Arbitrage : Le Cameroun contre le reste du monde…

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19 Juillet 1966. Le Brésil affronte le Portugal. Le match 3 de la poule 3, une rencontre décisive. Les Brésiliens doivent gagner pour passer au tour suivant. Ils perdent et sortent prématurément de la World Cup. Eusébio sur un nuage, la faute à un Portugal talentueux, rugueux et avantagé par l’arbitre George McCabe. Les coups de sifflets de l’officiel britannique se taisent devant les violentes agressions subies par Pelé. La légende finira le match sur un pied, l’autre bandé. Complètement diminué, O’Rei clopine et la Seleção sort. Mission accomplie ? Le meilleur joueur de tous les temps décident de ne plus jamais jouer une coupe du monde. Avant de revenir sur sa décision…

Voici les lionnes…

Dans son article « Mondial féminin : Alain Djeumfa, l’art du dribble sans ballon », Jean-Damien Lesay a donc eu raison de parler de Pelé pour évoquer le Cameroun, les Lionnes Indomptables et leur entraîneur. Le jeu sans ballon n’est pas le seul distinguo qui rapproche le triple champion du monde du Cameroun. Les Lionnes aussi ont refusé de continuer de jouer, accusant l’arbitre de partialité. Une accumulation émotionnelle qui a pour origine les premiers matchs du mondial. Des rencontres où les arbitres ont très souvent délaissé l’équipe nationale du Cameroun. Contre le Canada, face aux Pays-Bas ce fût la totale. Le traitement infligé à Aboudi Onguéné avec l’assentiment de Casey Rebeilt, n’a presque rien à envier à celui enduré par Pelé 53 ans plus tôt à Goodison Park en Angleterre…

L’Angleterre… :

«  Ça me rend triste. Je n’avais jamais vu ça sur un terrain de foot, j’ai vraiment honte du comportement des adversaires, et mes joueuses n’ont pas apprécié non plus…. J’espère que c’est un incident isolé avec des joueuses qui voulaient bien faire à tout prix. On pouvait voir leur désarroi.  (…) Je suis sûr qu’elles regrettent leur comportement. J’espère qu’elles se qualifieront pour la prochaine Coupe du monde et qu’elles se comporteront mieux. Au-delà de la victoire, du match nul ou de la défaite, notre mission est de promouvoir le football féminin. Si mes joueuses s’étaient comportées ainsi, elles n’auraient jamais rejoué pour l’Angleterre  !  »

Phil Neville, le sélectionneur anglais, a raison de déplorer le comportement des camerounaises. Mais il n’a pas le droit de prétendre qu’elles donnent une mauvaise image du football féminin. C’est facile de donner les leçons quand on est du bon côté de la décision. Les Anglais n’ont pas toujours été des modèles de justice : il le sait. Sur le plan de l’éthique, le Mondial 1966 en Angleterre est l’un des plus controversés de l’histoire du sport roi. Les Three Lions méritaient de gagner, mais pas de cette façon. Le traitement infligé à Pelé n’est pas le seul fait de jeu qui a flétri cette unique victoire majeure anglaise. Il y’en a eu d’autres…

L’émotion est nègre, la raison hellène

Dire de ce fait comme Jérôme Bergot dans son article « Coupe du Monde, comment le Cameroun a failli déraper », que certaines réactions à chaud des lionnes étaient stupides. Les qualifier de mauvaises perdantes : c’est tout à fait mal placé. Les expressions «  L’arbitre voulait faire gagner l’Angleterre  », « C’est la Coupe d’Europe  » ou « Les Blancs jouent entre eux » sont tout sauf nulles et non avenues. Elles découlent d’un sentiment d’injustice qui prend déjà racine dans le nombre (encore) des équipes européennes à la coupe du monde. 10 nations d’Europe sur 24, sur ce plan il n’y a aucune forme d’égalité. Et si à cela on ajoute un arbitrage douteux aidé par la VAR, ça donne ce qu’on a vu : des lionnes qui veulent quitter la pelouse.

Eliminées par les américaines en quart de finale de leur coupe du monde, les françaises peuvent dorénavant ressentir ce que les coéquipières de Nchout Ajara ont éprouvé. Il y avait pénalty indiscutable pour la France face aux USA. Cependant, si on n’avait pas injustement fait retirer celui de Wendy Renard contre le Nigeria, ça aurait été injuste. Bref c’est un juste retour de bâton. Les Etats-Unis, derniers non-européens de la compétition, représentent désormais 4 continents à la Coupe du Monde.

Entre frères et sœurs

L’arbitrage cause de l’échec des camerounaises en France est un argument faux et assez prétentieux. C’est très bien de faire deux huitièmes en deux participations mais c’est insuffisant pour viser plus haut. Malgré leurs magnifiques prestations contre la Nouvelle-Zélande, le stop est mérité.

Pas besoin d’en rajouter. De penser à les sanctionner comme le fait la CAF. On a l’impression que lorsqu’il s’agit du pays du prédécesseur de monsieur Ahmad Ahmad, les instances du football Africain redeviennent autoritaires. L’organisation de la CAN retirée, aujourd’hui elles pensent à réprimer les camerounaises parce qu’elles ont perdu leur nerf. Les Wydadis ont refusé de finir une finale de Ligue des Champions pour un but refusé par une VAR qui ne fonctionnera qu’en quart de finale de la CAN : le match sera rejoué. Equilibre !

Rugissements…

Quoique les camerounais sont habitués à avoir des gens sur leur dos. Ils ont même parfois fait de cet acharnement une raison de gagner. La campagne médiatique de dérision dont ils font l’objet ne les étonne carrément plus. Le Cameroun est vieillissant. Le Cameroun a un jeu basé sur le physique. Champion en titre, le Cameroun n’est pas favori pour la CAN. Le Cameroun ne joue pas bien. Le Cameroun, le Cameroun, le Cameroun… Choupo Moting ne peut pas être le capitaine de l’une des équipes les plus emblématiques de l’histoire du ballon rond quand à Paris il est méprisé. Alors on continue…

On part de son raté contre Strasbourg pour dénigrer sa sélection. Les mauvaises phrases ne manquent plus pour tirer sur les fauves. Comparé à tout et n’importe quoi, même les plus faibles équipes du continent sont galvanisées. À leurs risques et périls, elles gonflent le torse devant le roi de la forêt. Phillipe Doucet, le spécialiste du football Africain, a même été surpris de voir les Lions pratiquer un jeu intelligent contre la Guinée Bissau. C’est dire que Théophile Abéga, le Docteur, n’était pas intelligent. Roger Milla, Thomas Nkono, Joseph Antoine Bell, Rigobert Song, Patrick Mboma, Marc-Vivien Foé, Samuel Eto’o, Aboubakar Vincent, Fabrice Ondoa, Andre Onana n’ont jamais pratiqué un jeu intelligent. Le consultant de CANAL + rejoint de ce pas son confrère Habib Beye dans ses déclarations anti-Cameroun :

« Le Cameroun a remporté son match face à la Guinée avec beaucoup de chance et il n’aura pas cette même chance face au Ghana samedi. On le sait tous, les favoris de la CAN sont le Sénégal et l’Egypte »

Parce que Mané et Salah sont champions d’Europe, évidemment. Ghana – Cameroun, score final : 0-0. Les Ghanéens n’ont toujours pas battu le Cameroun en match officiel. Une info, une intervention d’Habib Beye dans la suite logique de son « Cameroun a remporté la plus faible CAN de son histoire ». Heureusement qu’à cette faible CAN 2017 il y avait le très fort Sénégal de Sadio Mané battu par le Cameroun. Le très fort Ghana, battu par le Cameroun et la très forte Egypte de Salah, battue par le Cameroun. On peut comprendre que l’ancien coéquipier de Didier Drogba n’aime pas les Lions Indomptables. Qu’il n’ait toujours pas digéré cette finale perdue en 2002 face à la meilleure attaque et meilleure défense de la compétition. 9 buts marqués, zéro encaissé, la seule équipe de l’histoire du football à l’avoir fait…

On peut comprendre qu’il ait oublié que le Cameroun ait battu les plus grandes équipes Sénégalaises : le Sénégal de Jules Bocandé en 1992 à Dakar à la CAN, le sien et celui de Sadio Mané. Mais en tant que consultant le plus aimé des joueurs, il a le devoir de faire preuve de plus d’équité dans ses déclarations. Même son ancien coéquipier et capitaine Aliou Cissé a reconnu que le Sénégal n’était pas favori : que c’était une histoire de journalistes. Et sa crédibilité a plus de poids que celle de monsieur Beye et de ses collègues. Il a mené les Lions de la Terranga à deux CAN, une Coupe du monde et des Jeux Olympiques. En attendant qu’il devienne un entraineur de cet acabit, le Marseillais devrait s’inspirer du sélectionneur sénégalais. Un match ne se gagne pas sur le papier…

Il y a une différence entre avoir des atouts et être favori. Le Sénégal a des atouts mais n’est pas favori. Et ce favoritisme qui les suit depuis des années ne fait que les desservir. Comme le Portugal et la Côte d’Ivoire, le Sénégal va remporter la CAN au moment où on s’attendra le moins. Ils ont le devoir de refuser d’être comparés aux équipes comme l’Egypte ou le Cameroun. Pas l’Egypte de Salah, poussière devant celle d’Aboutrika. Mais cette Egypte qui a marché sur l’Afrique avec une formation Africaine. Cette équipe qui a réduit au néant tous les meilleurs joueurs africains évoluant en Europe. Des Pharaons à l’image de Belaili buteur unique contre le Sénégal. Le but de l’algérien était aussi beau et important que celui qu’il a marqué en finale de Ligue des Champions Africaine.

Pour tout dire…

Le football camerounais n’est pas parfait. Toutefois, il mérite un peu plus de respect. Ses couleurs sont aussi représentatives du soccer que celles du Brésil, de l’Allemagne, de l’Italie, de la France ou de l’Argentine. La lapidation dont il fait l’objet n’a simplement pas lieu d’être. Dans un football qui rappelle la colonisation de l’Afrique. Sous le toit d’une Confédération Africaine sous tutelle, il est un lion debout. Une fierté qu’il a toujours incarné bien que combattu. Un exemple pour l’Afrique. Car il ne faut pas oublier que le Cameroun est l’équipe Africaine la plus aboutie sur le plan international. Finaliste de la Coupe des Confédérations, premier quart-de-finaliste Africain du mondial, Champion olympique, ce que le quintuple champion d’Afrique a fait pour son continent est incommensurable.

On ne présente plus Issa Hayatou, premier président Africain (et seul) de la FIFA. Les précurseurs que sont Roger Milla et Thomas Nkono. Le premier pour ce qui est de la façon, danser, de célébrer un but. Et le deuxième dans la tenue révolutionnaire, jogging noir, des gardiens. Le mentor de Gigi Buffon est le premier gardien de but à revêtir un « pantalon » noir pour évoluer sur la ligne.

On n’évoque toujours pas ses légendaires maillots pénalisés à tort par la FIFA. Les maillots en démembrés pour faire face à la chaleur. La combinaison maillot-short pour faciliter la mobilité. Des révolutions scientifiques et techniques signées PUMA, portées par des félins Africains et rejetées par le football international. Ce football qui aime se comparer à la NBA. Association de basket qui a accepté de voir le mythique maillot démembré du ballon orange devenir chez certains un maillot à manches courtes. Cleveland par exemple, n’a pas été châtié pour une telle initiative. Les américains ont juste vu en ce changement, une tentative d’amélioration des conditions de jeu.

A l’image du short court passé long et inversement, les tenues des lions entre 2002 et 2004 n’étaient que progrès. Dans 100 ans ils seront imités, mais personne ne dira qu’ils en étaient les pionniers. Oubliés ils seront à l’instar de Serena Williams vêtue de vert rouge et jaune. De l’hérédité paternelle de Yannick Noah, le seul vainqueur français d’un grand Chelem, identique à celles de Pascal Siakam et Joel Embiid : de Kylian Mbappé l’un des meilleurs joueurs de tous les temps. Et si c’était pour ça ? Le vrai nouveau Pelé a des origines camerounaises. Et si ça gênait… ?

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