Sur le plan technologique, il ne fait aucun doute que le football a progressé. Équipements, stades, Goal Line Technology, VAR, beaucoup de choses ont changé autour du ballon rond. Des améliorations notoires sans réelles modifications toutefois. Deux équipes de 11 joueurs s’affrontent toujours sur une pelouse. Un terrain d’entente, une rencontre maîtrisée par la présence d’un 23e homme : un arbitre. Officiel central, capitaine de la troisième équipe. Escouade qui elle également, joue pour gagner. Pour démontrer que sa prestation reste aussi importante (sinon plus) que celle des 22 autres acteurs. Et qui dit performances arbitrales, dit forcément Pierluigi Collina.

Pierluigi Collina par Fars News Agency – Wikipedia CC BY 4.0

Un signe de sagesse

Collina n’a pas toujours été un arbitre. Il a aussi été défenseur avant de prendre le sifflet. Un choix qui lui a valu une progression fulgurante freinée par une alopécie sévère. Le jeune homme de 24 ans perd ses cheveux en 10 jours et voit sa carrière marquer du pas. Dans le Calcio à l’époque, être un arbitre sans cheveux pouvait provoquer des réactions désagréables dans les gradins. On a donc attendu que sa maladie cesse pour le relancer. Une perte de temps évidemment, le colosse d’1m84 déterminé.

Pour l’ascension qui l’attendait, le septuple meilleur arbitre de Serie A avait besoin d’un look différent. Divin chauve, cette maladie n’a heureusement pas eu un impact sur sa vie. Elle l’a distingué de sa génération et a rapidement fait de lui un sage. Un « moine », un homme à part : le meilleur arbitre de tous les temps. Ou du moins, celui qui a le plus marqué le football de son temps. Sa quote-part sur le gazon était simplement aussi remarquable que celles des Ballons d’or Zidane et Ronaldo à leur époque.

Le maillot de Ronaldo à l’Inter de Milan par Auteur Inconnu – Wikipedia CC BY-SA 2.5

Déférences

On sait à quel point c’est difficile de dire qu’un arbitre a fait un bon match. Surtout lorsqu’on appartient à l’une des deux équipes qu’il sépare. Et pourtant on le disait de lui. Ses prouesses étaient si notables que des penseurs du football tels que Sir Alex Ferguson s’inclinaient devant son génie. Un respect qui s’étendait jusqu’aux amphithéâtres de l’université de Hull. L’économiste y reçut le diplôme honorifique de docteur en sciences, pour ses services rendus au football. Aux joueurs…

Victorieux ou non, certains d’entre eux lui ont même remis leurs maillots après les match. Des stars parmi lesquelles Ronaldo et Dietmar Hamann en finale de la Coupe du monde 2002. Une victoire 2-0 du Brésil sur l’Allemagne ou la consécration d’une immense carrière. Une succession de rencontres en haute définition qui prendra fin trois ans plus tard en Août 2005. Et comme Pelé et autres icônes du 20e siècle, il aura pris le temps avant de marquer les jeunes de son ère. De prêter son image à la jaquette d’un jeu vidéo : le très célèbre Pro Evolution Soccer 3. Il est le seul arbitre à l’avoir fait jusqu’ici. C’est dire…

Juge de touche par chirafat – Pixabay Cc0

Coup de sifflet final

Assistés par la vidéo, lorsqu’on voit le temps que les arbitres prennent pour décider. Le temps qu’ils perdent à se planter parfois, on ressent la régression globale du niveau du football. La technologie a facilité la vie aux  « Men In Black » et réveillé leur orgueil. « Ce n’est pas une machine qui me dictera ma conduite », croirait-on suivre. Aussi, l’image de ce témoin oculaire est altérée, son rôle parfaitement joué. Il présente clairement la vérité et laisse le soin au « refree » de juger. De voir aussi juste que les seuls yeux de l’actuel président du comité des arbitres de la FIFA.

Durant plus de 10 ans, le natif de Bologne n’a eu que sa vigilance pour faire son travail. Le surnommé Kojak n’avait pas besoin de visuels pour siffler adéquatement. Son grand regard suffisait pour que sa décision soit bonne. Nommé pour arbitrer votre match, vous étiez sûr de participer à un affrontement équitable. La preuve que les progrès techniques améliorent la vie des hommes sans forcément les changer. Si vous êtes une personne juste vous le resterez. Si vous n’êtes pas un bon arbitre ça se saura. Et si vous voulez progresser, elle vous aidera. Tout le monde n’est pas Collina. PC n’a pas utilisé la VAR, mais il lui reconnaît un grand mérite :

« 95% des décisions prises par les arbitres sans la VAR étaient correctes, et ce pourcentage a augmenté jusqu’ à 99,3% grâce à l’intervention de la V AR. (…) Cela a toujours été dit, la V AR ne signifie pas la perfection. Mais 99,3% en est très proche. » 

The End par geralt – Pixabay CC0

Une ligue fermée. C’est l’un des projets qui préoccupe le plus le football dirigé par Aleksander Ceferin. La création d’une sorte de NBA du ballon rond semble ravir plus d’un. Qui ? Citer leurs noms ici ne nous sera d’aucune utilité, étant donné que c’est leur pensée qui nous intéresse. Cette entreprise qui provoquerait la disparition de la Ligue des Champions, la vraie.

Le Milan AC, vainqueur de la Ligue des champions en 2003 par Soccer illustrated – Wikipedia CC BY-SA 3.0

No game no gain

Comment penser à une compétition fermée dans le football quand c’est tout le contraire qui définit ce sport. À l’air libre, sur un gazon, le sport du peuple n’a de sens que lorsqu’il est ouvert à tout le monde. Dans ce football où l’argent prend la place de l’herbe, l’essentiel se dérobe. À tous les prix, on veut gagner beaucoup plus. Au point d’oublier que sans jeu il n’y a pas de gains.

Mais de quel jeu s’agit-il ici ? La National Basket Association est souvent l’exemple de ce football cupide qui frise la stupidité et s’oppose à ses valeurs. Ce qu’on oublie c’est que la force du géant nord-américain ne se trouve pas dans son porte-monnaie. Mais bien dans les principes fondamentaux de l’activité qui le gonflent.

Basket-ball Parc par Free-Photos – Pixabay CC0

En NBA c’est le sport avant tout. On n’a pas peur d’exclure à vie le propriétaire d’une franchise pour des propos racistes. De faire un partenariat gagnant – gagnant avec le basket africain. De voir la vérité en face : de reconnaitre que les plus grands basketteurs de l’histoire ont des origines africaines. Le sénégalais Amadou Gallo Fall, vice-président de la NBA et patron de la NBA Africa :

« Il y a un vide sur le continent en ce qui concerne les compétitions interclubs. La Basketball Africa League proposera un modèle qui, j’en suis certain, attirera du monde. Surtout, cette compétition permettra aux immenses talents du continent africain d’avoir un cadre au sein duquel évoluer. Ce cadre sera professionnel. La NBA va y mettre tout son savoir-faire, toute son énergie et toutes les compétences dont elle dispose. C’est vraiment un jour nouveau pour le basket africain. Nous sommes très heureux de ce partenariat avec la FIBA (…) »

La Basket Africa League, la collaboration de la FIBA Africa et de la NBA permettra au basket africain de grandir sur ses terres. Et à la NBA de s’y implanter directement. Avec la montée en puissance des basketteurs africains, la NBA se verrait dans le cas contraire, forcée de tous les accueillir. De priver le sol africain de ses fils et le sol américain de ses pousses. Elle serait contrainte de faire un choix entre ses talents et les talents des autres et la discrimination naitra. Aussi, à travers cette initiative transcontinentale, l’association américaine rend possible la pérennisation du ballon orange. Et de sa propre existence par la même occasion. Tout le contraire de ce projet européen de ligue fermée.

Les supporters des Celtics de Glasgow célébrant la victoire en Ligue des champions de 1967 par Debbie MC – Wikipedia CC BY-SA 2.0

Retour aux sources

La Ligue des champions 2018/2019 entrera dans l’histoire pour l’émotion qu’elle a suscitée. Elle a remis le football dans les bras de « sa mère ». Liverpool, Tottenham, qui n’a pas souhaité voir l’Ajax la remporter ? Cette équipe nous a rappelé les vraies raisons pour lesquelles on aime ce sport. De Ligt et compagnie balle au pied, on a su pourquoi ce tournoi nous délecte tant.

Et pourtant les champions des Pays-bas risquent de ne pas être « avec nous » la saison prochaine. Quadruple champions d’Europe, on va leur prendre leurs « joyaux » et ils passeront par les tours préliminaires. Pendant que des quatrièmes seront bel et bien directement qualifiés pour la phase finale.

Johann Cruyff lors de la Supercoupe d’Europe contre les Glasgow Rangers par Nationaal Archief Fotocollectie Anefo – Wikipedia CC BY-SA 3.0 NL

La Ligue des Champions est devenue la compétition la plus regardée au monde grâce à son caractère collectif. Si on a pu admirer des joueurs comme Johann Cruyff, Georghe Hagi, Andryi Schevchenko, Jari Litmanen etc. Ces footballeurs qui sortaient de « l’ordinaire », c’est parce qu’elle plaçait tout le monde sur le même pied d’égalité. Et ceci tant sur le terrain que dans les « tribunes ».

En Afrique par exemple (dans les années 90) il suffisait d’avoir un petit écran pour vibrer. Chaque mardi et mercredi vous aviez droit à un éminent spectacle assis sur votre canapé. Grâce à Canal France Internationale notamment, les chaines nationales africaines avaient la possibilité de retransmettre tous les matchs de la reine des coupes européennes. C’était magnifique, c’était donné et aujourd’hui c’est fini. Les droits télé ont tout pris…

Quoique même jusque-là, certains parviennent à trouver une solution pour entendre cette chanson si particulière. L’hymne écrit par Tony Britten et inspiré de Georg Friedrich Haendel fait dorénavant partie de leur répertoire naturel. Des mesures qu’ils entendront malgré tout de moins en moins, le champ de vision sur la coupe aux longues oreilles se réduisant. La ligue va tourner le dos à sa réalité pour devenir un carré VIP. Cercle fermé qui ne se résume pas qu’à un gros problème financier.

Football, sport et argent par geralt – Pixabay CC0

Du plus petit au plus grand

La boucle se clos pareillement sur un problème d’égalité des chances. Pourquoi vouloir fermer la porte à certains et l’ouvrir à d’autres pour des raisons certainement extra sportives ? Du domestique à l’international, le football européen est si bien organisé qu’il a seulement besoin d’une mise à jour. Maintenant qu’il y’a assez d’argent pour tout le monde, et si on le redistribuait équitablement ? Et si les « petits » championnats (souvent formateurs), bénéficiaient d’une redistribution ou d’une loi leur permettant de jouer dans la cour des grands ? Un texte qui leur permettrait de garder leurs meilleurs joueurs plus longtemps pourrait être voté. On leur pique leurs éléments et on les traite de petites équipes… ?

C’est injuste et ça va de mal en pis. La Coupe des Clubs Champions avant, c‘était seulement les champions qui la jouaient. Après on l’a ouvert aux deuxièmes, troisièmes et quatrièmes de certains pays pour mieux exclure d’autres champions. Et là, on veut totalement la fermer en estimant que certaines ligues n’ont pas leur place au sommet. Le début de la fin…

Match de nuit par Free-Photo – Pixabay CC0

Pas mal !

L’idée d’une ligue réduite n’est pas mauvaise en soi. En tout cas, c’est bien mieux que le « grand cœur » de la FIFA et ses 48 équipes au Mondial. Liguer les meilleurs est une ambition sportive honorable et aguichante. Toutefois, c’est à la pelouse de décider de la grandeur d’une équipe. Pas à une association à but lucratif. Les compétitions domestiques ne doivent pas être étouffées et l’alliance fermée envisagée devrait redevenir la C1 à ses débuts. Reformer cette élite avec les champions de tous les pays européens suffira largement.

Chaque mardi, il y’aurait donc plus de matchs prestigieux à regarder (pour plus de droits télé). La Ligue Europa prendrait ainsi chaque mercredi, une dimension plus forte. C2 qui privée des relégués de la C1, sera composée en intégralité des seconds et troisièmes de chaque championnat. Formule juste qui légitimerait alors la création d’une troisième coupe d’Europe. Nouvelle C3 où tous les jeudis, les quatrièmes et cinquièmes se battraient pour une étoile européenne. Soit un jour avant la C4 : la coupe européenne des vainqueurs des coupes nationales. De ce fait, les championnats nationaux garderaient samedi, dimanche et lundi pour nous fabriquer nos futurs champions.

C1, 2, 3 et 4 : voilà comme une coupe d’Europe 5 étoiles qui a du sens et du challenge. Une supercoupe d’Europe, un pays organisateur, deux demi-finales, une finale et une place bien méritée pour la coupe du monde des clubs.

C’est simple

Que le football européen ait plébiscité à ce point l’Angleterre n’est pas un hasard. Au sein de ce climat défini par les carnets de chèques, le jeu le plus simple a besoin de revenir à une image qui lui sied. Les anglais sont riches mais pas fous. Au lieu de penser à se refermer sur elle-même, l’UEFA devrait montrer l’exemple en respectant la FIFA. Sa supérieure hiérarchique a besoin de ses compétences pour rendre le football plus correct et plus cohérent. La confédération européenne a émerveillé le monde par la qualité de son organisation : c’est ce caractère qu’on attend qu’elle exporte.

Cinq jeunes et un ballon par OpenClipart-Vectors – Pixabay CC0

À l’instar de la NBA sur le Continent Noir, l’UEFA devrait militer pour un football harmonisé et bien organisé à travers le monde. Elle a la responsabilité de s’activer pour des formats uniformisés pour toutes les confédérations. Sans quoi, le sport roi finira en plusieurs morceaux. Si cette ligue fermée voit le jour, l’administration du football européen et mondial se divisera. Schisme qui volera au roi des sports sa couronne…