CAN : 24 c’est trop ?

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Laissée orpheline depuis son retrait des « mains » du Cameroun, la CAN 2019 s’est trouvé un nouveau tuteur. Il s’agit de l’Égypte. Aux pieds des pyramides se jouera donc l’aînée des Coupes d’Afrique des Nations à 24 équipes. La première des sélections africaines, un choix historique. Une révolution qui cependant n’élude pas le doute épais quant à la portée de ce format pour le football africain. L’Afrique a-t-elle vraiment besoin de passer à 24 pour grandir ?

Sculpture par Meelimello – Image Pixabay CC0

Les chaînes de l’histoire

La collision historique entre l’Afrique et l’Europe a forcé les africains à réécrire leur histoire. Les ballons trouvés dans les tombeaux des pharaons égyptiens ont été depuis doublés par la colonisation, après l’esclavage. Un repère nouveau a été dessiné et le continent noir est reparti à zéro quand l’Europe, elle, était bien avancée. Bien que la culture occidentale ait été génialement assimilée, les Africains sont restés derrière dans tous les domaines, dont le football. Le Vieux continent a plus d’un siècle de ballon rond. Les suivre sera quasiment impossible. Ce n’est pas en passant de 16 à 24 qu’on atteindra leur niveau footballistique. C’est aller trop vite en besogne que de faire ce choix d’évoluer. L’Afrique doit prendre son temps pour construire son histoire balle au pied.

Allianz-Arena in weiß par Sönke Biehl – Image Flickr CC BY-SA 2.0

Un but économique

L’impact de l’Histoire se vérifie également dans l’aspect infrastructurel. L’évolution du professionnalisme en Europe est indubitablement liée à la Révolution industrielle du 19e siècle. Une mutation qui part notamment de l’Angleterre pour s’étendre au monde. La construction d’infrastructures sportives est donc une trivialité depuis les années 1800, époque où les noirs sortaient progressivement de l’esclavage pour entrer dans la colonisation.

Si le sport arrive souvent à la fin de la progression d’un pays pour couronner son essor attesté, il est aussi et surtout une entreprise d’entretien. Le but est économique. On crée de l’emploi pour distraire ceux qui ont fini de travailler. Le jeu comme métier perd sa viabilité dans les sociétés où le travail est encore un projet. Une infrastructure est la manifestation d’une idée. Elle ne devient utile que lorsque son édification permet l’évolution de la société où elle est érigée. Un stade doit être construit pour remplir les caisses de l’Etat et réduire le chômage. Est-ce le cas en Afrique ? Pas vraiment, étant donné que le football ne nourrit pas encore son homme ; autochtone ici. Sa pratique y reste dans la plupart des cas amateur.

Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

Entracte

L’intervalle de temps entre les Coupes d’Afrique constitue pareillement un problème pour l’organisation de ces CAN à 24. Toutes les compétitions à 24 équipes ou plus sont organisées tous les 4 ans. Même chez les plus nantis, on donne au moins 8 ans pour se préparer. 2 ans c’est très court ! L’Afrique ne peut pas se permettre un tel luxe.

L’organisation d’une CAN tous les 4 ans redonne de la valeur au tournoi. Plus attendu, il devient plus attractif. De plus, il résout le problème du représentant africain à la Coupe des Confédérations. Le Cameroun par exemple (champion d’Afrique 2017) a pris la place de la Côte d’Ivoire (champion d’Afrique 2015) en Russie en 2018. Les Lions auraient dû battre les Éléphants pour aller à Moscou. Avant chaque Coupe des Confédérations, une sorte de Super Coupe d’Afrique des Nations devrait être organisée entre les deux derniers vainqueurs de la CAN. Ce choc au sommet désignera un représentant africain légitime à ladite compétition.

African Players par PhotographerPN – Image Pixabay CC0

Pragmatisme

La CAN en tant que tournoi biennal est une réalité résolument obsolète pour l’Afrique. Sauf évidemment si les exigences d’organisation sont réduites à la baisse. Et même… 8, 12 ou 24 équipes, toutes les compétitions continentales sont espacées de façon quadriennale pour donner un côté « éclipse » à leur rayonnement. Aussi peu importe le laps de temps, l’organisation de la CAN exige de l’efficacité. Cette dernière doit prendre le pas sur l’opulence inutile.

Le football est un facteur de développement. Pour permettre la croissance des sociétés africaines, l’organisation de la CAN a la responsabilité d’être rotative. La paix suffit en tant que seule condition sine qua non. Tous les pays africains doivent se frotter à la discipline d’un tel événement. Une fête que chacun organisera en fonction de sa situation économique. La qualité d’une infrastructure se trouve dans son efficacité pas dans sa grandeur. La CAF a l’obligation de tirer le meilleur de chaque société africaine grâce au football. La Coupe d’Afrique a la capacité de démystifier l’organisation du sport roi en particulier et le développement de l’Afrique en général.

Mubarak Wakaso tosses in a free kick against the Guinea defence par Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

La valeur des infrastructures d’un pays devrait être fonction de son niveau de développement. Ça ne sert à rien d’avoir une enceinte cinq étoiles dans une société une étoile. Une arène une étoile professionnellement achevée suffira. Etre pauvre c’est aussi refuser d’accepter ses conditions de vie. Le football africain ne se porte pas bien ! Rien ne sert de jouer les fiers. La CAF se comporte comme si tout allait pour le mieux. La Coupe d’Asie des Nations est passé à 24 tel l’Euro : l’AFC en a les moyens, l’Afrique non. La Confédération Africaine a les mêmes problèmes que la CONCACAF. Si la Gold Cup passe à 24, seuls les Etats-Unis, le Canada et le Mexique seront capables de l’organiser. Ils sont peu ces africains qui peuvent tenir une CAN à 24 avec le cahier de charge actuel de la CAF. Il faut une refonte totale du football africain pour cette CAN…

Soccer par Odwarific – Image Pixabay CC0

Retour à l’essentiel

La particularité du sommet d’une montagne est sa surface réduite. Sa contenance se résume ainsi à une poignée de personnes, d’où sa valeur unique au-dessus de la base. 24 équipes sur 55 possibles est un ratio qui n’honore pas la Coupe d’Afrique des Nations. Pratiquement un sur deux, autant organiser des matchs aller-retour où les vainqueurs seront directement qualifiés. Ce sommet du football africain a besoin des meilleurs pour entretenir sa valeur et 16 participants, c’est parfait. Faire plaisir aux petites équipes ne rend service à personne. Ni à la compétitivité ni à elles-mêmes ! La Lettonie a plus de mérite d’avoir joué un Championnat d’Europe à 16 que Madagascar qualifié pour une CAN à 24. Même si ça reste un faux débat. 16 ou 24, c’est le terrain qui décide. Si les Pays-Bas ne se sont pas qualifiés pour l’Euro 2016, c’est qu’ils n’avaient pas le niveau de l’Islande à ce moment. Vivement la CAN 2019 !

Une réflexion au sujet de « CAN : 24 c’est trop ? »

  1. Mince alors. Ce papier est exceptionnel. Je pense que les dirigeants de la CAF devraient y jeter un oeil.
    Tu abordes si bien les incongruités de notre conception et organisation du football. Comment, par exemple, le Cameroun a-t-il joué la coupe des confédérations en lieu et place de la côte d’Ivoire. Cest un non sens.
    Autre chose, la rareté de la compétition augmenterait sa valeur. Bref, tu as dit beaucoup de choses. Je finirais par cette phrase que j’ai adorée : « Ça ne sert à rien d’avoir une enceinte cinq étoiles dans une société une étoile. »

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