Racisme : Kalidou mon frère, bouche tes oreilles et reste fier

Par défaut

Un footballeur noir a récemment encore été victime d’insultes racistes. Il s’agit de Kalidou Koulibaly. Parmi les meilleurs défenseurs du monde, le Sénégalais n’a pas pu supporter cette attitude de supporteurs insupportables. Le football européen vit ainsi le deuxième acte de ce type en l’espace d’un mois. Le premier était survenu le 8 décembre dernier à Chelsea et le joueur visé était le cityzen Raheem Sterling. Comme à l’accoutumée il y’a eu une vague d’indignations sans véritables changements. Kalidou n’est pas le premier, il ne sera pas le dernier martyre de ce cas désespérant. Les cris de singe ne sont que le témoignage d’un malaise plus profond.

Tunnel par Free-Photos – Image Pixabay CC0

Dangereux

L’insulte dans sa définition la plus simple est la manifestation d’une certaine colère. On tente alors par tous les superlatifs possibles d’attenter à la dignité de l’autre. L’objectif est de sortir debout de l’opposition en le détruisant mentalement. Et pour atteindre son but, l’insultant peut donner à son expression une toute autre proportion. Raciste ici car il sait que les footballeurs noirs ont horreur de ce genre d’invectives. Une haine liée à l’histoire qui fit d’eux des descendants de « sous-hommes ».

Martinique par Orythys – Image Pixabay CC0

Le supporteur ne cherche qu’à mener son équipe vers la victoire. Il pense comme Marco Materazzi face à Zidane en 2006. L’ancien Interiste s’est certainement dit que son équipe et lui perdraient si le Français continuait le match. Ce dernier devait sortir d’une façon ou d’une autre pour que la Squaddra Azzura soit championne du monde : c’est tout. Il est allé loin, très loin même, et a emmené Zizou avec lui. Il a poussé le Bleu à dépasser les bornes de sa tolérance et l’Italie a remporté la Coupe du Monde. Ça s’appelle l’envie de gagner. Ce n’est pas forcément de la méchanceté. Une finale de Coupe du Monde pour un footballeur c’est toute une vie. C’est pareil pour certains supporters. Nous avons tous déjà entendu cette phrase générique : « Ce club c’est toute ma vie. »

Les tifosis de l’Inter savaient que Naples sans Koulibaly était prenable, et ils avaient raison. Dès que le roc est sorti, il y’a eu un but et une victoire 1-0 des Nerazzuri (surnom des joueurs de l’Inter de Milan). C’est aussi ça le football. Et un footballeur noir doit se préparer à vivre tout ça lorsqu’il signe dans un club. Aux grands maux, les grands remèdes. Ce n’est pas une histoire de noirs et de blancs : c’est un problème humain. C’est la vie, les offenses sont pour tout le monde.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA par Oscar – Image Flickr CC BY 2.0

Les noirs ne doivent pas toujours tout ramener à la couleur de leur peau. Si on secoue un manguier c’est qu’il a des mangues, dit un proverbe africain. Si tes adversaires te taclent trop ce n’est pas parce que tu es noir ; c’est parce que pour eux tu es dangereux. Lorsqu’on te lance une banane mange la ou ignore la, ne glisse pas dessus : c’est dangereux. La légitimité du geste est laissée à l’appréciation de l’arbitre. C’est à lui de veiller au bon déroulement d’une rencontre pas aux supporteurs. La loi ne peut empêcher personne d’être raciste mais elle a le devoir de préserver sa communauté du racisme. Elle n’est pas garante de l’intégrité des hommes. Elle veille à l’équité dans la société.

Punishments par Mohamed Hassan – Image Pixabay CC0

L’ironie du sort

La société en question ici, c’est le football européen. Pas italien parce que le racisme n’a pas de nationalité. L’Italie a sauvé plus de 700.000 migrants d’une mort certaine. Ce qui s’est passé en Série A s’est déjà produit en Liga, en Ligue 1, en Premier League, etc. Il appartient donc aux hautes instances du football européen de régler ce problème. Si la Fédération italienne de football n’en est pas capable que l’UEFA (voire la FIFA) se saisisse de la situation. Des sanctions doivent pouvoir tomber dès que de tels agissements sont signalés. Ce match aurait dû être arrêté. Koulibaly exclu, l’arbitre central M. Paolo Mazzoleni aggrave les faits et entraîne les institutions du football italien (et européen) dans l’erreur. Ils exaucent les souhaits de ces ultras et participent ensemble à cette animosité.

Pourquoi donner un carton jaune à un joueur qui applaudit pour évacuer son mécontentement ? Cette sanction basée sur l’ironie est infondée. Dans une activité physique comme le football on ne peut pas se permettre de jouer les psychologues. Les faits sont là. Sont-ils vilains ou non ? Telle est la question. Les insultes sont ignorées et les applaudissements sanctionnés… c’est absurde. Entre un joueur qui insulte un arbitre et un autre qui l’applaudit, lequel est le plus à même à être puni ? On ne peut pas sanctionner un joueur qui fauche au même titre qu’un autre qui applaudit. C’est un abus et mercredi 26 décembre, ça s’est vu. Le deuxième jaune de Koulibaly était injustifié. Ces cartons donnés derrière un « clapping » doivent disparaître. Le football est émotionnel et canaliser ses émotions dans la non-violence n’a jamais fait de mal à personne. La mauvaise considération de l’Homme noir en général, si…

Abandoned Buildings par Christels – Image Pixabay CC0

« L’univers ignoré »

En phase finale de Coupe du Monde, sur 32 places disponibles l’Afrique dispose de 5 et l’Europe de 14. Pour changer ça, la FIFA augmentera le nombre total de participants d’ici 2026. Au lieu d’équilibrer, on passe à 48 et la solution perd en compétitivité. Au mondial des clubs le champion d’Afrique joue deux matchs pour atteindre la finale, le champion d’Europe un seul. Une évolution remarquable toutefois puisqu’avant la Coupe Intercontinentale se jouait entre deux continents : l’Europe et l’Amérique du sud. Le vainqueur de la Ligue des Champions et celui de la Copa Libertadores s’affrontaient pour désigner le champion du monde des clubs.

Quand un supporteur européen s’imprègne de cette répartition il se dit simplement : ils sont inférieurs à nous. Et si entre temps il s’engage à lire Victor Hugo pour élever sa pensée, il ne réagit pas forcément comme Alexane Ozier-Lafontaine devant ces mots : « La Méditerranée est un lac de civilisation ; ce n’est certes pas pour rien que la Méditerranée a sur l’un de ses bords le vieil univers et sur l’autre l’univers ignoré, c’est-à-dire d’un côté toute la civilisation et de l’autre toute la barbarie. (…) Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire. Une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe. Rome l’a touchée, pour la supprimer ; et, quand elle s’est crue délivrée de l’Afrique, Rome a jeté sur cette morte immense une de ces épithètes qui ne se traduisent pas : Africa portentosa! (Applaudissements.) (…).»

Le célèbre auteur de l’œuvre « Les Misérables » ajoutera même « L’Afrique importe à l’univers » pour mieux agréer les velléités de colonisation de la « barbarie » par « la civilisation ». Nous sommes le 18 Mai 1879 à « un banquet commémoratif de l’abolition de l’esclavage » présidé par l’écrivain humaniste. L’expression d’un dédain qu’il ne partage pas qu’avec des caucasiens. Les bons élèves fourmillent sur la planète.

Gandhi par Dcprotog – Image Pixabay CC0

En Afrique du nord par exemple, le trafic des migrants en Lybie, la mort de l’attaquant camerounais Albert Ebossé en Algérie ou celle plus récente de Falikou Coulibaly à la Soukra, président de l’Association des Ivoiriens de Tunisie, attestent de la considération simpliste qu’on a des noirs dans le monde, footballeurs ou pas. Même les non-violents n’ont pas été tendres avec nous. Gandhi, la grande âme, déclarait en 1903 : « Bien entendu, de mon point de vue, le Conseil municipal doit débarrasser ce quartier de ces Cafres (les noirs). Quant à la mixité entre Cafres et Hindous, je dois confesser que j’y suis absolument opposé. Je pense que c’est très injuste pour la population indienne. »

Africa Children par Sissi – Image Pixabay CC0

Ce qui ne te tue pas te rend plus fort…

Les footballeurs noirs doivent s’interroger sur leur situation eux-mêmes. Personne ne le fera pour eux. Ils ont suffisamment de réponses sportives et extra-sportives aux questions qu’ils doivent se poser. Les débats, les tweets, les posts et les messages de soutien ne suffiront pas. Pour que ce racisme disparaisse à jamais, il faut remonter le temps et effacer la traite négrière transatlantique, la traite négrière vers le monde arabo-musulman, le colonialisme et bien d’autres cortèges de malheurs qui ont détruit l’image de l’Homme noir. Ce qui est impossible. Ignorer les distractions pour atteindre son objectif et garder la tête haute peu importe les conditions, sont les seules solutions. Demain on ne dira pas que Koulibaly a été victime d’attaques raciales : on dira que l’Inter de Milan a battu Naples. Seule la victoire est belle. Soyez des vainqueurs !

2 réflexions au sujet de « Racisme : Kalidou mon frère, bouche tes oreilles et reste fier »

  1. SECND

    Cher frére blanc,
    quand je suis née, j’étais noir
    quand j’ai grandi, j’étais noir
    quandje suis au soleil, je suis noir
    quand je suis malade, je suis noir…

    tandis que toi, homme blanc,
    quand tu es né, tu étais rose,
    quand tu as grandi, tu étais blanc,
    quand tu vas au soleil, tu es rouge,
    quand tu as froid, tu es bleu…

    ALORS DE NOUS DEUX QUI EST L’HOMME DE COULEUR…
    (L.S.S)

  2. Plus facile à dire qu’à faire mais les victimes de ces cris ont-ils d’autres choix que d’essayer de faire comme tu dis?
    Courage à eux car résister et ne pas faiblir est aussi une forme de lutte…
    J’ai aimé l’article …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *