Cameroun – Comores : Le TAS après la tasse

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On connaît maintenant les 24 qualifiés pour la CAN 2019 en Égypte. Parmi eux le Cameroun : ancien pays organisateur. Les Lions Indomptables sont sauvagement venus à bout des Comores 3-0 dans leur forteresse imprenable de Mfandena. Un succès sans appel qui prive les Comoriens d’une première participation à la Coupe d’Afrique des Nations. Déconvenue qui ne les empêche pas de garder espoir néanmoins…

Hope par WildOne – Pixabay CC0

Le poisson braisé

C’était sous une pluie battante au Stade Ahmadou Ahidjo. Les supporters étaient venus nombreux pour s’aligner derrière leur équipe. Un choix payant, Choupo-Moting ouvrant facilement le score à la 38e. Le Cameroun maitrise son sujet, va à la pause et revient lui asséner le coup fatal à la 53e. Passe de Zambo Anguissa, but de Bassogog : une rencontre à sens unique. Le match plié, les occasions camerounaises se multiplient et s’achèvent sur un numéro de Clinton Njie à la 89e. Entré en jeu, le Marseillais élimine parfaitement Ahamada pour tranquillement pousser le ballon dans les filets vides des Cœlacanthes. Le poisson est braisé…

C’est la fête dans le vestiaire camerounais. Les Lions ont répondu à leurs détracteurs de la plus belle des manières. Une victoire qui aurait pu ne pas arriver s’ils ne s’étaient pas sentis blessés… : si les Comoriens étaient restés concentrés sur le jeu. Si le Cameroun a pu battre l’Argentine de Maradona – championne du monde en titre – c’est que les Comores auraient pu battre les Camerounais. Il leur fallait seulement trois points pour passer. C’est le goal-average particulier qui compte et ils n’ont pas su en profiter. Ils ont préféré se concentrer sur l’extra-sportif.

« C’est officiel. La Fédération de foot des Comores a déposé une procédure d’appel auprès du TAS contre la décision de la CAF de refuser d’exclure le Cameroun de la CAN 2019 après lui avoir retiré l’organisation, conformément à l’article 92 du règlement de la CAN. »

Cette orientation administrative a coûté très cher aux locataires du Stade Said Mohamed Cheikh. Avant la plainte les Comores c’est : 5 points de pris sur 15. Après c’est zéro sur trois. Ils ont perdu le match qu’il ne fallait pas perdre et leur rêve s’est noyé dans un cauchemar. Ben Amir Saadi :

« Les règlements sont simples et les précédents faciles à trouver : le CHAN 2017 avec le Kenya exclu, le Maroc en 2015, ou Madagascar lors de la CAN des jeunes. On veut donc que nos droits soient respectés. Mais la CAF fait tout pour que notre procédure n’aille pas au bout. (…) »

Voilà comment une équipe qui avait son destin entre les pieds, s’est retrouvé la queue entre les jambes. Et pendant qu’elle passait de plateaux en plateaux pour se plaindre, les Malawites eux se préparaient à prendre leur troisième place.

Ali Ahamada par GuillaumeG – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Un combat pour rien

Chose promise, chose due. Les Comores se sont préparés pour un procès, ils ont perdu le match de foot. Le Cameroun est parti et le Malawi est revenu. Les coéquipiers de Gerard Phiri Jr ont fait 0-0 à domicile contre le Maroc et les revoilà en position « qualificative ». Les Flammes (surnom des joueurs du Malawi) comptent désormais le même nombre de points que les Comores mais passent devant à la différence de buts particulière. Règle basée sur l’issue de la confrontation aller-retour qui donne la victoire à l’ancien Nyassaland. Victoire 1-0 à l’aller et défaite 2-1 au retour à Moroni (capitale des Comores). Patrick Phiri est l’auteur de ce but à l’extérieur qui réduit drastiquement les chances des Comores de s’envoler pour Le Caire.

Bien qu’elle soit prête à la contester, cette loi sur la double confrontation n’a pas été établie pour éliminer l’équipe nationale comorienne. Le Mozambique qui comptait également le même nombre de points (8) que la Namibie, a lui aussi été victime de la différence de buts particulière. Malgré une différence de buts générale défavorable (-2 contre 0), les Namibiens sont sortis du groupe K aux dépens des Mozambicains. Les Courageux Guerriers de Windhoek ont battu les Mambas de Maputo sur l’ensemble des deux manches pour empocher leur ticket. 1-2 à l’aller et 1-0 au retour. Conclusion : si le recours aboutissait, c’est le Malawi qui partirait à la CAN (avec le Mozambique). Et ce même si on annulait le match contre le Cameroun.

Le Château de Béthusy, abritant le siège du Tribunal arbitral du sport à Lausanne, Suisse par Fanny Schertzer – Wikipedia CC BY 3.0

Oh TAS toi qui sait tout !

Les Comores vont donc probablement tout perdre avec leur recours devant le Tribunal Arbitral du Sport. Entreprise devenue monnaie courante depuis l’éviction de Platini de la FIFA. L’instance basée à Lausanne a donné raison au français et depuis tout le monde veut gagner en appel. Mais comment expliquer ces propos non-coupables de Michel Platini :

« Quand on a organisé le calendrier, si on (la France) finissait premier et le Brésil premier, ils ne pouvaient pas se rencontrer avant la finale. Ecoutez, on est à la maison, il faut bien profiter des choses, alors on ne va pas s’emmerder pendant six ans à organiser la Coupe du monde si on ne peut pas faire quelques petites magouilles : vous pensez que les autres ne le faisaient pas aux autres Coupes du monde ? »

Un forfait justifie-t-il un autre ? Pourquoi n’a-t-on pas rejoué Cameroun – Chili en 1998, Chelsea – Barcelone en 2009 ou France – Irlande en 2010 comme Afrique du Sud – Sénégal en 2018 ? Où sont passés les quatre matchs de suspension écopés par Lionel Messi à la fin des éliminatoires du Mondial 2018 ? Pourquoi l’Australie est un pays asiatique et le Suriname voisin du Brésil, un pays nord-américain ? Pourquoi tant de questions « existentielles » pour le jeu le plus simple ? Parce qu’il y’a des questions dans le football auxquelles on ne peut pas répondre.

On doit juste comprendre que la justice humaine est imparfaite et faire avec. Si le TAS juge que le Cameroun n’est pas habileté à jouer la prochaine CAN, il peut quand même comprendre que les champions en titre aient été graciés par le président de la CAF. A tort, à raison, la grâce est un acte de droit… comme le sport est une surface de réparation des injustices humaines. Au-dessus de la franchise altérée des Hommes, il donne toujours raison à la bonne personne. Si le Cameroun ne méritait pas de se qualifier pour cette compétition, les Comores les auraient éliminés.

Confédération Africaine de Football par EOZyo – Wikipedia (Domaine Public)

Cafophonie

En revanche, l’évidence ici c’est que le football africain traverse de sérieuses mésaventures. Des accrocs qui abîment l’image de son organisation. On pense à l’annulation curieuse de la suspension du club égyptien  du SC Ismaily de la Ligue des Champions Africaine. On rumine ce « retourné acrobatique » et on assimile mieux le courroux des Comores. Irritation qui fait toutefois mal de croire que le Cameroun ait été sanctionné. Il n’y a pas eu de peines, il n’y avait donc pas de tort. C’est aussi naïf que ça. On ne punit pas un innocent…

Pourquoi donc ce retrait de la CAN au Cameroun ? Possiblement pour compenser. Le septentrion du Continent Noir a dû se sentir lésé derrière toutes ces attributions. Aussi, l’équilibre devait être rétabli après les lourdes sanctions subies par le Maroc en 2015. L’Afrique du Nord n’a surement pas voulu attendre que le Cameroun, la Côte d’Ivoire et la Guinée passent pour faire son retour. Six ans c’est beaucoup… Surtout quand on sait que les équipes Maghrébines sont faibles au sud du Sahara et fortes chez elles. Elles qui n’ont plus gagné de CAN depuis 2010 avec l’Égypte.

Il y’a donc certainement eu un forcing nord-africain. Lequel a tout d’abord écarté l’Afrique du sud – pays africain le mieux indiqué pour reprendre « de volée » une CAN à 24 équipes. Et créé enfin le fameux glissement : Cameroun 2021, Côte d’Ivoire 2023 et Guinée 2025. Pour le compte du bloc, le Maroc faisait ainsi diversion pendant que les Pharaons se servaient. Au grand bonheur de Mohamed Salah ; meilleur joueur africain qui par hasard n’a toujours rien gagné en Afrique à cause du pays d’Aboubakar Vincent.

Aboubakar Vincent (contre le Chili) par Дмитрий Садовник – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Fou fou Foot…

Fallait-il éviter le Cameroun ? Un grand rival de moins, c’est toujours ça de gagner. Il y’a clairement comme un acharnement sur ce quintuple champion d’Afrique. On a tendance à vite oublier ce que ces derniers ont fait pour le football africain : à facilement les traîner dans la boue. Le Cameroun n’est pas parfait mais il n’est pas insupportable non plus. La victoire sur le terrain après l’organisation, les premiers « maux » d’Ahmad Ahmad étaient bien contre la terre natale de son prédécesseur Issa Hayatou. Ça sent une tentative dupliquée d’écarter l’incorrigible félin. Quoiqu’il n’y a pas plus dangereux qu’une sélection camerounaise qui se sent injustement combattue.

François Omam Biyik par Auteur Inconnu – Wikipedia (Domaine Public)

Après le retrait de la CAN, le Cameroun aurait pu appeler au TAS. Il l’a même fait par la voix de l’Association des Clubs de Football Amateur du Cameroun (ACFAC). Un dessein vite désavoué par la Fédération Camerounaise de Football. L’instance dirigée par Seidou Mbombo Njoya a choisi de se projeter sur les échéances à venir et de respecter la décision de la Confédération Africaine de Football. Communiqué :

« La Fécafoot tient à condamner et à décourager toute action contrevenante à la volonté des acteurs de bonne foi de travailler, avec la CAF et les autres partenaires extérieurs du Cameroun, au développement du football. (…) »

Une attitude qui a valu à sa « Chère Patrie » une éventuelle double qualification. Triomphes qui prouvent bien que la place d’une équipe de football est sur la pelouse. Le Cameroun participera à sa dix-neuvième CAN parce qu’il joue mieux au football que les Comores. C’est tout….

CAN : 24 c’est trop ?

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Laissée orpheline depuis son retrait des « mains » du Cameroun, la CAN 2019 s’est trouvé un nouveau tuteur. Il s’agit de l’Égypte. Aux pieds des pyramides se jouera donc l’aînée des Coupes d’Afrique des Nations à 24 équipes. La première des sélections africaines, un choix historique. Une révolution qui cependant n’élude pas le doute épais quant à la portée de ce format pour le football africain. L’Afrique a-t-elle vraiment besoin de passer à 24 pour grandir ?

Sculpture par Meelimello – Image Pixabay CC0

Les chaînes de l’histoire

La collision historique entre l’Afrique et l’Europe a forcé les africains à réécrire leur histoire. Les ballons trouvés dans les tombeaux des pharaons égyptiens ont été depuis doublés par la colonisation, après l’esclavage. Un repère nouveau a été dessiné et le continent noir est reparti à zéro quand l’Europe, elle, était bien avancée. Bien que la culture occidentale ait été génialement assimilée, les Africains sont restés derrière dans tous les domaines, dont le football. Le Vieux continent a plus d’un siècle de ballon rond. Les suivre sera quasiment impossible. Ce n’est pas en passant de 16 à 24 qu’on atteindra leur niveau footballistique. C’est aller trop vite en besogne que de faire ce choix d’évoluer. L’Afrique doit prendre son temps pour construire son histoire balle au pied.

Allianz-Arena in weiß par Sönke Biehl – Image Flickr CC BY-SA 2.0

Un but économique

L’impact de l’Histoire se vérifie également dans l’aspect infrastructurel. L’évolution du professionnalisme en Europe est indubitablement liée à la Révolution industrielle du 19e siècle. Une mutation qui part notamment de l’Angleterre pour s’étendre au monde. La construction d’infrastructures sportives est donc une trivialité depuis les années 1800, époque où les noirs sortaient progressivement de l’esclavage pour entrer dans la colonisation.

Si le sport arrive souvent à la fin de la progression d’un pays pour couronner son essor attesté, il est aussi et surtout une entreprise d’entretien. Le but est économique. On crée de l’emploi pour distraire ceux qui ont fini de travailler. Le jeu comme métier perd sa viabilité dans les sociétés où le travail est encore un projet. Une infrastructure est la manifestation d’une idée. Elle ne devient utile que lorsque son édification permet l’évolution de la société où elle est érigée. Un stade doit être construit pour remplir les caisses de l’Etat et réduire le chômage. Est-ce le cas en Afrique ? Pas vraiment, étant donné que le football ne nourrit pas encore son homme ; autochtone ici. Sa pratique y reste dans la plupart des cas amateur.

Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

Entracte

L’intervalle de temps entre les Coupes d’Afrique constitue pareillement un problème pour l’organisation de ces CAN à 24. Toutes les compétitions à 24 équipes ou plus sont organisées tous les 4 ans. Même chez les plus nantis, on donne au moins 8 ans pour se préparer. 2 ans c’est très court ! L’Afrique ne peut pas se permettre un tel luxe.

L’organisation d’une CAN tous les 4 ans redonne de la valeur au tournoi. Plus attendu, il devient plus attractif. De plus, il résout le problème du représentant africain à la Coupe des Confédérations. Le Cameroun par exemple (champion d’Afrique 2017) a pris la place de la Côte d’Ivoire (champion d’Afrique 2015) en Russie en 2018. Les Lions auraient dû battre les Éléphants pour aller à Moscou. Avant chaque Coupe des Confédérations, une sorte de Super Coupe d’Afrique des Nations devrait être organisée entre les deux derniers vainqueurs de la CAN. Ce choc au sommet désignera un représentant africain légitime à ladite compétition.

African Players par PhotographerPN – Image Pixabay CC0

Pragmatisme

La CAN en tant que tournoi biennal est une réalité résolument obsolète pour l’Afrique. Sauf évidemment si les exigences d’organisation sont réduites à la baisse. Et même… 8, 12 ou 24 équipes, toutes les compétitions continentales sont espacées de façon quadriennale pour donner un côté « éclipse » à leur rayonnement. Aussi peu importe le laps de temps, l’organisation de la CAN exige de l’efficacité. Cette dernière doit prendre le pas sur l’opulence inutile.

Le football est un facteur de développement. Pour permettre la croissance des sociétés africaines, l’organisation de la CAN a la responsabilité d’être rotative. La paix suffit en tant que seule condition sine qua non. Tous les pays africains doivent se frotter à la discipline d’un tel événement. Une fête que chacun organisera en fonction de sa situation économique. La qualité d’une infrastructure se trouve dans son efficacité pas dans sa grandeur. La CAF a l’obligation de tirer le meilleur de chaque société africaine grâce au football. La Coupe d’Afrique a la capacité de démystifier l’organisation du sport roi en particulier et le développement de l’Afrique en général.

Mubarak Wakaso tosses in a free kick against the Guinea defence par Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

La valeur des infrastructures d’un pays devrait être fonction de son niveau de développement. Ça ne sert à rien d’avoir une enceinte cinq étoiles dans une société une étoile. Une arène une étoile professionnellement achevée suffira. Etre pauvre c’est aussi refuser d’accepter ses conditions de vie. Le football africain ne se porte pas bien ! Rien ne sert de jouer les fiers. La CAF se comporte comme si tout allait pour le mieux. La Coupe d’Asie des Nations est passé à 24 tel l’Euro : l’AFC en a les moyens, l’Afrique non. La Confédération Africaine a les mêmes problèmes que la CONCACAF. Si la Gold Cup passe à 24, seuls les Etats-Unis, le Canada et le Mexique seront capables de l’organiser. Ils sont peu ces africains qui peuvent tenir une CAN à 24 avec le cahier de charge actuel de la CAF. Il faut une refonte totale du football africain pour cette CAN…

Soccer par Odwarific – Image Pixabay CC0

Retour à l’essentiel

La particularité du sommet d’une montagne est sa surface réduite. Sa contenance se résume ainsi à une poignée de personnes, d’où sa valeur unique au-dessus de la base. 24 équipes sur 55 possibles est un ratio qui n’honore pas la Coupe d’Afrique des Nations. Pratiquement un sur deux, autant organiser des matchs aller-retour où les vainqueurs seront directement qualifiés. Ce sommet du football africain a besoin des meilleurs pour entretenir sa valeur et 16 participants, c’est parfait. Faire plaisir aux petites équipes ne rend service à personne. Ni à la compétitivité ni à elles-mêmes ! La Lettonie a plus de mérite d’avoir joué un Championnat d’Europe à 16 que Madagascar qualifié pour une CAN à 24. Même si ça reste un faux débat. 16 ou 24, c’est le terrain qui décide. Si les Pays-Bas ne se sont pas qualifiés pour l’Euro 2016, c’est qu’ils n’avaient pas le niveau de l’Islande à ce moment. Vivement la CAN 2019 !

Mohamed Salah : Meilleur joueur africain ?

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La nouvelle est tombée le 14 décembre. Mohamed Salah a été sacré pour la deuxième fois d’affilée, Joueur Africain de l’année. Les 44 buts qu’il a inscrits la saison passée ont largement joué en sa faveur. Toutefois, le Pharaon n’a rien gagné cette année. Rien en Europe, rien en Afrique… Il est un joueur remarquable certes mais sans trophées. Le meilleur des joueurs est supposé être celui qui tire son équipe vers la victoire finale. Ce stade-là, le buteur de la Mersey n’arrive pas encore à le franchir…

Mohamed Salah par Анна Нэсси – Wikimedia Commons CC-BY-SA

Effet papillon

Mais l’égyptien n’a rien demandé à personne, on le sait même capable de refuser une récompense individuelle. Il l’a prouvé en déclinant, au profit de James Milner, le titre d’ « homme du match » après la victoire 0-4 de Liverpool à Bournemouth en Premier League : « Je ne vais pas prendre ce prix aujourd’hui. Je veux le féliciter pour son incroyable carrière. » Un prix qu’il méritait puisqu’il a largement contribué à ce succès en faisant un triplé. Une prestation fabuleuse couronnée par ce troisième but épique où il élimine deux fois le gardien avant de finir l’action de l’extérieur du pied gauche.

Mohamed Salah par FootballCoin – Wikimedia Commons CC-BY-SA

Si Jurgen Klopp et ses hommes avaient perdu 5-4, Salah aurait-il été élu homme du match ? Non. C’est la victoire de Liverpool qui couronne Salah. Mo Salah est donc tout autant victime de la mode que ceux qu’il a dépassés. On pense à ce titre de meilleur joueur de Premier League. On en revient à Kevin De Bruyne, David Silva ou Sergio Aguero qui ont été bouffés crus par les statistiques du Red. Des performances stratosphériques qui ont éclipsé la prestation collective de Manchester City l’an passé. Salah a été plébiscité par ses collègues du championnat sans que son palmarès ne soit pris en compte. C’est la « coutume » ! Ce titre de « Men’s PFA Players’ Player of the Year » est dans la continuité de ce qui se fait depuis bientôt 10 ans.

Didier Drogba par Ben Sutherland – Image Flickr CC-BY 2.0

Les critères semblent uniquement individuels dans ce sport d’équipe où on joue pour gagner. On omet que les partitions personnelles existent pour servir le collectif. C’est au meilleur servant que devrait revenir la palme du meilleur joueur. L’égyptien est clairement le meilleur joueur de Liverpool. Mais à l’échelle supérieure, il est aussi « Ballon d’or » que Luka Modric, Lionel Messi en 2010 et Cristiano Ronaldo en 2014. Pour ne citer qu’eux…

Yaya Touré par Alejandro Ràzuri – Image Flickr CC-BY 2.0

L’Afrique encore sur la touche

On pourrait en effet citer d’autres « meilleurs » sans mérite, notamment sur le continent en question. Et comment ne pas revenir sur ces mots de Yaya Touré en janvier 2016 après le choix de P.E Aubameyang comme meilleur joueur africain 2015 : « Je suis beaucoup déçu. C’est triste de voir l’Afrique réagir de la sorte, qu’elle ne donne pas d’importance aux choses africaines ! (…) Je crois que c’est ce qui fait la honte de l’Afrique. Car se comporter de la sorte, c’est indécent ! Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Nous, les Africains, nous ne montrons pas que l’Afrique est importante à nos yeux. Nous privilégions plus l’extérieur que notre propre continent. C’est ce qui est lamentable ».

Yaya Touré victorieux de la CAN avec la Côte d’Ivoire en 2015 par Ben Sutherland – Image Flickr CC-BY 2.0

L’ivoirien champion d’Afrique cette année, s’était senti esseulé devant un titre qu’il a longtemps chassé avec les Eléphants. Sa déclaration est si vraie qu’elle nous rappelle que l’ancien cityzen a lui aussi « fait honte à l’Afrique » en remportant quatre titres de meilleur joueur africain sans aucun titre africain. Il est l’héritier d’une longue lignée qui prend racines en 2001 avec le sénégalais El-Hadji Diouf.

Cependant la CAN n’est pas la seule compétition africaine à être ignorée depuis 2001 lors des récompenses individuelles suprêmes de la CAF. La Ligue des Champions en prend aussi pour son grade. Si Patrick Mboma en 2000 est le dernier à avoir été élu meilleur joueur africain grâce à une victoire à la CAN, le dernier meilleur joueur africain vainqueur de la compétition reine des clubs africains c’est le guinéen Cherif Souleymane du Hafia Conakry. C’était en 1972 et il succédait à Ibrahim Sunday. Le ghanéen venait de perdre la finale de la C1 en 1971 avec l’Asante Kotoko contre le Canon de Yaoundé. À cette époque on parlait de Ballon d’or Africain…

Match de Football en Ligue des Champions entre le CA tunisien et le MAS marocain de Fès par Citizen59 – Wikimedia Commons CC-SA

Entre 1971 et 1986, tous les lauréats du Ballon d’or africain étaient des locaux. L’exception qui confirme cette règle est le camerounais Théophile Abega, toulousain et champion d’Afrique en 1984 au moment de sa nomination. Le football africain vivait alors son âge d’or. Il y avait vraiment de quoi rêver plus grand. Les mondiaux de 1982 et 1986 en sont l’illustration même, avant d’être la fin d’une époque… Depuis personne n’a succédé à Badou Zaki. L’immense gardien marocain est le dernier Ballon d’or africain à avoir été couronné sur son continent. Ce ne sont pas les talents qui manquaient pourtant.

Mohamed Aboutrika en duel avec Fabio Cannavaro par Muhammad Ghafari – Image Flickr CC-BY 2.0

L’Afrique toujours sur la touche

L’Afrique a hérité de nombreux joueurs locaux qui méritaient le statut du meilleur joueur africain. Parmi eux, Mohamed Aboutrika. Le meneur de jeu égyptien fût le chef d’orchestre de la plus grande sélection de l’histoire du football africain. Avec elle, il a été trois fois de suite champion d’Afrique entre 2006 et 2010. Un succès réédité en club sous les couleurs d’Al Ahly où il remporte 5 Ligues des Champions de la CAF. Idem pour le congolais Trésor Mputu qui fût finaliste du mondial des clubs en 2009 au TP Mazembe, le tunisien Youssef Msakni et le sud-africain Percy Tau. Ces derniers furent respectivement champions d’Afrique en 2011 avec l’Espérance de Tunis et en 2016 avec les Mamelodi Sundowns.

Cape Town en Afrique du Sud par Falco – Image Pixabay CC0

A l’inverse des deux premiers, l’Aigle de Carthage et le Bafana Bafana ne resteront pas toute leur carrière en Afrique. Le premier s’en ira au Qatar en 2013 et le second en Angleterre cette année. Un choix probablement financier pour le joueur d’Al-Duhail Sports Club, un autre dit « de carrière » pour le Brésilien (surnom des Mamelodi Sundowns). Le natif de Witbank quitte la ligue professionnelle sud-africaine pour Brighton en Premier League. Mais le joueur de 24 ans sera directement prêté en D2 Belge au RU Saint-Gilloise. Il n’a pas reçu de permis de travail au Royaume-Uni.

Entrance to the The Mamelodi Sundown football club in Ekurhuleni, Gauteng, South Africa par NRJ ZA Wikimedia Communs CC-BY SA

Une démarche qui ne valorise en rien le football africain. Quitter un champion d’Afrique pour jouer les premiers rôles en Asie c’est bien mieux que de signer en bas de tableau européen. Evoluer c’est avancer et non reculer ! Il s’agit surement de sa touche à lui mais aussi d’une pensée africaine généralisée. Il faut jouer en Europe pour être pris au sérieux en Afrique : être « européen » pour être meilleur joueur africain. C’était le cas en 2017, c’est le cas en 2018. Les compétitions majeures africaines demeurent mésestimées. Mohamed Salah est plus l’un des meilleurs joueurs européens que le meilleur joueur africain. Rappelons qu’il n’a encore rien gagné avec son équipe nationale…

CAN 2019 : Les lions blessés, comme indomptables

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Le 2 décembre dernier, le Lion blessé de Fotouni perdait la finale de la Coupe du Cameroun face à Eding Sport 1-0. Un stade omnisports de Yaoundé comble, une belle fête, la fugace occasion pour les Camerounais, grands fans de football, d’oublier leur réelle déception de perdre l’organisation de la CAN 2019.

La triste nouvelle est tombée le vendredi qui a précédé ce match qui clôture la saison sportive de leur chère patrie. De nombreux observateurs, à l’instar du site d’information Camfoot, se sont interrogés sur la « franchise de la CAF » comme sur « la partition » jouée par le pays hôte. Quoiqu’aux yeux de ceux qui connaissent réellement le football camerounais, les lions indomptables n’ont jamais si bien porté leur nom.

MustangJoe – Image Pixabay CC0

Indomptables

Pour tout dire, le football camerounais n’a jamais vraiment brillé par son organisation. Ses écarts en dehors des terrains sont aussi indomptables que ses joueurs. Les problèmes de primes, les factures impayées d’hôtel et autres manquements ont continûment rythmé les courses dévorantes de la sélection nationale, sans jamais toutefois altérer son efficacité continentale.

Le Cameroun est champion d’Afrique en titre. Il l’est par le biais d’une équipe que personne n’attendait à ce niveau en 2017. Une victoire retentissante qui s’est achevée sur un chef d’œuvre d’Aboubakar Vincent. Le buteur du FC Porto concluait ainsi un parcours exceptionnel où son équipe envoyait successivement au tapis le Sénégal de Sadio Mané et Kalidou Coulibaly, le Ghana d’André Ayew quadruple champion d’Afrique et l’Égypte de Mohamed Salah, septuple champion d’Afrique. Un sacre au caractère inédit qui s’ajoute au beau palmarès d’un pays coutumier des rendez-vous où on ne l’attend pas.

Ben Sutherland – Image Flikr CC-BY 2.0

L’équipe nationale camerounaise occupe la seconde place de son groupe, ce qui l’assure d’être probablement qualifiée pour la CAN 2019. Une poule qu’elle partage avec le Maroc, leader et probable futur organisateur, le Malawi et les Comores. Les « Cœlacanthes » (le petit nom des comoriens) seront d’ailleurs les derniers invités à « Mfandena », le stade de l’équipe nationale camerounaise. Troisièmes à trois points des Lions indomptables, les coéquipiers d’Ali Ahamada tenteront de jouer les trouble-fêtes devant des favoris naturels. N’en déplaise à leurs détracteurs, les camerounais quintuples champions d’Afrique seront bien à prendre au sérieux à la prochaine Coupe d’Afrique des Nations. Galvanisés par leur récente défaite 2-0 au Maroc lors des qualifications, ils seront motivés pour aller chercher leur sixième couronne. Au cours de cette rencontre, ils s’étaient sentis lésés par l’arbitrage.

Hiroo Yamagata – Image Flikr CC-BY-SA 2.0

Les triomphes du football camerounais en Coupes d’Afrique se manifestent « toujours » de façon consécutive. Enclenchée, sa domination s’étend naturellement sur au moins deux ans, voire quatre. Des victoires en 1984 à Abidjan, 1988 au Maroc, après une finale perdue face à l’Égypte en 1986. Des victoires en 2000 au Nigeria, 2002 au Mali. Une victoire 2017 au Gabon, donc en 2019 au Maroc ? L’hypothèse est aussi plausible que lorsque le défenseur Lucien Mettomo était « comme chez lui » dans le nid du rival historique nigérian. Nous sommes le 13 février 2000 au Surulere Stadium de Lagos et le Stéphanois s’apprête à soulever ce trophée orné de ses couleurs vertes et blanches du drapeau des « Green Eagles ». Nigeria – Cameroun, deux buts partout, 120 minutes de grand jeu et de tirs aux buts de folie pour mettre en évidence l’incorrigible paradoxe camerounais. Un contraste entre l’organisation et les résultats sur le terrain, qui n’empêche pas le Cameroun de rester le second plus grand pays de football en Afrique et une référence dans le monde matière cuir.

AnnRos – Image Pixabay CC0

Un mal pour un bien ?

Le Cameroun pays organisateur de la CAN, c’est déjà arrivé une fois. C’était en 1972 et sa sélection se faisait prématurément sortir en demi-finales par le « petit » Congo, futur vainqueur. La victoire des « Diables Rouges » allait permettre au football camerounais de connaître une réforme nationale qui devait changer les fauves blessés en lions indomptables. Une déconvenue oui, mais la CAN perdue a tout pour redevenir un facteur de progression. Les supporters de Samuel Eto’o, Parick Mboma, Rigobert Song, Roger Milla, « Docteur » Abega, Mbida « Arantes », Samuel Mbappé Leppé… le méritent. C’est l’occasion de frapper un grand coup sur ce mode de gestion délicat, réanimer le football local et enfin franchir ce palier.

Gagner ou non la prochaine CAN ne doit rien changer. Le Cameroun a suffisamment fait ses preuves sur son continent : il est temps d’aller conquérir le monde. Et la seule façon d’y parvenir, c’est de s’organiser en dehors du rectangle vert comme un modèle footballistique. La « philosophie du cœur » fonctionne encore dans l’univers de la confédération africaine, mais perd toute son aura au moment de participer au Mondial et à la Coupe des Confédérations. Dans une Afrique qui progresse, il est temps que les lions indomptables deviennent définitivement une icône.

Duncan Hull – Image Flikr CC-BY 2.0

CHAN : Pour une Afrique qui stagne

Image Iwaria
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Il y’a un peu plus de 10 ans, en Janvier 2008, quelques jours avant le début de la 6e Coupe d’Afrique des Nations remportée par l’Égypte, l’idée d’un Championnat d’Afrique des Nations, uniquement destiné aux joueurs évoluant dans des clubs appartenant à leurs pays, est officiellement adoptée. Chaque championnat du continent, réunira ainsi ses meilleurs éléments pour un tournoi international, dont le but ultime, est de servir d’étal à une Afrique sédentaire, qui tarde à prendre son envol balle au pied. Une observation intègre, manifestée par une criante négation de l’évolution.

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Autodérision

L’Afrique a longtemps pleuré, et à juste titre, la discrimination qu’elle a subie au cours de l’histoire. De l’esclavage à la colonisation, en passant par la ségrégation raciale et l’apartheid, ses fils et filles ont versé des rivières de larmes teintées de rouge, sans jamais pouvoir réellement les sécher. Les noirs s’appellent « négro » pour se bomber le torse. Les séquelles de leur conte tragique, s’avèrent si fortes, qu’elle semble en « rire ». Cette infériorité, elle l’a tant acceptée, qu’imaginer une vie où elle serait autonome et éminente, dirait-on, ne lui traverse plus l’esprit. Avant ils venaient nous chercher de force, maintenant nous y allons de notre gré. Pourquoi la Confédération Africaine de Football est-elle la seule confédération au monde, à avoir deux compétitions continentales majeures destinées aux sélections nationales ? L’UEFA, l’AFC, la CONMEBOL, la CONCACAF et l’OFC en organisent une seule, respectivement : le Championnat d’Europe des Nations, la Coupe d’Asie des Nations, la Copa America, la Gold Cup et la Coupe d’Océanie des Nations. Comment condamner le racisme, le fichage ethnique, quand les victimes elles-mêmes se divisent en Noirs, le CHAN, et Blancs, la CAN ?

Image was captured by a camera suspended by a kite line. Kite Aerial Photography (KAP) – Flikr

Un aveu d’impuissance

Le Professeur Anta Diop disait : « Souvent, le colonisé ressemble un peu, ou l’ex colonisé même, ressemble un peu, à cet esclave du 19e siècle qui libéré, va au pas de la porte puis revient à la maison, parce qu’il ne sait plus quoi faire, il ne sait plus où aller ; depuis le temps où il a perdu la liberté, depuis le temps où il a acquis des réflexes de subordination, depuis le temps où il a appris à penser à travers son maître […] ». Maintenant qu’on le sait, peut-on passer à autre chose, s’il vous plaît ? Cet illustre savant et bien des footballeurs et autres leaders, se sont battus pour que l’Homme noir libre, se transcende à jamais. Rendons leur hommage, il est temps ! On ne peut pas réclamer la parenté de pyramides qui donnaient l’heure juste en se montrant incapables d’organiser un jeu ; le jeu le plus simple. Cheikh et compagnie ont brillé pour que leurs pousses sombres conçoivent enfin qu’ils ne sont « pas condamnés à l’échec ». Ils ont donné leur vie afin que les africains comprennent que les Pharaons, sont bien africains. Les coéquipiers d’Aboutrika et d’El Haddary ont royalement dominé le continent noir, porté par un collectif puissant, dont l’ossature descend directement du club le plus titré au monde : le National du Caire, Al Ahly. Réduire donc ce règne à une division, en pensant croître, c’est perdre dignité et temps précieux.

Le football africain a besoin d’être un et indivisible tel qu’il le fût à ses débuts. Il doit faire mieux que siéger dans la Ville du 6 Octobre et s’inspirer de l’équipe nationale de son pays, l’Égypte, et de sa fédération : les meilleures du continent. Tous les citoyens sont égaux sous leur drapeau. C’est clivant de faire une différence entre un joueur évoluant en dehors de l’Afrique et un joueur évoluant en Afrique. Ça se fait surement ailleurs, mais ce n’est pas officiel tel que c’est le cas dans l’institution du ballon rond africain. C’est évident qu’un joueur européen, membre d’une équipe hors de l’Europe, aura moins de chance d’être retenu par son équipe nationale, qu’un autre, casanier ; mais ça ne se dit pas. Les préceptes de la méritocratie doivent être absolument préservés. Les diamants se cachent souvent dans la boue. Le talent ne dépend pas du lieu où il joue. Sélectionnez les meilleurs : trois points c’est tout…

dav – Image Iwaria

La CAF devrait songer plutôt à poser ses valises sur des bases solides, en orientant sa régulation dans le sens du développement des championnats locaux et le professionnalisme. La CAN est largement suffisante pour vanter le niveau international du football africain. Lui additionner le CHAN de façon conceptuelle, et non comme une compétition, est la seule façon de lui permettre de progresser. Pour que les équipes africaines avancent, elles ont besoin d’avoir des ligues locales compétitives. Ça passe par des statuts à scrupuleusement faire respecter et des infrastructures professionnelles, adaptées aux réalités socio-économiques du continent ; sans oublier que le football et le sport sont des facteurs anti-chômage. Est-ce si difficile d’avoir une pelouse bien verte et tondue entourée de tribunes bien faites ? Qu’est-ce qu’un asiatique, européen, américain ou océanien, fait, qu’un africain ne peut pas faire ? Rien.

Ebola et ballon rond : quel jour pour la fièvre ?

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Le 11 octobre 2014, en pleines éliminatoires de la CAN 2015, le Maroc pays organisateur, déclare ne plus être capable d’accueillir le prestigieux trophée du foot africain en janvier 2015. Pour cause de virus Ebola, les Marocains demandent un report de la date du début des hostilités au mois de juin. Une suggestion qui n’enchante guère les plus hautes instances africaines en matière de cuir. La CAF déjà peu habituée aux réformes dit ne pas être prête à céder au charme des lions de l’Atlas en prétextant que depuis son aube en 1957 la CAN n’a jamais été reportée.

Textes et prétextes

Le football s’est toujours défini comme une partie conservatrice. Le sport roi n’a connu que très peu de réformes dans sa pratique. Mais avec sa mondialisation, les formes de son organisation – l’organisation de ses compétitions – le ballon rond a appris à s’adapter aux terres de ses rebonds. Il a appris à être le quotidien socioculturel des herbes où il poussait : il a toujours évolué dans le temps avec les mœurs de ses Hommes. Aujourd’hui, puisqu’il se joue en Afrique, le football traverse une crise humanitaire.
Les Africains ont pour coutume de s’accrocher aux coutumes même quand elles sont inutiles. Les Afro-Africains oublient que le rôle des traditions est d’améliorer les conditions de vie humaine. Tout rituel qui va à l’encontre de l’existence de l’Homme sur Terre ne peut être considéré comme tradition. Si hier la CAN choisissait janvier pour se faire prier c’est parce que le football africain n’était encore que continental. La majorité des footballeurs africains et des meilleurs footballeurs africains jouaient à domicile. Désormais, l’embryon est sorti de sa bosse. Le football malgré des prestations remarquables – notamment des années 80-90 – de ses vedettes du terrain est resté un sport amateur en Afrique. La CAF n’a jamais su professionnaliser les raisons de son existence. Ses compétitions n’ont jamais connu une considération planétaire. La fuite des bons coups de pied précède celle des cerveaux. La CAN marquera beaucoup de points si elle venait à se jouer en juin. Le football est actuellement – comme toutes vérités d’ailleurs – une raison occidentale. Ça ne sert à rien de faire les fiers quand notre fierté n’est pas en accord avec ses activités. Les meilleurs footballeurs africains de nos jours jouent à l’extérieur. Même si on aimerait tous les voir à la Coupe d’Afrique, les voir perdre leurs places de titulaires dans leurs clubs respectifs ne nous rendra pas plus fiers car notre fièvre est aussi leur métier. Stéphane Mbia est bien là où il est : il est temps de passer à autre chose.

Le temps de l’Ebola

Le virus Ebola est la raison principale du désistement marocain devant l’organisation de la CAN 2015. Le football, sport de masse, sport de contact sur et en dehors du terrain, n’est clairement pas compatible avec les habitudes de Monsieur Ebola comme dirait le journaliste gondwanais Mamane. On comprend donc pourquoi le Nord préfère ne pas être en contact avec le malheureux Sud. Ce qu’on ne comprend pas c’est pourquoi ? Le voisin espagnol qui a contracté sa première fièvre européenne n’est pas un pays d’Afrique subsaharienne. Le football a aussi des supporters – en milliers – en Espagne, mais leur maladie ne coule pas de la sueur d’un crampon. Le Réal Madrid du mondial des clubs est aussi susceptible de voyager avec le virus que le Réal de Bamako. Si l’équipe zaïroise de l’AS Vita club venait à remporter la ligue des champions africaine, que se passera-t-il ? Aucun Subsaharien n’avait le virus Ebola dans ses prévisions. Les temps africains sans l’Ebola étaient déjà assez critiques. Aucun gouvernement dans ce monde n’avait prévu de tels ravages. Il aurait bien pu se déclarer au Maroc en premier de façon touristique. La première fois que cette maladie faisait ses pas de géant en Afrique, en 1976, la CAN se jouait en Éthiopie et c’est le Maroc – face à la Guinée – qui la remportait. Les lions de l’Atlas gagneraient encore plus à organiser cette CAN, car en cas de vacance, ils pénaliseraient leur équipe nationale : un talent en quête de reconnaissance (surtout concernant ces équipes maghrébines pour qui le public compte fatalement).
Sur un plan purement sanitaire, jouer en juin ne changera rien. L’Ebola ne sera pas absent: bien au contraire, le virus ne sera sûrement pas très loin de son apogée. Le report aurait pu être légitime si le bien du Maroc, du football africain et mondial était son objectif. Quand on sait que les joueurs africains en Europe sont aussi précieux que la matière première africaine, on se dit que la décision peut venir d’un peu plus haut. Il faudrait annuler toutes les rencontres footballistiques – et sportives – si des vies humaines sont en danger. Après tout ce n’est qu’un jeu. Mais puisqu’il est un mot africain, il serait souhaitable que le pic de la maladie soit également africain. Jouer en Afrique du Sud – plutôt qu’en Afrique du Nord – : là-bas mourir d’Ebola n’est que suite logique.
Organiser une compétition ce n’est pas avoir les infrastructures seulement. C’est aussi être professionnel et être professionnel, c’est tenir ses engagements. Organiser une compétition c’est vraiment pouvoir prévenir, accueillir ses hôtes avec leurs maladies. Le sida peut aussi prendre une autre ampleur mais bon : « Ce n’est que le sida »… pourquoi s’inquiéter ? Avoir peur est un droit, mais être responsable de la prévision dans tous les sens de son terme est un devoir. Au commencement l’Ebola était une rivière et aujourd’hui elle est plus qu’une simple maladie. Il faudra donc faire avec cette phobie en Afrique et partout ailleurs maintenant et toujours … Nous sommes prévenus.

 

 

CAN : Coupe d’Afrique des Nations de football

CAF : Confédération africaine de football

CAN 2015 : Comme des pharaons, les éléphants après les lions ?

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Les deux dernières coupes d’Afrique (Gabon – Guinée équatoriale et Afrique du Sud) ont eu la particularité d’avoir survécu sans deux gros morceaux du football africain : le Cameroun (4 fois vainqueur) et l’Égypte (7 fois vainqueur). En analysant de près le début des éliminatoires de la prochaine CAN, on a envie de dire : à qui le tour ? Le Nigeria piétine mais les supers eagles aiment bien conclure à la fin. Il serait donc fort probable que malgré leur début catastrophique, ils défendent leur titre au Maroc, mais … A qui donc le tour ? Et si c’était le tour de la Côte d’Ivoire ?

Un favori pas comme les autres

Une fois vainqueur de la coupe d’Afrique – en 1992 au Sénégal –, la Côte d’Ivoire est devenue au début du 21e siècle – notamment avec l’arrivée de Drogba – le meilleur favori du football africain. Avec leur génération dite dorée, elle a toujours été considérée par les médias comme la meilleure équipe africaine mais l’est-elle effectivement ? L’a-t-elle vraiment été ? Durant huit années au sommet des pronostics les plus sûrs, les ivoiriens n’ont jamais rien gagné. De 2006 à 2014, malgré deux finales jouées, les pachydermes sont restés des figurants dans le groupe de la mort.

Aujourd’hui encore après avoir été éliminée au premier tour par une Grèce nettement inférieure à elle, la côte d’Ivoire repart aux éliminatoires sur les mêmes bases : vainqueur sur le papier et perdante sur la pelouse. Avec une victoire défaitiste face à une Sierra Leone en crise et une raclée à Yaoundé, les oranges restent égaux à eux-mêmes : favoris. A ce triste sort s’ajoute la perte de leur capitaine emblématique, le winning eleven Didier Drogba, dont la seule présence faisait trembler les filets. Yaya Touré aura du mal à porter ce brassard déjà très lourd après deux rencontres et remplacer Tito sur l’herbe et dans le cœur des ivoiriens. Pour les hommes d’Hervé Renard, troisièmes avec trois points, la RDC sera très difficile à jouer dans cet aller-retour crucial. Il est temps pour eux d’être des favoris qui gagnent.

Can 2015 : Le retour des lions indomptables ?

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Quatre ans après l’avoir quitté en quart de finale, le Cameroun est sur le point de retrouver cette coupe d’Afrique qui lui est si chère. Barrée tour à tour par le Sénégal en 2012 et le Cap-Vert en 2013, la sélection tricolore a le devoir de nous faire oublier leurs différentes débâcles internationales, aussi bien sur le continent qu’en dehors. Avec six points de pris sur six possibles, face à la RDC (0-2) et à la Côte d’Ivoire (4-1), les coéquipiers de Stéphane Mbia semblent bien partis pour le Maroc. Prendre six autres – précieux – points dans cette double confrontation avec la Sierra-Léone, le petit poucet du groupe, ne devrait leurs pas causer de problèmes.

Un contexte favorable

A la suite du mondial camerounais au Brésil les carottes semblaient cuites. Les prestations comportementales et sportives de Samuel et les autres faisaient – à juste titre – de nos lions des bonnets d’ânes. C’était sans compter sur la portée négative de cet accident prémédité du ndamba (1) en terre camerounaise. En 2010 la pilule était passée mais après Manaus, ils ont tous été chassés. Le Cameroun a été exorcisé et a pu repartir à zéro. Le drapeau est reparti dans les bras de Wolke Finke et Stéphane Mbia est nommé capitaine au nez et à la barbe de l’ancien vice-capitaine Nicolas Nkoulou. Il sera respectivement secondé dans son action par Vincent Aboubakar et Eric Maxime Choupo-Moting. Le Cameroun gagne donc une nouvelle ère et les premiers résultats sont très prometteurs : six buts marqués et un encaissé en deux matches : il y’a de quoi s’enflammer.

Une équipe jeune en forme et puissance

Beaucoup pensaient qu’après la génération Eto’o, le Cameroun aurait du mal à trouver le chemin des filets. C’est vrai, au vu de ses statistiques historiques et stratosphériques, qu’il sera dur de l’oublier mais il faut savoir déjà que personne n’est éternel, personne n’est irremplaçable (surtout quand on n’est pas irréprochable). S’il a remplacé, il sera remplacé. C’est certainement vrai que la vitesse avec laquelle ils ont été remplacés est inhabituelle pour la science du football. Mais il est plus certainement vrai encore que le football camerounais est pétri de talents. Il est odieusement vrai que la gérontocratie était plus qu’en vigueur dans les vestiaires des lions depuis au moins quatre ans. Les jeunes étaient sélectionnés et systématiquement ignorés. On voit avec ce nouvel état d’esprit qu’ils ont tort de tuer la jeunesse, qu’ils ont eu tort de nous priver du « président » Clinton Njié. Auprès d’une telle forme, le fond ne saurait être un obstacle surtout que derrière le fiasco brésilien, les crinières, les têtes fortes de la tanière (Mbia, Nkoulou, Choupo-Moting, Matip, Njié, Aboubakar) semblent avoir retrouvé le poil de la bête. Rendez-vous les 11 et 15 octobre pour la conclusion.

Liste des joueurs convoqués:

I- GARDIENS

NDY ASSEMBE FC Nancy
ABOGO Pierre Sylvain Tonnerre de Yaoundé
ONDOUA Joseph Fabrice FC Barcelona

II- DEFENSEURS

DJEUGOU Cédric – Coton Sport de Garoua
GUIHOTA Jérôme – FC Valenciennes
NLATE EKONGOLO Brice – O. Marseille
NKOULOU Nicolas – O. Marseille
BANA MOUSSA – Coton Sport de Garoua
BAGNACK Frank – FC Barcelona
OYONGO BITOLO Ambroise – New York Red Bulls
Bedimo Henri

III- MILIEUX:

ENOW EYONG –
MBIA Stéphane –
LOE Raoul Cédric – C.A Osasuna
SALLI Edgar – A.S Monaco
ZOCK Guy Christian – Cosmo de Bafia
MANDJECK Georges – Kayseri Erciyesspor
KOM Franck – Etoile Sportive du Sahel

KIBONG à MBAMBA Marc – Konyarspor

IV- Attaquants

CHOUPO-MOTING Eric – Schalke 04
MOUKANDJO Benjamin – Stade Reims
ABOUBAKAR Vincent FC – Lorient/Porto
KWEUKE Léonard – Caykur Rizespor
N’JIE Clinton – O. Lyon
ETOUNDI Franck – FC Zurich

NB : Matip sera le grand absent

1 ballon dans le langage urbain camerounais