement les sécher. Les noirs s’appellent « négro » pour se bomber le torse. Les séquelles de leur conte tragique, s’avèrent si fortes, qu’elle semble en « rire ». Cette infériorité, elle l’a tant acceptée, qu’imaginer une vie où elle serait autonome et éminente, dirait-on, ne lui traverse plus l’esprit. Avant ils venaient nous chercher de force, maintenant nous y allons de notre gré. Pourquoi la Confédération Africaine de Football est-elle la seule confédération au monde, à avoir deux compétitions continentales majeures destinées aux sélections nationales ? L’UEFA, l’AFC, la CONMEBOL, la CONCACAF et l’OFC en organisent une seule, respectivement : le Championnat d’Europe des Nations, la Coupe d’Asie des Nations, la Copa America, la Gold Cup et la Coupe d’Océanie des Nations. Comment condamner le racisme, le fichage ethnique, quand les victimes elles-mêmes se divisent en Noirs, le CHAN, et Blancs, la CAN ?

Image was captured by a camera suspended by a kite line. Kite Aerial Photography (KAP) – Flikr

Un aveu d’impuissance

Le Professeur Anta Diop disait : « Souvent, le colonisé ressemble un peu, ou l’ex colonisé même, ressemble un peu, à cet esclave du 19e siècle qui libéré, va au pas de la porte puis revient à la maison, parce qu’il ne sait plus quoi faire, il ne sait plus où aller ; depuis le temps où il a perdu la liberté, depuis le temps où il a acquis des réflexes de subordination, depuis le temps où il a appris à penser à travers son maître […] ». Maintenant qu’on le sait, peut-on passer à autre chose, s’il vous plaît ? Cet illustre savant et bien des footballeurs et autres leaders, se sont battus pour que l’Homme noir libre, se transcende à jamais. Rendons leur hommage, il est temps ! On ne peut pas réclamer la parenté de pyramides qui donnaient l’heure juste en se montrant incapables d’organiser un jeu ; le jeu le plus simple. Cheikh et compagnie ont brillé pour que leurs pousses sombres conçoivent enfin qu’ils ne sont « pas condamnés à l’échec ». Ils ont donné leur vie afin que les africains comprennent que les Pharaons, sont bien africains. Les coéquipiers d’Aboutrika et d’El Haddary ont royalement dominé le continent noir, porté par un collectif puissant, dont l’ossature descend directement du club le plus titré au monde : le National du Caire, Al Ahly. Réduire donc ce règne à une division, en pensant croître, c’est perdre dignité et temps précieux.

Le football africain a besoin d’être un et indivisible tel qu’il le fût à ses débuts. Il doit faire mieux que siéger dans la Ville du 6 Octobre et s’inspirer de l’équipe nationale de son pays, l’Égypte, et de sa fédération : les meilleures du continent. Tous les citoyens sont égaux sous leur drapeau. C’est clivant de faire une différence entre un joueur évoluant en dehors de l’Afrique et un joueur évoluant en Afrique. Ça se fait surement ailleurs, mais ce n’est pas officiel tel que c’est le cas dans l’institution du ballon rond africain. C’est évident qu’un joueur européen, membre d’une équipe hors de l’Europe, aura moins de chance d’être retenu par son équipe nationale, qu’un autre, casanier ; mais ça ne se dit pas. Les préceptes de la méritocratie doivent être absolument préservés. Les diamants se cachent souvent dans la boue. Le talent ne dépend pas du lieu où il joue. Sélectionnez les meilleurs : trois points c’est tout…

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La CAF devrait songer plutôt à poser ses valises sur des bases solides, en orientant sa régulation dans le sens du développement des championnats locaux et le professionnalisme. La CAN est largement suffisante pour vanter le niveau international du football africain. Lui additionner le CHAN de façon conceptuelle, et non comme une compétition, est la seule façon de lui permettre de progresser. Pour que les équipes africaines avancent, elles ont besoin d’avoir des ligues locales compétitives. Ça passe par des statuts à scrupuleusement faire respecter et des infrastructures professionnelles, adaptées aux réalités socio-économiques du continent ; sans oublier que le football et le sport sont des facteurs anti-chômage. Est-ce si difficile d’avoir une pelouse bien verte et tondue entourée de tribunes bien faites ? Qu’est-ce qu’un asiatique, européen, américain ou océanien, fait, qu’un africain ne peut pas faire ? Rien.