Le 19 janvier, le FC Nantes officialisait le transfert de son buteur Emiliano Sala pour Cardiff City en Premier League. 15 Millions de Livres Sterling, une somme record, un départ sur le papier. Le footballeur le plus cher de l’histoire du club gallois n’a pas pu se rendre à destination. Le Piper Malibu qui l’emmenait au Royaume-Uni a disparu des radars au-dessus de la Manche.

Coupe de la Ligue – Sala Emiliano par Clément Bucco-Lechat – Wikimedia Commons CC-BY-SA (Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported)

Le jour où je suis parti

Une nouvelle triste, une attente insupportable et la possibilité de revoir Sala vivant tombe peu à peu à l’eau. Malgré l’intensification des recherches, l’équipe de la Channel Airline Airsearch ne parvient pas à le trouver lui, le pilote et l’autre passager à bord. À l’écoute d’un père « désespéré », John Fitzgerald (chef de l’équipe de recherche) déclarait : « Je ne pense pas qu’il y ait la moindre chance qu’ils soient encore vivants à l’heure actuelle. » John Fitzgerald ou le début d’un acronyme – JFK – qui nous rappelle une autre fin dramatique. Une tragédie, voire deux, dont l’une survenue à la suite d’un crash d’avion…

Un rapprochement affligeant auquel son entraîneur Vahid Halilhodzic participe avec amertume : « La période était déjà très délicate. Mais là, c’est très difficile. On est dans l’attente mais on ne se fait pas beaucoup d’illusions. On s’attend au pire. » Le pessimisme s’installe mais nul n’ose prononcer le mot fatal. L’espoir demeure dans les esprits y compris après ces messages audios bouleversants que le joueur a envoyé à ses proches.

Par RonnyK – Image Pixabay CCO

Le premier disait : « Je suis à bord maintenant et on dirait que l’avion va tomber en morceaux. Je suis en route pour Cardiff, c’est fou, et demain on commence, je m’entraîne avec ma nouvelle équipe. » Et le second : « Salut les gars, vous allez tous bien ? Si vous n’avez plus de nouvelles de moi dans une heure et demie, je ne sais pas s’ils ont besoin d’envoyer quelqu’un me chercher, parce qu’on ne va pas me retrouver. Papa, qu’est-ce que j’ai peur ! » Trop douloureux, « mort » n’est simplement pas le mot de la situation. On garde espoir, aussi petit soit-il. On préfère parler de disparition parce qu’on est convaincu qu’il est là quelque part. « Gentil garçon », l’homme qu’il était « ne peut pas » mourir…

Sala n’est pas mort : il nous manque déjà. « C’est un attaquant comme on en voit très peu aujourd’hui » pour citer « Coach Vahid ». Coéquipier fantastique, joueur modèle, sa fidélité, sa générosité et sa combativité sont des caractères qui se raréfient dans le « sport roi ». Dans ce football moderne égoïste où tout le monde veut être la seule star, il était exceptionnel. Une exception qui confirme la règle. Mortel, qu’il passe à la télé ou dans la rue il reste en-dessous des Cieux. On part, seule notre image reste, meurt ou s’élève.

BHA v FC Nantes pre season par James Boyes – Wikimedia Commons ( Creative Commons Attribution 2.0 Generic)

Un mal pour des biens

« Il est nécessaire que le mal arrive. Mais malheur à celui par qui le mal arrive. » Une citation du Christ que Waldemar Kita comprend certainement mieux depuis qu’il a vendu l’attaquant argentin. Pour concrétiser sa transaction, le président nantais a dû se dire : c’est le moment ou jamais. « Sala est au pic de sa carrière : il faut faire vite. » Pour un joueur comme lui une occasion pareille est une aubaine. Il aurait pu attendre la fin de la saison : une issue pleine de buts. Il aurait pu gagner plus d’argent : son vin bonifié. Mais non ! Impatient, l’homme d’affaires franco-polonais a tremblé devant quelques « pièces d’or » et la suite on la connaît…

Sala ne voulait pas partir. Vahid désirait que son meilleur élément reste. L’ancien sélectionneur de l’Algérie l’a dit : « Si ça avait été un autre club, je serais parti, c’est clair, net et sincère. » Il est resté parce qu’il aime ce maillot jaune qu’il a porté avec brio. L’ancien coach du PSG veut aider le club à progresser : ce que l’argent gagné par cette malheureuse signature ne fera pas. Mais jusqu’à quand pourra-t-il jouer le pompier de service ? Si demain Nantes venait à engendrer de mauvais résultats, le bosnien serait probablement désigné comme responsable et viré. Et pourtant cette décision qui a déstabilisé son groupe n’est pas de son ressort.

Cet événement tragique va inévitablement influer sur le mental de l’équipe nantaise. Il est fort probable que ses résultats soient moins bons que d’habitude. Son effectif a perdu un proche, un ami, un frère et Waldemar Kita des partisans. Les tribunes de La Beaujoire risquent de gronder après avoir pleuré. Le guerrier Sala était plus qu’apprécié dans les gradins et le dirigeant des Canaris a aggravé sa situation. Il n’était pas déjà très estimé par les supporters mais là… il pourrait carrément démissionner. Bien qu’il n’y soit pour rien dans le drame, il est entré dans l’histoire comme celui qui a envoyé le natif de Cululù en « Angleterre » contre l’avis de tout le monde : contre l’avis du football. Il va devoir porter ce geste sur sa conscience…

Le stade de la Beaujoire « Louis Fonteneau » à Nantes, lors de la coupe du Monde football de 1998. Reproduction autorisée par la Mairie de Nantes pour Wikipedia par The original uploader was Pirmil at French Wikipedia.- Wimedia Commons (Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported)

Une minute de silence

Waldemar Kita a surement été indirectement victime de la mode médiatique. Une idée en vogue qui divise le monde en beaux et en laids sans véritables arguments. On parle ainsi de beaux joueurs, de beau jeu… « Mais qu’est-ce que le beau jeu ? », demanda Claudio Ranieri (champion d’Angleterre avec Leicester) à un journaliste. Motus et bouche cousue. Pourquoi ? Parce que c’est une question insensée pour une réponse totalement subjective. Le football n’est pas un défilé de mode : c’est un sport. Le but n’est pas d’aller d’un bout à l’autre mais de marquer plus de buts que l’autre. Sur une pelouse tout ce qui est accepté par l’arbitre est beau.

Sala disait : « J’ai l’impression de ne pas être jugé à ma juste valeur. Je ne sais pas expliquer pourquoi, mais j’ai l’impression que je dois prouver encore et toujours. » Une vérité si juste qu’elle donne des frissons. Malgré sa disparition certains, à l’image d’Alexandre Pedro, trouvent encore le moyen de tailler son œuvre. L’auteur de l’article « Emiliano Sala, un buteur acharné » qualifie le labeur du sud-américain de « tout en sueur, abnégation et hargne ». Il assimile son football à une « technique brute de décoffrage » à « l’allure dégingandée ». Des honneurs auxquels il n’omet pas d’ajouter : « Depuis ses débuts dans son village de Progreso (province de Santa Fe), Emiliano Sala a toujours joué et vécu par le but. Du genou, de l’oreille ou en taclant, l’Argentin sacrifie l’esthétique à l’efficacité. Mais dans un football moderne où le moule de l’avant-centre buteur exclusif s’est cassé, son profil intéresse peu. »

Dans sa direction, le rédacteur du Monde est suivi par un tweet mitigé de l’Agence France Presse. Avant de saluer l’efficacité du Goleador, l’AFP trouve quand même le moyen de diminuer son tribut en écrivant : « Pas le plus rapide, pas le plus élégant ». Une attitude soutenue par Thomas Pitrelde So Foot dans son article « Sala, La Ultima Ciao » : « Après avoir lutté pour sortir de son centre de formation de Proyecto Crecer, Emiliano Sala a lutté pour sortir de l’équipe réserve de Bordeaux, puis du National avec Orléans, puis de la L2 avec Niort. Ensuite, il a encore lutté pour faire comprendre à tout le monde qu’il était un grand attaquant, freiné malgré ses bonnes statistiques par son style pas très à la mode (…) » Est-ce vraiment nécessaire d’ajouter ça ? Est-ce réellement vrai que son style n’est plus à la mode ? Edinson Cavani qui jouit des mêmes caractéristiques que lui reste titulaire à Paris et convoité par les plus grands clubs européens… Et si c’était un proche à la place de l’Albiceleste ? Une famille pleure, des collaborateurs sont meurtris. Une minute de silence aurait suffit…

Smiley par Alexas_Fotos – Image Pixabay CC0

Be Cool Be Nice

La mort donne souvent au défunt les égards qu’il n’a pas reçus de son vivant. La tristesse générée par son absence devrait être une occasion de solidarité pour ceux qui le regrettent. Une conception supposée mieux appréhendée par les médias, leur rôle étant de fédérer. C’est accablant de savoir que certains n’arrivent toujours pas à se faire violence dans ce sens, même le temps d’un hommage. Les « pierres » qu’on jette au milieu des fleurs qui se posent pour saluer la mémoire d’un être cher ne servent à rien. Trouver des défauts à un homme bien, qui peut-être n’est plus, un avant-centre qui a inscrit 94 buts en 234 matchs au cours de sa carrière, c’est entretenir l’injustice. Ceci étant, peu importe l’issue de cet accident, Emiliano Sala restera un footballeur extraordinaire et une personne inoubliable.

Ce dimanche, Manchester et son nouvel entraîneur Ole Gunnar Solskjaer sont allés battre Tottenham à Wembley. Un choc au sommet, le premier de son ère, une victoire 0-1 qui permet à United de vivre un sixième « bonheur » consécutif. Ses hommes et lui comptent désormais le même nombre de points que le cinquième Arsenal. José Mourinho viré, les Red Devils semblent délivrés…

Winners par Sean Murray – Image Flickr CC BY-SA 2.0

Seule la victoire est belle

Une passe de Pogba et Marcus Rashford qui marque. Manchester ouvre le score, s’impose chez le troisième de Premier League et se venge du cinglant 0-3 de l’aller. Un gros succès face à un gros de l’élite qui donne une idée du soutien que peut avoir Ole Gunnar à Manchester et dans la plupart des médias. Dans une rencontre où il a fait preuve d’une flagrante misère tactique, il est peint en sauveur. José victorieux de ce match de cette façon, les éloges auraient certainement été remplacés par des tacles violents bien appuyés.

On encense les six victoires de rang de l’ancien buteur et pourtant lorsque le Docteur Honoris Causa de l’Université Technique de Lisbonne avait enchaîné 25 matchs consécutifs sans perdre à sa première saison, on trouvait à redire. D’aucuns ont même parlé de Top 5 pour l’exclure du faîte avant de revenir au Top 6 dans la foulée de son éviction. L’objectif étant de réduire au maximum son travail au néant.

Old Trafford par pottonvets – Image Pixabay CC0

Ainsi le débat est repensé, le beau jeu mis de côté et la victoire dans le sport redevient l’essentiel. Sa place retrouve son statut d’idéal afin d’inhiber le pauvre contenu mancunien à ce grand rendez-vous londonien : une prestation inqualifiable de nullité. Mourinho choisit de défendre, Solskjaer a été forcé de défendre. Avec 62 % de possession de balle, Tottenham a dominé tout le match dans tous les compartiments du jeu, y compris celui des erreurs. Le but des Reds n’intervient pas sur une action promptement menée mais sur une grossière étourderie de Trippier.

Une passe ratée de l’arrière droit dans l’axe qui a donné la possibilité à une occasion sans réel danger de briller de mille feux. Long ballon de Pogba, la défense surprise n’arrive pas à vite se replacer, la lente frappe de Rashford est parfaitement croisée et Hugo Lloris particulièrement peu réactif. Le goalkeeper français se rattrapera en seconde mi-temps sur une tête et deux tirs du n°6 passeur décisif : ce sera trop tard… Le n°1 était déjà en face.

David De Gea par Saul Tevelez – Image Flickr CC BY 2.0

David contre Goliath

Durant l’ère Mourinho, David De Gea était considéré comme le meilleur joueur par les nombreux détracteurs du portugais. Il était question de faire passer par tous les moyens sa pensée pour un jeu sans inspiration. Que dire du match de dimanche ? Le « Théâtre des Rêves » et Ferguson sont bien de retour : qu’est-ce qui n’a pas marché ? On attendait ce jeu outrageusement offensif et au final on n’a vu qu’un défenseur « figé » sur la ligne de son but.

Le portier espagnol est sans aucune contestation l’homme de ce match. 11 arrêts décisifs comme un symbole : l’écu d’une équipe aux abois. Sans lui, Manchester aurait clairement perdu. S’il fallait choisir une de ces parades pour résumer la rencontre, le face-à-face de Dele Alli ferait l’affaire. Une occasion nette de but partie d’une balle perdue de Pogba à l’entrée de la surface adverse et mal négociée par le milieu offensif d’origine nigériane. Bien lancé en profondeur, l’international anglais n’a pas pu franchir le dernier rempart « Rouge » et conclure cette contre-attaque éclair. En gros les Spurs ont marqué des buts mais De Gea les enlevés.

Drapeau Tottenham par RonnyK – Image Pixabay

Oser c’est faire

Lorsqu’on voit la difficulté que Mauricio Pochettino a pour remporter un titre, on mesure mieux la force de José Mourinho. La dernière fois que Tottenham a été champion d’Angleterre c’était en 1961. Une longue attente atténuée en 2008 par une victoire en Coupe de la Ligue. Un succès (voire deux avec la Cup) toujours possible cette année qui toutefois n’empêche pas le mot « looser » de marquer à la culotte la renommée du premier vainqueur britannique d’une Coupe d’Europe. C’était la Coupe des Coupes en 1963.

Harry Kane lifting the World Cup par Matt Brown – Image Flickr CC BY 2.0

Au sein de l’effectif de l’argentin on trouve quand même encore de très bons éléments après Gary Lineker, Chris Waddle, Paul Gascoigne, Teddy Sheringham, Jürgen Klinsmann, David Ginola, Sol Campbell, Dimitar Berbatov, Jermaine Defoe, William Gallas, Luka Modric, Gareth Bale et autres Raphael Van der Vaart. Des internationaux pour la plupart titulaires indiscutables dans leurs sélections : Harry Kane, capitaine anglais et meilleur buteur de la dernière Coupe du Monde, Hugo Lloris, capitaine des champions du monde en titre, Christian Ericksen, Heung Min Son, Dele Alli, Eric Dier, Kieran Trippier, Jan Vertonghen, Toby Alderweireld, Moussa Dembélé, Moussa Sissoko, Davinson Sanchez etc. Une grosse qualité que le technicien Albiceleste (surnom des joueurs argentins) peine à changer en trophées. Même l’alibi du « faible » budget lui a tourné le dos : Leicester a été champion en 2016. C’est triste à dire mais Manchester a battu des « perdants ».

Tottenham Hotspur defender Jan Vertonghen par Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

Diversions

Quoiqu’on dise, cette « dispute » dominicale a démontré que la seule assurance de progression à Manchester était la présence de Mou sur leur banc. Cette victoire à l’extérieur le dédouane et tourne définitivement la page de son passage. Chacun fait dès lors face à ses responsabilités. Solskjaer a toutes les cartes en mains et Pogba ne pourra plus se cacher derrière « O Vencedor » (« Le vainqueur » en français, surnom de Mourinho) pour justifier ses mauvaises performances. Son joker grillé, lorsque les défaites arriveront personne ne pourra plus accuser le prédécesseur de son actuel manager. La rumeur qui voulait qu’il laisse des dégâts derrière lui vient une nouvelle fois de mentir.

La défaite des Lilywhites (surnom des joueurs de Tottenham) tient à cet esprit de « Serial Winner » que le lusitanien a légué aux coéquipiers de Nemanja Matic. La fameuse formule offensive du Super Sub du Fergie Time n’a eu aucun effet sur ce major de Premier League. La preuve : il a fait entrer Diogo Dalot, Scott McTominay (à la place de Pogba) pour défendre et Lukaku pour utiliser sa puissance dans les duels aériens et la conservation de la balle. Le poulain de Sir Alex n’a pas « attaquer, attaquer, attaquer » pour tuer le match. Il a cherché à garder le score et il a gagné…

Edinson Cavani, Paris Saint-Germain (and Uruguay) striker par Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

La porte est ouverte

Si le Drillo (surnom des joueurs norvégiens) est venu pour manger de petits poissons pourquoi Mou a-t-il été viré ? Défensivement le norvégien est loin d’être un stratège. Ça risque de chauffer face au reste au Big Six. De Gea ne suffira pas face à City, Liverpool, Chelsea ou Arsenal. Il faudra de l’aide à sa baraka. Sous les ordres du Special One, l’ancien de l’Atletico Madrid n’était pas seul. L’année passée ils ont battu ensemble Tottenham en FA Cup (1-2), Chelsea (2-1) et Manchester City en championnat (2-3) et la Juventus en Ligue des Champions (1-2) après avoir été menés 1-0, 0-1, 2-0 et 1-0. Ils ne faisaient donc pas que défendre. Il y’avait du caractère dans cette équipe. C’est pour cela qu’elle a battu tous ses adversaires du Top 6.

Man Utd V Arsenal par Gordon Flood – Image Flickr CC BY 2.0

Les Diables Rouges gagnent sans montrer de réels signes de changement. Les problèmes défensifs que le natif de Setúbal a voulu combler en recrutant en début de saison sont restés visibles. Discernables comme la nonchalance de La Pioche (surnom de Pogba) et les limites physiques de cet effectif malgré les réussites. Le portugais a eu à souligner ces tares mais vu que son jugement n’a pas d’importance, le PSG a toutes ses chances. Les parisiens devraient être capables d’exploiter ces vides en C1 et de rejoindre les quarts de finale. Avec Cavani, Neymar, Mbappé et Di Maria, Man U est prenable. Mourinho, la bête noire des clubs français, est parti avec leur imprévisibilité. Sous sa férule on ne savait pas à quoi s’attendre avec eux, maintenant on sait qu’une bonne préparation suffit pour leur causer de sérieux soucis. L’équipe de Tottenham a fait mieux que perdre : elle a ressorti toutes les lacunes de Manchester United…

Laissée orpheline depuis son retrait des « mains » du Cameroun, la CAN 2019 s’est trouvé un nouveau tuteur. Il s’agit de l’Égypte. Aux pieds des pyramides se jouera donc l’aînée des Coupes d’Afrique des Nations à 24 équipes. La première des sélections africaines, un choix historique. Une révolution qui cependant n’élude pas le doute épais quant à la portée de ce format pour le football africain. L’Afrique a-t-elle vraiment besoin de passer à 24 pour grandir ?

Sculpture par Meelimello – Image Pixabay CC0

Les chaînes de l’histoire

La collision historique entre l’Afrique et l’Europe a forcé les africains à réécrire leur histoire. Les ballons trouvés dans les tombeaux des pharaons égyptiens ont été depuis doublés par la colonisation, après l’esclavage. Un repère nouveau a été dessiné et le continent noir est reparti à zéro quand l’Europe, elle, était bien avancée. Bien que la culture occidentale ait été génialement assimilée, les Africains sont restés derrière dans tous les domaines, dont le football. Le Vieux continent a plus d’un siècle de ballon rond. Les suivre sera quasiment impossible. Ce n’est pas en passant de 16 à 24 qu’on atteindra leur niveau footballistique. C’est aller trop vite en besogne que de faire ce choix d’évoluer. L’Afrique doit prendre son temps pour construire son histoire balle au pied.

Allianz-Arena in weiß par Sönke Biehl – Image Flickr CC BY-SA 2.0

Un but économique

L’impact de l’Histoire se vérifie également dans l’aspect infrastructurel. L’évolution du professionnalisme en Europe est indubitablement liée à la Révolution industrielle du 19e siècle. Une mutation qui part notamment de l’Angleterre pour s’étendre au monde. La construction d’infrastructures sportives est donc une trivialité depuis les années 1800, époque où les noirs sortaient progressivement de l’esclavage pour entrer dans la colonisation.

Si le sport arrive souvent à la fin de la progression d’un pays pour couronner son essor attesté, il est aussi et surtout une entreprise d’entretien. Le but est économique. On crée de l’emploi pour distraire ceux qui ont fini de travailler. Le jeu comme métier perd sa viabilité dans les sociétés où le travail est encore un projet. Une infrastructure est la manifestation d’une idée. Elle ne devient utile que lorsque son édification permet l’évolution de la société où elle est érigée. Un stade doit être construit pour remplir les caisses de l’Etat et réduire le chômage. Est-ce le cas en Afrique ? Pas vraiment, étant donné que le football ne nourrit pas encore son homme ; autochtone ici. Sa pratique y reste dans la plupart des cas amateur.

Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

Entracte

L’intervalle de temps entre les Coupes d’Afrique constitue pareillement un problème pour l’organisation de ces CAN à 24. Toutes les compétitions à 24 équipes ou plus sont organisées tous les 4 ans. Même chez les plus nantis, on donne au moins 8 ans pour se préparer. 2 ans c’est très court ! L’Afrique ne peut pas se permettre un tel luxe.

L’organisation d’une CAN tous les 4 ans redonne de la valeur au tournoi. Plus attendu, il devient plus attractif. De plus, il résout le problème du représentant africain à la Coupe des Confédérations. Le Cameroun par exemple (champion d’Afrique 2017) a pris la place de la Côte d’Ivoire (champion d’Afrique 2015) en Russie en 2018. Les Lions auraient dû battre les Éléphants pour aller à Moscou. Avant chaque Coupe des Confédérations, une sorte de Super Coupe d’Afrique des Nations devrait être organisée entre les deux derniers vainqueurs de la CAN. Ce choc au sommet désignera un représentant africain légitime à ladite compétition.

African Players par PhotographerPN – Image Pixabay CC0

Pragmatisme

La CAN en tant que tournoi biennal est une réalité résolument obsolète pour l’Afrique. Sauf évidemment si les exigences d’organisation sont réduites à la baisse. Et même… 8, 12 ou 24 équipes, toutes les compétitions continentales sont espacées de façon quadriennale pour donner un côté « éclipse » à leur rayonnement. Aussi peu importe le laps de temps, l’organisation de la CAN exige de l’efficacité. Cette dernière doit prendre le pas sur l’opulence inutile.

Le football est un facteur de développement. Pour permettre la croissance des sociétés africaines, l’organisation de la CAN a la responsabilité d’être rotative. La paix suffit en tant que seule condition sine qua non. Tous les pays africains doivent se frotter à la discipline d’un tel événement. Une fête que chacun organisera en fonction de sa situation économique. La qualité d’une infrastructure se trouve dans son efficacité pas dans sa grandeur. La CAF a l’obligation de tirer le meilleur de chaque société africaine grâce au football. La Coupe d’Afrique a la capacité de démystifier l’organisation du sport roi en particulier et le développement de l’Afrique en général.

Mubarak Wakaso tosses in a free kick against the Guinea defence par Ben Sutherland – Image Flickr CC BY 2.0

La valeur des infrastructures d’un pays devrait être fonction de son niveau de développement. Ça ne sert à rien d’avoir une enceinte cinq étoiles dans une société une étoile. Une arène une étoile professionnellement achevée suffira. Etre pauvre c’est aussi refuser d’accepter ses conditions de vie. Le football africain ne se porte pas bien ! Rien ne sert de jouer les fiers. La CAF se comporte comme si tout allait pour le mieux. La Coupe d’Asie des Nations est passé à 24 tel l’Euro : l’AFC en a les moyens, l’Afrique non. La Confédération Africaine a les mêmes problèmes que la CONCACAF. Si la Gold Cup passe à 24, seuls les Etats-Unis, le Canada et le Mexique seront capables de l’organiser. Ils sont peu ces africains qui peuvent tenir une CAN à 24 avec le cahier de charge actuel de la CAF. Il faut une refonte totale du football africain pour cette CAN…

Soccer par Odwarific – Image Pixabay CC0

Retour à l’essentiel

La particularité du sommet d’une montagne est sa surface réduite. Sa contenance se résume ainsi à une poignée de personnes, d’où sa valeur unique au-dessus de la base. 24 équipes sur 55 possibles est un ratio qui n’honore pas la Coupe d’Afrique des Nations. Pratiquement un sur deux, autant organiser des matchs aller-retour où les vainqueurs seront directement qualifiés. Ce sommet du football africain a besoin des meilleurs pour entretenir sa valeur et 16 participants, c’est parfait. Faire plaisir aux petites équipes ne rend service à personne. Ni à la compétitivité ni à elles-mêmes ! La Lettonie a plus de mérite d’avoir joué un Championnat d’Europe à 16 que Madagascar qualifié pour une CAN à 24. Même si ça reste un faux débat. 16 ou 24, c’est le terrain qui décide. Si les Pays-Bas ne se sont pas qualifiés pour l’Euro 2016, c’est qu’ils n’avaient pas le niveau de l’Islande à ce moment. Vivement la CAN 2019 !

Jouer pour un pays européen n’est pas une question uniquement liée aux footballeurs d’origines africaines. D’autres terres sont également exposées au dilemme de la double nationalité. Parmi elles, l’Amérique du sud et sa Guyane néerlandaise. C’est sûr que lorsque la dispute oppose un très grand et un très petit, le choix et le débat qu’il suscite deviennent inutiles. Toutefois peut-on réellement parler de petite équipe lorsqu’on voit la quantité de talents produits par le Suriname pour les Pays-Bas ?

WK voetbal 2018 in Nederland ? par FaceMePLS – Image Flickr CC-BY 2.0

Une situation géographique contestée

Géographiquement, le Suriname est un pays sud-américain. Voisin limitrophe du Brésil, ce peuple métissé aurait dû appartenir à la CONMEBOL. Mais la FIFA en a décidé autrement. Les Suriboys (surnom des joueurs de la sélection du Suriname) ont été déracinés et envoyés dans la zone CONCACAF. Un choix curieux, une décision qui a certainement joué en faveur d’une fuite prononcée de talents pour l’Europe et notamment les Pays-Bas.

Affronter le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay etc. aurait été un argument de poids pour retenir Edgar Davids, Clarence Seedorf, Patrick Kluivert, Jimmy Floyd Hasselbaink, Aron Winter, Winston Bogarde, Michael Reiziger, Mario Melchiot, Ryan Babel, Nigel de Jong, Urby Emanuelson, Royston Drenthe, Georginio Wijnaldum et bien d’autres. Derrière ces derbys face à ces immenses noms du football se cachent la certitude d’évoluer au très haut niveau. Et vu le génie de ces surinamiens qui ont choisi les Oranje (surnom des joueurs de la sélection néerlandaise), une très grande sélection sud-américaine et mondiale serait née. Mais…

Clarence Seedorf par Jan Solo – Image Flickr CC BY-SA 2.0

Une option naturelle

Le Suriname est devenu indépendant le 25 Novembre 1975. Ainsi, tous les surinamais qui sont nés avant cette date étaient quasiment forcés de jouer pour la Hollande. À l’époque c’était possible de faire marche arrière mais la génération Ruud Gullit et Frank Rijkaard n’a pas suivi les traces du précurseur Humprey Mijnales. L’ancien joueur du FC Utrecht est le seul surinamien à avoir joué pour les Pays-Bas et le Suriname.

Les héritiers de Roméo Zondervan sont restés campés sur leur position. Les Pays-Bas ont remporté l’Euro 1988 (leur premier et unique trophée) grâce à eux et la terre de leurs ancêtres est restée « inconnue » du grand public. La souche qui leur succèdera ne fera donc que suivre leur exemple de « pionniers ». Un caractère héréditaire devenu au fil du temps une réalité sans tabous mais pas sans problèmes.