Faut-il supprimer le poste d’entraineur ?

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Zinédine Zidane revient au Real Madrid. C’est officiel depuis lundi 11 mars. Un retour qui semble redonner de la vigueur aux joueurs du club et aux cadres. Sergio Ramos s’est remis au travail. Marcelo et Isco ont bossé le jour de leur repos. Etc. Des réactions qui définissent bien l’égard que ces joueurs portent à leur ancien mentor. Et qui va dans le sens de la rumeur selon laquelle le vestiaire Madrilène aurait rejeté le retour de Mourinho. Si un joueur peut choisir qui va l’entraîner, à quoi sert le poste d’entraîneur ?

Vincent Cantoni (Entraîneur) par André Cros – Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0

À rien…

C’est carrément honteux de savoir qu’un footballeur professionnel se remet au boulot parce que son entraîneur « préféré » revient. Quel message fait-il passer aux jeunes qui veulent lui ressembler ? Si tu n’aimes pas un coach ne travaille pas ? Cette publication intrigante de Sergio Ramos sur Instagram où on le voit soi-disant besogner chez lui, démontre simplement que Santiago Solari n’était pas mauvais. L’ancien Merengue était juste un mal-aimé. Où serait le club sans celui qui a eu l’audace de lancer Reguilon et Vinicius Junior ? Et si ce deuxième jaune du capitaine ibérique face à l’Ajax avait pour but de faire virer cet homme qui n’a pas peur de faire des choix forts ? Dans ce monde où les footballeurs deviennent de plus en plus machiavéliques, c’est fort probable. Aujourd’hui qu’on sait que le stoppeur était opposé au retour du Special One, pourquoi n’aurait-il pas laissé tomber l’Argentin ?

Football against poverty 2014 Bern (Santiago Solari) par Ludovic Péron – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Nous vivons une époque où les joueurs ont les pleins pouvoirs. Pourquoi ne pas s’adapter ? Pourquoi faire souffrir les entraîneurs quand les footballeurs savent exactement ce qu’ils veulent. Autant supprimer le poste et laisser les joueurs décider de leur tactique tous seuls. Etant donné que l’anarchie constitue le mode de gestion adéquat pour eux, qu’on les laisse faire. Le Real Madrid est à son troisième entraîneur en un an. C’est du jamais vu dans l’histoire du club : la preuve d’un chaos généralisé dans le monde du football. Un Big Bang où les entraîneurs sont toujours les bouc-émissaires de l’échec et les souffre-douleurs de ces enfants gâtés multimillionnaires. « Galopins » qui ne veulent rien faire dans le sens du collectif. Ils gagnent des sommes faramineuses qui les déconnectent de la réalité et font ressortir leurs réelles personnalités. Quand on sait qu’il y’a des soldats qui meurent au front pour moins que ça. Qu’il y a des ouvriers et ouvrières qui se tuent à la tâche du matin au soir pour des salaires misérables, on comprend que le football perde les valeurs qui ont fait son immense popularité : la simplicité et le respect.

Et si au moins ils étaient les seuls pourvoyeurs de ce trouble. C’est aberrant de savoir que d’autres… que des dirigeants de clubs – qui devraient être à la base du respect de la hiérarchie – participent pareillement à ce désordre. Ils orchestrent cette cacophonie et mettent leur légitimité sur des braises. Pour revenir à Mourinho, on sait qu’il a dû réclamer les pleins pouvoirs afin d’éviter un remake de Manchester. JM aime avoir un contrôle total sur son effectif pour travailler : ce que Florentino Perez n’apprécie pas forcément.

Florentino Pérez par 20 minutos – Wikipedia CC BY-SA 2.1 ES

Le président du Real Madrid veut pouvoir décider de qui va jouer ou non. Sa politique est fondée sur un marketing omniprésent où les grands noms jouent un rôle primordial. La venue de José à Madrid en 2010 est d’ailleurs liée à ce concept des Galactiques qui a fait sa notoriété. Le Portugais était clairement le meilleur entraîneur du monde en 2010, donc sa place était logiquement au Real Madrid. Aujourd’hui cette idée n’est plus tellement partagée. Et même s’il apprécie beaucoup l’ancien Interiste, le patron de la Casa Blanca a hésité à mettre en péril les fondements de sa présidence : les joueurs.

Une indécision qui contribue à humilier ceux qu’il choisit comme technicien et les décrédibilise devant leur groupe. S’il sait qui doit jouer et qui ne doit pas, pourquoi prendre un entraîneur ? Qu’il dirige lui-même directement les matchs, qu’on voit son intelligence tactique au grand jour. On a un président qui est au courant de ce qu’il faut tactiquement faire pour gagner ; des joueurs qui savent ce qu’ils veulent pour faire trembler les filets. L’entraîneur n’a donc plus sa place… Et pourquoi ne pas nommer les proches des joueurs sur la touche puisque l’objectif est qu’ils soient heureux ?

Banc de touche (Vesoul Stade) par Dfrh78 – Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0

Pour rien…

Si chaque joueur respectait sa propre tactique, il y aurait de vives dissensions sur le terrain. Le rôle d’un entraîneur est de fédérer un groupe derrière une idée collective. Quand celui des joueurs est de jouer en fonction de la stratégie choisie. Pas de la choisir. Mais bien de se mettre au service du collectif par le biais de la tactique mise en place par le « chef d’orchestre ».

Chaque groupe a besoin d’un guide. Par conséquent s’il y’a un poste qu’on ne doit pas supprimer dans le football, c’est bien celui de l’entraîneur. Il est plus qu’essentiel à la santé de cette discipline reine. De sa touche, il a une vision panoramique sur l’équipe. Il est préférable que chaque entraîneur soit choisi par rapport à une vision objective du succès. Le sport se base sur les résultats pour désigner, mais le président peut croire en son entraîneur et lui donner sa chance sans en tenir compte.

Autrement dit, un entraîneur ne doit pas être choisi pour faire plaisir aux joueurs. Nous évoluons dans un cadre professionnel et non affectif. Une communauté sportive de plus en plus individualiste où les joueurs refusent de rester à leur place de « seconds ». Déclinaison péjorative qui dispose les protagonistes dans un classement où le footballeur serait le plus « faible » de la hiérarchie. Si on le concevait comme un acteur jouant simplement son rôle, il y aurait pourtant moins de dégâts. Ni supérieur, ni inférieur, le joueur doit respecter son entraîneur. L’obéissance n’est pas un défaut c’est une qualité…

Formation en 4-4-2 par Mario Ortegon – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

La tactique pour tous

Le football a connu des changements qui semblent inimaginables de nos jours. Par exemple, avant les capitaines s’occupaient de l’arbitrage… Jusqu’au jour où ils ont commencé à se battre. Une escalade qui a d’abord précipité l’arrivée de deux Umpires pour surveiller les buts sans filets et appeler à la mi-temps et à la fin du match. Avant que ne se présente enfin l’arbitre central sur le terrain. Celui-ci passe des tribunes à la pelouse pour devenir le Referee que nous connaissons désormais. Un homme qui peu à peu sort des stades, orienté par l’assistance vidéo. On se dirige vers un football téléguidé.

Il est possible de voir le rôle d’entraîneur évoluer également. Les supporters du club AG Caen (Régional 1, 6e Division Française) entraîneraient déjà l’équipe dans les gradins, par exemple. Un concept matérialisé par l’application United Managers. Son rôle est de donner la direction tactique de l’équipe à ses supporters. Lesquels prennent le nom de « Umans ». Un mélange des termes « United » et « Manager » qui sonne bien comme le mot Humains en anglais : Humans.

Pour plus d’éclaircissements, Frédéric Gauquelin, PDG de l’application :

« Cela veut dire préparer la feuille de match, donner les consignes collectives et stratégiques, faire des remplacements en amont des matchs, mais également en cours de match. Par exemple, passer d’un bloc médian à un bloc haut. La communauté décide de le faire parce que les conditions de match le nécessitent, on l’applique à 100% »

Camp Nou par Cappo80 – Wikipedia (Domaine Public)

On voit dans cette idée une réforme progressiste du concept de Socios. Les penseurs de l’avant-garde de Caen veulent être plus que ces supporters espagnols qui occupent une place prépondérante dans la gestion de leur club de cœur.

Thibaud Leplat de SO FOOT dans son article « Qui sont les Socios ? » :

« Comme à l’intérieur d’un parti, d’une association ou d’un syndicat, les socios sont égaux quels que soient leur patrimoine ou leur puissance financière. Comme dans une association, « un homme = une voix ». Donc tous les socios sont égaux en droit et votent pour les décisions importantes. Au Real, Perez est le socio 3 303. Son vote pèse autant que celui de Francisco Garcia, socio 15 402 et membre de la Peña de Leganes. »

Alors faut-il, oui ou non, supprimer le poste d’entraîneur ?

Certains l’ont déjà fait. En réduisant le joueur de foot à une simple entité numérique, on fait par le même occasion de l’entraîneur un logiciel qui rentre des données sur le terrain : un programme que tout le monde peut utiliser.

Jurgen Klopp énervé, à un journaliste qui regrettait que Liverpool n’ait pas assez attaqué contre Everton (0-0) :

« Je suis très déçu par votre question. Nous ne jouons pas à la playstation. Vous pensez que nous n’avons pas pris assez de risques ? C’est vraiment décevant comme question parce que vous donnez l’impression que c’est très facile. J’ai juste à dire :  »Allez les gars, on prend plus de risques, on y va ». Vous imaginez ? Y a-t-il un seul match nul que nous n’avons pas essayé de gagner ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Vous pensez que c’est comme sur la playstation : on amène un nouveau joueur et le jeu change ? Le football ne marche pas comme ça. »

Jurgen Klopp par Tim.Reckmann – Wikipedia CC BY-SA 3.0

Un reproche assez curieux quand on sait que les Reds devaient à tout prix gagner ce derby de la Mersey pour reprendre la tête de la Premier League. Ont-ils joué pour le nul ? Certainement non… Cette vision de la tactique télécommandée empêche de se poser les bonnes questions et de prendre les bonnes décisions. Inaptitude qui réduit l’entraîneur à un donneur de consignes quand il est sans doute beaucoup plus.

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